lundi 30 novembre 2015

Jerry Cornelius : La Rencontre de Pékin (M. Moorcock)

... Michael Moorcock est né en 1939. Il a été rédacteur en chef de la revue britannique New Worlds, de 1964 à 1973.

« Sous sa direction, New Worlds a favorisé le développement de toute une génération d’écrivains à l’esprit spéculatif et a permis à des auteurs plus âgés comme Brian Aldiss et J. G. Ballard de publier des œuvres qui n’auraient pas été acceptées ailleurs. »
Norman SPINRAD, The New Tomorrows, Belmont Tower Books, 1971.

 « Moorcock (…) était loin d’être épuisé par son poste à New Worlds, car il a écrit un flot de romans. Certains de ses contes étaient destinés à soutenir la revue, et n’étaient que des textes alimentaires. Mais il y a eu aussi la création de Jerry Cornelius (…). Dans les histoires de Cornelius se rencontrent les univers de Ronald Firbank et de Ian Fleming ; Cornelius représente plusieurs aspects de présent projetés dans un futur mondial style « art déco », où Ladbroke Grove est une destination aussi importante que l’a toujours été Alpha du Centaure. »
Brian ALDISS, Billion Years Spree, Weidenfeld, 1973.

« Le meilleur – ou peut-être conviendrait-il de dire le pire – exemple de la Nouvelle Vague est incorporé dans les romans et nouvelles centrés sur un personnage composite appelé Jerry Cornelius, produit d’un mélange de styles et d’intrigues chaotiques avec un protagoniste caméléon où se combinent à l’occasion les caractéristiques de James Bond, du docteur Frankenstein, du chevalier d’Éon, de Jack l’Étrangleur et tout ce qui peut venir à l’esprit. Le programme final, de Michael Moorcock, fut le premier roman de Jerry Cornelius à paraître en volume, mais il a été permis à d’autres écrivains d’utiliser le personnage dans des morceaux de longueurs diverses et d’une variété remarquablement sauvage, le genre de chose que l’on trouve dans les parodies scolaires. »
Donald WOLLHEIM, Les faiseurs d’univers, Laffont, 1974.



 LA RENCONTRE DE PÉKIN
 par 
Michael MOORCOCK

1

Venant des terres occidentales riches et vallonnées, Jerry Cornelius parvint en Chine, un vibragun à la hanche et un généreux message dans le cœur. Un mètre quatre-vingt-dix, plutôt gras, vêtu d’une barbe et d’un uniforme de guérillero cubain ; seuls ses yeux trahissaient son origine ou, quand il bougeait, ses mouvements. Ensuite, les gens reconnaissaient l’uniforme pour ce qu’il était réellement et ceux qui l’avaient tout d’abord admiré le détestaient, tandis que ceux qui l’avaient méprisé se mettaient à l’aimer. Pour sa part, il les aimait tous, il les embrassait tous. Sur le rivage d’un grand lac reflétant la pleine lune se tenait une haute pagode en ruine, les murs décorés d’une mosaïque délavée, rouge, bleu pâle et jaune. Dans la pièce poussiéreuse du premier étage, Jerry servit du Wakayama Sherry à trois généraux embarrassés dont la décision de le rencontrer dans cette lointaine province n’avait été qu’une question d’instinct.
 — Copieux, murmura un général en examinant son verre. Jerry regarda la langue rose glisser entre les lèvres et disparaître sur le côté gauche de la bouche.
— La tension, commença prudemment un second général. La tension. Jerry haussa les épaules et traversa vivement la pièce. Il alla jusqu’à la natte qui était posée en face d’eux, s’assit et replia les jambes sous lui. Une ombre passa devant la lune. Le troisième général jeta un regard vers la mosaïque qui se désagrégeait sur le mur. — Deux fois seulement depuis… Jerry acquiesça d’un air tolérant. Heureusement pour Jerry, ils parlaient tous en bon mandarin, avec une sorte de honte inquiète, comme des collabos craignant des représailles de leurs compatriotes.
— Comment ça se passe maintenant, là-bas ? demanda un des généraux, désignant l’ouest de la main.
— C’est sauvage et tranquille, dit Jerry. Comme toujours.
— Mais les bombardements américains…
— Une distraction, c’est vrai. Jerry se gratta la paume. Les yeux du premier général s’écarquillèrent.
— Paris rayé de la carte, Londres anéanti, Berlin en ruine…
— Vous avez bien profité de vos amis avant de les condamner. L’ombre avait maintenant disparu. Le troisième général écarta les longs doigts de sa main droite.
— Mais la destruction… Dresde et Coventry n’étaient rien. Trente jours… le ciel noirci par les avions des pirates yankees, une pluie constante de napalm, des millions de morts. – Il avala son Sherry. – Cela a dû ressembler à la fin du monde… Jerry fronça les sourcils.
— Je le crois, dit-il. Mais ce n’est pas la peine d’en faire toute une histoire, pas vrai ? Finalement tout ne va-t-il pas pour le mieux ? Le général parut exaspéré.
— Vous autres…

2

La tension aboutissant à l’équilibre : les signes de conflits maintiennent la paix. Question d’interprétation.

3

 Ayant été Elric, Asquiol, Minos, Aquilinus, Clovis Marca, il était maintenant, et à jamais, Jerry Cornelius le valeureux, le fier prince des ruines, le patron des voyages. Faustaff, Muldoon, l’éternel champion…
Il ne se passait pas grand-chose dans le centre temporel, ce jour-là ; des cavaliers fantômes chevauchaient des destriers squelettiques, traversant des mondes aussi fantastiques que ceux de Bosch ou de Breughel, et à l’aube, quand des nuages de flamants roses géants s’élancèrent de leurs nids de roseaux pour tournoyer dans le ciel en de bizarres danses rituelles, une silhouette fière et fatiguée descendit au bord du marais et observa, par-dessus le lac, les étranges configurations des lagunes sombres et des îles brunes qui lui apparaissaient comme des hiéroglyphes d’un langage très ancien. (Le marais avait été autrefois son refuge, mais maintenant il le craignait ; il était rempli de ses larmes.)
Cornelius ne craignait que la peur elle-même, et il avait écarté son albinos de cette scène ; il s’éloigna tristement ; sa longue crinière flottait derrière lui et, de loin, il ressemblait à une madone aux cheveux d’or longeant les lagunes.

4

 Imposition de l’ordre sur le paysage ; la vision romantique de l’âge de la raison, l’âge de la peur. Avec cependant l’incontestable rythme des sphères, la présence de Dieu. Les consolations de la discipline ; l’agonie presque intolérable de l’ordre intransigeant. La Loi et le Chaos. Le visage de Dieu, le centre de la personnalité : « Car seul l’esprit de l’homme est libre d’explorer le vaste infini du cosmos, de transcender la conscience ordinaire, et de parcourir les passages souterrains du cerveau humain et leurs dimensions sans limites. L’univers et l’individu sont liés : chacun reflète l’autre, et chacun contient l’autre. » (Chronique de l’Épée Noire.)

5

C’était extrêmement subtil, pensa-t-il en observant les eaux du lac par la fenêtre. Dans une autre pièce, les généraux dormaient. Très souvent, l’apparition d’une chose coïncidait presque exactement avec celle de son opposée diamétrale. Le lac ressemblait à une tranquille étendue d’argent ; même les roseaux paraissaient être des fils d’or pâle et les héros endormis auraient pu être ciselés dans du jade blanc. Était-ce là le mystère ultime ? Il regarda sa montre. C’était l’heure de dormir.

6

 Dans la matinée, les généraux emmenèrent Cornelius jusqu’à l’endroit où s’était écrasé le F111-A. Il était en assez bon état, une aile tordue et la queue arrachée, son pilote écrasé était encore aux commandes, une main inerte sur le levier d’éjection. L’avion se trouvait dans l’ombre de la colline, à moitié dissimulé par une saillie. Jerry hésitait à l’approcher.
— Nous espérons obtenir une réponse précise, dit un général.
— Précise, répéta Jerry en fronçant les sourcils ; ce n’était pas son jour.
— Quelle a été la nature exacte de la catastrophe ? demanda un des autres généraux. Jerry se força à grimper sur le fuselage de l’avion et à prendre une pause dont il savait qu’elle impressionnerait les généraux. Il devenait important pour lui d’accélérer les choses autant qu’il le pouvait.
— Que voulez-vous dire par là ? demanda un général en levant les yeux vers lui, mais Jerry n’était pas sûr que cette question lui fût destinée. Qu’est-ce que cela signifie pour vous, Mr. Cornelius ? Jerry se sentit coincé.
— Signifie ? Il passa la main sur le métal troué, toucha l’insigne de l’U.S.A.F., l’étoile, le disque, la bande. — On pourrait le mettre au musée, dit le premier général, avec les cinquante-huit Thunderbirds, bien sûr, et tout le reste. Mais comment faire pour la terre ? Il fit un geste en direction de la plaine bleu-vert qui s’étendait derrière leur jeep.
— Je ne comprends pas, ajouta-t-il.
Jerry fit semblant d’examiner la colline. Il ne voulait pas que les généraux le voient pleurer. Plus tard, ils s’entassèrent tous dans la jeep et traversèrent en trombe la plaine de poussière, se protégeant la bouche et les yeux de leur mouchoir. En retournant à la pagode près du lac, un des généraux regarda le paysage monotone d’un air pensif.
— Bientôt, tout cela va être remis en état. Le général toucha un objet carré dans une poche de son uniforme. Le bruit rauque d’une fanfare chinoise s’éleva aussitôt. Des hérons s’affolèrent parmi les roseaux et s’élancèrent dans le ciel.
— Vous pensez que nous devrions laisser l’avion où il se trouve, n’est-ce pas ? déclara le général Way Hahng. Cornelius haussa les épaules. Mais il fut content de voir que le contact était pris.

