jeudi 30 juin 2016

Le mystère Harrow County (Artemus Dada)

Une page d'explication extraite du #1 V.O
En discutant avec quelqu’un qui partageait mon intérêt pour la série HARROW COUNTY de Cullen Bunn & Tyler Crook, j’ai été surpris d’apprendre que dans les premiers numéros de la version originale, qu’il avait lus lors de leur parution mensuelle, il y avait une page de bande dessinée supplémentaire qui racontait la vie dans le comté d’Harrow, et quelques pages où le scénariste Cullen Bunn explique tel ou tel aspect de son histoire (voir aussi supra) ou ce qui l’a amené à écrire ce genre d’histoire :
Harrow County #1
Harrow County #1
Harrow County #4
En y réfléchissant je me suis dit que cette démarche était une sorte de prime aux lecteurs qui font vivre la série en l’achetant mensuellement, sans attendre la compilation des numéros en recueil (trade paperback ou tpb) et permettent ainsi sa publication.
Le fascicule mensuel est une institution aux U.S.A., et rares sont les titres qui paraissent directement en album (graphic novel), et la viabilité d’un titre passe presque obligatoirement sous les fourches caudines de cette mensualisation.
Ed Brubaker a fait la même chose pour sa série FADE OUT par exemple en proposant du rédactionnel rédigé par Jess Nevins (si mes souvenirs sont bons).

Si aux U.S.A. cette prime aux lecteurs peut non seulement se comprendre mais m’apparaît fort sympathique, en France le lecteur n’a souvent accès qu’aux séries sous la forme de compilations (recueils) et n'a donc pas le même choix.
Il serait bon que les éditeurs hexagonaux s’intéressent d’un peu plus près à ce qui se fait outre-Atlantique, et envisagent de négocier de pouvoir publier ces pages.

Cela dit, il y a loin de la coupe aux lèvres.
Une page extraite du tpb U.S.
En effet, je me suis intéressé au premier recueil qui compile les quatre premiers numéros parus en version originale ; et quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’il en manquait une partie.

Comme je l’ai expliqué dans mon commentaire sur la série publiée par Glénat Comics sur mon blog (Pour en savoir +), une partie de l’histoire trouve son origine dans un roman (inachevé) publié sur la Toile (que j’ai réussi à retrouver en faisant quelques recherches) et qui s'intitule : « Countless Haints »
Or donc Cullen Bunn propose dans le tpb en V.O son roman, absent de la V.F :


Il manque aussi une page où Tyler Crook parle de son travail sur la colorisation, exemples à l’appui (voir supra) ce qui est plutôt bizarre quand on sait l’importance de la couleur dans cette série, notamment pour la raison dont je parle dans mon commentaire sur la série.

Et là je me dis que si on voulait détourner les lecteurs francophones des éditions françaises, ou favoriser l’apprentissage de l’anglais, on ne s’y prendrait pas autrement.

De passage dans plusieurs librairies ce weekend, je me disais que le catalogue Glénat Comics proposait de fort belles choses, un éventail plutôt éclectique ; et j’ai d’ailleurs pris plusieurs de leurs recueils.

C’était bien sûr avant de me pencher (c’est le cas de le dire) sur le cas des traducteurs et lettreurs dont les noms n’apparaissent que dans l’ours, un ours fort minuscule comme je le faisais remarquer dans mon commentaire sur ROBBIE BURNS, Witch Hunter ; et bien sûr avant d’apprendre que l’on semble finalement peut soucieux de proposer des « versions intégrales » chez cet éditeur.

Tout cela me laisse pour l'instant assez perplexe. 

