lundi 29 février 2016

Le Fantôme (Mitton & Goodall) épisode 6

Avant-dernier billet consacré à l'épisode du Fantôme du Bengal dessiné par le talentueux (et fort sympathique) Jean-Yves Mitton :








dimanche 28 février 2016

Le Fantôme (Goodall & Mitton) épisode 5

Suite de l'aventure du Fantôme paru dans Spécial Zembla (SEMICn°174  :




(À suivre .....)

mercredi 24 février 2016

mardi 23 février 2016

Le Fantôme (Lee Falk/Goodall & Mitton)

... The Phantom a été inventé lorsque Lee Falk était encore à l'université (tout comme Mandrake the Magician), il est le fruit de son intérêt pour les héros et les dieux de l'Antiquité, les légendes arthuriennes mais aussi les histoire de Tarzan et le Livre de la jungle de Kipling. 
Au sujet du Phantom Lee Falk aimait raconter une anecdote à son sujet.

Lors de la Seconde guerre mondiale, en Norvège, la propagande allemande tentait d'intoxiquer les habitants du pays en utilisant la presse dans laquelle elle diffusait de fausses nouvelles au sujet de la destruction des U.S.A..
Mais dans ces mêmes journaux paraissaient en même temps les bandes (strip) du Phantom qui venait en contrebande de la Suède.
Les Allemands ne prêtaient aucune attention à ces histoires en bande dessinée, ne sachant apparemment pas qu'elles étaient d'origine américaine et qu'elles contredisaient de fait la propagande car, les Norvégiens eux savaient d'où venaient ces strips.
Plus fort encore, au fait de ce qui apparaissait finalement comme une bonne blague faite à l'occupant, la résistance norvégienne avait adopté "Phantom" comme l'un de ses mots de passe. 
(Source : Comic Strips, une histoire illustrée par Jerry Robinson - Urban Comics



lundi 22 février 2016

Le Fantôme (Goodall/Mitton)

... Deux pages supplémentaires de l'aventure commencée hier (Pour en savoir +), elle a été reprise dans l'un des recueils publiés par l'association Images'Innées (Pour en savoir +) :
(À suivre ....)

dimanche 21 février 2016

Le Fantôme (Scott Goodall/Jean-Yves Mitton)

... C'est en février 1936 que paraît la première bande (strip) du Phantom (le 17 nous dit-on), il y a donc 80 ans, à cette occasion je vous propose une aventure de celui que l'on surnomme L'Ombre qui marche dessinée par le talentueux Jean-Yves Mitton.
Cette aventure a d'abord paru en Suède puis, pour la version que je vous propose, dans le périodique Spécial Zembla (éditions SEMIC) :



samedi 20 février 2016

Shimura (R. Morrison & F. Quitely)

... Shimura est une série dérivée de Judge Dredd, sa particularité est de se dérouler au Japon en 2113. Elle a été lancée par Robbie Morrison au scénario et Frank Quitely aux dessins, c'est d'ailleurs l'un de ses premiers travaux professionnels je crois.
Si à Mega-City One aux U.S.A. (ou ce qu'il en reste), la loi et l'ordre sont assurés par les Judges, dont le plus célèbre est certainement le Judge Dredd, à Hondo City ils le sont par les Judges Inspectors qui sont la combinaison de l'éthique samouraï et de la technologie la plus avancée.
La société où travaille le Judge Inspector Shimura est ce qu'on pourrait appeler une société cyberpunk, dominée par les zaibatsu & gangrenée par les yakuza
L'histoire, du moins la première, publiée en trois livraisons en 1993 (Judge Dredd the Megazine #2.37 à 2.39) pour un total de 24 pages ne surprendra pas le lecteur de science-fiction et encore moins celui habitué aux histoires du genre cyberpunk.
Sans vouloir offenser Robbie Morrison c'est Frank Quitely qui fait le show, si je puis dire ! 
Tout est déjà là, même si on atteint pas le sommet de ses travaux les plus récents.
Mais ce sur quoi j'aimerais attirer votre attention c'est le travail sur les onomatopées.
Si certaines bandes dessinées et non des moindres s'affranchissent de cet outil, pour ma part je pense qu'elles sont non seulement sinon indispensables tout au moins utiles mais surtout, elles peuvent faire l'objet d'une attention particulière et être des outils narratifs extrêmement ludiques. Et efficaces.
L'un des exemples, le plus fameux certainement, qui me vient immédiatement à l'esprit est celui de la série consacrée à Hercule chez Marvel (Pour en savoir +).
Sur la série Shimura, Frank Quitely en fait un usage différent mais particulièrement astucieux.
Petit florilège :


Trois exemples particulièrement impressionnants de maîtrise, et que dire de leur participation à la narration !
Celle-là semble peu spectaculaire, voire anecdotique. Mais regardez mieux ...... efficace non !?

Sans commentaire.

Un coup frappé doit toujours avoir de la "profondeur" pour être efficace, on doit dépasser ce sur quoi on frappe, aller au-delà ; Frank Quitely nous en fait la démonstration.

