dimanche 26 février 2017

Chance S01-E10 (HULU)

.... 1 dixième et dernier épisode un peu en demi-teinte.
Alors que les 9 précédents ont semblé « tourner autour du pot » (dans le bon sens du terme), ces 45 dernières minutes semblent vouloir en finir au plus vite.
Au point de donner l'impression de bâcler l'affaire, si ce n'était un choix dans la manière de raconter cet épilogue qui contredit mon sentiment. Reste qu'une deuxième saison ne semble pas plus à l'ordre du jour.

Et c'est bien dommage tant le duo qu'ont formé le docteur Chance, interprété par Hugh Laurie et D alias Ethan Supplee, s'est révélé riche en potentiel diégétique.

En tout cas, vu la tournure des événements je vais me procurer le roman de Kem Nunn, dont s'inspire la série, et voir s'il ajoute quelque chose à ce que racontait la série mise en chantier par la chaîne HULU. 

(À suivre ....)

mardi 21 février 2017

Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive

.... Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive met en scène dans une réalité mitoyenne (?) : Jean-Pierre Rassam, Claude Berry, Maurice Pialat et Jean-Luc Godard, dans les rôle principaux. 
De sacrés tempéraments dont Christophe Donner donne un instantané entre Mai 68 et Septembre noir au travers d'une histoire captivante, très sombre et très amusante. 

Trois cents pages lues à la vitesse à laquelle Rassam vit sa vie ; à cent à l'heure. 
Si ce dernier ne s'ennuie pas, pas plus que ceux qui gravitent autour de lui d'ailleurs, le style de Donner n'y invite pas non plus. En tout cas personne ne sort indemne de ce roman qui n'entretient pas de différence de nature mais seulement de style avec ce que la presse « people » est capable de faire. Brrrr !! 

dimanche 19 février 2017

Le Bon père (Noah Hawley) Série Noire

.... L'Histoire des Etats-Unis n'est pas avare en assassinats d'hommes politiques.
Noah Hawley, peut-être plus connu de ce côté-ci de l'Atlantique comme créateur & scénariste* de séries télévisées : The Unusuals (Pour en savoir +), Fargo ou plus récemment Legion, une série inspirée d'un personnage de bédé de la Marvelpose ce préalable et en explore les tenants et les aboutissants en un peu plus de 400 pages dans son seul roman à avoir été publié dans l'Hexagone
Le Bon père traduit par Clément Baude pour la Série Noire (2013) utilise - du moins me semble-t-il - un canevas on ne peut plus approprié, celui dit des « 7 étapes du deuil » :

•Le choc
•Le déni
•La colère & le marchandage
•La tristesse
•La résignation
•L'acceptation
•La reconstruction

Avec un dosage et des modalités que je vous laisse découvrir.

Or donc, plutôt loin des atmosphères loufoques de ses réalisations télévisées, Noah Hawley a brodé un thriller extrêmement captivant & anxiogène, et surtout plein de surprises, contrairement à ce que je semble dire en énonçant une sorte de recette prête à l'emploi.
.... Jamais là où je l'attendais, décrivant des personnages qui deviennent instantanément des individus, Noah Hawley a écrit une histoire que je n'ai pratiquement pas lâchée une fois commencée. 

Auteur de 4 autres romans entre 1998 et 2016, la lecture de celui-ci - paru aux U.S.A. en 2012 - me fait regretter qu'ils ne soient pas aussi traduits.

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* Il est aussi annoncé sur une adaptation télévisée de l'excellent (et très étonnant) roman de Kurt Vonnegut Le Berceau du chat ; ce qui semble caractériser, si on ajoute les réalisations qu'on lui connaît déjà, un homme dont les goûts me parlent, si je puis dire.


(À suivre ....)

vendredi 17 février 2017

The Punisher : Hollywood Night

.... Fer de lance des justiciers certifiés 17ème parallèle, fabriqués par l'imaginaire des années 1960-1970, Frank Castle alias le Punisher, est l'avatar number one des représentants d'une longue tradition américaine de l'art de rendre la justice : le vigilante (Pour en savoir +).
Cousin germain de Mack Bolan dit L'Exécuteur, il est cette fois entre les mains du scénariste Nathan Edmondson et du dessinateur Mitch Gerards pour un run d'une vingtaine de numéros, précédant de peu le gros événement marvelien de 2015 : Secret Wars.

.... Le moins qu'on puisse dire c'est que sous la houlette d'Edmondson la violence du Punisher s'exprime ouvertement. Les meurtres de sang froid s'enchaînent de façon explicite, et l'utilisation d'armes lourdes ou d'explosifs apparaît - paradoxalement - comme apaisante. De plus cette violence est communicative, faisant de Los Angeles, le nouveau théâtre d'opération du vigilante numéro un de la Maison des Idées, un champ de bataille qui rappellera des souvenirs douloureux. 

.... Dès le départ Edmondson embraye avec une belle idée, mettre aux trousses de Frank Castle une unité des Forces Spéciales. 
Devenu une proie à son insu le Punisher n'en continue pas moins sa croisade contre la criminalité en s'attaquant ce coup-ci à un cartel sud-américain.
L'atout majeur des vingt numéros est à mes yeux, sans conteste, Mitch Gerards.
Dessinateur, mais aussi encreur et coloriste, Gerards qui réalise aussi de très belles couvertures, est parfois remplacé par certains de ses pairs et alors, la différence se fait - plus ou moins - cruellement sentir.

