vendredi 31 mars 2017

NEXUS (Ramez Naam)

L'an 2040. Nexus est une nouvelle nano-molécule capable de relier les cerveaux entre eux. Alors que certains veulent l'exploiter, d'autres cherchent à l'anéantir. 

.... À mi-chemin entre prospective transhumaniste et actioner, NEXUS 
est un cocktail de (science-) fiction corsé, pas avare en termes de réflexions sur le devenir de l'humanité.

Ecrit par un zélateur d'une évolution qui ne devrait plus rien à la Nature (c'est du moins comme cela que je l'ai compris), Ramez Naam - dont c'est le 1re roman - manie les codes de la narration et des genres dans lesquels il puise, avec beaucoup de dextérité.
Appelant une lecture de type « haut débit », ce roman hybride réserve son quota de surprises et de situations plus convenues dans des proportions qui m'ont enthousiasmé ; les unes et les autres pouvant évoluer dans un sens ou un autre.
Un plaisir qui nécessitera néanmoins deux tournées supplémentaires pour être complet.

En effet, Ramez Naam a écrit depuis deux autres romans qui constituent la suite de celui-ci :
CRUX, dont le format Poche va sortir mi-avril, et CORTEX prévu pour le début du même mois mais cette fois-ci en « grand format », toujours traduits par Jean-Daniel Brèque. 
Deux romans dont j'anticipe déjà le plaisir que j'aurais à les lire. 

jeudi 30 mars 2017

SPLIT (M. Night Shyamalan)

.... Des sources près de l'enquête, n'hésitent pas à citer Billy Milligan comme première source d'inspiration de M. Night Shyamalan pour le personnage principal de SPLIT.

Décédé en décembre 2014, Milligan avait été arrêté à la fin des années 1970 suite à l’enlèvement et au viol de trois étudiantes de l'Ohio State University. Un criminel pour le moins atypique, puisqu'on aurait diagnostiqué chez lui un cas extrême de trouble de la personnalité multiple.
Daniel Keye, romancier notamment connu pour son livre Des fleurs pour Algernon, l'a rendu très célèbre en écrivant deux livres sur lui.
Une célébrité qui avait par ailleurs attiré l'attention de James Cameron, au point qu'il avait développé un scénario, dont John Cusack devait être l’interprète principal.
Mais suite à divers reports & problèmes - dont une plainte de Milligan, associé de près au développement du projet - celui-ci ne verra jamais le jour. 
.... Maître du twist final - dont il a fait une véritable marque de fabrique - plus ou moins tombé en disgrâce, M Night Shyamalan a de nouveau fait parler de lui en réalisant un joli carton au box-office avec son précédent long-métrage (THE VISIT). Du moins par rapport à l’investissement initial.

Ce n'est rien de dire que SPLIT est tout aussi réussi. 

James McAvoy y est bluffant, tout comme Betty Buckley dans le rôle du docteur Karen Fletcher. Le réalisateur instille un climat de malaise et de tension particulièrement lourd, et a parfaitement réussi à me faire prendre des vessies pour des lanternes. 

Flippant jusqu'au bout ...... ou presque.

En effet, M Night Shyamalan qui dit faire très attention au montage de ses films, aurait - de mon point de vue - dû éviter l'ultime scène. Ou plutôt la dernière réplique. 
Si le film n'avait pas été aussi bon tout du long, elle aurait d'ailleurs pu l'anéantir. Ça ressemble méchamment à un pet foireux et puant que le cuisinier vient lâcher à la fin de l'excellent repas qu'il vient de vous servir. Ça ne se fait pas !

Mieux vaut en effet s'arrêter à la scène du véhicule, et à la réplique de l'agent de police féminin. Glaçant !
En dehors de cet étrange choix, SPLIT tient toutes les promesses d'un très bon thriller.

mercredi 29 mars 2017

Warren Ellis présente : HELLBLAZER

Lorsque Constantine apprend que son ancien amour a été brutalement assassiné, il se lance sans aucune hésitation à la poursuite du dangereux et mystérieux criminel. Qui a bien pu s'en prendre à la jeune femme et, surtout, pourquoi ? Quelles vérités John est-il sur le point de mettre à jour ? Sa quête est-elle uniquement motivée par une soif de vengeance ou cache-t-elle de plus sombres motivations ? 
Le voyage risque d'être éprouvant.
.... Il n'y a pas que pour Constantine que cela a été éprouvant.
Les 6 numéros mensuels qui correspondent au résumé ci-dessus (#134-#139) sont un voyage dans le sordide et l'abject le plus complaisant qu'il ma été donné de lire depuis longtemps.

J'avais déjà lu quelques uns des numéros - dans leur version originale - qui composent ce recueil, et j'avais eu vent de son contenu, mais la surprise a quand même été de taille.
Des scénarios très faibles (et le mot est faible (sic)), le reste du contenu est une suite de 6 one-shots tout aussi inconsistants, qui n'ont satisfait que ma curiosité de lire le travail d'Ellis sur ce personnage. 
Une bien piètre consolation.