____
Le 06/07/2016 :

.... Suite à mon commentaire sur le "Mystère d'Harrow County", quelqu'un a posé la question à Glénat Comics, et Olivier Jalabert a répondu, et je l'en remercie : 
Hello, alors la VF ne reprend pas le script car ça augmentait beaucoup la pagination pour un texte assez long et je trouve que ça nuit à la fluidité du livre. On utilisera ce contenu plus tard pour une autre édition. Pour les shorts stories, nous les utiliserons aussi ultérieurement soit d'abord en dématérialisé, soit en syndication, c'est à l'étude voilà ;)

Harrow County (Bunn & Crook)

... Le Sud (des U.S.A.) bouillonne d’énergie littéraire, au moins depuis Allan Edgar Poe, et à partir de William Faulkner les thèmes du gothique anglais sont devenus ceux du Sud à tel point qu'il y a une tradition, une école du "gothique sudiste".
Faulkner qui écrit : « ce Sud profond mort depuis 1865 et peuplé de fantômes bavards [..] » ou Cormac McCarthy évoquant des « ruines d’arbres géants » est aussi celui d’HARROW COUNTY de Cullen Bunn & Tyler Crook.
 On y trouve ce même sentiment de culpabilité qui hante toute cette littérature ; tout autant que l’innocence perdue, le culte du passé et le refus de la modernité. 
N’oublions pas que le Sud est le seul endroit aux Etats-Unis à avoir connu la défaite et l’occupation.
Pour l’homme du Sud la terre est sacrée, et ceux qui ont lu le premier tome intitulé « Spectres innombrables » savent de quoi je parle.
Le sous-titre de ce premier recueil a d’ailleurs une histoire ; il s’agit d’un roman inachevé que Bunn a publié sur la Toile (« Countless Haints » en version originale). Un roman où il est aussi question d’une jeune fille qui va devenir une femme, et qui rêve d’un arbre en haut de la colline, et à qui son père reproche gentiment de vouloir le quitter bien trop vite. On y retrouve presque telles quelles certaines scènes, transposées, dans la bande dessinée :
[..] Pa’s eyes glittered in the lamplight. “You in such a hurry to grow up and leave your old father alone?” [..] Madrigal dreamed of the tree upon the hill. […] “Lies,” the tree said, “Lies.” In the dream, lightning sizzled across the blackening sky, bright as witch’s fire. Madi woke and sat up in bed. Even though the night was warm and the cramped room was stuffy, she drew the patchwork blanket up close. Moonlight trickled in through the bedside window, painting the room in an eerie blue haze—the color, or so she’d always thought, of haints. They were all around her, crowding close to her bed, watching her. Countless haints. [..]
À cet égard il se dégage d’HARROW COUNTY une atmosphère presque onirique (tout comme souvent dans le gothique sudiste), qui dans une certaine mesure atténue la dureté de ce qui est montré : là un lynchage, ici un écorché ….., grâce à une palette de couleurs où domine le pastel. Le gothique qu’il soit anglais, sudiste ou encore moderne est une littérature mystérieuse, envahie par des présences secrètes, inhumaines et terrifiantes. Le vocabulaire spectral y est omniprésent et les limites entre la vie et la mort deviennent nébuleuses et floues. Si dans le gothique sudiste le Mal est toujours une préoccupation majeure, à l’instar de son ancêtre de la « perfide Albion », la frontière qui le sépare du Bien y est difficile à tracer. Le gothique sudiste est une littérature qui refuse le manichéisme. 
 ... Et pour ce que j’en ai lu, Cullen Bunn & Tyler Crook donnent à cette littérature un pendant dans le domaine de la bande dessinée dont ils n’ont pas à rougir. 
Bien au contraire !


Harrow County - Tome 1 : Spectres innombrables 
Scénariste : Cullen Bunn 
Dessinateur et Coloriste : Tyler Crook 
Traducteur : Xavier Hanart 
Lettrage : Fred Urek 
Glénat Comics / Prix : 14.95 € 

Oserez-vous entrer dans le lieu de tous les mystères ? Dans la petite bourgade du sud des États-Unis de Harrow County, Emmy a toujours su au fond d’elle que les bois qui entourent sa maison étaient peuplés de fantômes, gobelins et autres zombies. Mais le jour de son dix-huitième anniversaire, elle va découvrir qu’elle est connectée à ce lieu, et aux monstres qu’il renferme, d’une façon qu’elle n’aurait jamais imaginée... Peu à peu, elle sent d’étranges pouvoirs naître en elle. Est-elle prête à affronter tous les mystères de Harrow County ?

mercredi 29 juin 2016

The Bunker

The Bunker - Tome 1 : Capsule temporelle 
Scénariste : Joshua Hale Fialkov 
Dessinateur et Coloriste : Joe Infurnari 
Traduction : Isabelle Bauthian 
Lettrage : Fred Urek 
Glénat Comics
Prix : 14.95 € 
Alors qu’ils sont en train d’enterrer leur « capsule temporelle » au fond d’un bois, cinq adolescents découvrent un mystérieux bunker métallique enfoui sous la terre ... 

