mercredi 30 septembre 2015

Howard The Duck in Australia

Le saviez-vous ?

Maintenant oui, vous savez que Howard le Canard a connu une édition québécoise ; mais saviez-vous que Howard the Duck avez eu une édition australienne dans laquelle Beverly était devenue brune !? 
Source

mardi 29 septembre 2015

Gaston Lagaffe Classique 01

Un Gaston Lagaffe Classique pour la route :


lundi 28 septembre 2015

Nu-Men (Fabrice Neaud)

C'est dans un futur (approximativement 2050) profondément anxiogène que nous invite Fabrice Neaud avec ce premier album intitulé Guerre urbaine
Un cataclysme volcanique a dévasté les États-Unis, le Sida a décimé l'Afrique et en Europe les inégalités ont encore augmenté, et certaines partie du vieux continent ont été simplement et proprement (si je puis dire) balkanisées. C'est l'insurrection permanente.
L'extrême droite est en plein essor, les sans-papiers sont traqués, et les "migrants" constituent un flot ininterrompu.
Les médias ont atteint un stade de vulgarité plutôt élevé, c'est peu de le dire. 
la science a dans certains secteurs connu une avancée significative : on est capable ou du moins on a été capable de créer des méta-humains, la téléportation est une réalité pour certains, et on est même capable de "ralentir le temps".

Ce premier album est très dense tant en matière de personnages que d'informations.
Fabrice Neaud a la riche idée de se servir de la deuxième et troisième de couverture pour nous donner justement des informations sur ce futur, et ce de façon très ludique.

Ainsi pourvu d'une toile de fond extrêmement dense et solide mais jamais rébarbative ou superflue, Guerre urbaine réussi le pari d'accrocher son lecteur, du moins cela a été mon cas, et de l'emmener suivre les péripéties dans lesquelles va être entraîné Anton Csymanovski sergent de l'armée régulière européenne.

Du très très bon.

(À suivre .....)

dimanche 27 septembre 2015

Howard le Canard n°1 éditions Héritage (suite)


Extrait de la 4ème de couverture Le Guide des comics Héritage
Howard le Canard a été publié aux éditions Héritage de septembre 1976 à octobre 1979, pour ce qui correspond à un total de sept numéros U.S.
Les comic books étasuniens étaient divisés en deux parties, et étaient publiés en back-up (en série de complément) dans la série Les Mains de Shang-Chi Maître du Kung Fu.
Ibid
Cette revue d'abord mensuelle (du numéro 1 au numéro 41) passa bimestrielle sous forme de numéros doubles à partir du numéro 42-43 (janvier 1978). Howard y trouvera refuge du numéro 31 au numéro 41-43 puis dans les numéros 60-61 & 62-63.
Les 7 numéros ont été publiés dans l'ordre chronologique.

Voilà pour le côté rédactionnel, place maintenant à la deuxième partie du premier épisode :










(À suivre ?)

samedi 26 septembre 2015

Howard the Duck n°1 (version québécoise) Gerber & Brunner

Howard the Duck, la création de Steve Gerber & Val Meyerik au détour d'un épisode de Man-Thing (Giant-Size Man-Thing v.01 #04) a eu sa propre série dans les années 70 bien que le sort se soit acharné sur le palmipède à cigare.
Ainsi Roy Thomas, qui n'aimait pas le personnage avait demandé à Gerber de s'en débarrasser, Howard avait aussi provoqué l'ire de Disney et il a alors fallu le doter d'une paire de pantalons, plus tard Steve Gerber est entré en procès avec Marvel à son sujet ; et malgré toutes ces avanies Howard the Duck a fait son chemin dans le monde de la bande dessinée et même dans celui du strip de presse.
Gerber lui a même créé des avatars (dont l'un a été dessiné par Jack kirby en personne), et il est indéniable que Cerebus l’oryctérope de Dave Sim lui doit quelque chose.
Récemment, en Mars 2015, une nouvelle série a vue le jour sous les auspices de Chip Zdarsky & Joe Quinones toujours chez Marvel.
D'autre part, une réédition de ses premières aventures a été publiée en juillet 2015, du moins une première partie de ses aventures, dans un recueil devenu de fait pécuniairement plus accessibles que ce qui était disponible jusqu’alors.
Chris Bachalo/Generation X n°3
Toutefois, hormis une apparition remarquée (?) dans les aventure de Miss Hulk, un passage chez Generation X, ou la série Marvel Zombies,  Howard the Duck n'avait pas eu l'heur d'avoir ses aventures publiées en français.
Du moins de ce côté-ci de l'Atlantique car, nos cousins québécois ont eu droit aux aventures signées Steve Gerber & Frank Brunner grâce à l'éditeur Héritage.
Du moins à quelques unes des aventures.