Et dans ces moments-là le scénario montre aussi ses faiblesses :

•Pauvreté des dialogues
•Complaisance dans la violence
•Scénario très trop basique
•Manque d'humour
•Prosélytisme

En outre plusieurs choix éditoriaux sont contre-intuitifs.
Rien de rédhibitoire dans le strict cadre d'un tel personnage et dans une production mensuelle de grande consommation, mais ce Punisher angelin n'arrive pas vraiment à décoller.
Petite erreur de la traductrice Nicole Duclos,
on parle plus communément d'un étui d'aisselle
Au point que la meilleure idée du scénario (voir supra) est traitée comme on s'y attend. Et qu'il aurait été préférables d'inclure les deux derniers épisodes (#19 & 20) juste avant le 18ème.
Peut-être a-t-il aussi manqué à Edmondson du temps (Secret Wars oblige), car il tente deux percés intéressantes en sous-entendant l'aspect viral de l'entreprise de destruction massive qu'est le PunisherD'abord avec Sam, dont l'évolution est plutôt intéressante, puis avec Tom, sans lendemain

Il se montre aussi très à l'aise avec l'unité des Forces Spéciales lancée aux trousses du Punisher, à qui il consacre d'ailleurs un épisode entier.
.... En définitive Nathan Edmondson & Mitch Gerards (and Co.) offrent au Punisher une parenthèse très « Hollywood Night » (du nom d'un célèbre label de séries télévisées estampillées années 90), à laquelle il n'aurait pas fallu grand chose pour en faire un run plus mémorable. 
Dommage !
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Scénario : 5,97/10 
Dessin : 6 /10 
Appréciation globale Mission accomplie, malgré des tirs amis. 

lundi 13 février 2017

J - 77 (Ben H. Winters)

.... Lire (dans le cas d'espèce), c'est accorder ou pas sa confiance à l'auteur de ce qu'on lit.
Ainsi après 140-150 pages à peu près (/340), j'en étais à me demander si j'allais ou non abandonner Hank Palace à ses turpitudes ?

Cela dit, Ben H. Winters avait eu pour ce deuxième opus de sa trilogie, la bonne idée de ne pas copier l'efficace formule de son premier tome ; mais force m'étais de constater que celle emprunter me paraissait beaucoup moins captivante que la précédente. Quand bien même sa description d'une société pré-apocalyptique valait son pesant de cacahuètes salées.
Un peu moins attractive certes, mais j'avais toutefois en mémoire le brio avec lequel il s'était sorti du labyrinthe qu'il avait lui même échafaudé dans Dernier meurtre avant la fin du monde.
Et ce n'était pas rien !

Bien m'en pris de fétichiser la bonne impression que m'avait laissé son whodunit pré-apocalyptique puisque, passé les 150 pages où j'en étais arriver (à me poser la question qui me vaut d'écrire ce que j'écris), une révélation me sort de ma torpeur ; et avant même que je ne me ressaisisse : un twist en forme de croc-en-jambe m'étale pour le compte.

Sacré Ben (si je peux me permettre), tu as un foutu sens du timing 

Pourvu que ça dure !      

Dr Strange & the Sorcerers Supreme (n°1 à 5) MARVEL

…. À l’instigation de Nick Lowe, l’editor* de l’actuelle série régulière consacrée au Doctor Strange, et faisant immédiatement suite à l’arc intitulé Last Days of Magic**, Robbie Thompson a concocté une série dérivée (spin-off) de celle d’Aaron & Bachalo  : qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lue, réunissant plusieurs « sorciers suprêmes » - appellation chère à la Maison des Idées – qui respecte l’accroche, la tessiture et l’ambiance voulues par Lowe. 

N’oublions pas que les maisons d’édition américaines fonctionnent encore beaucoup sous le régime du travail de commande (work for hire), où le rôle de l’équipe créative (scénariste, dessinateur, encreur, lettreur, coloriste) est de fournir ce que demande l’éditeur via leurs editors
Ces derniers, qui contrôlent le travail & les agendas, mettent en relations scénariste et dessinateur, etc., veillent à la cohérence des histoires dont ils ont la charge (et toutes celles qui sont produites), apportent aussi des idées et une direction générale au scénariste. 
Lequel n’est donc pas forcément à la base de ce qu’il écrit, pas plus qu’il ne décide forcément de la direction que prendra la série qu’il scénarise, et des aléas que rencontreront les personnages. 

On peut d’ailleurs faire un parallèle entre le travail d’un editor aujourd'hui, et celui qu’effectuait Stan Lee – toujours crédité alors du poste de scénariste - avec des dessinateurs comme Kirby ou Ditko lorsqu’il utilisait la « méthode Marvel » dans les années 1960-1970. 
Ces dessinateurs occupaient alors plus vraisemblablement un poste de scénariste/dessinateur, que celui de dessinateur.
…. Robbie Thompson, étoile montante en devenir de l’écurie des scénaristes de la Marvel, réutilise ici une formule élaborée dès les années 1960 pour l’éditeur par le célèbre duo Stan Lee & Jack Kirby.
À l’instar de l’équipe des Vengeurs d’alors, une menace d’envergure contraint plusieurs super-héros (ici ce sont des super-sorciers) à faire alliance, donnant ainsi naissance à une équipe inédite et accessoirement, (mais certainement pas par hasard), à une nouvelle série à suivre (ongoing) : Doctor Strange and the Sorcerers Supreme.