7

 La locomotive à vapeur, lourde et démodée, s’arrêta péniblement. Derrière elle, les wagons délabrés se bousculèrent un moment avant de s’arrêter. La vapeur jaillit sous la locomotive et le mécanicien chinois observa la plaine par-dessus leurs têtes pendant qu’ils descendaient de la jeep pour s’approcher du train. Quelques paysans occupaient les wagons. Un seul d’entre eux lança un regard furtif par la fenêtre avant de détourner la tête. Les paysans, hommes et femmes, portaient des salopettes rouges. Marchant jusqu’au genou dans l’épaisse vapeur, ils montèrent dans le wagon qui se trouvait juste derrière le tender. La locomotive se remit en route. Jerry s’étendit en travers du rude siège de bambou et fit sauter une esquille de sa manche. On pouvait voir au loin les montagnes brumeuses. Il lança un regard vers le général Way Hahng, mais celui-ci s’efforçait de défaire la boucle de sa ceinture. Jerry pencha la tête en arrière et aperçut la jeep, abandonnée près des rails. Il mit en marche son visiphone de poche et le dirigea vers la fenêtre. Des silhouettes incertaines se mirent à danser sur la vitre au rythme de la musique qui remplissait le wagon. Les généraux furent surpris, mais ne dirent rien. La chanson était Hello Goodbye, des Beatles.
Ce n’était pas approprié. Jerry l’arrêta. Après tout, pensa-t-il, peut-être est-ce approprié. Chaque pièce a deux faces.
Il éclata de rire. Le général Way Hahng lui lança un rapide coup d’œil désapprobateur, mais rien de plus.
 — J’ai entendu dire que, dans l’ouest, on vous appelait le Corbeau, dit un autre général.
— Seulement au Texas, répondit Jerry, encore secoué par le rire.
— Ah oui, au Texas. Le général Way Hahng se leva pour aller aux toilettes. Une fois sa veste retirée, on pouvait voir que le pantalon serré du général renfermait deux jolies fesses rondes. Jerry les observa et fut enthousiasmé. Il n’avait jamais vu de fesses pareilles. L’uniforme légèrement froissé les rendaient encore plus attrayantes.
— Et à Los Angeles ? demanda un autre général. Comment vous appelle-t-on à Elay ?
— Le Gros, répondit Jerry. 8 « Bien qu’il fût physicien, il savait que les objets biologiques importants allaient par paires. » (Watson, The Double Helix.) « La sinologie, comme la cuisine chinoise, il y en a deux sortes… » (Enright, Encounter, juillet 1968). 9 Le général Lee les retrouva devant la gare. Ce n’était guère plus qu’un plancher de bois surélevé, entre la ligne de chemin de fer et le Fleuve Jaune. Il serra la main de Jerry.
— Toutes mes excuses, dit-il. Mais, étant donné les circonstances, j’ai pensé qu’il était préférable de nous rencontrer ici plutôt qu’à Weifang.
— Combien de temps vous reste-t-il ? Le général Lee sourit et écarta les bras.
— Vous le savez bien, Mr. Cornelius. Ils marchèrent jusqu’à l’endroit où était parquée la voiture de l’équipage du grand Phantom IV.
Le général Way Hahng cria par la fenêtre tandis que le train repartait.

— Nous allons continuer jusqu’à Tientsin et nous reviendrons de là-bas. Nous vous attendrons, Mr. Cornelius. Jerry leur fit au revoir. Le général Lee était vêtu d’un costume de l’Ivy League(6) qui brillait un peu et dont une manche s’effilochait légèrement. Il était presque aussi grand que Jerry, avec un visage rond, des yeux maussades et des favoris noirs. Il retourna le salut de son chauffeur en ouvrant personnellement la porte de la limousine devant Jerry. Ce dernier entra. Ils s’assirent dans la voiture immobile et regardèrent le fleuve. Le général Lee posa une main sur l’épaule de Jerry, qui sourit à son ami.
— Alors, dit finalement le général, qu’est-ce que tu en penses ?
— Je pense que je pourrai y arriver. Je crois que ça commence à marcher avec Way Hahng. Lee se frotta le coin de la bouche avec l’index.
— Oui. Je pensais que ça serait Way Hahng.
— Je ne peux rien te promettre, dit Jerry.
 — Je sais.
— Je ferai de mon mieux.
— Bien sûr. Et ça va marcher. Pour le meilleur ou pour le pire, ça va marcher.
— Pour le meilleur ou pour le pire, général. Je l’espère.

10

 — C’est trop, dit Jerry, de retour dans la pagode, tandis qu’ils buvaient du thé dans des bols mandchous tout craquelés et mangeaient des biscuits dans d’élégantes assiettes en polystyrène dérobées dans les usines de Shimabara ou de Kure. Les généraux froncèrent les sourcils.
— Trop ?
— Mais, la logique… commença le général Way Hahng, le plus joli des trois.
— Exact, répondit Jerry, qui était maintenant amoureux des généraux, et très épris du général Way Hahng. Pour ce général en particulier, il était prêt (temporellement ou métatemporellement, selon l’humeur) à compromettre ses principes, ou au moins à ne pas exprimer tout ce qu’il pensait. Exaspéré par lui-même, il grogna.
— Faux. Le général Way Hahng parut désappointé.
— Mais vous aviez dit…
— Je voulais dire « Exact », corrigea Jerry. Cela ne servait à rien. Mais plus vite ce serait terminé et mieux cela vaudrait. Quelque chose devait céder rapidement. Ou, du moins, quelqu’un. Il se souvint brusquement du grand enthousiasme qui avait soulevé les peintres américains immédiatement après la guerre et un Pollock lui vint à l’esprit.
— Bon sang.
 — C’est une question de mathématiques, d’histoire, dit le second général. La respiration de Jerry s’était accélérée.

11

 — Je ne lis pas le français, déclara le général Way Hahng, rendant dédaigneusement à Jerry la feuille de papier. C’était la première fois qu’ils étaient seuls tous les deux. Jerry soupira.

12

 UN CRI.

13

 Comme toujours, c’était une question de gestes. Il se rappelait la façon dont l’aile du F111-A s’était tordue, cachant le ventre de l’appareil. Quelle que soit l’erreur – et peut-être y en avait-il une – il était prêt à la supporter. Après tout, son admiration et son enthousiasme avaient été grands autrefois, et c’était le genre de choses qu’on ne pouvait pas oublier ; le sentiment de perte demeurait, quoi qu’on fasse pour le cacher. Ne pouvait-il pas continuer à être généreux, même si c’était bien plus difficile ? Il haussa les épaules. Il avait essayé plus d’une fois et avait été trop souvent rejeté. Une séparation nette serait la meilleure chose. Mais l’envie de faire encore un geste – de sympathie, de compréhension, d’amour – était toujours là. On ne pouvait pas se méprendre sur un tel geste, et il était, après tout, le maître forgeron. Il y avait ici une substance énorme, plus peut-être que jamais auparavant, mais son expression était figée. Pourquoi était-il toujours considéré comme l’agresseur ? Était-ce vrai ? Même le général Lee l’avait vu dans ce rôle. En fait, pensa-t-il, c’était autant qu’autre chose une question d’équilibre. Peut-être devait-il simplement se résigner à une longue attente. Entre-temps, le devoir l’appelait, substitut assez puissant à sa grande quête. Il resta à l’étage supérieur de la pagode, se forçant à regarder le lac, qui lui semblait aussi vaste que la mer, et beaucoup plus profond.

14

 Le souvenir rendit le supplice moins long ; la dualité. Le passé était le futur. Le souvenir était la précognition. Ce n’était pas un problème matériel. Karl Glogauer cloué sur sa croix, les mains et les pieds transpercés. « Mais si vous croyez en la vérité profane – alors le Temps est l’agonie du Présent, et il en sera toujours ainsi. » (La cité qui rêve.) Ne pas analyser.

15

 Des notions tortueuses ternissaient le souvenir de la maquette du château de Le Corbusier qu’avait faite son père. Mais tout cela était fini. Et c’était un grand soulagement.
— Il fait frais ici, maintenant, dit le général Way Hahng.
— Vous feriez mieux de sortir, répondit-il prudemment. Vite. L’œil. Pendant qu’il est ouvert. Ils se trouvaient tous les deux dans la pièce, que remplissait l’amour de Jerry.
 — C’est très joli, déclara le général. Pleurant de compassion, Jerry caressa les cheveux noirs du général, se pencha et embrassa ses lèvres.
— Bientôt, souffla-t-il.
Le vibragun et le reste de son équipement étaient à portée de main.