Ainsi d'une manière cocasse mais pas si dénuée de sens que ça, Howard a pris place en back-up (série de complément) des magazines consacrés à Shang-Chi le Maître du Kung Fu, pas si dénuée de sens disais-je car Howard est aussi le maître du Quack Fu !

Mais trêve de bavardage, je suis fier de vous proposer le premier épisode d'Howard the Duck en version québécoise ou plutôt Howard le Canard, je remercie avec chaleur les amis de La Belle province et ceux de l’Hexagone qui m'ont permis de réaliser un souhait depuis (trop ) longtemps différé [-_ô]. 










vendredi 25 septembre 2015

La Guerre des Etoiles (vue par l'hebdomadaire Spirou en 1977)

Je vous avais proposé il y a quelque temps un retour 26 ans plus tôt au moment de la batmania, histoire de revoir comment était vue à l'époque l'arrivée du Caped Crusader dans l'Hexagone ; cette fois-ci c'est au tour de La Guerre des Etoiles.

Il s'agit d'un article paru le 20 octobre 1977, soit le lendemain de la sortie du film de George Lucas sur les écrans de France & de Navarre, extrait de l'hebdomadaire SPIROU (n°2062) :


jeudi 24 septembre 2015

Le Syndrome Infernal/It’s a Bird ! It’s a Plane ! Norman Spinrad

LE SYNDROME INFERNAL 
Superman par Ted Dawson
En tâtonnant maladroitement le docteur Félix Funck plaça une fois de plus une nouvelle bobine sur le magnétophone enfermé dans le tiroir central de son bureau, tandis que, une fois de plus, la capiteuse miss Jones en faisait entrer un. L’air songeur, le docteur Funck regarda longuement miss Jones dont la blouse blanche d’infirmière faisait très efficacement la publicité de son contenu sans toutefois révéler aucun de ces détails plus intimes et plus intéressants. Ah ! si seulement la vision par rayons X était vraiment possible… 
Ah ! si elle n’était pas simplement une part du syndrome infernal… 
— Ressaisis-toi, Funck, ressaisis-toi ! se dit Félix Funck pour la dix-septième fois ce jour-là. Il soupira, se résigna, et se tourna vers le jeune homme à l’air sérieux que miss Jones avait introduit dans son bureau. 
— Veuillez-vous asseoir, monsieur… ?
— Kent, docteur, dit le jeune homme en s’asseyant d’un air guindé au bord du fauteuil ultra-rembourré qui faisait face au bureau du docteur Funck. Clark Kent ! Le docteur Funck fit la grimace, puis un pâle sourire. 
— Pourquoi pas ? répondit-il, détaillant le jeune homme. (Le jeune homme portait un veston croisé bleu démodé et des lunettes à monture d’acier. Ses cheveux étaient bleu-acier.) « Dites-moi… monsieur Kent, sauriez-vous par hasard où vous vous trouvez ? 
— Certainement, docteur, répliqua nettement Clark Kent. Je suis dans un vaste hôpital psychiatrique de la ville de New York ! 
— Très bien, monsieur Kent. Et savez-vous pourquoi vous êtes ici ? 
— Je crois que oui, docteur Funck ! dit Clark Kent. Je souffre d’amnésie partielle ! Je ne me rappelle ni comment ni quand je suis arrivé à New York ! 
— Vous voulez dire que vous ne vous rappelez pas votre vie passée ? demanda le docteur Félix Funck. 
— Pas du tout, docteur ! dit Clark Kent. Je me rappelle tout jusqu’au moment où, il y a trois jours, je me suis soudain trouvé à New York ! Et je me rappelle ces trois derniers jours que j’ai passés ici ! Mais je ne me rappelle pas comment j’y suis arrivé. 
— Eh bien, alors, où viviez-vous avant de vous retrouver à New York, monsieur Kent ? 
— A Metropolis ! dit Clark Kent. Ça, je me le rappelle très bien ! Je suis journaliste au Daily Planet de Metropolis ! Enfin, je le suis si M. White ne m’a pas viré pour m’être absenté trois jours ! Il faut que vous m’aidiez, docteur Funck ! Je dois rentrer immédiatement à Metropolis ! 