Celle-ci est composée : 

•  de Merlin, des légendes arthuriennes (du moins l'un d'entre eux) 
• du Docteur Strange de la série ripolinée par Jason Aaron & Chris Bachalo 
• de Sir Isaac Newton du S.H.I.E.L.D., un organisme inventé par Jonathan Hickman
• de son serviteur le Mindful One 
• de Wiccan, des Jeunes Vengeurs, devenu le sorcier suprême de l’avenir de la Terre 616 
• de Nina the Conjuror, une sorcière brésilienne dans le genre aventurière intrépide made in années 50 
• de Kushala, une sorcière Apache ; les super-héros « Indiens » sont suffisamment rares dans les pages des comic books pour que cela me réjouisse. Elle est une incarnation de « l’Esprit de la Vengeance » des années 1800. 
• et du « jeune » Ancien, qui deviendra le mentor de Stephen Strange
Un patchwork de personnages connus, plus quelques nouvelles têtes – souvent féminines -, à la croisée de différentes chronologies de la « continuité*** » Marvel.

…. Chaque numéro est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les membres de cette nouvelle équipe (une formule qui a aussi déjà fait ses preuves) au fur et à mesure que se déroule l’aventure concoctée par Thompson, Javier Rodriguez, Alvaro Lopez & Jordie Bellaire. Plus le studio VC's Joe Caramagna au lettrage.
Puis par Nathan Stockman aux dessins, et Tamra Bonvilain aux couleurs (à partir du #5).

Si l’apport de Lowe et Thompson ne compte pas pour rien dans le plaisir que j’ai tiré des 5 premiers numéros de la série, il est clair que c’est d’abord le travail de l’équipe artistique qui m’a enchanté. 
En introduisant de nouveaux personnages au design très réussi : Nina et surtout Kushala, et en utilisant une stylique déjà connue, mais que j’ai toujours beaucoup aimé, pour un autre nouveau venu : le Mindful One, le dessinateur Javier Rodriguez a immédiatement capté mon attention. 
Ses planches, colorisées par Jordie Bellaire & encrées par Alvaro Lopez, ont achevé de me captiver. 
Toujours très lisibles, elles ne s’interdisent ni les effets spectaculaires ni la variété d’un storytelling redoutablement efficace. 
En effet, le scénario de Robbie Thompson s’est révélé bien plus prévisible que la météo, et son intérêt réside essentiellement – à mes yeux - dans le rôle qu’il va donner à chacun, et à la nature des obstacles qu’il va dresser dans la quête qu’il impose à son équipe de « sorciers suprêmes ». 
Rien de répréhensible ni de désagréable non plus, mais pas grand-chose de nouveau sous le soleil de son imagination. Du moins pour l’instant.
…. Si la bédé étasunienne, de surcroît mainstream (autrement dit du courant dominant le marché id est : de super-héros) est le résultat d’un travail d’équipe, chaque lecteur est à même d’apprécier - à l’aune de sa propre idiosyncrasie - l’apport des différentes parties qui composent ce tout.

Et dans le cas des « Sorcerers Supreme », le pool artistique est celui qui fait – à mes yeux - toute la différence entre s’abonner à une série, ou pas.


(À suivre ….)
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* Editor est un poste qui se situe approximativement, entre celui de rédacteur en chef d’un quotidien et celui de directeur de collection d’une maison d’édition. Ce n’est pas ce qu’on appelle communément dans l’Hexagone, un « éditeur ». 
En outre ce poste est à géométrie variable, à la fois dans le temps et selon les maisons d’édition et/ou la trempe de ceux qui occupent ces postes. 

** L’arc complet intitulé Last Days of Magic comprend les numéros 6 à 10 de la série Doctor Strange et deux numéros spéciaux (tie-ins) qui accompagnent l’arc narratif en question :

- Doctor Strange: The Last Days of Magic #1  
- Deadpool: The Last Days of Magic #1. 

Le tout a été publié aux U.S.A. entre mars et juillet 2016. 

*** La continuité ou principe de continuité, n’est pas comme pourrait le laisser entendre ce terme le respect d’une chronologie. Du moins pas seulement. 
C’est aussi le respect d’une cohérence entre toutes les séries publiées par l’éditeur qui consent à en jouer le jeu. Ainsi chaque numéro produit par Marvel (et les péripéties qu’il contient) doit-il – c’est un impératif - pourvoir être lu de manière diachronique et synchronique. Hormis cas particulier(s).

dimanche 12 février 2017

Dernier meurtre avant la fin du monde (SUPER 8 Éditions)

.... L'idée de Ben H. Winters est aussi simple qu'elle est géniale ; suivre une enquête policière dans un monde - qui pourrait être le notre - alors que l'humanité entière sait que sa fin est imminente.
Sachant cela, il apparaît important pour quiconque lit cette enquête, que ce qui peut pousser un homme à en tuer un autre et surtout, à maquiller ce meurtre en suicide (?), doit être à la hauteur du mal qu'il s'est donné pour le faire.
Bien plus que dans une société qui a encore l'avenir devant elle.  
Après avoir lu ce premier tome qui, suivi de deux autres romans, forme une trilogie dont son enquêteur -Hank Palace - est le centre, tient toutes les promesses de son astucieux contexte, subtilement réfléchi (et différent du notre). 

Ben H. Winters y ajoute même une révélation (hénaurme), qui compte tenu de la manière dont il a résolu l'obstacle du mobile de son Dernier meurtre avant la fin du monde, laisse présager quelques pages de lecture très agréables à venir ; approximativement 660 pages, en deux livraisons :

J -77
Impact

Toujours chez SUPER 8 éditions, et traduites par Valérie Le Plouhinec.