Pour celle-là, je vous laisse deviner de quoi il s'agit.

Sans commentaire je crois !

Mais Frank Quitely n'abuse pas de cet outil, il sait aussi en faire abstraction ; ce qui n'enlève rien à cette case.
Au contraire, de mon point de vue l'utilisation judicieuse dont il a fait preuve avec les onomatopées tout au long du récit renforce encore la narration par leur absence lorsque c'est le cas.

Entre la série Incrédible Hercules et cette histoire, il est clair que les onomatopées ont leur mot à dire en bande dessinée, non ? [-_ô] 

mardi 16 février 2016

Le Livre de Fatalis (Brubaker/Raimondi)

... Ed Bubaker a déjà exprimé son intérêt pour la faune bigarrée des pulp magazines des années 1920/1930, où les justiciers masqués côtoient la "scientifiction" et le weird sans aucun complexe : dans la série Iron Fist avec la création d'Orson Randall ou encore avec Incognito.
Avec les origines du docteur Fatalis il récidive.
Fatalis est un personnage hors du commun, et Ed Brubaker ne l'oublie pas ; non seulement il offre une histoire captivante, même si on la connaît déjà plus ou moins, mais en plus il y met la forme.
Ainsi sont récit est-il émaillé d'inserts où des témoins justifient ou renforcent le propre récit de Fatalis.
Spécialiste de la littérature dans sa veine la plus Noire, celle où la vie est un piège et la destinée un guet-apens, Brubaker devait un jour ou l'autre écrire sur Victor von Fatalis.
Cependant il ne se contente pas de dérouler la biographie (même non-autorisée) du célèbre super villain, il y ajoute son "tour de main".
Ces origines ne sont pas une simple resucée mais, à l'instar du nombre d'or, toujours le même mais capable d'engendrer les figures les plus variées en leur conférant une originalité et une personnalité toujours nouvelle, il agit de même avec le concept éculé de "l'origine". 

Et il s'en tire haut la main. 

... Secondé dans son entreprise par Pablo Raimondi, Mike Farmer (principalement) à l'encrage et Brian Rebeur à la colorisation, les six numéros (regroupés dans le Marvel Mega (Panini) n°30 (décembre 2006), proposent un divertissement mainstream entre la machine à standardiser et l'originalité créatrice c'est-à-dire avec la singularité d'un regard et d'un style.
En définitive le meilleur de ce qui peut se lire aujourd'hui dans l'univers des super-héros, quadrant de l'imaginaire sévèrement sinistrés'il en est. [-_ô]

dimanche 14 février 2016

Air froid (H.P. Lovecraft)

... À l'occasion de la sortie du premier tome de Providence (d'Alan Moore & Jacen Burrows) dans l'Hexagone & dans une fort belle édition, je vous propose une nouvelle de Howard P. Lovecraft, qui n'est pas sans intérêt avec ladite sortie.
Je n'oublie pas de mentionner Juan Rodriguez à la colorisation, celle-ci ayant une très grande importance dans Providence.
Ainsi que Kurt Hataway pour le lettrage (tout aussi important), remplacé par Astarte Design-Roma pour l'édition française. C'est Thomas Davier qui s'est collé à la traduction.
Panini a je trouve, particulièrement soigné l'édition française avec notamment, une postface très intéressante.  


AIR FROID

Cool Air - 1926 (1928)

Traduction par Yves Rivière.