Heureusement que ce volume - publié par Urban Comics - était disponible à la médiathèque où j'ai mes habitudes, car j'aurais eu pas mal de regrets si j'avais dû lâcher 22,50 € pour le lire.
Même Shoot qui fait preuve d'une belle ambition, la seule histoire à en faire preuve, est d'une naïveté à peine croyable dans son dénouement. 

Je comprends mieux les réticences de DC Comics à la publier à l'époque : si l'histoire est choquante (comme toutes celles qui la précédent), elle est surtout d'un inintérêt flagrant.
Cette péripétie (la décision de ne pas publier Shoot), la seule notable du run de Warren Ellis, a débouché sur un coup de sang du scénariste que l'on retrouve incarnée notamment dans le septième numéro de Planetary (Pour en savoir +). 
Du moins selon ma théorie.
.... Cette lecture confirme - pour l'instant - que le meilleur scénariste que j'ai lu sur cette série reste Brian Azzarello (Pour en savoir +). 

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Traduction : Philippe Touboul (qui se fend aussi d'une préface) 
Lettrage : Moscow*Eye

Scénario :  2/10 
Dessins : 4,99/10 
Appréciation globale : Sans objet

Cookie Monster (Vernor Vinge)

…. Pour le dire aussi rapidement que ce roman est court, Cookie Monster, est le rêve du capitalisme le plus désinhibé dans une version « hard science », dont la (possible) difficulté de comprendre entièrement ce dont on parle est largement compensée par une forme de poésie et pas mal d’humour. 

L’auteur – Vernon Vinge – a ainsi la bonne idée de rattacher son propre récit à (au moins) deux autres histoires que tout un chacun connaît, ne serait-ce que par « osmose », ce qui permet une lecture intuitive lorsque la maîtrise de certains concepts fait défaut. 
Il a aussi la très mauvaise idée d’inclure dans les dialogues de certains de ses protagonistes - en passant - des échanges sur des romans de S-F, dont il risque de gâcher (un peu) la lecture. 

La brièveté de cette novella (ou roman court), moins de 100 pages dans un format poche (prix Hugo & Locus de sa catégorie en 2004), m’interdit de développer plus avant mon commentaire©™. Ce que je peux dire en revanche c’est que je l’ai lu d’une traite et que je n’ai pas eu à me forcer, bien au contraire. 

En outre, le rapport qualité/prix est très en faveur du lecteur : 8,90€ (et 3,99 € en format numérique) comme toute la collection Une Heure Lumière des éditions Le Bélial’

À quoi s’ajoute une traduction signée Jean-Daniel Brèque, quelqu’un que l’on peut placer dans le peloton de tête des traducteurs encore en exercice, si tant est qu’il prenait à cette profession de faire de la compétition. 
Sans oublier une fort réussie couverture d’Aurélien Police, un illustrateur dont le talent ne cesse de m’épater.

mardi 28 mars 2017

Version Officielle (James Renner)

.... Si la première partie de Version officielle - le roman de James Renner - m'a vivement intéressée, la "révélation" qui en est en quelque sorte, la "planche d'appel", m'a laissée sur le cul (si vous me passez l'expression).
La suite ne s’embarrasse pas de ménager le lecteur, et pour cause : c'est tellement hénaurme, que la seule issue est une fuite en avant sans queue ni tête. 
Ainsi ai-je dû - souvent - me forcer à accepter les différents éléments qu'ajoute avec frénésie l'auteur (j'y croyais encore en dépit des signaux d'alarme). 

Si suspension volontaire d'incrédulité il doit y avoir, elle doit au moins avoir la souplesse de celles qu'on trouve sur la DS encore en circulation. Pas moins !

Mais même ça n'y suffirait pas lorsque, non content de pousser son roman dans les derniers retranchements d'une conspiration tout bonnement incroyable (même avec la meilleure volonté du monde), James Renner décide de s'approprier un terrible événement pour non, pas seulement l'intégrer à son intrigue, mais le détourner (sans jeu de mots) d'une façon qui m'a laissé pantois. Et assez mal à l'aise.

.... Si en commençant ce roman j'anticipais le plaisir que j'aurais à lire le précédent de l'auteur, la suite m'a plutôt donner l'envie inverse. 
À moins d'être une satire sur les milieux conspirationnistes - ce que rien ne laisse croire à sa lecture - Version officielle me laisse l'impression d'un roman que j'aurais pu ne pas lire. Voire que je n'aurais pas dû lire.