Et cerise sur le gâteau, Hank Palace, nous apprend que son livre préféré est Wachmen.  [-_ô]  
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Egalement disponible en poche chez 10/18

samedi 11 février 2017

Jo Walton : Le Syndrome de Stockholm

Le Cercle de Farthing 
Hamlet au paradis
Une demi-couronne

Morwenna

Mes vrais enfants

…. Commencé avec ce qu’il est convenu d’appeler la série dite du « subtil changement », j’ai ensuite enchaîné sans aucun temps mort, avec le reste des ouvrages de Jo Walton que l’on trouve traduits dans l’Hexagone.
Dire qu’elle écrit des romans est une imposture, Jo Walton réalise des prise d’otages, dont le syndrome de Stockholm n’est pas le moindre des effets.

Le Cercle de Farthing, premier tome d’une trilogie, est une remarquable uchronie qui commence comme un whodunit (kilafé) et se révélera très astucieux.
Les deux autres tomes consolident cet univers autours du personnage principal, tout en s’éloignant ostensiblement de ce qui fait l’originalité du 1ertome, sans pour autant perdre ce qui en faisait l’attrait. Manifestement Jo Walton a quelque chose à dire sur certains sujets, et cette trilogie du « subtile changement » est l’occasion de le faire ; tout en garantissant un divertissement de qualité. Un cocktail très efficace pour le coup.

Les sujets de préoccupation de l’auteure, s’invitent encore dans Morwenna, magnifique roman, qui entretient un merveilleux flou sur la réalité de ce qu’on apprend – au travers de son journal – de la vie de l’héroïne éponyme. Jo Walton n’a pas que des idées, elle a aussi un style et une sensibilité qui ne m’ont pas laissé de marbre. (Grâce soit ici rendue aux traducteur-e-s des 5 romans : Florence Dolisi & Luc Carissimo) 

Après l’uchronie et le fantastique, l’écrivaine s’attaque d’une manière très originale aux univers parallèles. Comme dans ses précédents romans le plus remarquable est peut être la manière qu’elle a de dessiner en creux, par petites touches, ce qui différencie notre réalité de celles qu’elle décrit. Et dans le cas de Mes vrais enfants - qui fait mentir l'adage qui veut que la vie est aussi simple qu'un coup de fil - aucuns des deux univers ne correspond tout à fait au notre. 
Autre points forts, ses personnages ne se contentent pas d’en être de bons, ils acquièrent aussi une véritable individualité. Ce qui leur donne une étonnante présence. 
En outre, la relative brièveté de ses histoires (plus ou moins 350 pages), leur donne une fraîcheur et un allant tel, qu’il est difficile d’en suspendre la lecture. Et quand c’est le cas, elles n’ont de cesse de nous inciter à nous y remettre rapidement. 

…. Lu en une semaine chrono, ces 5 romans ont été un très chouette moment de lecture (c'est peu de la dire), et reste une source d'inspiration & de réflexion. Je n'ai qu'un seul regret, ne pas pouvoir dire tout le bien que j'en pense avec le même talent que l'auteure a mis à les écrire.

Jo Walton est désormais une romancière dont je vais guetter les prochains livres.

jeudi 9 février 2017

DEATHSTROKE (Rebirth)

…. En jetant un coup d’œil aux pages que proposent régulièrement les éditeurs outre-atlantiens, en avant-première pour chacun des numéros qu’ils publient, je me suis fait la réflexion que la série Deathstroke - made in DC - prenait une direction qui me rendait décidément très curieux de voir ce qu’elle racontait.

Une curiosité aiguisée par …
• Le retour de Christopher Priest aux affaires
• La nouvelle stylique du personnage
• Un Cary Nord « méconnaissable »
• Et l’apparition du Red Lion 
Deathstroke, c'est d'abord une histoire de wheelons
…. Et force est d’avouer que si j’ai lu d’une traite les 13 numéros parus depuis le redémarrage de l’univers mainstream de l’éditeur new-yorkais (nom de code : Rebirth) avec beaucoup de plaisir, je serais bien en peine d’en expliquer les tenants et les aboutissants à qui me le demanderai.
À part dire avec qui s’allie Deathstroke ou qui il affronte ; et encore j’entretiens des doutes sur certaines « rencontres », tout le reste est assez nébuleux. Et c’est d’ailleurs ce qui me sidère le plus.

Cette absence de cohérence interne (ou supposé-t-elle), n’a en définitive & contre toute attente, pas été un obstacle au plaisir que m’ont procuré ces 13 numéros.
C’est d’ailleurs un peu du même ordre qu’avec les scénarios de Nick Spencer.

En effet, le peu de cas que fait ce dernier des points les plus intéressants de ses récits - si cela m’exaspère beaucoup - ne m’empêche pas de lire ce qu’il écrit avec beaucoup de plaisir, et d’attendre la suite avec beaucoup d’intérêt. Voire, d’enchaîner numéro après numéro.
J’ai eu le même cas d’assuétude avec la série Deathstroke.
Priest, ici avec Denys Cowan, ne s'interdit pas de donner à réfléchir à ses lecteurs
Pris par la lecture, le storytelling incite à continuer, en dépit d’un fil rouge invisible : les événements s’enchaînent, chacun y va de sa « trahison-qui-n’en-était-pas-une », la linéarité chronologique joue aux montagnes russes, les guest-stars sont plus nombreuse que sur le Pacific Princess, et moi aussi je m’amuse comme un fou. 