— Eh bien, alors, tout ce que vous avez à faire c’est d’attraper le prochain avion, suggéra le docteur Funck. — Il ne semble pas y avoir le moindre vol de New York à Metropolis ! s’exclama Clark Kent. Pas de cars, ni de trains non plus ! Je n’ai même pas pu trouver un exemplaire du Daily Planet au kiosque de Times Square ! Je ne me rappelle même pas où est Metropolis ! C’est comme si une force maléfique avait effacé toute trace de Metropolis de la surface de la Terre ! C’est là mon problème, docteur Funck ! Il faut que je retourne à Metropolis, mais je ne sais pas comment faire ! 
— Dites-moi, monsieur Kent, dit lentement Funck, pourquoi au juste est-il si important que vous rentriez à Metropolis immédiatement ? 
— Eh bien… euh… il y a mon travail ! dit Clark Kent avec gêne. Perry White doit être furieux, à présent ! Et il y a ma petite amie, Lois Lane ! Enfin, ce n’est peut-être pas ma petite amie, mais disons que j’ai des espérances ! Le docteur Félix Funck eut un sourire de conspirateur. 
— N’y aurait-il pas quelque raison plus urgente, monsieur Kent ? dit-il. Quelque chose qui, peut-être, aurait un rapport avec votre Identité Secrète ? 
— I-identité Secrète ? bégaya Clark Kent. Je ne sais pas de quoi vous parlez, docteur Funck ! 
— Ah, voyons, Clark ! dit Félix Funck. Des tas de gens ont des Identités Secrètes. J’en ai une moi-même. Dites-moi la vôtre, et je vous dirai la mienne. Vous pouvez me faire confiance, Clark. Le serment d’Hippocrate, et tout ça. Avec moi votre secret ne courra aucun risque. 
— Mon secret ? De quel secret parlez-vous ? 
— Allons, voyons, monsieur Kent ! jeta Funck. Si vous voulez de l’aide, il vous faut jouer franc jeu avec moi. Ne me servez pas cette histoire de petit journaliste timide. Je sais qui vous êtes réellement, monsieur Kent. 
— Je suis Clark Kent, petit journaliste timide au Daily Planet de Metropolis ! insista Clark Kent. Le docteur Félix Funck plongea la main dans un tiroir du bureau et en sortit un petit bout de rocher recouvert de peinture verte. 
— Qui, s’exclama-t-il, est en réalité Superman, plus rapide qu’une balle de fusil, plus puissant qu’une locomotive, capable de sauter d’un seul bond par-dessus des immeubles ! Savez-vous ce qu’est ceci ? vociféra-t-il en fourrant le caillou vert sous le nez de l’infortuné Clark Kent. C’est de la Kryptonite, voilà ce que c’est, de l’authentique Kryptonite dûment brevetée ! Quel effet est-ce que ça vous fait, ça, Superman ? Clark Kent, qui est en réalité l’Homme d’Acier, essaya de dire quelque chose, mais avant de pouvoir émettre un son, il sombra dans l’inconscience. Le docteur Félix Funck tendit la main au-dessus du bureau et déboutonna la chemise de Clark Kent. Oui, bien sûr, sous son costume de ville, Kent portait des sous-vêtements mangés aux mites et teints en bleu ; sur la poitrine était grossièrement cousu un « S » rudimentaire en tissu. 
— Un cas classique…, marmonna le docteur Funck pour lui-même. Tout droit sorti d’un manuel. Même perdu ses pouvoirs imaginaires quand je lui ai montré la Kryptonite bidon. Encore un travail pour Superjivaro ! Ressaisis-toi, Funck, Ressaisis-toi ! se dit, une fois de plus, le docteur Félix Funck. Secouant la tête, il sonna les infirmiers. Après que les infirmiers eurent emporté Clark Kent n° 758, le docteur Félix Funck tira un tas d’illustrés d’un tiroir, les étala sur son bureau, les fixa d’un œil inexpressif et gémit. Le Syndrome de Superman était en train d’échapper à tout contrôle. Rien que dans ce seul hôpital, il y avait déjà 758 cas répertoriés du Syndrome de Superman, songea-t-il lugubrement, et dans la salle des arrivées dieu sait combien de Superdingues qui attendent de l’être. 
— Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? marmonna Funck en tirant sur ses cheveux qui se clairsemaient rapidement. La raison de base, la raison fondamentale, inéluctable, incurable, il le savait, c’était, bien sûr, que le monde était plein de Clark Kent. Des hommes humbles et bien gentils. Des perdants-nés. Et, bien sûr, aucun d’entre eux n’avait de lui-même une image de minable. Toute souris a besoin de se voir comme un lion. Tout le monde a une Identité Secrète, se fait de soi une image rêvée, avec des pouvoirs fantastiques, une capacité de faire face à des situations normalement impossibles… Même les psychiatres ont des Identités Secrètes, songea distraitement Funck. Après tout, qui sinon Superjivaro en personne pourrait faire face à un service plein de Supermen ? Superjivaro ! Plus puissant qu’un psychotique en crise ! Capable de diagnostiquer des névroses entières en une seule séance ! Plus fort que Freud ! Plus rapide que Reich ! Qui, sous le déguisement du docteur Félix Funck, responsable chauve et harassé du Service du Syndrome de Superman d’un vaste asile de dingues de la grande ville, mène une guerre inlassable pour l’Adaptation, l'Analyse Néo-Freudienne, la Réforme des Honoraires Médicaux et le Mode de Vie Américain ! Ressaisis-toi, Funck ! Ressaisis-toi ! Chez le meilleur d’entre nous, songea Funck, il y a un petit Clark Kent qui sommeille. Et c’est pourquoi Superman était depuis longtemps passé dans le folklore. Superman et son alter ego Clark Kent étaient l’expression parfaite, nue, du dilemme humain (Kent) et de la satisfaction imaginaire correspondante (l’Homme d’Acier). Il était normal que les enfants assimilent ce mythe synthétique dans leurs petits inconscients malpropres. Mais il était également normal qu’ils l’abandonnent en grandissant. Quelques tendances schizoïdes dans l’enfance n’ont jamais fait de mal à personne. Tous les mômes sont un peu siphonnés, raisonna Funck, non sans sagacité. Si seulement quelqu’un avait abattu Andy Warhol avant qu’il ne soit trop tard ! C’est ce qui avait tout déclenché, qui avait remué toute cette vase, pensa Funck : la vogue du Pop Art. Brusquement les bandes dessinées avaient cessé d’être des conneries pour les mômes, brusquement elles étaient devenues de l’Art avec un grand A, un énorme A majuscule. Les comics étaient dans le vent, ils étaient cool, et de soi-disant adultes n’avaient même plus honte de les faucher aux moufflets pour les lire eux-mêmes. Partout en Amérique, des hommes humbles et bien élevés avaient fait demi-tour et s’étaient mis à revivre leur enfance à travers les Comics. Des milliers de minables humbles et bien élevés s’étaient mis, de nouveau, à s’identifier avec le journaliste humble et bien élevé du Daily Planet de Metropolis. C’était comme de se retrouver chez soi. Superman était la parfaite incarnation de la satisfaction imaginaire. Personne ne doutait qu’il pût pulvériser James Bond, sauter d’un seul bond par-dessus un embouteillage sur la Voie Express de Long Island, voir à travers les vêtements des femmes grâce à sa vision rayons-X, et pan, le Syndrome de Superman ! Premier stade : la victime s’identifiait avec l’archétype de toutes les pauvres noix : Clark Kent. Deuxième stade : ils commençaient de plus en plus à se prendre pour Clark Kent ; ils commençaient à rêver qu’ils étaient Superman. Troisième stade : un instant d’intense frustration, la rebuffade de quelque image-de-Lois-Lane, l’engueulade par quelque substitut de Perry White, et quelque chose claquait, et ils étaient dans les griffes du Syndrome de Superman. D'ordinaire, cela débutait secrètement. La victime se procurait des sous-vêtements à caleçons longs, cousait un « S » dessus, et prenait l’habitude de le porter