16

 UN PETIT CRI.

17

 La voix du vermisseau. L’homme aux nombreux noms, aux multiples facettes, l’homme métatemporel, extraordinaire, efficace, l’homme aux dons innombrables, le métaphysicien à la personnalité multiple. La voix sarcastique : « Dieu », et Renark et lui vécurent ce moment pour l’éternité. (The Sundered Worlds.)

18

 La fluidité du mandarin, la qualité du sanskrit que le général prononçait pendant l’amour. Tout cela avait un sens. Bientôt. Mais laissons la victime parler encore une fois, bouger encore une fois. 19 Jerry alla jusqu’à la fenêtre, regarda le lac, l’eau noire et brillante.
Derrière lui, dans la pièce, le général Way Hahng était étendu, entièrement nu, fumant un gros joint. Les yeux du général étaient fermés et ses lèvres se tordaient en un sourire béat, presque stupide. Le petit visiphone près du matelas projetait des images abstraites sur la mosaïque du mur, jouant What You’re Doing, mais même cela augmentait l’impatience de Jerry. En de tels moments, il aimait rarement le silence total, mais il le désirait maintenant. Il traversa la pièce et fit taire le visiphone. Il en avait le droit. Le général ne le lui disputa pas.
Jerry lança un regard vers son équipement, qu’il avait rejeté. Était-il allé trop loin ? Un sentiment puissant, semblable à la passion, faisait cogner son cœur. Il y avait eu cette récente rencontre avec le poète qu’il admirait mais qui se reniait beaucoup trop. « L’ironie est souvent un substitut à la véritable imagination, » avait dit le poète, parlant d’un récent spectacle interplanétaire.
Mais tout cela n’était qu’une distraction, maintenant. L’heure était venue.
Jerry inclina la tête devant le lac. Son sentiment, et non pas l’eau, l’avait momentanément vaincu. Mais cela avait-il une quelconque importance ?

20

Jerry pointa son vibragun vers le général et regarda le corps s’agiter pendant plusieurs minutes. Puis il prit l’extracteur et le mit en marche. Les nucléotides, infiniment précieuses, furent bientôt emmagasinées et il se prépara à partir. Il embrassa rapidement le cadavre et prit sous son bras la boîte qui était maintenant le général. À Washington, il y avait un chef qui saurait quoi en faire. Il descendit l’escalier jusqu’aux marches où l’attendaient les autres généraux.
— Dites au général Lee que l’opération a été menée à bien, déclara-t-il.
— Comment allez-vous partir ? J’ai un moyen de transport, répondit Jerry.

21

 Le lovebeast quitta la Chine le lendemain matin, emportant Jerry Cornelius, à la fois conducteur et prisonnier : ceux qui les virent passer furent incapables de trancher sur ce point. Peut-être Jerry et la bête ne le savaient-ils plus eux-mêmes, il y avait si longtemps qu’ils parcouraient le monde ensemble.
Comme un dragon, elle s’envola dans le vent, en direction des terres occidentales, riches, vallonnées, dévastées.



Traduction de Henry-Luc PLANCHAT
La rencontre de Pékin, de Michael Moorcock (The Peking junction  novembre 1969). 
Originellement publiée dans l’anthologie The new SF, de Langdon Jones.
Extrait de Fenêtres Internes, anthologie, 10/18, 1978


dimanche 29 novembre 2015

Sous le soleil de minuit + entretien avec Hugo Pratt

... Corto Maltese est à la fois idole, marchandise et probablement un objet de culte ; et si Hugo Pratt sera toujours le carbone 14 des aventures du marin Maltais, demandons-nous, l'espace d'un instant, si l'origine a toujours raison sur le présent ?

En tout cas, avec Sous le Soleil de minuitJuan Díaz Canales & Rubén Pellejero adaptent avec beaucoup de brio et de respect l'impédance de leur histoire à l'héritage de leur aîné, et il faudrait être de marbre pour le rester devant cet album qui par ailleurs, défie toute monotonie.
Rubén Pellejero & Juan Díaz Canales promènent tout au long de leur histoire un pur corps de fiction dans un environnement où l'espace et le temps s'ouvrent à un contrat et une esthétique de type documentaire.
Et, paradoxalement, en regardant bien le cadre où nous évoluons, on peut se rendre compte qu'il tient énormément de la fiction.
"Nous vivons au sein d'un gigantesque roman" comme le dira fort justement J. G. Ballard.
On sait par ailleurs, depuis Paul Veyne & Gilbert Durand que le sermo mythicus, le récit mythique, le récit du romancier et le récit de l'historien n'ont pas de différences de nature mais plutôt de degrés.
Hugo Pratt le savait déjà, et Rubén Pellejero & Juan Díaz Canales ne l'ont pas oublié ; eux qui font se croiser Jack London (Pour en savoir +), Waka Yamada, Matthew Henson, Frank Slavin & Corto Maltese
Tous ces éléments concourent selon moi, à une profonde immersion où l'on s'abstrait du monde tout en y participant.
Une véritable gageure, fort réussie au demeurant   

En conclusion, on nous dit souvent qu'il n'y a rien de neuf sous le soleil, c'est peut-être vrai, mais sous celui de minuit [-_ô] il y a un très bel album & une magnifique reprise que si j'ose dire, notre duo gagne haut la main dès le premier round !
Tout à fait le genre d’événement qui ne peut que donner envie d'en lire plus ( un quatorzième tome par exemple), mais aussi de se replonger dans ceux du maître lui-même.

... En bonus, je vous propose un entretien avec Hugo Pratt conduit par Numa Sadoul et qui date du siècle dernier et plus précisément de 1976.
Il est  extrait de la revue Les Cahiers de la Bande Dessiné (n°32 - janvier 1977) ...










samedi 28 novembre 2015

Hägar Dünor le viking

... Hägar Dünor le Viking (alias Hägar The Horrible) a été créé par Dik Browne en 1973 et publié dans le Journal de Mickey la même année.
Il s'agit d'un comic strip destiné à la presse comme Calvin and Hobbes par exemple (Pour en savoir +)
On remarquera au passage un bel effort dans la traduction du nom du personnage qui plutôt qu'une traduction littérale bénéficie d'un joli jeu de mots.
À noter également que l'éditeur Urban Comics va sortir une édition en trois volumes des aventures du Viking.



jeudi 26 novembre 2015

Batman par Katsuhiro Otomo

... On le sait maintenant Batman a été dans les années 1960, et à l'insu de l'Occident (si je puis dire) publié au Japon sous la houlette de scénaristes et d'artistes du issue de l'archipel Nippon (Pour en savoir +), il est aussi passé plus récemment, entre les mains du mangaka Kia Asamiya.
Aujourd’hui, je vous propose une histoire courte (que j'ai relue à l'occasion de mes recherches sur Mishima (Pour en savoir +) réalisée par un autre auteur japonais, l'immense Katsuhiro Otomo.
Elle est en noir & blanc et est extraite de l'excellente revue Comic Box (ici le hors-série n°5 : Japan).
Si mes souvenirs sont bons on la retrouve aussi dans les recueils intitulés fort justement Batman Black and White et publiés en France soit par les éditions USA, SEMIC ou encore par Urban Comics (mais je ne sais plus dans lequel exactement).

Bref, bonne lecture .....  









mercredi 25 novembre 2015

Yukio Mishima : 25 novembre 1970

... J'ai découvert Mishima il y déjà quelques années par un biais qui n'était pas la littérature, ou disons pas seulement la littérature mais ce qu'on nomme le bunburyo do ( la voie du sabre et du pinceau), autrement dit la fusion du lettré et du guerrier.
Écrivain renommé  Mishima Yukio (en japonais on met le nom de famille avant le prénom) était aussi un pratiquant de culturisme (Pour en savoir +) (dès les années 1950), et de kendo.
On se souviendra que Warren Ellis, pour les besoins de sa série Planetary inventera un personnage dont l'inspiration vient sans nul doute de l'écrivain japonais (Pour en savoir +
Photo prise par Tamotsu Yato
En outre son attrait pour le Japon féodal était bien connu, bien qu'il vive à la mode occidentale : un jour alors qu'un occidental, Michel Random (si mes souvenirs sont bons) en l'occurrence, visitait sa maison, et qui justement lui posait la question : "Comment expliquez-vous que dans votre maison il n'y ai rien de japonais ?"
Mishima répondit en souriant : " Ici, seul l'invisible est japonais."
Mishima d'une certaine manière s'est voulut le dernier samouraï, en fomentant non un coup d'état, mais un coup d'éclat, mais j'y reviendrai.