Plus nombreux que le carré VIP de DC invité dans ses pages, les artistes qui les dessinent se succèdent ; rythme bimensuel oblige. 

Priest, qui de son côté fait feu de tout bois en terme de narration, et l’équipe éditoriale réalisent un joli tour de force, et mettent à contribution les points forts de Carlo Pagulayan, Larry Hama (en storyboarder de luxe), Cary Nord, Denys Cowan, Joe Bennett, je crois que je n’ai oublié personne (du moins si on excepte les encreurs, coloristes, cover artists ou designers) ; qui réalisent à eux tous un parcours sans faute, des épisodes aux ambiances contrastées et rien moins qu’ennuyeux.
Cary Nord garde le cap malgré un changement de style
…. Deathstroke, dopé à la créatine de série B transforme le scénario qui le meut en cri primal au staccato ininterrompu, et traverse à tombeau ouvert les quartiers malfamés de l’imagination où s’agitent : barbouzes, « wheelons », père indigne, rancœur amoureuse et trahison en tout genre (liste non exhaustive). 
The Red Lion
Deathstroke, une série qui fonctionne comme un appartement repeint.

(À suivre …..)

PASSENGERS (Jon Spaiths/Morten Tyldum)

Alors que 5000 passagers endormis pour longtemps voyagent à bord de l'Avalon vers une nouvelle planète, l'un d’entre eux est accidentellement tiré de son sommeil artificiel, 90 ans trop tôt. Il doit désormais accepter l’idée de passer le reste de son existence à bord du vaisseau spatial ; seul !
PASSENGERS, le trop long-métrage réalisé par Morten Tyldum, aurait pu faire un excellent épisode - de 50 minutes maxi - de la célèbre série télévisée La Quatrième Dimension, si le scénariste Jon Spaiths avait : 

• Inversé les rôles id est : c’est Aurora qui est réveillée en premier et qui réveille à son tour quelqu’un, qui loin d’être une gravure de mode aurait été un technicien. 
• Moins joué sur les heureuses coïncidences. 
• « Maximisé » l’histoire en développant réellement & sérieusement les idées sur la surpopulation, l’exploitation d’exoplanètes par une société privée, et pourquoi pas la maintenance low cost du vaisseau interstellaire Avalon. Ou s’en passer complètement. 
• Abandonné l’idée un happy end.
• Et bien sûr diminué sa durée (presque 2 heures).

.... Au contraire, les deux compères ourdissent une variation de La Belle au bois dormant avec l'aide de stéréotypes taillés à la hache dans les clichés les plus érodés de l'histoire de l'entertainment. Et décident de concourir pour le film le plus ennuyeux du 21ème siècle.

Un film que j'aurais pu ne pas voir.

dimanche 5 février 2017

One Week In The Library

Mais mon totem vit la honte ; 
de son autel-pilier descendit, 
Et il me dit dans une vision de nuit : — 
« Il y a neuf et soixante manières dans la tribu de construire des lais, Et chacune d’entre elles est dans la vérité ! » 


À l’ère néolithique*, Rudyard Kipling
Traduction de Daniel Tron

Ô Dieu ! je pourrais être enfermé dans une coquille de noix, et me regarder comme le roi d'un espace infini, si je n'avais pas de mauvais rêves.  


Hamlett*, Shakespeare 
Traduction de François-Victor Hugo
…. À l’heure de la reproduction de masse, la culture est d’abord et avant tout une industrie. Et la bande dessinée n’échappe pas à cette catégorie, et encore moins si j’ose dire la BD étasunienne en tant qu’elle a taylorisé jusqu’à l’os sa propre production. 
Un illustré (comic book, graphic novel, tpb, ..) est (donc) un objet manufacturé comme les autres que seul le « regard » du lecteur fait exister en l’arrachant à sa fonction utilitaire, pour en faire une représentation mentale. Une œuvre singulière.
One Week In The Library est à la fois un exercice de style oulipien et un récit auto-réflexif. 

Autrement dit, l’auteur construit un récit qui en souligne le mode de production, en même temps qu’un labyrinthe dont il se propose de sortir ; en luttant contre la nature contre-productive du dénouement. 

One Week In The Library dévoile également la nature performative de la fiction à l’époque de sa reproductibilité technique : ce qu’on y dit a de fait moins d’importance (car on le sait déjà), que le fait de le dire. 
Et la manière de la faire. 

Loin de limiter l’imagination du lecteur en réifiant celle du scénariste, le « pool artistique » l’exhauste avec un beau savoir-faire.

*Citations en exergue (& en anglais) de l’album original. 
 _____________________________ 
Scénario : 8,96 /10 
Dessin : 9, 67 /10 

Appréciation globale : (Auteur.e.s) À suivre …………

vendredi 3 février 2017

1984 : le film (Orwell/Radford)

1984 (ou The Last Man in Europe

…. Précipité de ses années d’écolier à St Cyprian et de l’expérience qu’il acquière lors de la Guerre d’Espagne, notamment et surtout, la guerre civile idéologique entre les militants du POUM (avec qui il combattait) et les stalinistes du Parti communiste, 1984 est le roman de science-fiction préféré de ceux qui n’aiment pas la SF. 