occasionnellement sous ses vêtements de ville, dans les moments de tension. Mais une fois la première et fatale étape franchie, le Syndrome de Superman était irréversible. La victime prenait l’habitude de porter le costume tout le temps. Tôt ou tard, l’épreuve et la tension de la réalité devenaient insupportables, et un état de fugue en résultait. Durant la fugue, la victime se teignait les cheveux en bleu acier Superman, achetait un complet veston bleu croisé et des lunettes à monture d’acier, oubliait qui elle était, et s’éveillait un matin avec un ensemble de souvenirs sortis tout droit de la bande dessinée. Elle était Clark Kent, et il lui fallait rentrer à Metropolis. C’est déjà assez moche que des milliers de cinglés se baladent dans la nature en se prenant pour Clark Kent. Mais l’aspect horrible de la chose, c’était que Clark Kent était aussi l’Homme d’Acier. Ce qui signifiait que des milliers d’adultes sautaient du haut des immeubles, essayaient d’arrêter des locomotives à mains nues, s’attaquaient dans les rues à des criminels armés et, d’une manière générale, s’employaient à se faire hara-kiri. Ce qui était pire, c’est qu’il y avait tant de Superdingues qui surgissaient de partout qu’à présent tout le monde, dans le pays, avait vu au moins une fois Superman, et il y en avait suffisamment qui avaient réussi un exploit quelconque (sauver une petite vieille d’une bande de casseurs, faire rater un hold-up maladroit simplement en se mettant dans les jambes des braqueurs) pour qu’il devienne rapidement impossible de convaincre les gens que Superman n’existait pas. Et plus les gens arrivaient à se convaincre que Superman existait, plus il y en avait qui tombaient victimes du Syndrome, et plus les gens étaient convaincus… Funck poussa un grognement. Il y avait même un commentateur de télévision bien connu qui avait suggéré en plaisantant que Superman était peut-être réel, et que les dingues étaient ceux qui n’y croyaient pas. Serait-ce possible ? se demanda Funck. Si la santé mentale se définit selon la norme, selon l’état de la majorité de la population, et si la majorité de la population croit à Superman, alors peut-être que quiconque ne croit pas à Superman est dingue… Si les dingues étaient équilibrés, et que les gens équilibrés soient en réalité des dingues, et si les dingues étaient en majorité, alors la vérité devrait être que… 
— Ressaisis-toi, Funck ! cria à haute voix le docteur Félix Funck. Il n’y a pas de Superman ! Il n’y a pas de Superman ! Funck fourra les illustrés dans le tiroir et appuya sur un bouton de son interphone.
 — Vous pouvez faire entrer le prochain Superlouf, miss Jones, dit-il. La capiteuse miss Jones semblait rougir tout en introduisant le patient suivant dans le bureau du docteur Funck. Celui-ci avait quelque chose de troublant, estima aussitôt Funck. Il avait les lunettes habituelles et l’habituel complet bleu croisé, mais sur lui ça avait presque bonne allure. Il était bâti comme une armoire à glace, et la teinture bleu-acier de ses cheveux paraissait du boulot de professionnel. Funck sentit l’argent. Un des pouvoirs de Superjivaro, après tout, c’était la capacité surnaturelle de calculer instantanément le relevé de banque d’un client potentiel. Peut-être y aurait-il un moyen de mettre la main sur celui-ci et de s’en faire un client personnel… 
— Prenez un siège, monsieur Kent, dit le docteur Funck. Vous êtes Clark Kent, n’est-ce pas ? Clark Kent s’assit sur le bord du fauteuil, son large dos raide comme la justice. 
— Eh bien, mais oui, docteur ! dit-il. Comment avez-vous su ? 