Le mot samouraï, littéralement "celui qui sert" est un terme choisi par les occidentaux aux XVIIIème siècle pour qualifier le guerrier japonais (Cf. R. Calvet). Il provient du mot sabureau ou peut-être saburai.
Jusqu'au VIIIème siècle la langue japonaise désignait le combattant par les termes tsuwamano ou mononofu, puis par celui de bushi.
Jusqu'au début du XVIIème c'est un homme au service de la cour, d'un noble ou d'une administration. C'est nous dit l'historienne Francine Hérail "le produit de la complexe évolution politique et sociale du Japon depuis 12 siècles".
Au XI et XII ème siècle les cadets de familles de fonctionnaires, privés de perspectives sociales, quittent la capitale pour se mettre au service des gouverneurs de provinces.
Assez riches pour posséder un cheval et habitués à tirer à l'arc il constituent les bushidan (groupes armés).
On ne parle pas encore de bushido (la voie du guerrier) mais de kyûba no michi soit, "la voie de l'arc et du cheval" ; mais il est déjà question d'une éthique du courage.
David Mack
La féodalisation de la société japonaise à partir de 1192 fait émerger des combattants d'élite qui servent le bakufu littéralement "gouvernement par la tente" (ou shogunat) : de 1192 à 1867, l'empire est dirigé par des shoguns (c'est-à-dire des généraux) ou plus précisément des dynasties shogunales, le bras armé de l'empereur.
En grossissant le trait on peut dit l'historienne Danielle Elisseeff, discerner deux types de personnalités de shoguns : ceux qui se battent, souvent les fondateurs de dynastie, et leur successeurs, qui s'enferment dans un monde de splendeur et de culture, tout en se détachant des contingences administratives"
Les shoguns jouent aussi le rôle de mécènes dans l'art : la peinture, le théâtre , le kabuki (théâtre qui s'inspire de l'actualité et interprété sans masque par des acteurs masculins maquillés, un maquillage qui n'est pas sans rappeler celui de Rai : Pour en savoir +),le bunraku (théâtre de marionnettes), etc.
Ils contribuent aussi à la diffusion du bouddhisme zen ; les moines de ce courant introduiront par ailleurs un nouveau "genre" de peinture, monochrome et n'utilisant que de l'encre de Chine.    
Les shoguns s'entourent donc de guerriers professionnels contraints à une loyauté exemplaire qui peut aller jusqu'au suicide rituel (seppuku).
Le seppuku, sans doute inspiré d'une tradition chinoise est un suicide rituel qui se pratique par incision de l'abdomen.
Il remonterait au milieu du XIIème siècle.
Expression de la loyauté absolu envers son suzerain, il sera interdit par le shogunat des Tokugawa, en 1663.
En 1966, invité au Club des correspondants étrangers à Tokyo l'écrivain Yukio Mishima prononça une allocution à lʼissue du dîner. 
Un journaliste lʼinterrogea sur lʼorigine de la pratique japonaise du seppuku, il répondit : « Je ne puis croire à la sincérité occidentale parce quʼelle est invisible ; mais à l'époque féodale, nous croyions que la sincérité résidait dans nos entrailles ; et s'il nous fallait montrer notre sincérité nous devions nous trancher le ventre pour en sortir notre sincérité visible. Cʼétait aussi le symbole de la volonté du soldat, le samouraï ; tout le monde savait que c'était le moyen le plus douloureux de mourir. Et si lʼon préférait mourir de la façon la plus atroce, cʼest quʼelle prouvait le courage du samouraï. Ce mode de suicide était une invention japonaise, que les étrangers ne pouvaient imiter ! » 
La littérature chevaleresque participe également à la construction de la figure épique du guerrier idéal.
Ce dernier abandonne l'arc pour le sabre à la fin des années 1200, et à la fin du XVIème siècle le statut de guerrier est officiellement reconnu. 
Plus tard le port d'une paire de sabres (daisho) devient le symbole des samouraïs.
Photo de Tamotsu Yato
... En novembre 1970, alors qu'il vient de poster à son éditeur la fin de L'Ange en décomposition, le dernier opus de sa tétralogie connue sous le nom de La Mer de la fertilité, Mishima de son vrai nom Kimitake Hiraoka se rend au Quartier général de la Force d'auto-défense à Tokyo à la tête de sa milice privée (la Socièté du bouclier).
Il prend en otage le général commandant en chef et fait convoquer les troupes devant lesquelles il tient un discours en faveur du Japon traditionnel et de l'empereur.
Mais la réaction des soldats est hostile, il se fait huer.
Mishima se retire est procède au suicide rituel (seppuku), nous sommes alors le 25 novembre 1970.
Marguerite Yourcenar qui a écrit un très bel essai sur l'auteur japonais dira : "la mort de Mishima est l'une de ses œuvres et même la plus préparée de ses œuvres".
Trois ans avant son suicide, Mishima avait commenté, l'un des classiques de la culture japonaise : le Hagakure (traduit le plus souvent par "caché dans la feuillée").
Dès le lendemain de sa mort, cet ouvrage connu un foudroyant succès. 
Ses nombreux admirateurs, ainsi que ses détracteurs se tournèrent pour des raisons diverses, vers ce recueil, véritable "bible" du samouraï
Longtemps considéré comme un traité occulte, rares étaient cependant les lecteurs du Hagakure
Il s'agit de la transcription d'une discussion qui s'est étalée sur plusieurs années entre Jocho Yamamoto un ancien samouraï devenu moine et son disciple Tsuramoto Tashiro au début du XVIIIème siècle.
C'est certainement lors des années 1930, le Japon est alors sous l'emprise d'une ferveur nationaliste ardente que le Hagakure va toucher pour la première fois, un public plus large.
On disait alors que les enseignements de Jocho Yamamoto étaient l'expression du "génie même du Japon dans ce qu'il a d'unique".
Puis durant la Seconde guerre mondiale bien évidement, le Hagakure, dont la formule la plus célèbre est certainement : "Le vrai courage consiste à vivre quand il est juste de vivre, à mourir quand il est juste de mourir", participera à l'élaboration d'un bushido extrême & surtout morbide.
Mais réduire le Hagakure à un ouvrage sur le mort c'est passer à côté de sa richesse, véritable l'instantané d'une époque aujourd'hui révolue.   

mardi 24 novembre 2015

Gotham Central, tomes 1 à 3

... J'avais depuis longtemps cette série en ligne de mire, depuis la première publication par SEMIC.
L'occasion de me replonger dans les histoires des flics de Gotham m'a été donnée grâce à la présence des trois premiers tomes de la série publiés par Urban à la médiathèque où je suis inscrit.
... Historiquement, le "roman noir" est né au début des années 1920 dans la revue Black Mask, un pulp magazine. Si on en attribue la paternité à Dashiell Hammett, je dirais plutôt que ce dernier a été désigné porte-drapeau d'un mouvement en tant qu'il était le point culminant (et très talentueux) d'une tendance nouvelle dont Raymond Chandler nous dit en quoi elle consiste : Hammett  "a remis l'assassinat entre les mains des gens qui le commettent pour des raisons solides et non pour fournir des cadavres à l'auteur"
L'un des aspects nouveaux de cette tendance nouvelle que nous appelons désormais le "roman noir" par rapport aux romans policiers antérieurs, dits de problèmes de logique & de déduction, ou whodunit, en est la disparition de l'enquêteur amateur, le jeune aristocrate oisif ou la vieille dame très futée, au profit du professionnel : le flic ou le private eye.
Mais surtout, dans le "roman noir", l’énigme est intégrée à une action et une description du monde, l'un et l'autre particulièrement violentes. 
On peut dire sans beaucoup se tromper que l'insécurité  est la caractéristique principale du "roman noir", et que la nuit et la ville en sont le temps et l'espace.
Le "roman noir" ou hard-boiled, métabolise les réalités sociales, politiques et économiques de son temps, et le crime y devient le pied-de-biche qui brise les verrous et fait surgir la densité et l'ambiguïté des rapports sociaux.
Si la série Gotham Central s'inspire bien évidemment de la veine hard-boiled du roman policier dont je viens de parler, elle s'appuie aussi sur un commissariat de police devenu depuis un classique, je veux parler de celui du 87e district.
Depuis 1956, et tout au long de 57 romans et une nouvelle (si mes souvenirs sont bons), la création d'Ed McBain n'a cessé de fasciner plusieurs générations de lecteurs, et de faire d'innombrables petits : de Hill Street Blues à The Unusuals (Pour en savoir +), en passant par Top Ten ou Powers.
D'aucuns affirment par ailleurs que quiconque voudrait étudier la société américaine disons des débuts de la Guerre froide au 11 Septembre, ne peut faire l'impasse sur cette immense fresque, véritable "Comédie humaine" étasunienne.
Néanmoins, Gotham Central s'inspire indéniablement d'une autre très belle réussite, celle-ci dans le milieu de la bande dessinée U.S, je veux parler de Marvels (Busiek & Ross) ; une mini-série où le monde des super-héros est vu à hauteur d'homme, en l'occurrence celle du journaliste Phil Sheldon.
Dans Gotham Central nous vivions le quotidien des gothamites au travers de celui des flics de Gotham, la ville du Batman.
Si le polar hard-boiled a rompu avec le positivisme de Nick Carter, ce dernier n'est pas comme on pourrait le croire l'avatar étasunien du détective londonien Sherlock Holmes, mais celui urbain, du coureur des bois Bas-de-Cuir.
C'est-à-dire un pur produit de la Frontière, qui a pour l'occasion revêtu le costume du citadin et qui, le long des artères sillonnées de tramways ou sur les toit des gratte-ciel, dans cette "jungle d'asphalte", continue les aventures de Natty Bumppo : "[..] son œil gris avait été entraîné, comme celui d'un Indien" (The Old Detective's Pupil - 1884/1886 - Cf. Régis Messac).
Or donc,  l'enquête chère à Nick Carter disais-je, demeure toutefois une armature structurante, essentielle, pour décrire la façon dont le sens se construit à partir de signes épars. 
Mais elle s'inscrit désormais dans un "réalisme noir", celui notamment cher à James Hadley Chase.
C'est-à-dire, un mélange de brutalité et de pessimisme, de spontanéité et de pudeur ; Gotham Central est pour le coup, peuplée de flics teigneux, têtus, irascibles, alcooliques et perpétuellement en délicatesse avec leur hiérarchie ou peu s'en faut.
Et les Vilains qu'ils rencontrent n'ont jamais été aussi effrayants.
D'autant qu'ils ne jouent pas selon les mêmes modalités, si je puis dire.  
Le pédiatre (psychanalyste & psychiatre) Donald Winnicott a fait dans ses travaux une distinction entre le play et le game, deux mots qui en anglais veulent dire "jeu", mais entendus sous deux modalités différentes (différence qui n'existe pas dans la langue française). 
Le play ce sont les jeux qui se déploient librement, sans règle. Le game ce sont ceux, structurés autour de règles, tels que les jeux de stratégie : le jeu d'échecs par exemple.
Ici, les policiers incarnent, normalement et le plus souvent le game et les criminels et les Vilains le play.
C'est cette combinaison qui donne cette dynamique, cette tension à la série.
D'autant ce certains flics s'aventurent parfois du côté du play.