... Vous me demandez de vous expliquer pourquoi je crains l’air froid, pourquoi je tremble plus que les autres dès que j’entre dans une pièce froide, et parais malade, pris de nausées, lorsque la fraîcheur du soir s’insinue sous la chaleur d’un après-midi de fin d’automne. Il y en a qui disent que je réagis au froid comme d’autres à une mauvaise odeur ; je suis bien le dernier à les démentir. Ce que je vais faire maintenant, c’est vous rendre compte de l’incident le plus abominable qui me soit jamais arrivé et vous laisser le soin de juger, de dire s’il existe une explication satisfaisante à ces réactions qui vous étonnent.
C’est une erreur que d’imaginer l’abominable associé toujours indissolublement à l’obscurité, au silence et à la solitude. Moi, je l’ai rencontré dans la clarté d’un milieu d’après-midi, au sein d’une métropole trépidante, alors que je me trouvais soumis à la promiscuité que garantit une pension meublée de la catégorie la plus ordinaire, entouré de ma triste propriétaire et de deux hommes robustes. Au printemps de 1923, j’avais réussi à tirer quelques commandes à des périodiques, travaux aussi peu lucratifs que fastidieux, et me trouvais dans la ville de New York ; incapable évidemment de payer un loyer élevé, je m’étais mis à dériver de meublés en meublés, tous aussi détestables les uns que les autres, à la recherche de la chambre qui combinerait propreté acceptable, mobilier relativement décent et prix plus raisonnable. Je m’aperçus vite que je tombais irrémédiablement de Charybde en Scylla, mais finis néanmoins par trouver une maison située dans la 14e Rue Ouest, qui me déplut un peu moins que les précédentes.
C’était un immeuble de grès, à quatre étages, construit sans doute quelque temps avant 1850, meublé de cheminées de marbre et de boiseries dont la splendeur fatiguée attestait une ancienne opulence suivie d’un déclin rapidement précipité. Dans les chambres, grandes, hautes de plafond, décorées d’un papier impossible et de corniches de plâtre d’une complexité grotesque, dominaient une odeur de moisi et des relents de cuisine lointaine. Mais les planchers étaient frottés, les draps supportables, et l’eau chaude n’était que rarement froide ou coupée, si bien que j’en vins à considérer cet endroit comme une tanière assez propice à l’hibernation, en attendant de me retrouver capable de vivre. La propriétaire, dame traînant savate, une Espagnole presque barbue répondant au nom de Herrero, avait le bon goût de m’épargner ses bavardages ou ses considérations personnelles sur l’heure à laquelle j’éteignais l’électricité dans ma chambre, laquelle donnait sur le palier du troisième étage ; et mes colocataires étaient des gens aussi tranquilles et aussi discrets qu’on pouvait les rêver, des Espagnols la plupart, dont le niveau de vie était à peine supérieur au minimum vital. En définitive, seul le vacarme des voitures dans l’artère sur laquelle donnaient mes fenêtres se révéla un souci majeur.
J’habitais dans cet endroit depuis trois semaines à peu près quand eut lieu le premier incident bizarre. Un soir, il était à peu près huit heures, j’entendis comme une sorte de clapotis contre mon plafond. Dans ma chambre régnait brusquement l’odeur âcre de l’ammoniaque. Regardant autour de moi, je m’aperçus qu’un coin du mur était taché ; un liquide en dégouttait sur le plancher ; l’inondation provenait de l’endroit du plafond le plus proche de la rue. Soucieux de prendre le mal à sa racine, je me précipitai en bas pour avertir la propriétaire des ennuis qui m’arrivaient. Elle m’assura que les choses seraient vite remises en ordre.
« C’est le Dr. Munoz, expliqua-t-elle en escaladant l’escalier devant moi, il a renversé ses drogues. Il est trop malade pour pouvoir se soigner – il est de plus en plus malade – et il ne veut pas qu’on l’aide. Il est très bizarre dans sa maladie. Toute la journée il prend des bains avec des odeurs bizarres ; il ne faut pas qu’il s’agite ou qu’il ait chaud. Il fait tout son ménage tout seul – sa petite chambre est pleine de bouteilles et de machines, et il n’exerce pas la médecine. Mais il était célèbre autrefois – mon père avait entendu parler de lui à Barcelone – encore récemment il a arrangé le bras du plombier. Il ne sort jamais, que sur le toit, et c’est mon fils Esteban qui lui apporte sa nourriture, son linge, ses médicaments et toutes ses drogues. Seigneur, tout cet ammoniaque qu’il prend pour avoir froid ! »
Mrs. Herrero disparut en direction du quatrième étage ; quant à moi, je me retirai dans ma chambre. Quelques instants plus tard, l’ammoniaque cessa de couler, et, tandis que j’épongeais mon plancher et ouvrais la fenêtre pour évacuer l’odeur, j’entendis de nouveau, au-dessus de moi, les pas lourds de ma propriétaire. Aucun bruit ne venait jamais de chez ce Dr. Munoz, hormis des grondements qui faisaient penser à quelque mécanisme mû par un moteur à explosion. Il marchait toujours à pas feutrés. Un moment je me demandai quelle pouvait être sa maladie, et si son refus systématique d’entrer en contact avec l’air extérieur ne procédait pas tout simplement d’une manie sans grand fondement. Il y a, me dis-je gravement, quelque chose de terriblement poignant dans le sort d’une personne éminente qui a sombré.
