jeudi 25 avril 2013

SUPER-FOLKS de Robert Mayer (02)

Dans un mémo adressé à Irwin Donenfeld (l'un des patrons de DC Comics à l'époque) en 1966 Arnold Drake un scénariste très talentueux, co-créateur de la Doom Patrol, de Dead Man, ou encore des Gardiens de la Galaxie, analyse ce qui différencie DC Comics de Marvel (et notamment ce qui fait le succès de la Maison des Idées) et propose plusieurs solutions pour améliorer les ventes (Cf. Alter Ego n°17). 
Dans ce mémorandum il distingue les tranches d'âge des lecteurs vers lesquelles devraient tendre telle ou telle série : les revues attachées à Superman devraient concerner les 5 - 10 ans, Batman et Flash devraient attirer les lecteurs de 9 - 10 ans et les accompagner jusque vers 12 - 13 ans. Et des titres comme Metal Men ou la Doom Patrol devraient cueillir les 14 ans et les garder jusqu'au college (c'est-à-dire 18 ans).
Ce qui est intéressant pour mon propos c'est qu'en 1966 beaucoup de titres (selon Drake) s'adressent (ou devraient s'adresser) en priorité à des enfants ou à de jeunes adolescents. Ce qu'en substance écrivent aussi Dick Lupoff & Don Thompson en 1967 dans l'introduction de la compilations d'articles intitulée All in Color for a Dime.
Ceci étant, en 1971, à la lecture de l'article du supplément du New York Times les temps ont changé (notamment aux niveaux des ventes qui sont en baisse), et la clientèle visée est celle des jeunes adultes, ceux qui fréquentent l'université de Yale ; du moins selon l'article déjà cité.
Jean-Paul Gabiliet dans son ouvrage Des comics et des hommes avance que la fin des années 60 a vu une baisse du lectorat de bande dessinée "tout public" et la constitution d'un lectorat adolescent-adulte. Par ailleurs, au début des années 80 les comic books ne seront plus un média de masse mais s'adresseront à un public d'amateurs, dans le sens fort du thème. Nous voyons donc une évolution, une transformation du lectorat.
D'autre part jusqu'au début des années  70 l’autorité d'auto-régulation la CCA a longtemps empêché à la bande dessinée étasunienne de traiter de certains sujets. Même s'il ne faut pas perdre de vue que la CCA pour qui lors de sa création "il était désormais interdit de montrer trop de violence, défendu de maltraiter les représentants de l'ordre, de faire l'apologie du sexe ou du divorce" (Comic Box annuel #1), est une création des éditeurs (dont en premier lieu Marvel et DC) au contraire de la France dont l'équivalent - la commission chargée de la surveillance et du contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence- est le résultat d'une loi. Ce qui fait dire à certains que la CCA a bon dos, et qu'elle sert surtout de bouc émissaire aux éditeurs à l'esprit conservateur.
 
Ce qui n'est pas tout à fait vrai, ainsi en 1955 une loi est adoptée par l'Etat de New York qui impose une interdiction de publier ou de distribuer tout livre, brochure ou magazine illustré dont le titre comprend les mots crime, sex, horror ou terror. Cette loi interdit également de vendre ou de posséder avec intention de vendre entre des comic books obscènes (Source : Des comics et des hommes de Jean-Paul Gabiliet). Je rappelle pour mémoire que les principaux éditeurs dont je parle ici ont leur siège à New York
Ainsi en 1969, le propriétaire de la librairie New York Book Store et son employé seront-ils arrêtés pour avoir proposé à la vente des publications "obscènes", en l’occurrence le Zap Comix n°4. En 1986, le gérant de la librairie Friendly Frank's sera luis aussi arrêté ; les comic books incriminés sont cette fois (entre autres) Omaha the cat et Heavy Metal
Deux cas qui montrent que ni Marvel, ni DC Comics eussent-ils proposé l'adaptation de Super-Folks, n'auraient pas été en mesure d'écouler leur marchandise, malgré un lectorat plus âgé sûrement intéressé  par une bande dessinée pour "public averti". 