— J’ai lu vos trucs dans le Daily Planet de Metropolis, monsieur Kent, dit Funck. (Il faut vraiment que je l’emballe, celui-ci, pensa-t-il. Il y a de l’argent là-dessous. Ce boulot de teinture est si bon qu’il a dû au moins lui coûter cinquante sacs ! c’est vraiment du travail pour Superjivaro !) Eh bien, qu’y a-t-il au juste qui a l’air de ne pas aller, monsieur Kent ? dit-il. 
— C’est ma mémoire, docteur ! dit Clark Kent. Il semble que je souffre d’une forme étrange d’amnésie ! 
— Tiens-doooonc…, dit Félix Funck d’un ton apaisant. Serait-il possible que… que vous vous soyez soudain retrouvé à New York sans savoir comment vous y étiez venu, monsieur Kent ? dit-il. 
— Mais c’est stupéfiant ! s’exclama Clark Kent. Vous avez raison sur toute la ligne ! 
— Et se pourrait-il aussi, suggéra Félix Funck, que vous ayez le sentiment que vous devez rentrer immédiatement à Metropolis ? Mais que vous ne puissiez trouver aucun avion, ni train, ni car qui aille là-bas ? Que vous ne puissiez trouver d’exemplaire du Daily Planet dans les kiosques ? Qu’en fait, vous ne puissiez même pas vous rappeler où se trouve Metropolis ? Clark Kent avait les yeux exorbités. 
— Fantastique ! s’exclama-t-il. Comment avez-vous pu savoir tout cela ? Serait-ce que vous n’êtes pas un psychiatre ordinaire, docteur Funck ? Serait-ce que le docteur Félix Funck, responsable chauve et harassé d’un service dans un vaste asile de dingues de la grande ville est en réalité… Superjivaro ? 
— Hyargh ! dit le docteur Félix Funck. 
— Ne vous en faites pas, docteur Funck, dit Clark Kent sur un ton de franche camaraderie, avec moi, votre secret ne court aucun risque ! Nous-autres super héros devons nous serrer les coudes, non ? 
— Gurkh ! dit le docteur Félix Funk. (Comment se pouvait-il qu’il sache ? pensa-t-il. Bon sang, il fallait qu’il soit… gasp ! C’était ridicule. Ressaisis-toi, Funck, Ressaisis-toi ! Et d’abord, qui est le psychiatre ici ?) « Ainsi vous savez que Félix Funck est Superjivaro, hein ? rusa-t-il. Alors vous devez également savoir que vous ne pouvez rien me dissimuler. Que je connais aussi votre Identité Secrète. 
— Identité Secrète ? dit sagement Clark Kent. Qui, moi ? Mais tout le monde sait que je ne suis qu’un petit journaliste bien élevé dans un grand journal de… Poussant un Whoop sauvage, le docteur Félix Funck bondit brusquement à moitié par-dessus son bureau et arracha la chemise de Clark Kent médusé, révélant un uniforme collant bleu avec un « S » rouge dans un écusson sur sa poitrine. Là aussi c’était du travail de professionnel, apprécia Funck en connaisseur. 
— Aha ! s’exclama Funck. Ainsi Clark Kent, petit journaliste timide et bien élevé, est, en réalité, Superman ! — Ainsi mon secret est découvert ! fit stoïquement Clark Kent. J’espère bien que vous croyez en la Vérité, la Justice et le Mode de Vie Américain ! 
— Ne vous inquiétez pas, mon vieux Clark. Avec moi votre secret ne court aucun risque. Nous autres super héros devons nous serrer les coudes, non ? 
— Absolument ! dit Clark Kent. Et maintenant, au sujet de mon problème, docteur… 
— Votre problème ? 
— Comment vais-je rentrer à Metropolis ? demanda Clark Kent. En ce moment, les forces du mal doivent s’en payer ! — Écoutez, dit le docteur Funck. D’abord, il n’y a pas de Metropolis, pas de Daily Planet, pas de Lois Lane, pas de Perry White, et pas de Superman. Tout ça n’est que de la B.D., mon ami. Clark Kent considéra le Dr Funck l’air inquiet. — Est-ce que vous vous sentez bien, docteur ? demanda-t-il avec sollicitude. Êtes-vous sûr que vous n’avez pas trop travaillé ? Tout le monde sait que Superman existe ! Dites-moi, docteur Funck, quand avez-vous remarqué pour la première fois ce mal étrange ? Quelque traumatisme infantile ne vous aurait-il pas conduit à nier mon existence ? Peut-être que votre mère…