Et j’aurais bien pu ne jamais faire la connaissance du Dr. Munoz sans la crise cardiaque qui me serra la poitrine un début d’après-midi alors que j’étais en train d’écrire dans ma chambre. Les médecins m’avaient averti du danger de ces attaques, et je savais qu’il n’y avait pas un moment à perdre. Me souvenant de ce que m’avait dit ma propriétaire des soins apportés par l’invalide au plombier, je me traînai jusqu’à l’étage supérieur et frappai faiblement à la porte qui correspondait à la mienne. Une voix curieuse, qui semblait venir de la droite, me répondit en bon anglais, me demandant mon nom et la raison de ma visite ; lorsque j’eus fourni les renseignements qu’on me demandait, la porte contiguë à celle où j’avais frappé s’ouvrit.
Un souffle d’air froid me gifla le visage ; quoique cette journée fut l’une des plus chaudes de la fin juin, je frissonnai en passant le seuil du grand appartement. La décoration était somptueuse autant que de bon goût ; elle me surprit, dans ce temple de la malpropreté et du désordre. Un lit escamotable remplissait son rôle diurne de divan, et des meubles d’acajou, des rideaux opulents, de vieux tableaux et une bibliothèque à vous en faire venir l’eau à la bouche, tout évoquait plutôt le cabinet d’études d’un homme de qualité que la chambre à coucher d’une pauvre maison meublée. Je compris que la pièce située au-dessus de mon logement – la « petite chambre » avec les bouteilles et les machines dont avait parlé Mrs. Herrero – était tout simplement le laboratoire du médecin ; et que ses quartiers d’habitation se trouvaient dans la pièce voisine, cossue avec ses confortables alcôves ; elle était flanquée d’une salle de bains, dont les placards recelaient et masquaient tous les ustensiles de la vie quotidienne. Le Dr. Munoz, c’était évident, était un homme cultivé, de goût et de bonne naissance.
Le petit homme qui se trouvait devant moi était admirablement proportionné ; ses vêtements, quoiqu’un peu guindés, étaient d’une coupe parfaite qui lui allait à merveille ; une tête très distinguée, une expression supérieure mais dépourvue de toute arrogance, un collier de barbe coupé court et gris fer ; un pince-nez à l’ancienne mode encadrait des yeux sombres et vivants et surmontait un nez aquilin qui donnait une sorte d’apparence mauresque à une physionomie typiquement ibéro-celte. Des cheveux épais, bien coiffés, attestant les visites régulières d’un coiffeur, séparés par une raie impeccable au-dessus d’un front puissant. Cet ensemble dégageait l’impression d’une intelligence rare et d’une nature bien supérieure à la moyenne.
Néanmoins, dès la première vision que j’eus du Dr. Munoz au sein de cette atmosphère glacée, j’éprouvai une répugnance que rien dans l’aspect de mon hôte ne pouvait justifier. Seuls les reflets livides de son teint et la froideur de sa main pouvaient donner un fondement physique à ce sentiment, et pourtant même ces données pouvaient très bien s’expliquer, si l’on consentait à se souvenir que cet homme était un malade. C’était peut-être aussi ce froid bizarre qui atténuait ma bonne impression. La température en effet était bien au-dessous de la normale pour une journée si chaude, et tout ce qui est anormal suscite l’aversion, la méfiance et la crainte.
Mais j’eus tôt fait d’oublier mes réticences pour admirer l’extrême habileté de cet étrange médecin, habileté dont je ne tardai pas à me rendre compte, et pourtant ses mains, tremblantes et glacées, semblaient parfaitement mortes. Il comprit immédiatement ce dont j’avais besoin, et m’administra ses soins avec la suprême dextérité d’un grand maître. Pendant tout ce temps, me réconfortant d’une voix délicatement modulée quoique sans timbre, il me disait qu’il était l’ennemi le plus acharné qui fut de la Mort, qu’il avait perdu sa fortune en même temps que ses amis à mener des expériences bizarres dont l’objet était d’anéantir la Grande Faucheuse. On sentait en lui le fanatique bien intentionné. Il monologua longtemps de la sorte, presque comme un vieillard radoteur, tout en m’auscultant et me donnant plusieurs médicaments qu’il alla chercher dans son petit laboratoire. De toute évidence, le voisinage d’une personne de son milieu lui paraissait un heureux dérivatif dans cet environnement douteux, et c’est cela sans doute qui faisait naître en lui le besoin d’évoquer le souvenir de ses années plus fortunées.