Au cours des trois tomes que j'ai lu (pour l'instant), la série chez Urban Comics en compte quatre, si Ed Brubaker & Greg Rucka écrivent tantôt certaines histoires seuls et d'autres à quatre mains, plusieurs dessinateurs sont également à l'ouvrage : Michael Lark, Stefano Gaudiano et Jason Alexander ; néanmoins la série bénéficie d'une certaine unité graphique, qui est en outre renforcée grâce au travail des coloristes.
Les dessinateurs, les encreurs et les coloristes apportent aux histoires une ambiance tout à fait dans le ton de ce qu'elles racontent, et Gotham Central est indéniablement un excellent travail d'équipe au service d'une série chorale tout à fait réussie.
Dans le troisième tome, une autre série, plus précisément une série de complément qui met en scène l'un des policiers du commissariat est ajoutée. 
Scénarisée par Judd Winick et dessinée par Cliff Chiang Une affaire classée de Josie Mac n'est pas mauvaise, mais les aventures de ce policier par ailleurs très attachant dans la série G.C, m'ont fait l'effet de la deuxième saison de la série télévisée Boomtown par rapport à la première, si vous voyez ce que je veux dire.
Elle pâtit selon moi, de la qualité et du ton de Gotham Central et surtout de la comparaison avec cette dernière. 

... Je citais Chandler au début de mon article, ce même Chandler a dit de Dashiell Hammett (encore ! [-_ô]) qu'il "a fait du "policier" quelque chose qu'il est amusant d'écrire et qui n'est plus une concaténation lassante d'indices sans intérêt."
Ce monde là ne sent pas la rose, mais c'est le monde dans lequel nous vivons ; certains auteurs, certains artistes peuvent en tirer des histoires passionnantes voire amusantes.
Il n'y a rien de risible à ce qu'un homme en tue un autre nous sommes d'accord, mais voir qu'il a été tué pour aussi peu de chose comme c'est souvent le cas, et que sa mort est la marque de ce que nous appelons civilisation, malheureusement si !
(À suivre ...)

dimanche 22 novembre 2015

Constantine (Série télévisée)


... Dix ans après le film de Francis Lawrence dans lequel Keanu Reeves interprétait une version « gendre idéal » de John Constantine (Pour en savoir +), NBC a développé une série télévisée basée sur les aventures du prolétaire de l'occulte créé au mitan des années 1980 par Alan Moore, John Totleben & Steve Bissette dans les pages de Saga of the Swamp Thing (le numéro 37 pour être précis). 
L’idée venait de Bissette & Totleben qui voulaient dessiner un personnage sous les traits du chanteur Sting, alors chanteur du groupe Police dont ils étaient fans
On est alors à l’aube de l’ère du grim and gritty, ces histoires brutes de décoffrage et sinistres, qui tentent d’introduire des effets de réel dans la bande dessinée de super-héros ; même si John Constantine n'est pas à proprement parler un super-héros (Pour en savoir +) il fait partie du genre. 
Moore justement, avant de s’occuper de Swamp Thing, avait tenté de répondre à une question : Que ferait un être tel que Superman dans le monde qui est le nôtre ? 
La réponse a été la série Marvelman (alias Miracleman aux U.S.A) (Pour en savoir +) paru dans la revue britannique Warrior avant de connaître une publication chez l'éditeur Eclipse outre-Atlantique. 
Le grim and gritty qui commence peu ou prou officiellement en 1986 avec Dark Knight Returns (Frank Miller) et Watchmen (Alan Moore) n’est pas apparu ex-nihilo ; il est la cristallisation, la ponctuation (c’est-à-dire une phase d’évolution rapide) comme disent les biologistes, des soubresauts qui ont agité la décennie précédente. (Pour en savoir +)  (Pour en savoir ++) et qui ne se calmera pas dans les années 1980 : Reagan est au pouvoir aux Etats-Unis, Thatcher en Grande-Bretagne, Pinochet au Chili, etc.
Introduction à Hellblazer par Jamie Delano 1992
Selon Claude - Jean Bertrand l’Américain associe à chaque période de son Histoire et à chaque aire géographique un héros. 
Le Puritain rappelle l’ère coloniale, les Pères fondateurs sont liés à la naissance de la Nation, les trappeurs (Daniel Boone en tête) traversent les Appalaches, Buffalo Bill & la Frontière, etc. 
En extrapolant il m’apparaît que le zeitgeist agit de même sur les créateurs (dans le sens large de l’acception du terme), et qu’en outre, on ne peut guère échapper à ce qu’Emile Faguet a appelé la théorie de l’innutrition, c’est-à-dire l’assimilation des modèles, des genres, des thèmes littéraires par tout un chacun pour ensuite les mettre "à sa sauce", et créer à partir d'une base existante de nouvelles choses. 
Avec John Constantine Moore a sorti la magie de son vase vénitien et l’a flanquée dans le ruisseau ; l’idée ne paraissait pas mauvaise, de l’éloigner autant que faire se pouvait des conceptions petite-bourgeoises sur le grignotage des ailes de poulet par les jeunes filles du grand monde d’où venaient en priorité les magiciens qui peuplaient, et peuplent encore la pop culture. 
John Constantine, ce magicien (?) prolétaire est donc à mes yeux, comme le propose Claude – Jean Bertarnd, un héros correspondant à une aire géographique et à une période de l’Histoire.
Ce n'est donc pas un hasard qu'il soit un magicien anglais de "basse extraction" issu de l'imagination d'un des représentants de ce qu'on a appelé la "vague anglaise" dans le milieu des comic books, lui-même né dans la frange prolétaire de la population de Northampton.

Et c’est pour cela que la version cathodique me semble plus s’inspirer de la version de l’univers classique de DC Comics (une série justement intitulée Constantine) que de celle de Vertigo (dont le titre était Hellblazer), une collection au sein de DC Comics, destinée à la "génération X dont on parlait beaucoup aux Etats-Unis à l’époque (début des années 1990), généralement déboussolée et cynique, qui lit de l'horreur et retrouve dans ces comics l’atmosphère un peu nihiliste du monde actuel".(Cf. Patrick Marcel) ; en ce sens qu'il épouse l'aire de son Histoire et de son époque. 

L'une des particularités de John Constantine est qu'il est de mon point de vue un anti-héros c’est-à-dire une variation du héros (forcément), qui fait le Bien mais à son corps défendant contrairement au héros, mais qui peut tout aussi bien faire le Mal sans pour autant être classé du côté des "méchants".
De plus, c’est un personnage qui s'est donné pour but de s'attaquer au "Système" ou de ne pas se laisser enfermer par lui.
En tout cas, ce qu'il entreprend le mettent à mal. 
Et en ce qui concerne plus précisément John Constantine (celui du label Vertigo surtout), j'ajouterai une certaine tendance au nihilisme ou plutôt au Tragique. 
La série télé a l'élégance de se souvenir d'où vient ce personnage
... L’une des forces du capitalisme c’est d’être capable de siphonner à la base le potentiel des idées, et de créer des outils sans cesse réajustés à un but qui lui reste inchangé : faire du cash
Toutefois une série télévisée puisque c’est de cela dont nous parlons ici, peut être, parfois, le résultat d’une relation à la fois antagoniste et complémentaire entre l’originalité créatrice et la force du capitalisme dont je vient de parler : une machine à standardiser et à faire du « box-office ». 
Néanmoins, là où certaines séries préservent des aspects inventifs et même parfois épiques, en tout cas une matière à fascination, la version télé de Constantine ne propose elle, que des histoires taillées à la hache dans une forêt de clichés ; du moins pour celles que j’ai vues c’est-à-dire les histoires des deux premiers épisodes.