Mais déjà dans les années 70 c'est le marché qui commande, et les comics relevant sont surtout le résultat d'un marché en perte de vitesse pour qui toutes les idées sont bonnes (ou presque).  C'est exactement ce cas de figure pour Green Lantern dont les ventes étaient méchamment en baisse.  Ceci étant dit il ne faut pas occulter que depuis quelques années une nouvelle génération d'auteurs ayant grandi avec les comic books (la première) apportait de nouvelles approches (j'ai déjà amplement parlé du travail de Steve Gerber, dont le personnage Icarus n'a rien à envier à ceux de Robert Mayer).
Curt Swan pour Penthouse Comix #5
Ce préambule pour dire qu'il était certes inenvisageable qu'une histoire comme celle de Super-Folks puissent voir le jour chez Marvel ou DC (et encore aujourd'hui d'ailleurs), notamment à cause du sexe tel qu'il est abordé par Robert Mayer (sans parler des origines de Demoniac).
Car ne perdons pas de vue que le sceau du Comic Code Authority  était un viatique sans qui rien ne pouvait se vendre (du moins aux lecteurs visés par DC ou Marvel) et qu'il aurait été impensable de remettre en cause cette autorité trop ouvertement. Qui plus est sur un sujet tel que le sexe dans un pays qui garde un fort fond de puritanisme. (Du reste, c'est certainement le Code qui a contribué à faire des super-héros le genre majeur de la BD U.S au début des années 60). 

Cependant, il y avait déjà comme je l'ai montré, la volonté d'implanter les super-héros dans la bonne soupe du quotidien, une voie ouverte notamment par Marvel. 
Dans le mémo déjà cité (qui date de 1966, et pour mémoire le Marvel moderne dont il est question est né en 1961), Arnold Drake pointe du doigt ce qui fait la force de cet éditeur :  avoir amené des pages des livres (hard cover) et des magazines luxueux (slick magazine) des "antihéros" pour les mettre dans leurs BD, et propulser leur production dans les mains de lecteurs qui ne lisaient pas de comics avant : les 16 - 19 ans ou même les 20 ans précise-t-il. Cette clairvoyance qu'il exprime dans son mémo, il l'a lui même mise en pratique en créant la Doom Patrol en 1963. Un groupe qui incarne chez DC Comics ce que Stan Lee a fait de son côté chez Marvel c'est-à-dire des super-héros qui considèrent leurs capacités extraordinaires comme un fardeau. On comprend dés lors d'autant mieux la ressemblance de ce groupe avec le groupe des X-Men (première version) créé pratiquement en même temps par Stan Lee & Jack Kirby
Donc, impossibilité de voir Super-Folks proposé par Marvel ou DC, mais cependant fruit de son époque. Indéniablement.

... Dans le roman de Robert Mayer l'air du temps est au désenchantement ; Batman & Robin sont morts dans un accident de la circulation en percutant un bus d'enfants, Superman a disparu (et il est présumé mort). La famille Marvel a été tuée par la foudre, le Lone Ranger est mort transpercé par une flèche le jour du retour de Tonto d'une conférence du Red Power. Mary Mantra a été découpée par un train, et son frère le Captain Mantra est désormais dans un sanatorium. Wonder Woman est devenue la porte-parole du mouvement féministe et editor associée du magazine Ms. Même Snoopy a été abattu par le Baron Rouge.    
Dave Gibbons 2003
Et David Brinkley n'a plus remis sa cape depuis presque neuf ans, ses super-pouvoirs ont pratiquement disparu.
Cet aperçu de Super-Folks montre que le monde dans lequel évolue David Brinkley dont le nom de code ne sera jamais clairement dit est peuplé d'une part de personnages connus, qui n'iront pas plus loin que la citation et de personnages très inspirés d'eux : Captain Mantra et Mary Mantra sont clairement Captain Marvel et Mary Marvel, on croise un Elastic Man qui sous d'autres horizons s'appelle Plastic Man etc.
Et David Brinkley l'extraterrestre de la planète Cronk a pour modèle un célèbre journaliste de Metropolis qui se serait marié et aurait deux enfants.
L'excellente idée du roman de  Robert Mayer est de se demander à quel point un sur-homme (extraterrestre de surcroît) influencerai la politique étrangère d'un pays, et ceci dans le contexte de la guerre froide. La moins bonne idée c'est de n'en rien faire ou presque.
On suit donc les péripéties des deux camps sur fond de barbouzerie. Parallèlement mais sans qu'il soit au courant des manœuvres politiques, David Brinkley retrouve peu à peu ses super-pouvoirs alors que des émeutes se déclenchent. Sous son identité civile il ira enquêter sur le terrain ce qui lui fera rencontrer une partie de son passé.