Sa voix, si elle était étrange, en tout cas était apaisante. Sa respiration me restait inaudible tandis qu’il m’adressait des phrases bien tournées, d’une exquise urbanité. Il essayait de détourner mon esprit de mes soucis personnels en me parlant de ses théories et de ses expériences. Et je me rappelle qu’il me consola avec tact de ma faiblesse cardiaque en me répétant que la volonté et la conscience sont plus puissantes que la vie organique elle-même, si bien qu’à une enveloppe physique précaire, mal développée, un traitement scientifique de ses qualités propres peut fournir une animation fondée sur le système nerveux malgré toutes les défectuosités fonctionnelles ou même les lacunes que présente l’arsenal normal des organes. Il se faisait fort, me dit-il presque en plaisantant, de m’apprendre un jour à vivre, ou tout au moins à posséder une sorte d’existence consciente, sans cœur. Pour lui, il souffrait d’un ensemble de maladies qui exigeaient un régime très complexe dont un froid permanent était l’un des éléments. Toute élévation notable de la température, si elle se prolongeait, pouvait lui être fatale. Il parvenait à maintenir dans son appartement une température égale – de douze degrés centigrades – grâce à un système de refroidissement par absorption à ammoniaque, et c’était le moteur à explosion de ses pompes que j’avais souvent entendu dans ma chambre, à l’étage inférieur.
Ma crise une fois calmée, avec une rapidité merveilleuse, je quittai cette pièce, glacé et frissonnant, disciple convaincu en même temps qu’admirateur sincère de ce reclus aux dons si étonnants. Telle fut la première des fréquentes visites que j’allais lui faire, mais équipé désormais de chandails et d’un pardessus ; je l’écoutais me parler de ses recherches secrètes, des résultats presque surnaturels qu’il avait obtenus, et je tremblais quelque peu en examinant les volumes antiques et mystérieux qui composaient sa bibliothèque. Je peux ajouter en passant que mon hôte me guérit presque complètement de ma maladie, et pour toujours, grâce à sa science intelligente. J’ai le sentiment, encore aujourd’hui, qu’il ne méprisait pas entièrement les incantations médiévales, étant donné que pour lui ces formules secrètes mettaient en éveil des stimuli psychologiques rares, capables presque certainement d’exercer des effets assez imprévus sur la substance d’un système nerveux ayant perdu la faculté d’envoyer les pulsations vitales dans les organes. Je fus très frappé de ce qu’il me dit du vieux Dr. Torres, de Valence, avec qui il avait partagé ses premières expériences et qui avait réussi à le tirer, dix-huit ans plus tôt, d’une maladie extrêmement grave, qui était responsable de ses infirmités actuelles. Ce vénérable praticien, du reste, n’avait pas plus tôt sauvé son collègue que lui-même succombait au redoutable ennemi qu’il venait de combattre avec un tel succès chez son prochain. Peut-être la tension avait-elle été trop forte, car le Dr. Munoz me fît clairement comprendre – quoique à voix basse et sans me donner de détails – que la thérapeutique utilisée sortait nettement de l’ordinaire et comportait des procédés que n’auraient certainement pas accueillis avec le sourire les galiénistes respectables du monde traditionnel.
Mais en même temps que les semaines passaient, je remarquai avec peine que mon nouvel ami régressait physiquement, lentement mais irrémédiablement, comme l’avait bien vu du reste Mrs. Herrero. Les nuances livides de son teint s’accentuaient, sa voix devenait toujours plus caverneuse et indistincte, ses mouvements musculaires étaient moins bien coordonnés, et son esprit et sa volonté témoignaient d’une résistance et d’un esprit d’initiative qui allaient sans cesse décroissant. Du reste, aucun des détails de ce lent et si triste processus de vieillissement ne semblait lui échapper à lui non plus, et peu à peu son expression, sa conversation même se chargèrent d’une amère ironie qui fit revivre en moi un sentiment rappelant la subite répulsion que j’avais éprouvée à son égard la première fois que je l’avais vu.
Il lui venait soudain de bizarres caprices ; il se découvrait un amour insolite pour les épices exotiques et l’encens égyptien, à tel point qu’au bout de peu de temps sa chambre évoquait le sépulcre souterrain de quelque pharaon dans la vallée des Rois. Cependant il lui fallait toujours plus d’air froid ; avec mon aide, il étendit le réseau de tubes à refroidissement dans sa chambre et modifia ses pompes de façon à augmenter le débit de ses appareils et à maintenir la température intérieure à zéro degré, et finalement à moins trois. Il faisait évidemment moins froid dans le laboratoire et dans la salle de bains, pour éviter que l’eau gelât et que les réactions chimiques fussent interrompues. Le locataire de la chambre voisine s’étant plaint de l’air glacé qui lui venait de la porte de communication, j’aidai mon ami à fixer contre le battant de cette porte une lourde tenture isolante. Une sorte d’horreur toujours plus grande, une expression morbide et lointaine semblaient s’être emparées de lui. Il parlait tout le temps de la mort, mais il avait un grand rire caverneux lorsqu’on évoquait devant lui, le plus délicatement possible, des choses telles que l’enterrement ou les dernières dispositions.
En fin de compte, il devenait un compagnon plus que déconcertant, macabre. Pourtant, reconnaissant comme je l’étais à celui qui m’avait guéri, je ne pouvais me résoudre à l’abandonner aux étrangers entre les mains desquels il serait tombé si j’avais manqué ; je veillais soigneusement à tous ses besoins, mettant sa chambre en ordre, emmitouflé dans une cape épaisse que j’avais achetée spécialement à cette intention. Comme je faisais la plus grande partie de ses achats, je ne pouvais m’empêcher d’avoir des sursauts d’étonnement en lisant les listes de produits chimiques qu’il me demandait d’aller chercher aux laboratoires des pharmaciens.