Bref une série télévisée qu'on peut ne pas voir. [-_ô]

samedi 21 novembre 2015

Le Rêve

... Il y a déjà quelques temps, aiguillé par certaines de mes lectures et l'écoute d'une émission radiophonique d'outre-Atlantique en particulier, je me suis mis dans l'idée de créer un Tarot, après tout les premiers Tarots ont bien dû être inventer par quelqu'un ; et quand on s'intéresse aux histoires, comment elles sont créées, comment les raconter, il me semble que le Tarot peut-être un bel apprentissage et un objet de réflexion.

Ceci étant dit, aujourd'hui je propose un nouvel atout : le Rêve ....

 
Et un petit récapitulatif de ce qui a déjà été fait :

[-_ô]

vendredi 20 novembre 2015

Le cochon de Hob/Alan Moore (suite)

... Suite du premier chapitre du roman d'Alan Moore, La voix du feu, un premier chapitre atypique comme je l'ai déjà dit (Pour en savoir +), et que l'on peut maintenant lire également dans une version poche chez ActuSF ou chez Calman-Lévy en grand format.

*-*

Maintenant est sombre, et debout est moi près de troncs et peux pas penser comment est moi venir debout, avec yeux ouverts. En petite peur, est moi regarder au tour, et maintenant entends bruit en arrière de moi, pareil à marcher en peaux-d’arbres sèches. Tourne moi pour voir, et maintenant, plus est peur de moi petite.
Est là poulain pelu, debout en l’herbe, pas plus qu’un homme et un autre en loin de moi. Lui regarde vers moi, avec yeux de lui plus clairs que feu, et grands, pareil à souche d’arbre. Fais moi pisse sur long de jambe, qui est venir chaude, et maintenant froide.
Au tour de pieds de poulain pelu sont petites formes bouger, et plus pas bons à regarder encore, sont eux pareil à poulains pelus. Noirs sont eux, et avec pas d’yeux du tout, et pense moi qu’eux sont bébés de poulain pelu, tous rampent et griffent en sous de mère d’eux. Langue d’eux est longue et blanche et pareil à ver, et bougent les langues tout au tour en avant d’eux, pour lécher et sentir air. Font eux pas de bruit, et est moi plus avec peur d’eux que d’elle qui debout au sur d’eux.
Poulain pelu regarde moi, et fort pour bouger est partir de moi, et moi est pareil à pierre. Pense moi dur maintenant à poulains pelus, pour que penser de moi peut faire aide à moi.
Peuple de moi dit que poulains pelus sont gros chiens fait-peur, que race d’eux est en vie en grand temps-de-glace sur monde, pareil à Ourcs, et maintenant pareil à peuple ourc, plus est en vie. Seuls marchent chiens-esprit d’eux maintenant, montent en ce monde et descendent en l’autre, et où terre vient mince en entre de mondes, pareil à un chemin-croiser et un pont de rivière, poulain pelu est venir par là.
Moi pense, et pas une aide est venir en tout penser de moi. Debout là, plus grand que moi, poulain pelu regarde en bas avec des yeux pareil à soleil, que peux moi pas faire regarder loin. En entre des grandes pattes avant sombres bébés d’elle rampent sur ventre, tous lèchent et sentent, mais peux moi pas regarder en bas d’yeux d’elle, qui deviennent plus grands, et encore plus clairs, pareil si tout au tour de moi est en feu. Deviennent eux si clairs que moi peux pas regarder et ferme maintenant yeux, mais peux moi voir clair encore à travers peaux des yeux.
Maintenant tout est devenir bizarre.
Moi est plus debout, et moi est coucher sur terre en arrière de tronc, et vois moi encore clair de poulain pelu à travers fermer des yeux. Maintenant, est moi ouvrir eux, lent, tout en peur.
Clair plus est d’œil de poulain pelu. Clair est clair de soleil qui suit le sombre, et maintenant regarde moi et vois que poulain pelu est plus ici, ni bébés d’elle. Viens debout maintenant, jambes de moi toutes mouiller de pisse, et marche moi à où vois moi bêtes-esprit d’eux. Penche moi et regarde. Pas est forme de pied marquer en terre, ni est un autre signe d’eux.
Peux moi pas penser quoi faire de ça. Moi est pas voir de chemin-croiser, ni de pont de rivière, mais poulain pelu est venir à moi. Pense moi à ça, et maintenant ventre de moi est faire bruit pour dire que moi dois marcher plus loin et trouver à manger pour lui.
Marche moi et, loin, tourne et regarde en arrière. Vois troncs, et eux sont devenir cochons maintenant que moi est encore pas près d’eux. Cochon de haut, lui pointe elle en sous et semble lui être en bons temps. Pense moi que si moi cours en arrière, eux sont changer et devenir pareil que troncs pour faire moi colère. Fais un cracher, et tourne, et marche moi encore.
Haut, à travers de branches d’arbres, est soleil qui suit moi. Marche moi à travers bois vers autre colline, que vois moi depuis monter tas de terre où vois moi cochons. De loin, colline est pareil petite, mais est maintenant devenir grande, en près d’elle. Terre en sous de pas de moi est d’abord monter lent, maintenant plus et plus, et longs temps est moi marcher vers le haut par bas de beaucoup d’arbres. Souffle de moi est dur, et jambe de moi est faire mal pareil à feu, et de cette façon arrive moi à haut de colline.
Ici, épais des arbres est arrêter, et ne vient plus, et après sont juste souches d’eux. Souches sont tant beaucoup, en tous chemins loin vers bas de colline, que ciel est devenir plus grand où sommet du monde est nu. Reste moi maintenant sur cette souche pour regarder.
Est moi en sur de vallée, qui va depuis ici à bord du monde. Là et là sont des arbres, mais sont beaucoup plus de souches, qui font tout un ouvert fait-peur. En bas de vallée est rivière, avec au loin un pont en croiser d’elle, à voir, qui est pour quoi poulain pelu vient au tour d’ici. En entre de moi et de rivière est une autre colline plus basse, où est moi voir ce que moi vois pas en autre temps.
Est là sur colline un fabriquer, plus grand que peux moi penser. Est lui fabriquer tout en rond, qui est avec ronds plus petits en lui, pareil à vers séchés coucher en l’herbe. Ces ronds sont murs, et près d’eux sont beaucoup de trous de terre creuser, plus bas que trou que creuse moi pour mère et un autre pareil. Pense moi que terre du hors des trous est toute pousser en haut pour fabriquer de murs.
Au tour de ça, dans de fabriquer est plus pareil à d’autres avec beaucoup de bêtes toutes blanches, là. Maintenant, vent est tourner, et moi est venir en sentir d’eux, de merde d’eux et pareil, et pense eux sont juste aurochs, mais sont plus beaucoup d’eux que peuple de moi voit d’un temps-de-glace à autre temps-de-glace. Là, en milieu de ce rond plus-dans est hutte de bois, avec bœufs tout au tour d’elle. Sont temps passer, et hors de hutte est un homme venir, tout couvert de peaux, pour faire pisse, après quoi est lui en dans revenir. Peut que lui est rester en hutte là pour garder bêtes.
Mur au tour d’aurochs est avec beaucoup de trous pour aller en dans et en hors, et trous sont boucher par bois-qui-ferment pour que bêtes peuvent pas aller. En rond plus-hors, sur travers de mur des bœufs, sont cochons. Sont eux tous beaucoup, avec des oiseaux vole-pas qui grattent au tour des pieds d’eux. Ventre de moi fait du bruit, et est avec fait-mal.
Sur travers de mur des cochons est autre rond debout plus hors encore, mais est avec peu d’où pour bouger, en entre de lui et de rond des cochons. Là sont gens marcher au tour, pas tant beaucoup que bêtes, et debout pour faire des dits, un à l’autre, un peu là en sous de moi. Peux moi pas penser au beaucoup des gens qui peuvent travailler à un fabriquer pareil à ça, tant grand est lui.
Sur travers et en bas de petite colline, loin de fabriquer, vois moi beaucoup de huttes à toit pointu en près de rivière. Sont elles pareil beaucoup à doigts des mains mis avec ceux de pieds de moi, et beaucoup fumées sont monter par là. Pense moi que fabriquer est un travail de peuple-qui-reste pour garder bêtes d’eux, pourtant est dur de penser que tant grand fabriquer que ça est en dans de monde.
Pas est en moi, pour quoi viennent eux faire fabriquer d’eux près de pont de rivière, où terre d’entre des mondes est mince, où pareil qu’un bébé peut penser est pas bon de faire. Ah, peut être qu’eux pensent pas à poulain pelu, et pareil, car moi est entendre que peuple-qui-reste peut pas penser plus bon que bébés. Peuple de moi est avec beaucoup de bons dits sur peuple-qui-reste, pareil à celui-là. Un dit : comment l’homme-qui-reste trouve compagne, et l’autre, dit lui alors : eh bien, est lui attendre qu’elle prend cornes d’elle en ronces.