Écrit dans une ferme de l’île écossaise de Jura, alors que son appartement londonien du 27b Canonbury Square est sous-loué aux grands-parents* de l’écrivain Kim Newman (la tétralogie Anno Dracula, Hollywood Blues, etc.) ; The Last Man in Europe qui sera intitulé 1984 par l’éditeur, décrit un avenir (pour l’époque) dystopique très largement inspiré par la prepatory school de St Cyprian
- Le « Headmaster », directeur en bon français
- Les dénonciations : Eric Arthur Blair (alias George Orwell) dénoncera lui-même des garçons pour actes homosexuels dans « un contexte où il était justifié de cafarder »**- Le village de Crossgates où vivent des gens en dehors de l’univers carcéral de l’école préparatoire, qui lui inspireront peut-être les « prolétaires » de 1984
Tout comme l’épisode du chocolat qu’Orwell relate dans Such, such were the joys (in Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais) et que l'on retrouve peu ou prou dans 1984

Or donc, le roman paraît en 1949 (peu de temps avant la mort de son auteur), et dès 1950 chez Gallimard dans une excellente traduction d’Amélie Auberti, qui aura entre autres bonnes idées de « masculiniser » le novlangue (newspeak), une belle idée qu'on oublie trop souvent de nos jours.
1984 : Le film

…. Tourné à Londres d’avril à juin 1984 sur (et dans) les lieux et aux dates imaginés par Orwell lui-même, par Michael Radford ; qui filme l’effroyable banalité de l’horreur totalitaire avec une économie de moyens et d’effets qui ont certainement fait plaisir à Big Brother lui-même. 
Et par la même occasion rend son long-métrage intempestif (dans le sens nietzschéen du terme).

Histoire d’amour illégale dans un monde qui ne tolère pas le désir (au point de vouloir supprimer l'orgasme), 1984 s’éloigne de son précurseur cinématographique de 1955, qui avait déclenché l'ire de la veuve de l'auteur - Sonia Orwell - pour un happy end hollywoodien hors de propos, et tente vaille que vaille de retranscrire le roman. Au mot près. 

Ecrit en 3 semaines par Radford, le scénario de 120 pages sera tourné pour un budget de 6 millions de livres sterling (qui est alors un gros budget en G-B). 
Financé par Richard Branson (connu pour avoir notamment créé la multinationale Virgin), le tournage de 1984 commencera en mars pour sortir en septembre 1984. 
Après 6 semaines de montage rien que pour la bande-son, et 6 semaines pour le film lui-même qui faisait alors 3 heures (contre 1 heure 45 pour la version que j’ai vue).

« La science-fiction est un art visionnaire 
plutôt que prédictif » 

Contre toute attente personne n’avait eu l’idée de tourner une adaptation d'un des plus célèbres romans d’anticipation du 19ème siècle, l’année-même où il était censé se dérouler s’étonnera Michael Radford. 

Ce qui n’est pas tout à fait vrai. 

Le jour du Super Bowl le « championnat du monde de football américain », le 22 janvier 1984***, est diffusé un spot de publicité pour le premier ordinateur Macintosh d’Apple
Avec dans le rôle subliminal de Big Brother : IBM & Microsoft & réalisé par Ridley Scott (Alien, Blade Runner, etc.).
D’autre part, Francis Ford Coppola était sur les rangs mais pour en faire un film de science-fiction à gros budget. Ce que ne voulait pas le détenteur des droits du roman, en vertu de sa parole, qu’il avait donnée à Sonia Orwell, lui promettant que s’il devait y avoir une adaptation, elle serait la plus fidèle possible. 
Le contrat de Michael Radford stipulait d’ailleurs qu’il n’avait pas le droit de faire un film « comme Star Wars ou 2001 qui utilise les effets spéciaux au détriment de l’intrigue ».
Un temps envisagée, Jamie Lee Curtis sera "retoquée" à cause de sa poitrine
Cela dit, 1984 ne tournera pas complètement le dos aux effets spéciaux puisque sa pellicule subira un traitement au développement qui éliminera 50% de la couleur, une sorte de « film en noir et blanc mais en couleur », dixit M. Radforf himself.

.... Si 1984, le roman de George Orwell est un classique de la littérature occidentale, le film de Michael Radford n'a pas à rougir de l'ombre que pourrait lui faire son aîné.

Malgré certains aspects du roman moins flagrants, plus sous-entendus (le concept de la doublepensée par exemple), que ce qu'avait fait Orwell ; l'ambiance oppressante, glauque parfois, le dénuement extrêmement agressif  de cette société, sont encore aujourd'hui d'une efficacité redoutable.
Et là où Orwell devait décrire et appuyer son propos par des descriptions au détriment de la narration et du romanesque ; la réalisation de Radford et de Roger Deakins (à la photographie), ainsi que les décors (d'Allan Cameron) jouent le rôle didactique de la prose orwellienne avec une efficacité confondante.

Quand bien même connait-on le roman, que le film de Radford captive encore et garde toute sa force.

Avis du jury à l'unanimité :




Une petite anecdote en passant.

.... Au début du film, Winston Smith le « héros », se rend dans la zone où vivent les prolétaires et raconte en voix off sa rencontre avec une prostituée. 
La description qu'il donne de son visage, correspond presque trait pour trait, au masque qu’inventera quelques années plus tard David Lloyd pour V for Vendetta
V for vendetta est une BD qu’il a dessinée pour Alan Moore dans les pages de l'hebdomadaire anglais Warrior (1982-1985), un « V » qu’on retrouve aussi dans 1984. 