... THE BUNKER développe assez vite une aporie, liée d’ailleurs à l’un des thèmes qu’elle développe à savoir le voyage dans le temps. 
Et tout aussi rapidement j’ai pensé à un film qui met justement en scène ce paradoxe : L’ARMÉE DES DOUZE SINGES de Terry Gilliam (il y a pire "filiation" me direz-vous). 
Décidément tout va très vite dans cette histoire, car les réticences qui commençaient à m’étreindre ce sont évanouies rapidement pour laisser place à de la curiosité. 

Comment Joshua Hale Fialkov allait-il se débrouiller pour surmonter ce que je voyais comme un écueil, sous-entendu d’une façon disons originale (relativement aux autres manières de traiter cette idée de départ), mais aussi comment allaient s’en sortir les protagonistes principaux. Et où cela nous emmènerait-il ? Car l’une des forces de ce premier volume est pour moi, la rapidité (encore, décidément) avec laquelle le scénariste invente des personnages dont la personnalité impose l'envie de me soucier de leur avenir (ce qui est de circonstance). 

Cet intérêt va de pair avec le dessin et (surtout) la mise en couleur de Joe Infurnari, qui matérialise une bien magnifique ambiance. 
À part un petit flottement ressenti lors des premiers flashforwards (ou prolepses), ou du premier flashbacks, THE BUNKER, Capsule temporelle est une très très belle découverte, dont j'attends la suite de pied ferme.

dimanche 26 juin 2016

Jennifer Morgue (Charles Stross)

... On considère souvent la science-fiction comme un imaginaire de strates, qui se construit par des accumulations et un enrichissement continus. 
Cette propriété longtemps l’apanage presque exclusif de la S-F s’est étendue à l’imaginaire dans sa totalité : c’est ce qu’on appelle le post-modernisme.

Jennifer Morgue, le deuxième roman du « cycle de la Laverie » de Charles Stross n’y échappe pas. 
Mieux, il le revendique ! 

Si le roman précédent intitulé Le Bureau des atrocités (Pour en savoir +) s’inspirait d’Ipcress, danger immédiat le roman de Len Deighton, Jennifer Morgue puise dans ceux de Ian Fleming l’inventeur du célèbre agent 007 alias James Bond.
Cela dit, ce n’est pas en empilant les assiettes que l’on fait la vaisselle ; et pour le coup Charles Stross fait aussi la vaisselle si je puis dire avec ce roman, en y montrant un fort beau tour de main. 

En effet, si l’inspiration vient des romans d’espionnage de Fleming, Stross concocte un récit à sa façon, et loin de ne penser qu’à l’effet produit il raconte une histoire solide et captivante. 
L’idée d’incorporer le folklore lovecraftien dans son cycle n’est pas étrangère à l’intérêt qu’il suscite et fort heureusement, cet additif ne se résume pas à un gimmick de geek.
Une fusion de bon aloi tant il est vrai que toute technologie, ici l'informatique, suffisamment avancée est indiscernable de la magie, un aspect pas forcément voulu par H. P. Lovecraft mais que nombre de lecteur comprennent comme tel.

En outre, entre bande de marins & bande passante Charles Stross bâtit une bonne partie de son intrigue sur ce qu’il est convenu d’appeler un discours « métafictionnel » ; c’est-à-dire qui déploie une intertextualité importante et propose un discours réflexif (deux propos du postmodernisme) sur un stéréotype du genre qui, et c’est là une belle prouesse, fait intégralement partie de la diégèse. Le fond & la forme en quelque sorte.