Moi est avec fait-mal à la jambe, où d’autres hommes-qui-restent jettent caillou à moi, et est pas vouloir encore pareil. Vois moi que peux marcher par colline avec fabriquer en haut, sur travers d’autre côté de huttes à bout pointu, et venir par ce chemin près de pont de rivière, pour que moi peux continuer voyage.
Debout viens moi, et marche maintenant en bas de colline, en entre de beaucoup de souches. Sont elles toutes pointues au sur, que vallée est elle pareil à bouche, et souches pareil à dents d’elle. Est moi pas avec aimer pour tout cet ouvert, où hache être prise contre arbres. Est pas de bon en ça.
Arrive moi maintenant en sous de petite colline, où colline devient plus grande, et moi est entendre maintenant petit bruit d’aurochs, depuis haut où lui être. Colline est pour moi sur chemin de soleil-descent, pour quoi marche moi sur un autre chemin, qui va vers soleil-monte. Terre est devenir plus molle maintenant en bas de vallée, et quand plus bas vais moi, plus molle devient elle encore, que moi peut aller jusqu’à genou de moi, et marcher est lent. Souches des arbres sont maintenant pas tant beaucoup qu’en haut de colline, et sont avec pourrir en dans d’elles, tout noir, marquer par herbe-fourrure et pleines d’eau-de-morve, où sont beaucoup bêtes-qui-piquent.
Loin en arrière de moi, aurochs est parler bas à compagne de lui. Tire pied de moi de trou-qui-suce de mouiller et de terre, et marche encore. Peux moi pas voir pont de rivière, pareil à moi vois depuis haut, car est lui venir en arrière d’arbres qui sont tous debout en un épais en devant de moi, mais fais moi chemin pour où pense moi que lui est rester, en travers de rivière.
Lent, à travers d’herbe-tuyau et à travers de terre-qui-suce. Ventre de moi fait mal. Est lui tant vide que tout est bizarre avec moi, et moi est tout avec peur que tête de moi vole loin, pareil qu’avec bête-de-ciel. Terre suce à pied de moi. Vieille terre, pense elle que moi est pas mettre pied de mère en elle et veut dû d’elle, car un pied est encore dû à elle, et prend elle pied de moi pour faire bon. Cette pensée met moi tout en peur, que tire moi jambe haut pareil à oiseaux-qui-marchent, et vais moi tant vite que peux vers arbres, qui sont rester sur terre plus sèche.
Près d’arbres, maintenant. Peux moi marcher et terre pas sucer vers bas, mais fort pour marcher pas est en moi. Sont arbres debout en un petit épais, et pense moi pas une autre chose qu’aller au pont. Marche moi en sous des arbres, et appuie sur eux avec main pour être debout, et tombe plus de temps que moi est marcher. Feu-malade fait mal à jambe de moi. Tombe moi. Debout. Tombe moi. Debout, et maintenant est moi à travers épais des arbres, à autre côté d’eux, et regarde en hors. Pense moi que moi est devenir plus bon maintenant, et est plus avec fort en moi. Tombe moi.
Peux moi pas venir debout. Dos plat sur herbe est moi, tête appuyer à contre de racine d’arbre. En haut de moi, est pas de chose autre que beaucoup branches d’arbre, d’où toutes les peaux sont tomber. Regarde en bas en travers de ventre, de jambes et de pieds de moi, et vois moi hors des arbres sur chemin de rivière, où est fort bruit d’eaux. Pas de pont vois moi. Est lui pas où moi pense. Peut que moi trouve pas chemin de pont en travers d’épais des arbres. Maintenant bêtes-à-merde volent au tour de tas de sang qui est devenir noir sur genou de moi, et bêtes-à-merde restent elles sur jambe de moi, où moi est pas avec fort pour frapper et faire elles partir.
Regarde moi à rivière, où est plus bon de regarder qu’à jambe de moi. Entre rivière et épais d’arbres ici, vois moi monter de terre, avec herbes-tuyau tout au tour. Sur monter…
Sur monter, est debout une chose toute blanche, plus haute qu’un homme et un autre, où en sur sont cheveux voler en vent, tout noirs et longs. Est une femme, toute en blanc, mais elle est grande qui fait-peur, pareil si est elle pas en ce monde. Ferme les yeux, pour qu’elle voit pas moi.
Hutte. Est elle hutte, toute accrocher au tour avec peaux d’aurochs et par là, est elle blanche. Toit pointu est elle, d’où pend un long de fourrure, toute noire qui vole au vent. Moi peux pas penser si sont peuples en dans de hutte, ni pour quoi est hutte d’eux rester ici toute seule, loin d’autres peuples-qui-restent et de grand fabriquer d’eux sur haut de colline.
Regarde moi maintenant fort à hutte, car moi est pas avec autre chose à regarder. Tout au tour de moi, bêtes-à-merde font petit bruit d’elles, qui vient plus fort encore, maintenant. Regarde moi, et peux voir pas autre chose que gris, avec forme de blanc où hutte est debout, et maintenant blanc est devenir gris, et gris devenir noir, et noir, lui devenir pas de chose.
Bruit. Crachat de moi est avec lécher bizarre en lui. Bruit maintenant de peuples, avec un dit à un autre. Grand et vieux est un, par bruit de lui, et autre petit. Petit est dire maintenant oui, et dire choses que moi peux pas entendre, et choses sur l’eau. Est juste un petit clair à travers peaux des yeux de moi, maintenant, et ça est bon.
Fleurs, sens moi beaucoup de fleurs, pareil à si est pas maintenant temps-de-nu, mais temps-de-fleurs. Ouvre yeux, et vois moi hutte. Une peau d’aurochs qui fait la hutte est lever maintenant, et en hors vient quelqu’un pencher, longs cheveux clairs avec ceinture de fourrure au tour, et couvert en peaux jusqu’au genou. Est une fille, par voir d’elle, et pas plus grande que moi. Sens moi, pour sentir fente d’elle, et sens moi pas de chose autre que fleurs, et vois moi pas de fleurs, mais vois fille. Moi sais pas si elle est fleur qui est à voir pareil à fille, ou fille qui sent pareil à fleur.
En entre de mains d’elle, tient elle une petite forme, toute grise. Marche elle loin de hutte, et pareil, loin de moi, à bas de monter de terre et sur chemin de rivière. Marche elle en entre d’herbe-tuyau, mais est pas sucer en bas, pareil si marche elle sur chemin où terre est sèche. Maintenant beaucoup loin est elle, que peux moi pas voir elle en sur des herbes, et sentir de fleurs est devenir maintenant plus petit.
Maintenant est chose bouger près de hutte, que reviennent yeux de moi vers là. Peau blanche est soulever, et maintenant penche en hors un qui est grand, nu autre que ceinture et couvrir de fête en fourrure qui cache vît. Est un homme. Est un homme fait-peur.
Est debout lui pour voir vers ici, mais lui voit pas moi. Est plus vieux homme que moi est voir, longs cheveux de lui sont blancs, avec cheveux de menton pareil à ça, et oh, la figure de lui. Figure de lui est avec marquer de noir de feu, où pas de chose autre qu’yeux est blanc. Est une petite ceinture au tour de tête de lui, d’où vont vers le haut bâtons avec beaucoup de pointu en eux, que lui pareil à bœuf cornes-de-branches. En mains de lui, est l’une avec fleurs et l’autre avec bâtons. Maintenant, regarde lui plus au tour et fait un pet, et installe lui sur avant de hutte en peau blanche de lui.
Peux moi pas voir quoi lui est faire, mais lui fait vite des mains de lui, et plus de temps pareil à ça. Fumée. Sens moi fumée. Lui est faire feu, et maintenant pose lui en feu plus de bâtons, pour faire plus gros. Prend lui petites pierres rester près de lui et pose elles une sur autre au tour de feu, pour faire garde-feu.
Dos à contre de hutte est lui rester, et maintenant prend une chose de bois et de pierre, pas plus longue que main de moi, toute plate et coupante. Cette hache de main est lui mettre à autre pierre près de là, où gratte lui avant et arrière, pareil à faire plus coupant. Mais couche moi en arrière, et écoute bruit de ça, et soleil est venir plus bas en ciel.
En sentir de fumée vient maintenant plus sentir de fleur, et lève moi tête pour regarder vers rivière. Fille est revenir ici avec monter d’herbe-tuyau en sous de pieds d’elle et peaux de couvrir bougent tout au tour de genoux d’elle. En entre des mains d’elle est encore une petite forme, toute grise, et quand elle marche vois moi un petit mouiller sortir, et tomber là sur le bras. Pense moi que tient elle un fabriquer pareil à petite vallée, que fait elle plein d’eau à la rivière. Marche elle lent maintenant à haut de monter de terre, où l’homme tête-à-bâtons est prendre d’elle l’eau pour poser en sur de garde-feu.
La fille est rester maintenant sur genoux d’elle près du feu, et est pas bouger. Soleil vient plus bas et quand clair part du ciel, est clair du feu venir plus, que la forme-esprit noire de la fille est longue sur la hutte en arrière d’elle. Plus longue encore la forme-esprit de l’homme tête-à-bâtons, toute noire avec bâtons sombres qui bougent pareil à beaucoup de vers sur la tête. Prend lui les fleurs et jette elles en dans d’eau en sur de feu, d’où fumée-d’eau grise est monter.