Si Moore a probablement dû relire le roman d'Orwell pour se mettre en condition, puisque le film n'était pas encore sorti, la description dans le roman est toutefois nettement moins évocatrice que celle du film. En outre le masque est un apport du dessinateur, qui à ma connaissance n'a jamais évoqué cette source d'inspiration.
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* Le manuscrit sera d’ailleurs tapé par la grand-mère de Newman.
** Selon Julian Barnes, Orwell dénoncera plus tard au Foreign Office, des gens politiquement douteux (Par la fenêtre/2015).
*** Le spot a en fait été diffusé en catimini le 31 décembre 1983, quelques minutes avant minuit, sur KMVT-TV.

Kill the Gringo (Gibson/Grunberg) 2012

…. Écrit à six mains : Mel Gibson, Stacy Perskie & Adrain Grunberg (ce dernier en est aussi le réalisateur) Get the Gringo, titré en globish Kill the Gringo, et dont le titre original est How I Spent My Summer Vacation (un titre qui compte tenu de son sujet est bien plus explicite que les autres), n’a pas eu les honneurs des salles obscures aux Etats-Unis.
Ni en France non plus, je crois.

L’histoire du titre du film serait presque plus longue que son pitch (et je n’ai pas cité le titre québécois : Prison tout inclus), alors que celui-ci met pourtant en scène un Mel Gibson plus cabotin que jamais, et très en forme.
Kill the Gringo est un film qui repose bien plus sur l'abattage de son acteur principal, que sur la trame – cousu de fil blanc – de son scénario :
Incarcéré dans une prison mexicaine, qui ferait passer la prison turque made in Midnight Express pour un club de villégiature trois étoiles, Mel Gibson, dont on ne connaîtra pas le véritable patronyme, genre tête brûlée débrouillard enduit d’une chance de cocu à toute épreuve, va tout faire pour sortir de cet enfer gouverné par le darwinisme social sauce chili (sic).
Mais ce pied nickelé du grand banditisme, a aussi un cœur (alors que quelqu'un cherche plutôt un foie).
Le duo que forme l’acteur avec son jeune « sidekick » (Kevin Hernandez dont c’est nous dit-on le premier film) n’est pas pour rien dans le plaisir qu’on peut prendre à regarder se dérouler cette histoire. 
Et si comme je l’ai dit, la trame est linéaire et dépourvue de véritable surprise, l’humour et les commentaires sarcastiques de la voix over du principal protagoniste – qui commente donc sa propre aventure – donne un chouette moment de divertissement.
J’ai par exemple lu des critiques plutôt élogieuses de The Blood Father, eh bien j’échange – sans regret - deux barils de Blood Father pour un seul de Kill the Gringo

…. En définitive Kill the Gringo ne vaut sûrement pas le prix d’une place de cinéma (mais j'en connais d'autres, et je les ai vus aussi), mais vu à la sauvette, un jour ou rien d’autre ne nous accapare, il fait le maille.

Superman Univers n°11

.... En lisant les 4 premiers numéros du crossover intitulé Requiem pour un Superman (trad : Laurent Queyssi) je me suis demandé quelle pouvait bien être la part des editors - Eddie Berganza en tête - dans l'élaboration un tel scénario ? 
Et la part du scénariste, en l’occurrence Peter J. Tomasi ? 
Berganza qui au demeurant n'est pas un bleu non plus, puisque dès 1999 on le retrouve à la supervision des séries suivantes : Superman, Adventures of Superman et Man of Stell

Or donc, cette aventure qui met à contribution quatre périodiques (mensuels aux U.S.A.) : Superman, Batman/Superman, Action Comics et Superman/Wonder Woman ; ici regroupés par les bons soins d'Urban Comics (pour 5,60 €), ne brille pas pour l'originalité de son pitch. (D'où ma question initiale)
Néanmoins, Tomasi y montre un savoir-faire certain, conjuguant deux subplots de front en plus de la tournée d'adieu du Big Blue Boy Scout
À tel point que j'attends la suite des événements avec une curiosité teintée d’un réel intérêt. 
Et pourtant c’était assez mal emmanché. 

Peter J. Tomasi, dont j'ai lu dernièrement la maxi-série The Mighty (Pour en savoir +) est épaulé aux dessins par Mikel Janin (8,5/10), Doug Mahnke (7/10), Paul Pelletier (8,7/10) et Ed Benes (6,58/10) ; et par l'édition hexagonale qui, proposant les 4 numéros d'un coup, donne du corps à l'ensemble. (D'autant que l'épisode avec Batman est un peu léger) 

 .... Un très bon numéro de Superman Univers, dont la lisibilité est le point fort. 
En effet pas la peine d'avoir lu les numéros précédents des différentes séries pour s'y retrouver. 
Un beau tour de force tout à l'honneur de Peter J. Tomasi.
En sus, ce numéro (lettrage de Stephan Boschat/Studio MAKMA) est complété par deux épisodes de la maxi-série de Jurgens & Weeks, Superman : Lois & Clark. Mais là, il vaut mieux avoir lu avant le Superman Univers HS n°4 (Pour en savoir +) pour s'y retrouver. 

(À suivre....., comme on dit sur Krypton)

jeudi 2 février 2017

PREMIER CONTACT (Chiang/Heissere/Villeneuve)

SPOILERS

« When you cut into the present the future leaks out » 
William Seward Burroughs 

…. La nouvelle qu’a écrite Ted Chiang, intitulée Story of Your Life (L’Histoire de ta vie traduite par Pierre-Paul Durastanti*) a paru 1998 dans l’anthologie de SF Starlight 2, et si elle est devenue en 2016 Premier contact (Arrival), son passage de l’écrit à l’écran a entraîné quelques changements notables. 