 — Laissez ma mère en dehors de ça ! vociféra Félix Funck. Et d’abord, qui est le psychiatre, ici ? Je ne veux plus entendre de saletés sur ma mère. Superman n’existe pas, vous n’êtes pas Superman et je peux vous le prouver ! Clark Kent hocha la tête avec gentillesse. 
— Bien sûr que vous pouvez, docteur Funck ! dit-il d’une voix apaisante. 
— Écoutez ! Écoutez ! Si vous étiez Superman vous n’auriez aucun problème. Vous… (Funck jeta un regard nerveux à travers la pièce. Son bureau était situé au dixième étage. Il avait une fenêtre. La fenêtre avait des barreaux d’acier de trois centimètres d’épaisseur. Il ne peut pas se blesser, pensa Funck. Alors, pourquoi pas ? Lui faire regarder la réalité en face, et briser l’illusion !) 
— Vous disiez, docteur ? dit Clark Kent. 
— Si vous étiez Superman, vous n’auriez pas à vous inquiéter de trouver des trains, ou des avions ou des cars. Vous pouvez voler, non ? Vous pouvez courber l’acier de vos mains nues ? Eh bien alors, pourquoi n’arrachez-vous pas simplement les barreaux et ne rentrez-vous pas à Metropolis en volant ? 
— Mais… mais vous avez absolument raison ! s’exclama Clark Kent. Bien sûr ! 
— Ah…, dit Funck. Eh bien vous voyez que vous avez été victime d’une illusion. On avance, on avance. Mais n’allez pas penser que vous êtes déjà complètement guéri. Même Superjivaro n’est pas fort à ce point. Il va encore falloir de nombreuses heures de consultation privée, au modeste tarif de cinquante dollars seulement. Nous devons dévoiler les causes psychosomatiques de base qui ont fait que… 
— De quoi parlez-vous ? s’exclama Clark Kent, bondissant du fauteuil et s’extrayant de son complet à une vitesse aveuglante, révélant un costume de Superman grandeur nature, y compris une cape écarlate d’aspect coûteux que Funck reluqua avidement. Il s’élança d’un saut à la fenêtre. 
— Bien sûr ! dit Superman. Je peux courber l’acier de mes mains nues ! (En disant ces mots, il courba de ses mains nues les barreaux d’acier de trois centimètres d’épaisseur-comme s’il s’agissait d’autant de bâtons de réglisse et il bondit sur le rebord de la fenêtre.) 
— Merci pour tout, docteur Funck ! dit-il. Hop ! Hop ! En avant ! Il étendit vivement les bras et sauta de la fenêtre du dixième étage. Horrifié, Funck s’élança d’un bond à la fenêtre et regarda, s’attendant à voir un horrible gâchis sur le trottoir en contrebas. Mais en fait, une silhouette en cape, rapetissant rapidement au loin, planait au-dessus de l’horizon new-yorkais. De la rue bondée en contrebas, des cris stridents montèrent jusqu’aux oreilles du docteur Félix Funck. 
— Regardez ! Là-haut dans le ciel ! 
— C’est un oiseau ! 
— C’est un avion ! 
— C’est SUPERMAN ! Le docteur Félix Funck regarda l’Homme d’Acier exécuter un élégant looping à gauche et virer plein ouest au niveau de l'Empire State Building. Pendant un bref instant, le docteur Funck fut médusé, abasourdi. Puis il comprit ce qui s’était passé et ce qu’il devait faire.
 — Il est cinglé ! cria Félix Funck. Ce type est dingue ! Il est complètement ravagé ! Il se prend pour Superman et il est tellement dingue qu’il est Superman ! Ce type a besoin d’aide ! Et ça, c’est un travail pour SUPERJIVARO ! En disant ces mots, le docteur Félix Funck bondit sur le rebord de la fenêtre, ôta son costume de ville, révélant ainsi un collant rouge luisant écussonné d’un grand « S » bleu, et sauta par la fenêtre en hurlant : Attends-moi, Superman, pitoyable névrosé, attends-moi ! Le docteur Félix Funck, qui après tout, est, en réalité Superjivaro vira plein ouest et au-dessus de l’Hudson prit la direction de Metropolis, quelque part au-delà de Secaucus (New Jersey). 