L'autre bonne idée, c'est d'en faire un père de famille, ainsi Robert Mayer aurait-il pu nous montrer comment une telle famille fonctionne. Un peu comme dans le film Indestructibles, film dont certains pensent qu'il a été inspiré par le roman de Mayer. Mais là encore, peau de balle ! 
Indéniablement si le sexe occupe une bonne partie du roman, la biologie ne fait pas partie des centres d’intérêt de l'auteur qui, à l'instar de Larry Niven en 1969 aurait pu se demander comment un super-homme fait pour avoir des relations sexuelles et comme une terrienne peut enfanter de lui (à ce propos Larry Niven envisage, pour l'écarter aussitôt l'inceste, Robert Mayer se serait-il inspiré de l'auteur de science-fiction ? [-_ô]).    
Non ce qui intéresse Robert Mayer est d'un autre ordre.
Nous apprenons que l'ancienne condisciple du personnage principal est devenue stripteaseuse et si cela ne suffisait pas on aura un aperçu de sa vie "super-sexuelle" mouvementée. Là l'auteur n'invente pas des super-héros pour l'occasion mais implique certains des  personnages déjà cités qui n'en demandaient pas temps. On a également un long développement (sic) sur les possibilités offertes à un homme qui peut étirer son corps au-delà de l'imaginable. Ce à quoi a déjà réfléchi une bonne partie des adolescents du monde entier.  
Le clou du roman est certainement l'origine de Demoniac. Un amalgame de Captain Marvel Jr et de Black Adam naît d'un inceste. Ce qui aurait pu être intéressant, à condition que l'auteur en fasse quelque chose. Je vous laisse deviner si cela a été le cas.
Reste que le lecteur de comic books de super-héros sera en terrain connu : la scène où David Brinkley retrouve ses pouvoirs est particulièrement réussie, pleine d'émotions.

En definitve Superfolks est un roman plutôt frustrant dans la mesure où il m'a tenu en haleine lors de ma lecture, mais m'a laissé un goût d'inachevé et de gâchis une fois terminer.
Robert Mayer a plusieurs bonnes idées, mais qui ne sont pas du tout exploitées : la vie de famille, la conspiration, l'influence d'un sur-homme d'une telle envergure (de plusieurs en fait, Demoniac ou Captain Mantra sont peut-être encore plus puissants que David Brinkley, et Demoniac est un super-vilain)  sur la politique.  
Dés lors l'influence que lui prête à ce roman me paraît tout à fait surfaite.
Notez toutefois que je dis ça rétrospectivement. Peut-être aurais-je une approche différente si je l'avais lu en 1977.
En tout état de cause je pense, comme j'ai tenté de le démonter, que les changements qui donneront Batman : Dark Knight, L'escadron Suprême, Marvelman ou Watchmen etc. étaient déjà dans l'air du temps de l'Âge de bronze.

... Ceci étant dit je vais revenir sur la rumeur partie d'une déclaration de Grant Morrison comme quoi trois des principales réussites publiques et critiques des années 80 en terme de super-héros copient purement et simplement les idées du romans de Robert Mayer. 
L'auteur incriminé est Alan Moore, bien que dans sa déclaration Morrison ne le cite pas nommément, et les trois œuvres seraient Marvelman, Watchmen et Whatever Happened to the Man of Tomorrow ?