Hormis ceux liés intrinsèquement à l’époque de son écriture, dont on peut raisonnablement penser qu’elle est antérieure à novembre 1998, et qui se traduisent (de façon marginale) au travers de la technologie utilisée par les humains ; il n’y est pas question par exemple de téléphone « portable » mais de « biper ». 

Les changements les plus importants se situent au niveau des enjeux et des protagonistes.
LES ENJEUX

…. Dans L’Histoire de ta vie, il n’est pas question de compétions entre les différents pays où se sont posés les vaisseaux extraterrestres (et pour causes, ils ne se sont pas posés), ni d’une escalade paranoïaque emmenée par la Chine (voir infra) ni de la destruction des vaisseaux extraterrestres.

En effet, Eric Heissere - le scénariste - et Denis Villeneuve - le réalisateur – de Premier contact, s’ils ont utilisé l’idée de Ted Chiang de la découverte d’une race extraterrestre au travers de sa langue, et de faire d’une linguiste leur personnage principal de l’histoire, cette dernière a été pliée au concept « hollywoodien » de la polémique.

Le cinéma, qui a depuis longtemps compris que le combat (polemos) est une des racines fondamentale de l’imaginaire du monde occidental, ne se prive pas de l’utiliser.
Et Premier contact ne fait pas exception à la règle.

Je dirais même que le film de Denis Villeneuve en fait un peu trop de ce côté-là.
En introduisant, en plus de la tension d’une rencontre de « 3ème type » et du sentiment de paranoïa qui en découle, une tentative de sabotage venue de l’intérieur même des lignes américaines ; le scénario n’apporte pas grand-chose à l’intérêt de l'histoire. 
D’autant qu’on ne saura rien des tenants et des aboutissants de cette infructueuse entreprise.

LES PROTAGONISTES 

…. Il n’aura échappé à personne que la Chine devient depuis quelques temps un personnage à part entière du cinéma de l’Oncle Sam
Dans Seul sur Mars par exemple, son rôle y est incontournable. 

Mais la Chine ne devient pas seulement acteur dans les films américains (Docteur Strange, Indépendance Day : Resurgence, etc.), elle est aussi un acteur financier de certaines productions : La Grande muraille avec Matt Damon, ou influence l’avenir de franchises (en devenir) grâce aux recettes enregistrées sur sont territoire : Pacific Rim
Lorsqu’elle ne dicte pas tout simplement aux réalisateurs ce qu’elle veut pour que soit diffuser sur son territoire tel ou tel film. 

Ainsi, selon Alexandre Poncet**, James Cameron aurait accepté de « courber l’échine, et de remonter Terminatot 2 afin de l’adapter aux impératifs de la Chine ». 

Une montée en puissance qu’enregistre aussi Premier contact
Denis Villeneuve ne déclarait-il** pas ainsi avoir subit des pressions pour changer l’image de la Chine dans son long-métrage, ce qu’il n’a pas fait car dit-il : « il aurait fallu dénaturer complètement l’histoire**. ». 

Mais vous conviendrez peut-être avec moi, que si l’épilogue est un fort joli twist narratif, il permet en plus, de ménager la chèvre et le chou des susceptibilités chinoises. 

En soi, de manière aussi bien intradiégètique qu'extradiégètique, Premier contact nous montre en effet l'avenir ..... du cinéma étasunien (?).

ŒUVRE CROISÉE 

…. Si j’avais déjà eu un avant-goût du talent de cinéaste de Denis Villeneuve en regardant Sicario (Pour en savoir +), sur Premier contact c’est encore plus flagrant. 
L’idée de construire un panneau d’écrans où chaque représentant de chaque pays est « emprisonné » dans son propre écran annonciateur de l’atomisation de l’esprit de coopération ; le « dialogue » entre Louise (Amy Adams) et sa fille, où celle-ci lui pose une question, dont la réponse (« un jeu à somme nulle ») – qui tarde à venir – est donnée par Ian Donnely (alias Jeremy Renner) avant d’être répété par Louise à sa fille, magnifique manière d’éclairer le spectateur sur ce qui arrive à l’héroïne. Etc., etc.
Un sémagramme
Mais ce qui m’a le plus soufflé dans Premier contact, c’est l’ombre portée de William S. Burroughs qui se diffuse au fur et à mesure que l’on comprend ce qui se passe. 
Burroughs dont une grande partie du travail littéraire – au travers de la technique du cut-up et de celle du fold-in - a été de renverser la logique du discours dans son déroulement chronologique et surtout qui, se basant sur les travaux de Kurt Unruh von Steinplatz, envisageait le mot, le langage comme un virus capable de changer le réel. 
Idée à laquelle on peut ajoutait les codex Maya - qu’il avait étudiés (à sa manière) –et dont il pensait qu’ils étaient des axes rhizomiques, pluridirectionnels.
Autrement dit les codex selon Burroughs, traitaient de voyage dans le temps. 
Et pas seulement du passé de cette civilisation, mais aussi de l’avenir. 

Si les sémagramme des Heptapodes ne sont pas une retranscription à la lettre de l'écriture Maya, ils en ont (de mon point de vue) l'esprit. 

En tout état de cause, ils agissent comme un virus. 

Et comment ne pas voir dans le montage de Premier contact un sorte de cut-up cinématographique, pas très éloigné des expérimentations de Burroughs lui-même. 

Je n'ai rien lu allant dans ce sens, ni de Ted Chiang, ni de Denis Villeneuve, mais lorsqu'on connaît William S. Burroughs, difficile de passer outre.
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* La Tour de Babylone/SF Folio 
** Mad Movies n°302