Il semblait régner dans son appartement une atmosphère de panique toujours plus forte et parfaitement inexplicable. La maison tout entière, comme je l’ai dit, dégageait une odeur de moisi, mais celle qui imprégnait sa chambre était pire et cela malgré tous les épices, l’encens et les âcres vapeurs chimiques de ces bains qu’il prenait maintenant presque constamment, et qu’il exigeait de prendre sans témoins. Je me rendais compte que cette odeur devait avoir un rapport avec sa maladie, et je frissonnais, seul avec moi-même, en me demandant ce qu’elle pouvait être. Mrs. Herrero faisait le signe de la croix chaque fois qu’elle le rencontrait. Elle me l’abandonna sans scrupules, interdisant même à son fils Esteban de continuer à faire des courses pour lui. Quand je lui proposai de consulter d’autres médecins, le malade eut une crise de rage à la limite de ses forces. De toute évidence, il devait éviter les efforts physiques et les émotions violentes, et pourtant, sa volonté et sa force vitale se sclérosant plutôt qu’elles ne s’évanouissaient, il refusait systématiquement de rester dans son lit. Puis la lassitude de cette première période fit place à un retour de son ancien esprit d’entreprise, et il parut tout prêt à braver plus audacieusement que jamais toutes les gémonies de la mort, peut-être parce qu’il sentait se poser chaque jour un peu plus sur son corps les griffes de cette éternelle ennemie. Il avait pratiquement abandonné toute habitude de manger, habitude qui du reste, chez lui, n’avait jamais été plus qu’un rite sommaire. Seule sa puissance mentale semblait l’empêcher de sombrer dans l’écroulement total.
Puis, il se mit à rédiger, des heures durant, de longs documents qu’il scellait soigneusement et me recommandait ensuite, avec mille détails, de transmettre après sa mort à un certain nombre de personnes dont il me donna les noms ; pour la plupart, c’étaient des lettrés des Indes occidentales, mais il y avait aussi dans sa liste un médecin français, célèbre autrefois, et que je croyais mort depuis longtemps, mais au sujet duquel avaient couru les bruits les plus fantastiques. En fait, je brûlai tous ces papiers sans les envoyer ni les ouvrir. L’aspect et la voix de mon ami devenant véritablement effrayants, sa présence insupportable, un jour de septembre, un homme qui était venu réparer la lampe de son bureau l’aperçut à l’improviste et tomba en crise d’épilepsie. Crise que mon ami, du reste, soigna d’une manière extraordinaire, me donnant ses instructions tandis que lui-même restait invisible. Ce malade, chose bizarre, avait connu toutes les terreurs de la Grande Guerre sans jamais avoir été victime d’une telle attaque.
Puis, vers le milieu d’octobre, l’horreur des horreurs tomba sur nous avec une brutalité stupéfiante. Une nuit, vers onze heures, la pompe de l’appareil à compression tomba en panne et trois heures plus tard, le système de refroidissement avait cessé de fonctionner. Le Dr. Munoz m’appela à grands coups de talon dans mon plafond. Je m’acharnai fébrilement à réparer l’appareil tandis que mon hôte jurait d’une voix dont la sonorité morte et caquetante défie toute description. Mes efforts d’amateur n’aboutirent à rien. J’allai chercher le mécanicien d’un garage voisin, ouvert la nuit, mais il me dit qu’on ne pourrait rien faire avant le matin, car il fallait remplacer un piston de la pompe. La rage et la terreur de l’ermite moribond prirent alors des proportions grotesques, mais qui me firent craindre de le voir perdre toutes les ressources physiques qui pouvaient lui rester. Un moment, dans une sorte de crise, il enfouit ses yeux derrière ses mains et se précipita dans la salle de bains. Il en ressortit, tâtonnant, la tête bandée : j’avais vu ses yeux pour la dernière fois.
Il faisait maintenant nettement moins froid dans l’appartement. Vers cinq heures, le docteur se retira dans la salle de bains non sans m’avoir auparavant ordonné de veiller à ce qu’on lui fournît, sans la moindre interruption, toute la glace que l’on pourrait se procurer dans des drugstores ou les cafés ouverts. Au retour de quelque voyage inutile, ou quand je déposais devant la porte de la salle de bains le résultat de ma quête, je pouvais entendre chaque fois comme un bruit de barbotement, et une voix, toujours plus épaisse, hurlait toujours le même ordre : « Encore plus ! Encore plus ! » Finalement le jour, qui promettait d’être chaud, se leva ; les boutiques s’ouvrirent l’une après l’autre. En désespoir de cause je demandai à Esteban soit d’aller chercher de la glace pendant que j’essayerais de trouver un piston, soit d’aller lui-même chercher le piston. Mais, obéissant aux instructions de sa mère, il refusa systématiquement de rien faire.