It’s a Bird ! It’s a Plane ! 1969 - Traduction Patrick Duvic - Extrait du recueil Au cœur de l'orage

lundi 21 septembre 2015

You are Judge Dredd (Bryan Talbot/Pat Mills/T.B Grover)

En octobre 1986 "Le magazine du jeu de rôle" dixit l'éditorial de ce premier numéro, Chroniques d'outre-monde propose une bande dessinée intitulée You are Judge Dredd in House of Death "une B.D.-jeu d'un nouveau genre..." comme le précise le sommaire.
Il s'agit d'une bande dessinée dont vous êtes le héros, et dans laquelle vous êtes le Judge Dredd.
Elle a paru originalement dans le magazine 2000AD's Diceman publié par IPC Magazines Ltd., l'éditeur qui publiait alors 2000 AD la revue où exerçait justement le Judge Dredd.
On retrouve dans l'équipe aux commandes de ce magazine des noms connus comme celui Pat Mills (le créateur de 2000 AD) ou encore Kevin O'Neil (le co-créateur de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires avec Alan Moore par exemple), des auteurs qu'on l'on lisait justement dans 2000 AD le megazine de BD britannique. [-_ô]
2000 AD's DICEMAN #1
L'idée d'une bande dessinée "dont vous êtes le héros" à l'instar des romans du même type m'a toujours séduite, cependant le peu d'expérience que j'ai eu dans le domaine des romans de ce type m'a toujours laissé un goût d'inachevé.
Malheureusement, les histoires étaient dans l'ensemble d'une niveau assez bas. Pourtant je crois que ce genre de livre, écrit par des pointures, des page-turner, aurait pu être un sacrément bon divertissement.
idem pour la BD. 
Et à l'heure actuelle avec les liens hypertextes, il y des possibilités qui me semble prometteuses. Ceci étant, c'est peut-être le cas, il y a longtemps que je ne me suis plus intéressé à ce genre d'activité.
Bon, revenons à ce qui nous occupe.

Je vous propose la version française de You are Dredd qui a été publié dans le n°1 de Chroniques d'outre-monde, cette histoire est dessinée par rien de moins que Bryan Talbot (Grandville, L'Histoire d'un vilain rat, Alice in Sunderland, Les Aventures de Luther Arkwright, etc...  
















(À suivre ... ?)