L’auteur a en outre l’intelligence de ne pas uniquement se reposer sur les compétences (supposées) des lecteurs, ce qui guette parfois ce genre de récits, entre pastiche et métafiction, et propose un roman que l’on peut suivre, du moins me semble-t-il, au premier degré.     

Jennifer Morgan est donc en définitive, un roman qui rend compte à la fois du potentiel de l’auteur, et de son talent.
Et si d'aventure cela vous tente, il y a en ce moment (celui où j'écris ces lignes) un projet de financement participatif, dont j'ai déjà parlé, pour traduire le reste du cycle dit de la Laverie (Pour en savoir +).

vendredi 24 juin 2016

ExoGlyphes : romans inédits des cultures de l'imaginaire


... Un projet sur la base d'un financement participatif sur Tipee a été récemment lancé à l'instigation de Maitre Sinh.
Il se propose de publier des nouvelles, des novellas ou encore des romans inédits dans le domaine de la science-fiction, de la fantasy, etc., d'auteurs quelque peu délaissés en France

On commence avec Charles Stross et son "cycle de la Laverie" (six tomes parus mais seulement deux de traduits dans l'Hexagone), et Kirill Eskovet son Dernier Anneau, une sorte de spin-off au  Seigneur des anneaux vu du côté des Orcs. Belle idée !
La hauteur des contributions mensuelles déterminera le rythme de parution.

Au moment où j'écris ces lignes le projet est sérieusement lancé, il est à 23 euros de se "stabiliser".
C'est-à-dire que le nombre de livraisons diminue :

- Equoid (nouvelle) : 4 livraisons
- Down on the Farm et Overtime (nouvelles): 2 livraisons
- Le court roman The fuller memorandum peut être mis en chantier en 7-8 livraisons.

Ces quatre histoires sont sûres de sortir, seul le rythme de parution peut encore varier (Pour en savoir +).
Pour atteindre les autres paliers votre participation serait la bienvenue.
Alors si le cœur vous en dit ..... (Pour en savoir +)

En ce qui concerne le "cycle de la Laverie", j'avais bien aimé le premier tome intitulé Le Bureau des atrocités  (Pour en savoir +), et je suis en train de lire Jennifer Morgue (le deuxième roman), très très bon aussi pour l'instant.

jeudi 23 juin 2016

Cassius LE GRAND


... Aujourd'hui je vous propose une émission de radio de 1975 : Cassius LE GRAND de Paula Jacques, avec  :

William KLEIN, réalisateur de deux films sur Cassius CLAY : Pourquoi il a réalisé en 1974 un deuxième film "CLAY the greatest". 
L'apport de Mohamed ALI (alias Cassius CLAY) dans la lutte des noirs américains. 
Ses dons de comédien. 
Le match CLAY-PATTERSON. 
Le mouvement des "BLACK Muslims". 
La carrière de Mohamed ALI. 
La guerre psychologique dans le monde de la compétition sportive. 
L'infantilisation des foules aux USA. 
Pourquoi Mohamed ALI fut éloigné du ring durant 3 ans. 
Raymond MEYER, rédacteur en chef de "l'équipe" : Ce qu'il pense du film W. KLEIN. 
La technique, la personnalité et les possibilités d'avenir de Mohamed ALI 
Aldo CONSENTINO, champion d'Europe de boxe : Comparaison entre la boxe en Amérique et la boxe en France. 
La technique et la personnalité de Mohamed ALI.
Philippe GAVI, journaliste à "Libération" : Son opinion sur le film de W. KLEIN "CLAY the greatest". 
La violence aux USA. 
L'attitude symbolique de Mohamed ALI dans son refus de faire son service militaire. 
L'aide financière de Mohamed ALI aux "BLACK Muslims".

mercredi 22 juin 2016

Muhammad Ali par Lefred-Thouron

... Bel hommage du toujours excellent Lefred-Thouron à Muhammad Ali dans L'Equipe Magazine du 11 juin 2016, le journal propose par ailleurs un très intéressant dossier sur le boxeur (certainement) le plus célèbre de tous les temps ; dont de magnifiques photographies commentées. 