En clair de feu, est moi voir maintenant un mur bas, fait avec terre, qui est debout en arrière de la hutte. Moi vois pas lui en avant-temps. Peut que lui est pour garder de bêtes, pareil au plus-gros fabriquer en haut de colline, mais moi est voir pas autre qu’un peu de lui, et pense non. Le feu monte haut. Les formes-esprit noires appuient avant et arrière sur travers de peau d’aurochs.
Un blanc, épais et mou pareil à glace-poussière est monter de fabriquer en sur de garde-feu, de travers de lui, et blanc est tout couler pour faire maintenant en feu bruit de chat. Couvre l’homme tête-à-bâtons avec un peu de fourrure au tour de mains de lui pour faire elles pas chaud. Soulève lui le fabriquer de garde-feu, que lui est poser maintenant près de lui.
Prend lui en dans de fabriquer un peu d’épais blanc, une main pleine et autre pareil. La fille reste près sur genoux et est pas bouger. Sombre vient en ciel. Esprits noirs appuient sur hutte. Maintenant, l’homme tête-à-bâtons met blanc sur figure de la fille, mais bouge elle pas, et blanc est épais en sous des yeux d’elle, et épais sur bouche d’elle. En petits morceaux, tombe ça sur couvrir de tétines d’elle.
La fille est pas bouger. Maintenant met l’homme visage-noir mains tout au tour de lui en sombre, pareil à lui cherche pour trouver chose, et maintenant un grand gris chaud est venir sur moi, et ferme maintenant yeux. Sens moi fumée. Sens moi fleurs et entends encore bruit de gratter, qui est gratter avant, et arrière, et avant.
Et arrière.
Sombre. Beaucoup petits pensers. Froid. Jambe fait-mal avec feu et oh. Oh, moi. Sombre. Pas de chose. Jambe fait-mal, oh. Oh mère, moi est pas en vie plus de temps-de-glace que de doigts de moi. Sombre. Sombre, fait-mal à ventre et froid. Mère et moi marchent en sous d’arbres, en, pas bizarre et appuient nous un sur autre, car elle est avec une jambe seule, et avec une jambe pareil est moi, souches de nous toutes en sang. Sombre. Sombre, froid, et pas de chose en ventre de moi. Fleurs. Sombre. 
Clair. Sens moi… clair, à travers peaux des yeux. Sens moi fleurs et… ouvre. Ouvre les yeux et… fleurs, et regarde moi en haut vers…
Regarde elle en bas à moi. La fille qui est sentir de fleurs. Reste elle sur genoux près de moi, qui couche avec dos sur herbe en épais des arbres. En entre des mains d’elle est fabriquer gris, en quoi est elle tenir eau de rivière. Long de cheveux clairs d’elle chatouille ventre de moi, et regardent nous un l’autre pareil à ça, et pense moi pas de chose à dire.
Mange ça, elle dit, et dis moi pas de chose, seul regarde. Maintenant met elle fabriquer à bouche de moi, que mouiller de lui vient chaud sur menton, sur langue, et est ça lait, et lait est tant bon. Mange moi, et pareil en temps, regarde vers elle, en sur de bord de fabriquer. Comment est ça, dit elle maintenant, que moi est venir ici. Dire d’elle est bizarre, avec dits qui viennent pareil que d’un autre côté, mais peux moi penser quoi elle dit. Bouche de moi est pleine de lait, que peux moi rien dire à elle, mais lait descend et est plus, et elle est prendre fabriquer à bouche de moi. Comment est que moi viens ici, un-temps plus est elle dire.
Fais moi beaucoup de dits maintenant, et eux en courant. Dis moi pied de mère, et peuple de moi partir beaucoup loin. Dis moi oiseau avec ver de pourrir, et peuple-qui-reste qui jette caillou à moi et déchire jambe de moi. À ça, fait fille bonne bouche et dit qu’elle est prendre pourrir à jambe de moi, et pense moi maintenant que jambe fait pas mal, et est regarder en bas vers elle.
Est pas tas de sang. En sous de genou, sont merde et terre toutes partir par mouiller et, où jambe de moi est déchirer, est peau-d’arbre poser, toute douce et chaude. Regarde moi de jambe à fille et dis, oh, comment est ça maintenant, et autre pareil. Dit elle qu’elle est trouver moi ici à premier clair, et voit que jambe de moi est avec mal. Elle tire moi plus en épais des arbres, pour cacher, et elle est faire jambe de moi bonne, en temps que moi est pas penser.
Tout ça elle dit, et elle est maintenant avec plus que moi peux manger. Des couvrirs d’elle, elle est prendre bâton de viande-sèche qu’elle met maintenant en main de moi. Lève moi bâton de viande à bouche de moi, et mâcher de lui est dur, mais lécher est bon. Dis plus de venir ici, dit elle.
Moi est avec bâton de viande sèche en bouche de moi, que beaucoup de dits de moi est elle faire moi dire encore, pour penser plus bon. Dis moi marche, et cochons qui deviennent troncs, et dis moi maintenant poulain pelu. Elle est secouer la tête avant et arrière, pour signe qu’elle est avec penser d’eux. Moi dis comment est moi arriver sur vallée, et voir grand fabriquer de colline, que vais moi au tour sur autre côté et, de cette façon, viens par ici.
Dit elle, sont hommes sur le fabriquer qui voir moi, et dis moi en retour non, et dit elle que ça est bon. Comment est ça bon, dis moi. Oh, dit elle maintenant, eux sont hommes durs qui venir de camp de rivière. Si eux sont voir moi, eux sont pouvoir jeter pierre à moi. Regarde moi jambe, et pense bon est en dire d’elle.
Maintenant regarde moi plus loin qu’elle, en travers d’herbe-tuyau où hutte est debout sur monter de terre, et la rivière loin, en arrière de hutte. En rivière, sont formes bouger, que moi pense sont elles rats queue-plate, qui sont tous faire huttes de rivière pour eux. Par quoi est qu’elle est sentir de fleurs, dis moi.
Est façon à ça, elle dit, de prendre sentir de fleurs et faire par là eau-de-sentir, que peut mettre sur peau et cheveux. Maintenant regarde elle loin de moi, vers rivière. Dire d’elle devient plus petit.
Hob est vouloir que sent elle pareil à fleurs, dit elle, pour que lui peut penser où elle va en temps que lui est pas voir elle. Dit elle pas plus, et regarde beaucoup loin. Arrache elle maintenant un peu d’herbe, et met ça en bouche d’elle. Moi pense pas qui Hob être, moi dis, et tire sur viande-sèche avec dents de moi. Regarde pas elle encore vers moi, mais lève main d’elle et fait maintenant un doigt, en chemin de hutte. Cette hutte est de Hob, dit elle.
Moi est voir Hob, dis moi. Lui est un homme visage-noir avec bâtons au tour de tête de lui.
Tourne elle maintenant tout-vite, et regarde vers moi. Comment est ça que moi vois Hob, elle dit et fait un œil bizarre. En retour, moi dis comment vois moi elle va pour eau de rivière, que Hob est rester à garde-feu, où est venir du blanc. Dis moi comment est moi voir Hob mettre blanc sur visage d’elle, après quoi moi est voir plus rien.
Lent tombe elle, dos en l’herbe, avec bras tout appuyer en travers yeux d’elle, pour arrêter de clair. Ce blanc est eau-de-sentir, dit elle, pour faire elle sentir pareil à fleurs. Pense moi que moi est voir comment est l’homme tête-à-bâtons mettre fleurs en l’eau, d’où est venir blanc, que bon est en dire d’elle.
Sommes nous coucher sur l’herbe. En ciel là en haut de nous sont maintenant bêtes-de-ciel courir après soleil, et pas lui après elles. Attrapent elles lui et mangent lui, et plus est soleil et clair est partir de ciel. Grise est vieille rivière maintenant, et herbe-tuyau est grise pareil à ça. Dis moi, comment elle est trouver à manger pour moi, et faire jambe de moi bonne. Maintenant est elle lever un peu de coucher, appuie sur un bras et regarde vers moi. Cheveux clairs sont tomber en yeux d’elle, où elle est pousser eux en arrière.
Elle est toute seule, pas avec autre que Hob, dit elle. Est pas avec un pour dire elle choses à lui, ou marcher en bons temps. Hob, est lui vieux, avec sombre en penser de lui, pour quoi est plus lui en bons temps, et est faire peu de dire. Est elle trouver lait pour moi et aider pour jambe, pour que peux moi dire à elle de beaucoup de choses que vois moi en le monde et, de cette façon, fais venir en elle bons pensers, quand elle est seule avec Hob.
Douce est peau de visage d’elle, avec seule petite marque de griffer sur joue d’elle. Une bête ailes-à-taches est voler tout au tour des cheveux d’elle, et bête est maintenant poser sur ceinture de fourrure blanche, tout couvrir là au tour de tête d’elle. Comment est elle venir avec Hob, dis moi, si lui est sombre, avec pas de bons temps en lui.

(À suivre .....)
... Si cet extrait vous a plu, vous pouvez retrouver la suite de ce chapitre dans les deux versions du roman de Moore disponibles. [-_ô]