Indéniablement il y a dans Marvelman un super-héros qui a perdu ses pouvoirs, et qui fera face à un ennemi qui ressemble au Demoniac de Super-Folks (qui lui même est une copie), mais surtout la manière dont il sera défait est très similaire dans les deux cas. Troublant.
Ensuite dans Whatever happened ... le vilain derrière la machination est le même que dans le roman de Robert Mayer. Troublant.
Et dans Watchmen il y a une conspiration, un super-héros, le Dr Manhattan, dont la présence influence la politique. Troublant.
Si le stratagème utilisé par Mayer et Moore (dans Marvelman) est identique pour défaire un ennemi dans leur histoire respective, les deux personnages pris en mauvaise part ne se ressemblent pas autant que cela, en outre autant la confrontation dans le roman de Robert Mayer tombe comme un cheveu sur la voie lactée, autant le cheminement et les interactions entre Marvelman et Kid Marvelman coulent de source et font sens. Sans parler de la caractérisation de Mick Moran (dont la manière dont sa présence dans un monde "réel" est traité), de sa relation avec son épouse ou encore de ce que devient Kid Marvelman, après sa défaite. 
Moore en terme de qualité s'en sort haut la main. D'autant plus qu'il s'agit d'une oeuvre de jeunesse. Le run du scénariste de Northampton laisse loin derrière lui le roman dont on dit qu'il lui a donné l'inspiration.
La même analyse pourrait être faite pour Watchmen et Whatever happened .. ; en d'autres termes je pense que ce qu' a fait Morrison en pointant du doigt trois œuvres majeures (de mon point de vue) de la BD américaine pour dire qu'elles devaient tout à un roman dont peu de gens avaient entendu parler avant, c'est amener dans l'esprit des lecteurs l'idée de comparaison. 
Et là le roman de Robert Mayer n'en sort pas grandi, bien au contraire le traitement semble bien frileux, conservateur et inabouti. Ainsi, en plein cœur des années 70 son héros est un père de famille blanc qui habite en banlieue, et son alter ego n'a même pas été foutu de changer le cours de la guerre du Vietnam. [-_ô]   
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À noter que le roman de Robert Mayer est paru en France le 2 février 2017 chez l'éditeur Aux Forges de Vulcain sous le titre Supernormal 

dimanche 21 avril 2013

SUPER-FOLKS de Robert Mayer

Super-Folks, le roman de Robert Mayer paraît durant l'année 1977 ; le sujet en est à première vue atypique, même au pays qui a vu naître Superman car justement il parle de super-héros. Ce qui n'est pas fréquent, surtout à l'époque.
Paru durant ce que les aficiondos appellent l'Âge de Bronze, Superfolks a pour protagoniste principal un extraterrestre doué de super-pouvoirs.
Au moment où commence le roman il est marié à une femme qui ignore qu'il vient d'une autre planète, père de deux enfants - un troisième est en route, et il a presque perdu ses super-pouvoirs ; et il n'a plus remis son costume depuis bientôt neuf ans.
... La bande dessinée étasunienne de super-héros, le genre dominant outre-Atlantique est découpée en période : l'Âge d'Or qui commence avec l'arrivée de Superman dans les pages d'Action Comics en 1938, l'Âge d'Argent (ou la renaissance des super-héros qui ont connu un profond désintéressement au début des années 50 et une quasi disparition) en 1956 avec le numéro 4 de la revue Showcase qui propose un Flash nouvelle formule, et à sa suite d'autres super-héros "réactualisés".
Si ces deux périodes sont facilement identifiables, il n'en est pas de même pour ce qu'on appelle communément l'Âge de Bronze.  


L'une des particularités de cette période est d'avoir produit de la bande dessinée dite relevant, c'est-à-dire inscrite dans les problèmes de son temps.
Dés le début de l'année 70, le duo Denny O'Neil & Neal Adams plonge Green Lantern et Green Arrow de l'écurie DC Comics dans un monde plus terre-à-terre avec notamment une confrontation mémorable entre la Lanterne Verte et un vieil homme noir (Cf. l'entretien avec Neal Adams)
Entre mai et juillet 1971 la série du Tisseur de toile chez le concurrent traite de la consommation de drogue chez les jeunes ; assez paradoxalement alors que Stan Lee avait été approché pour écrire sur le sujet par l'United States Department of Health, Education and Welfare, c'est-à-dire un département de l’administration fédérale, la Comics Code Authority (CCA) qui régule alors le contenu des comic books lui refuse l'apposition de son sceau. Ce qui normalement compromet la distribution des revues, étant donné que les distributeurs refusent de diffuser les fascicules qui non pas le sacro-saint sceau. Cependant Marvel passe outre et les trois numéros d'Amazing Spider-Man (#96 - #98)  reçoivent un bon accueil tant critique que public. Quelques mois plus tard c'est au tour de Green Arrow de découvrir que le jeune Speedy est devenu un junkie.

Cette fois-ci le sceau du CCA orne la couverture.