En fin de compte, j’engageai un clochard douteux, que je rencontrai au coin de la 8e Avenue, pour veiller à ce que mon patient eût toute la glace qui lui était nécessaire ; il irait la chercher dans une petite boutique où je le présentai. Ceci fait, je m’attaquai à la recherche du piston, en même temps qu’à celle d’hommes de l’art qui fussent capables de le monter. Tâche interminable ; à l’image de mon ermite, j’étais presque malade de rage, en voyant les heures s’écouler dans cette course affolée, dans ces séries de coups de téléphone inutiles ; je ne pris même pas le temps de manger ; ce fut une course éperdue, de boutique en boutique, ici et là, toujours plus loin, en métro, en taxi. Vers midi, néanmoins, je finis par trouver un magasin, au diable, qui possédait les pièces dont j’avais besoin, et vers une heure et demie, cet après-midi-là, je rentrai enfin dans la maison meublée avec tout l’équipement nécessaire, suivi de deux mécaniciens robustes et intelligents. J’avais fait tout ce que j’avais pu, et j’espérais qu’il n’était pas trop tard.
Mais une terreur noire et sourde avait pénétré avant moi dans l’immeuble. La maison était en proie à un tumulte innommable, et au-dessus du vacarme des voix terrorisées, j’entendis un homme qui priait à haute voix, et d’une voix de basse. Il y avait des choses redoutables dans l’air, on le sentait, et les locataires murmuraient de bouche à oreille, égrenant leurs chapelets que les poussait à réciter l’odeur provenant de la porte du docteur, toujours systématiquement fermée à clef. Le clochard que j’avais requis s’était enfui en criant, les yeux fous, aussitôt après avoir rapporté sa deuxième provision de glace. Peut-être était-ce le résultat d’une curiosité excessive. Il ne pouvait naturellement pas avoir fermé derrière lui la porte à clef ; maintenant, pourtant, elle était condamnée de l’intérieur. Aucun son ne nous venait plus de l’appartement, à l’exception d’une sorte de bruit de gouttes épaisses et lourdes qui tombaient pesamment, et sur la nature desquelles on n’osait pas s’interroger.
Après quelques secondes de discussion avec Mrs. Herrero et les mécaniciens, malgré la crainte qui me rongeait jusqu’à la moelle des os, je pris la décision d’enfoncer la porte. Mais la propriétaire heureusement trouva le moyen de faire tomber la clef de l’extérieur, à l’aide d’un fil de fer. Auparavant nous avions ouvert toutes les portes de toutes les chambres de l’étage, et toutes les fenêtres de la maison. Nous protégeant le nez avec des mouchoirs, tremblants, nous pénétrâmes enfin dans cette pièce maudite, orientée au sud, où brillait le chaud soleil du début de l’après-midi.
Une sorte de traînée sombre et graisseuse passait sous la porte de la salle de bains entrouverte, allait jusqu’au vestibule, et, de là, au bureau où s’était formée une mare à faire frémir. Quelque chose était griffonné au crayon, d’une écriture tremblante, sur un morceau de papier atrocement marbré, comme par les griffes elles-mêmes qui avaient tracé ces derniers mots dans l’urgence du désespoir. Et, de là, la piste menait au lit, où elle mourait d’une façon que je ne saurais dire.
Ce qui se trouvait, ou ce qui s’était trouvé sur ce lit, je ne peux même pas entreprendre de le décrire ; songer à cette idée me tue. Mais je le compris en m’emparant de ce papier gras, en le lisant, avant d’y mettre le feu. Je le devinai au sein de mon intime frayeur tandis que la propriétaire et les deux mécaniciens, pris de panique, s’enfuyaient de cet endroit maudit, pour aller balbutier d’incohérents récits au commissariat de police. Et les mots nauséeux de ce message me parurent presque impossibles à accepter par ce chaud soleil, et dans cette lumière dorée, tandis que l’on entendait le bruit des voitures et des camions et la clameur qui montait de la 14e Rue ; et pourtant, je dois avouer que ce que je lus à ce moment-là, je le crus. Est-ce que je le crois encore maintenant ? Franchement, je ne saurais le dire. Il y a des choses à propos desquelles il vaut mieux ne pas réfléchir, tout ce que je peux dire, c’est que je hais l’odeur de l’ammoniaque, et que je m’évanouis au moindre courant d’air froid.
« La fin, disait ce griffonnage atroce, la fin est là. Il n’y a plus de glace. L’homme a jeté un coup d’œil à l’intérieur, et il s’est sauvé. Il fait plus chaud à chaque minute, les tissus ne peuvent pas tenir. J’imagine que vous avez compris ce que je voulais dire à propos de la volonté et de la conservation du corps après que les organes ont cessé de fonctionner. C’était parfait en théorie, mais ne pouvait durer indéfiniment. Il y a eu une détérioration progressive que je n’avais pas prévue. Le Dr. Torres l’avait compris, mais le choc l’a tué. Il ne pouvait supporter ce qu’il avait à faire ; il était contraint de m’enfermer dans un endroit aussi sombre qu’étrange, où il pût s’occuper de ma matière et me faire revenir à la vie. Mais les organes refusèrent de se remettre à travailler. Il fallait le réaliser à ma façons – par la voie que je préconisais : la préservation artificielle. Car, comprenez-vous, je suis mort il y a aujourd’hui dix-huit ans. »