lundi 20 juin 2016

Black Jack : L'Homme au tatouage (Osamu Tezuka)

... Dans le cadre de mes commentaires sur la série de bande dessinée PLUTO, il m'a semblé opportun de proposer une petite histoire de Black Jack, l'un des personnages inventés par monsieur Tezuka ; et qui apparaît pour ainsi dire en filigrane dans PLUTO : 






















dimanche 19 juin 2016

PLUTO (Urasawa/Tezuka) n° 1 à 3

« L'Art, cependant, est quelque chose qui perçoit la vérité à travers les émotions. Par conséquent, il ne peut y avoir d’art qui soit fondé sur l'imagination. »

Ces propos publiés en 1885 (in Shôsetsu Shinzui/La Quintessence du roman) par monsieur Uchida Fuchian (Cf. Japan SF/Tony Sanchez) qui donnait une définition de ce que devait être le roman, n’ont heureusement pas été suivi à la lettre dans l’archipel.

... À l’instar du super-héros, invention propre aux U.S.A. et qui a enrichi le folklore étasunien dès la fin des années 1930, le robot ou le cyborg occupent une telle place dans la culture du Japon qu’on n’oublierait presque qu’ils ne sont pas des inventions japonaises.

Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.
Isaac Asimov (1er Loi de la robotique) 
Si les premiers exemples remontent aux années 1920 (dans la S-F littéraire) et aux années 1930 dans la bande dessinée japonaise, c’est après la Seconde guerre mondiale qu’un véritable tsunami de robots et d’androïdes inondera l’imaginaire nippon.
Ainsi contre toute attente, malgré Nagasaki et Hiroshima, la technologie américaine n’a pas été diabolisée mais d’une certaine manière "fétichisée".
Pour preuve, le premier héros populaire de la BD nippone (1952) n’est autre que Tetsuwan Atom autrement dit Astro le petit robot (au cœur atomique).
Que le cœur du petit robot soit justement une pile atomique n’est certainement pas un hasard.
Au début des années 1960, apparaît le premier robot géant (Tetsujin 28 gô) ; L’Homme d’acier n°28 et Astro ouvriront la porte à toute une ribambelle de robots autonomes, pilotés ou téléguidés, géants ou pas, à nulle autre pareille dans le monde.
Un déluge de ferblanterie dont le mangaka Naoki Urasawa extraira un épisode particulier, écrit et dessiné par monsieur Osamu Tezuka (Pour en savoir +), et qui deviendra PLUTO ; réalisée à l’occasion de l’anniversaire d’Astro.

... Bien qu’intéressé depuis longtemps par la culture japonaise, ma première rencontre avec l’imaginaire japonais date du début des années 1970 avec le Roi Léo en dessin animé, je ne suis pas un lecteur boulimique de manga.
Et en lisant PLUTO, je me suis fait la remarque que même sans bien connaître la bande dessinée japonaise, ou l’œuvre de monsieur Osamu Tezuka, l’immersion dans cette aventure a été immédiate et totale.
Commune à la culture occidentale et à celle du pays du soleil-levant, l’enquête policière, sous la forme dite du whodunit, c’est-à-dire en bon français : le kilafé, est cela dit un excellent viatique.

À cela s’ajoute la science de monsieur Naoki Urasawa. 

Un texte, et a fortiori une bande dessinée utilise un certain nombre de stratégies qui orientent la lecture.
S’identifier, ressentir de la sympathie ou de l’antipathie, être mis mal à l’aise est d'abord une affaire de texte.
Néanmoins, l’auteur ne doit pas oublier de créer des « espaces d’indétermination » afin de laisse une certaine liberté d’interprétation à ses lecteurs. 
La rencontre entre l'inspecteur Gesicht et l’épouse de Robbie (de Planète interdite ?) le policier robot est un modèle du genre. Ou les scènes entre North 2 et son maître.
La maîtrise, le tour de main du mangaka sont bluffants. 

Son storytelling est d’une efficacité rare : la rencontre (encore) entre Gesicht et Astro véhicule une telle émotion, sans recours aux récitatifs, que j’en suis resté comme deux ronds de flan.
Après trois tomes, PLUTO s'annonce comme une série très très prometteuse. 