Et ces aventures ne se déroulent dans pas dans le courant underground, ou au sein d'un label pour "lecteurs avertis" mais dans les pages de séries populaires (ou du moins destinées à l'être). 
Green Lantern & Green Arrow est en quelque sorte la série par qui le comic book "relevant" est entré sur le devant de la scène, une scène assez réduite si l'on en croit Carmine Infantino alors éditeur-en-chef de DC Comics qui s'explique en 1971 dans le supplément du New York Times.
Les comics ne sont plus (seulement) un moyen d'évasion, ils doivent être le miroir de la réalité, c'est en tout cas ce que demandent les kids à Infantino (Cf. Le New York Times du 2 mai 1971).Or donc, le terme "relevant" est celui qui qualifie des histoires qui s'inscrivent sur fond de questions sociales un aspect plutôt absent de la période précédente.
Cependant, il faut dire qu'à ce moment-là (au début des années 70) si 200 millions de fascicules de bande dessinée sont mis en vente, cela ne veut pas dire qu'ils sont nécessairement tous vendus ; et justement la série de Green Lantern n'était pas au mieux de sa forme donc Carmine Infantino était prêt pour n'importe quelle idée pourvue qu'elle marche.
Celle d'O'Neil a été de voir s'il était possible de combiner des faits journalistiques avec la flamboyance et la fantasy du genre super-héroïque, et ça a marché. Il faut dire que le style de Neal Adams est un atout non négligeable dans cette perspective.
Si le Superman de l'Âge d'or se coltinais déjà en son temps aux phénomènes sociaux : délinquance juvénile, violence domestique,  et si Lois Lane n'a pas hésité, quelques années plus tôt, à se transformer en jeune Afro-Américaine le temps d'un épisode (#106) ; ce qui est nouveau avec la notion de comic book relevant c'est qu'il s'agit clairement d'un argument de vente notamment en direction des jeunes adultes.
Ce qui au demeurant n’enlève rien à la qualité de la série des deux super-héros verts (ni à d'autres de la même époque). 
Steve Gerber (qui est un contre-exemple en matière de vente) quintessenciera cette approche dite relevant au travers de ses séries. The Defenders, Man-Thing ou Omega the Unknown auront souvent un arrière-plan social "réaliste" : les marchands de sommeil, les logements insalubre, les sectes, le racisme etc. 
En tout état de cause l'Âge de bronze est aussi une période qui voit les super-héros Noirs prendre plus d'importance (conséquence du relevant ?). Luke Cage est le premier à avoir sa propre série, en 1972.
Ainsi The Black Panther n'est-il pas un Afro-Américain mais le potentat d'un royaume africain, et The Falcon n'a pas eu de revue à son nom bien que créé avant Luke Cage (1969), c'est donc me semble-t-il symptomatique du zeitgeist de l'époque..
Les femmes se voient également promues.
Toujours en 1972, Gloria Steinem, une féministe et journaliste américaine lance le magazine Ms. (prononcer miz), qui n'a rien à voir avec la BD ; dans lequel elle déplore, et critique DC Comics d'avoir retiré ses pouvoirs à Wonder Woman (#179 nov-déc 1968) qui selon elle est une représente du féminisme. L'Amazone fait la couverture du premier numéro.
En 1977, mieux vaut tard que jamais, Carol Danvers deviendra l'editor (l'équivalent en France d'un poste entre directrice de collection et rédactrice-en-chef) de la revue Woman. Elle sera aussi accessoirement l'alter ego de Ms. Marvel, un personnage de la Maison des Idées. 
Il est peut-être intéressant de noter que "Ms." (qui n'est pas l'abréviation d'un mot) est un terme non-discriminatoire (autrement dit politiquement correct) qui ne fait pas état de la position conjugale (sic) de celle à qui il s'adresse.
L'Âge de bronze c'est aussi le retour des monstres dans le courant mainstream  Man-Thing, The Ghost Rider, Son of Satan ; de nouveaux magazines consacrés à l'horreur voient le jour : Ghostly haunts chez Charlton, Weird War Tales chez DC ceci grâce à un assouplissement du CCA
C'est également un amoindrissement des pouvoirs de Superman et la disparition de la surface de la Terre de la kryptonite, deux données dont semble s'être souvenu Robert Mayer.
Un traitement de faveur est réservé à la caractérisation des super-vilains : Ra'S Al Ghul, animé d'un fort sentiment écologique veut sauver le monde malgré lui. Les vilains ne sont pas toujours là où on s'y attend. Captain América est bien placé pour le savoir lui qui combattra l'Empire Secret, un peu comme David Brinkley.
Des personnages ambigus à l'image du Punisher font leur apparition. L'univers des super-héros se fait plus crépusculaire, lentement (mais pas totalement).