FIN

samedi 13 février 2016

Jonny Double (Azzarello/Risso)

... La mini-série Jonny Double n'a jamais aussi bien portée son nom.

En effet, j'ai lu cette série il y a déjà pas mal d'années, lors de la sortie de la version française chez l'éditeur Le Téméraire, celui-là même qui a édité le premier du Vertigo dans l'Hexagone.
Or donc je suis tombé sur mon exemplaire dernièrement, et j'ai entamé sa relecture, le hasard faisant bien les choses je suppose puisque je suis justement en pleine lecture de récits hard-boiled.
Coïncidence, je suis aussi tombé sur la version originale paru chez DC Comics en quatre livraisons.

J'ai d'abord constaté que la série avait paru en couleurs aux U.S.A, cela dit le choix du noir & blanc marche plutôt pas mal pour ce polar sévèrement burné comme sait en écrire Brian Azzarello ; mais quelle ne fut pas ma surprise de constater que la fin de l'histoire n'était pas la même que dans la version française.

Pour vous donner une idée de la situation jetez un coup d’œil vous-même :





Pour le coup Jonny Double est vraiment "double".
Remontage de la part de l'éditeur français ? Fin alternative ?

Si jamais quelqu'un connaît le fin mot de l'histoire qu'il n'hésite pas à venir m'en faire part.

Addenda :

La version U.S de Jonny Double est effectivement en couleur, elle est réalisée par le premier coloriste de 100 Bullets : Grant Goleash.
Quant à la fin de l'histoire, elle comprend 5 planches inédites qui clarifient le dénouement de l'intrigue. Ces planches n’étaient pas présentes dans la V.F N&B publiée chez Le Téméraire. La V.O reproduit aussi les 4 couvertures du légendaire Mark Chiarello qui aurait dû être le cover artist de la série 100 Bullets, mais qui a passé la main à Dave Johnson
La V.F en N&B utilise un dessin de Risso en couverture qui n'est autre que l'illustration qui avait été faite pour annoncer la sortie de la mini-série mensuelle dans le Previews de mai/juin 1998.

Merci à hanpansu pour ces précisions.

Reste à savoir à quel moment ces modifications ont étéfaites, pourquoi et surtout pourquoi la V.F n'en a pas Tenu compte ?

lundi 8 février 2016

Hellblazer : Good Intentions (Azzarello/Frusin)

... Nous avions laissé John Costantine à la fin du précédent arc narratif, en train de sortir de prison.
Nous le retrouvons dans celui-ci au seuil d'une errance, l'un des grands thèmes de la littérature américaine et Le mythe fondateur de l'imaginaire étasunien : de la théorie de la Frontière à Thelma & Louise en passant par la Beat Generation, pour le dire vite.  
Brian Azzarello n'est pas de ceux qui pensent que c'est le but du voyage qui compte. Il n'est pas de ceux non plus qui pensent que seul le voyage compte, peu importe la destination.
Non il est de ceux peu nombreux peut-être, qui accordent autant d'importance à l'un et à l'autre.
Ainsi, avant d'arriver à destination John Constantine va-t-il faire quelques belles rencontres.
Enfin belles, tout le monde n'est peut-être pas du même avis.
Auteur de la veine Noire et hard-boiled de la littérature U.S Azzarello n'oublie de rendre hommage à ses aînés
Entre les mains de l'américain Azzarello, le magicien Constantine, issu des classes laborieuses, inventé par Moore, Veitch & Totleben dans les pages de Swamp Thing incarne plus que jamais le pícaro ; ce personnage (venu de la littérature espagnole) qui dans une errance permanente, à l'instar de celle des chevaliers mais dans une version grim & gritty (littéralement "sinistre & crue"), travers une série d'aventures qui sont pour lui l'occasion de contester l'ordre social établi. 
Rusé, parfois fourbe, manipulateur, le pícaro est aussi un intrigant (c'est-à-dire un agent interne de l'intrigue) de basse extraction qui vit en marge de la société et bien entendu, à ses dépens ; bien qu'il ne soit pas naturellement honnête le pícaro peut l'être quelques fois, par hasard. 
Cependant sa volonté est entièrement tournée vers la survie, il ne combat jamais du moins en apparence, pour sauver la veuve et l'orphelin, ou pour des "Principes", mais bien pour des récompenses "sonnantes et trébuchantes". 
Fauteur de troubles, il est capable de faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons. Produit de la pauvreté et de la misère, né des circonstances engendrées par la guerre ; le pícaro originel est un mélange de stoïcisme et de cynisme. 
Du premier il tient son insensibilité face au malheur et une tendance à tirer profit de ses contretemps. Du second son mépris des lois, ce qui en fait une espèce d'anarchiste alors capable d'attaquer de front, sans détour. 
Paradoxalement, il suscite néanmoins la sympathie, voire l'admiration ; plus transgressif que subversif, il n'est pas un héros mais un héraut, voire un anti-héros.
C'est Marcello Frusin qui occupe la place du dessinateur avec James Sinclair aux couleurs, le duo opèrent dans un style qui n'est pas sans rappeler Edouardo Risso & Patricia Mulvihill sur 100 Bullets du même Azzarello : 
... Les amateurs du genre le savent bien, le roman "Noir" c'est (souvent) un sentiment d'impuissance absolue dans un monde brusquement dangereux, ce sont des personnages qui créent eux-mêmes leur propre enfer pour échapper au mélodrame de seconde zone dans lequel ils sont embourbés, pour échapper au Traquenard.
Brian Azarello fait de la BD Hellblazer une bande dessinée "Noire" comme on peut le dire du roman ou du film. Noir !
Certainement, à mes yeux déjà, le meilleur de ce que cette littérature et ce cinéma ont pu produire de mieux jusqu'à nos jours. 

(À suivre ...)