(À suivre ....)

samedi 18 juin 2016

Cosplay : Batgirl

Vous dansez le batusi ?

vendredi 17 juin 2016

Tank Girl (Martin/Hewlett) Vent d'Ouest

Mon commentaire aurait très pu être mis intitulé "de la traduction .." ou encore sous-titré "bande dessinée insolite" ; tant il est vrai que TANK GIRL est une espèce d'ovni au pays des illustrés.
Mais si la série originale appartient à une espèce à part si je puis dire, la traduction française proposée dans les années 1990 ne trahit pas cette appartenance. ...

... J''ai découvert la la série TANK GIRL dans les pages de la revue de BD Gotham (éditée par Vent d'Ouest) en 1995, et dernièrement je suis tombé dans une brocante sur le recueil (toujours édité par Vent d'Ouest) qui compile ces épisodes.
Mes Gotham étant au diable vauvert je me suis emparé de cet opuscule.

Je ne me souviens plus de ce que j'avais pensé de cette BD d'origine anglaise en 1995, mais ce qui m'a frappé en relisant le travail d'Alan Martin (scénario) et de Jamie Hewlett (dessins) c'est, outre le délire surréaliste des scénarios et les magnifiques dessins, paradoxalement le travail des traducteurs : Ange.

En effet ils ont bien évidemment fait leur travail de traduction, mais ils ont aussi adapté voire "francisé" la BD.
Ainsi croise-t-on Sacha Distel, le refrain de la chanson de Christophe Aline ou encore Patricia Kass au détour d'un commentaire ; car oui des commentaires s'ajoute à l'histoire et Tank Girl discute avec ses créateurs et parfois (me semble-t-il) avec le lecteur.
Jusque là rien de bizarre me direz-vous.  (?)

Jusqu'à ce que je tombe sur une case, qui m'a fait me demander comment aujourd'hui cette blague serait traduite, et de fil en aiguille j'ai fait des recherches pour me procurer la V.O et y regarder de plus près.

Incidemment la case en question est complètement différente de l'originale.

Et non seulement elle est différente mais elle est sacrément plus "subversive" dans la V.F que dans la V.O.

Jugez plutôt :
Ça se joue sur le t-shirt de Booga, le kangourou
Et si on croise un fan-club d'Alain Juppé, on est en 1995 lorsque que sort la V.F, Sheila et Vanessa Demouy en prennent pour leur grade :
Dans un dialogue la phrase : "OK. Starsky, let's rock, big boy" devient : "Allez, Starsky, range ta bite. On y va", "gay]" devient "tarlouze", ou alors la version d'Ange est beaucoup plus claire que l'allusion en anglais :
Le commentaire sur la chasse !!!
Lire les deux versions donne un idée du travail de traduction qui (de mon point de vue en tout cas) s'il ne respecte pas à la lettre ce qui est dit dans la langue de départ respecte l'esprit de l'entreprise. Voire la "sublime" [-_ô]

Et loin de me faire regretter de ne pas avoir découvert TANK GIRL en V.O je suis bien content non seulement de l'avoir lu en français mais aussi d'avoir pu "comparer" les deux versions.

Ange ont fait du très beau travail, je me demande comme Niko s'en ait sorti lors de la réédition (je crois bien que c'est lui qui s'y ait collé) ?

Cela dit, assez étonnamment, une référence à Oui-Oui (le personnage d'Enid Blyton) est passée au travers de la vigilance et du mauvais esprit du duo, et un choix de traduction de titre de film est moins heureux (à mon avis), d'autant qu'une scène de la BD reprend celle, très connue, du film.
Mais c'est bien peu compte tenu de leur travail ("Scully est un petit thon", "connaissez-vous l'Afrique", etc.) ou :
Sucer des kangourous ! shocking !
Je ne voudrais pas spolier une partie du salaire de l'ami Nikolavitch (Pour en savoir +) mais si vous avez l'occasion de vous procurer cette version, je crois qu'il ne faut pas hésiter.  [-_ô]