... Dés le lancement des Fantastic Four l'éditeur Marvel a tenté, au début des années 60 de rapprocher  la vie de ses personnages de celle de ses lecteurs : les Quatre Fantastique doivent faire face à une expulsion de leur QG le Baxter Building, ou d'anciens concepts sont revisités : ainsi la permutation chère au Captain Marvel de l'Âge d'or est traitée sur le mode de la confrontation avec sa résurgence marvelienne. Rick Jones ne vit pas forcément bien de se retrouver dans la Zone négative à chaque fois qu'il y a du suif, laissant sa place à un super-héros d'origine Kree. En outre les séries sont feuilletonnantes, ce qui permet de développer les personnages d'un épisode sur l'autre et de faire en sort qu'ils ne soient plus détachés de ce qui leur est arrivé l'aventure précédente. Cette propension à faire évoluer les personnages entraîne de facto une inflation dramatique qui va mettre certains personnages face à des situations de plus en plus dures.
  
La fin de l'innocence est proche.
Notamment pour Spider-Man qui devra faire face à la mort de Gwen Stacy. 
Le monde des super-héros est un monde définitivement dangereux, Aquaman en saura quelque chose lui qui perdra son enfant  dans Adventure Comics n° 452 en juillet 1977.

En outre les années 70 c'est aussi l'arrivée des super-héros à la télévision : Wonder Woman en 1974 puis dans une série de 1975 à 1977, Hulk en 1977 avant l'arrivée (en 1978) sur le grand écran de Superman.
  
 C'est dans ce contexte que paraît Super-Folks de Robert Mayer.
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À noter que le roman de Robert Mayer est paru en France le 2 février 2017 chez l'éditeur Aux Forges de Vulcain sous le titre Supernormal.  


 

dimanche 14 avril 2013

Uncle Marvel


Boogie Wonderland est interprétée par le groupe Earth, Wind and Fire.

samedi 13 avril 2013

SHAZAM !

... Dans Action Comics #1 daté de juin 1938 apparaît le personnage de Superman. Les deux géniteurs de cet extraterrestre venu de Krypton, Jerry Siegel & Joe Shuster créent un genre nouveau, le récit de super-héros. Á l’époque le terme n’est bien entendu pas encore utilisé.
Ce personnage deviendra le symbole de l’Âge d’or de la bande dessinée américaine (le Golden Age dont certains pensent qu’il démarre d'ailleurs avec ce premier numéro d’Action Comics). 
Il est peut-être intéressant de noter que lorsque apparaît Superman le comic-book n'a que 5 ans d'existence, et qu'il ne propose du matériel inédit que depuis la fin de l'année 1934. 
Le premier strip de Buck Rogers
Auparavant il s'agissait de réimpressions des planches dominicales des journaux, qui eux proposaient de la bande dessinée depuis l'aube du XXe siècle sous forme de strip : c'est-à-dire une livraison quotidienne d'une seul bande en noir & blanc la semaine (daily strip), et d'une planche pleine page en couleurs le dimanche  (sunday strip) pour les séries les plus prestigieuse. Certaines séries ne paraissaient que sous forme de sunday strip telle Flash Gordon dessiné par Alex Raymond. 


Mais poursuivons, avec Batman (1939) dont la paternité revient à Bob Kane & Bill Finger, Superman va servir de modèle à toute une lignée de personnages tels que The Arrow (septembre 1938) ou The Sandman alias Wesley Dodds (1939).
C'est dans ce climat que Superman, en tant qu'innovation (c'est-à-dire une nouveauté qui transforme les usages sociaux) va créer un sentier de dépendance (c'est-à-dire une trajectoire qui canalise la créativité) sur lequel on va retrouver un nouveau personnage qui éclipsera même un temps le kryptonien dans le cœur des lecteurs. 
Whiz Comics #2
Au début de l’année 1940 un éditeur, Fawcett Publications, diffuse un magazine de bande dessinée intitulé Whiz Comics qui voit apparaître dans les pages dés son numéro 2 Captain Marvel (il n'y a pas eu de numéro 1 pour cet illustré).
Pour la petite histoire une tentative de créer un personnage inspiré de Superman légèrement antérieur avait été tenté par cet éditeur en étudiant la possibilité (restée sous la forme d'un test d'imprimerie) d'un personnage nommé Captain Thunder qui aurait dû paraître dans Flash Comics.
Malencontreusement ces deux noms étaient déjà déposés par d'autres éditeurs. Dans un premier temps Pete Costanza, un artiste de chez Fawcett suggère d'appeler ce nouveau héros Captain Marvellous qui deviendra finalement Captain Marvel
S'il est courant de trouver de nombreux "captain" dans les noms des super-héros, celui de cet éditeur a semble-t- une histoire ; celle du jeune Wilford Hamilton Fawcett qui à l'âge de 16 ans s'engage dans l'armée. Sorti avec le grade de capitaine et surnommé Captain Billy, il créé après la Première Guerre mondiale, en se servant de son expérience gagnée dans la publication du quotidien militaire Stars and Stripes, un magazine d'humour intitulé Capt. Billy's Whiz Bang.
Whiz bang était le terme utilisé par les Alliés lors de la Première Guerre mondiale pour qualifier le bruit fait par les obus ennemis
     
Or donc, ce personnage, taillé sur le modèle de Superman (mais il n'est pas le premier, la palme revient à Wonder Man qui illustre la couverture et les pages de Wonder Comics en mai 1939),  et inspiré par la personnalité du fondateur de la maison d'édition où il paraît, choisit cependant de se démarquer sur au moins deux points de son prédécesseur : là où Superman est en quelque sorte l’expression de la science (-fiction), Captain Marvel est un être magique.
Et si  Superman dissimule son identité sous les traits du journaliste Clark Kent, le jeune orphelin Billy Batson échange sa place avec Captain Marvel. Il n’y a donc pas transformation comme avec Superman mais permutation. Billy Batson et Captain Marvel sont deux personnes différentes (l'ami Niko en parle très bien dans son livre).  
En outre le gros fromage rouge (The big red cheese) surnom dont le professeur Sivana affublera le protecteur de Fawcett City, vit des aventures beaucoup plus farfelues que son homologue de Metropolis sous les auspice des scénaristes Bill Parker (le co-créateur du personnage) puis Otto Binder.
Captain Marvel s’escrime dans un univers chatoyant face à un ver de terre génial ou un homme-crocodile, et côtoie un tigre qui parle (liste non-exhaustive). 
  


SHAZAM n°1 POP Magazine - Arédit - 1974
Le succès que va connaitre ce personnage tient certainement à plusieurs facteurs dont celui d'avoir un alter ego qui est un enfant comme la majorité du lectorat de l'époque.
Ensuite, le trait de C.C Beck est déjà très sûr et son style simple et dépouillé est très plaisant.
Mais ce n’est pas tout : Captain Marvel va se découvrir d’autres « lui-même » qui deviendront les trois Lieutenants Marvel, un Captain Marvel Junior (bien avant qu'il n'y ait un Superboy), une sœur jumelle Mary Bromfield qui deviendra Mary Marvel (bien avant Supergirl) et même une version animalière de lui-même Hoppy, sans oublier un oncle qui viendra grossir les rangs de la Famille Marvel au sens propre comme au figuré. En outre on peut également noter que Captain Marvel vole dés sa première aventure et avant son illustre modèle. 

Tous ces ingrédients vont valoir au personnage un immense succès à tel point qu'il paraîtra toutes les trois semaines pour devenir bimensuel après la guerre. Il sera également le premier personnage de comic book à avoir les honneurs d'un serial en 1941.
Tom Tyler est Captain Marvel 
... Début 45 (certaines sources avancent 1942), les aventures de Captain Marvel paraissent en Angleterre  chez l’éditeur londonien Miller & Son.
Si dans l’immédiate après-guerre les super-héros amorcent un déclin rapide outre-atlantique, il n’en est pas de même en Angleterre où Captain Marvel est une valeur sûre pour son éditeur.
Toutefois la poule aux œufs d’or va prendre du plomb dans l’aile. 


(À suivre ...)




dimanche 7 avril 2013

Le Serial

... Je vous propose aujourd'hui un article sur le serial, ces films assez courts diffusés en feuilleton dans les salles de cinéma avant le film principal de la soirée.
Ce livret est extrait de l'excellent collection consacrée aux serials chez BACH FILMS.
Il est l'oeuvre de Roland Lacourbe et s'intitule un monde fou fou fou fou ou l'étrange univers du serial.

vendredi 5 avril 2013

TRON par Igor & Grichka Bogdanoff (2/2)

Deuxième et dernière partie de Tron (le film), lue par les frères Bogdanoff : 

mercredi 3 avril 2013

TRON par Igor & Grichka Bogdanoff

Première partie (/2) du film Tron, raconté par Igor & Grichka Bogdanoff ...