Ah si seulement le Maestro n'était pas une invention de James Renner ! [-_ô]  

Colony (S01-E01-03)

Los Angeles
…. Série télévisée de S-F (la diffusion de la 2ème saison vient de commencer), dont le combustible principal est – pour l’instant – utilisé à doses très homéopathiques, COLONY nous sert quelques vieilles recettes qui ont fait leurs preuves, et elles n’y dérogent pas non plus cette fois-ci.
Un choix élémentaire – mais judicieux – de dramaxes* permet de débiter de la diégèse, et pas du 56kbits/s ! À cela s'ajoute une réalisation aux petits oignons ; le premier épisode est à ce titre, un modèle d'immersion.   

…. Si COLONY n’est pas la série du siècle, elle remplit - pour l’instant – la mission que je lui ai assignée : me donner l’occasion de passer un bon moment, avec une distribution de qualité (revoir Carl Weathers n'a pas été la moindre de mes surprises).


(À suivre ….)
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* Dramaxe, subst. masc. Stéréotype de type idéologique, cliché, axiome logique, etc. Unité de sens simple. Produit du récit lorsqu’il est associé à d’autres dramaxes (Cf. Colas Duflo)

lundi 27 mars 2017

Howard le canard (Marvel/Hachette)

Contient les back-ups de Giant-Size Man-Thing #4-5, Howard the Duck #1-8 & 16 + des extraits d' Adventure Into Fear #19 et de Man-Thing #1
.... Le 80ème tome de la collection Marvel comics la collection de référence diffusée par Hachette dans le réseau presse, est consacré à Howard le canard.
Et pour le coup, il s'agit d'une édition comme je les aime. Autrement dit la volonté de faire découvrir ce personnage plutôt méconnu de ce côté-ci de l'Atlantique, est pleinement assumée et parfois de façon audacieuse.

Ainsi après une préface de Marco M. Lupoi, on est plongé in medias res dans le Man into Fear n°19. 
L'expression latine n'a jamais été aussi justifiée qu'ici, puisqu'il s'agit d'un extrait de ce dix-neuvième numéro (celui où apparaît justement Howard the Duck), et seulement les pages qui le concerne. Puis, sans transition apparente suivent des pages du Man-Thing n°1. 
Je crois d'ailleurs que le passage d'un numéro à l'autre restera invisible à ceux qui n'ont pas les numéros en question sous les yeux. De l'audace disais-je.
Mais, la rédaction de ce recueil a décidément bien pensé la chose puisque un court texte nous explique le pourquoi du comment qui précède ces pages. 
Le soin y est poussé jusqu'à mettre cette explication sous une forme plutôt ludique (que je vous laisse découvrir).
Ça commence bien !

On enchaîne ensuite sur 2 histoires courtes parues en complément de la série régulière consacrée au Man-Thing (n°4 et 5). 
Là aussi le choix est judicieux, d'autant qu'il permet de mettre les projecteurs sur le talent du créateur d'Howard : Steve Gerber. Et sur son originalité, même en regard des années 1970 qui n'ont pas été avares dans ce domaine, qui apparaît avec la très bonne idée d'inclure le seizième numéro de la série régulière, sur lequel revient d’ailleurs Marco M. Lupoi dans sa préface. Un numéro à tout point de vue extra-ordinaire.
Il y a là encore, la volonté manifeste de faire de l'édition et non pas seulement de la publication. Félicitations !

Et on termine par du paratexte sur Gerber & Howard, non sans oublier de mentionner le plat de résistance de ce - décidément très très bon recueil - les huit premiers numéros de la série régulière qui a été dédiée au plus turbulent canard de la Marvel (avec les couvertures originales).

.... Une belle réussite dont le mérite de l'édition  revient donc - je suppose - à Béatrice Capelle (directrice éditoriale), Sophie Landais (responsable de projets), Éléonore Doosterlinck (assistante d'édition), Charlotte Borelle (Chef de projet) ... et bien sûr Benjamin Viette (MAKMA) pour la traduction, et Stéphane Boschat (MAKMA), Cyril Bouquet & Sabine Maddin pour le lettrage. 
Je citerais pour finir Pascal Vautier & Amandine Apelbaum, tous les deux à la fabrication, qui le mérite également, tant il semble que le soins apporté à cet édition (la facture comme on dit) a aussi été l'objet d'une attention particulière.
Et tout cela pour 12,99 € !
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Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur Howard & Steve, j'ai écrit plusieurs commentaires sur ce blog dont ils ont été l'objet, ainsi que sur l'édition francophone de cette série paru au Québec.
Il suffit de cliquer sur "Howard the Duck" et "Steve Gerber" dans les libellés pour y accéder.

Bonne lecture

MISE À JOUR : Je soulignais le beau travail de cette édition, notamment l'utilisation des pages extraites de la série Man into Fear & Man-Thing pour introduire Howard de façon intuitive, croyant qu'il s'agissait d'une décision de l'édition française.
Sans rien enlever aux félicitations que j'adressais à l'équipe éditoriale, il semble bien que cette édition bénéficie surtout du savoir-faire de Hachette Partworks Ltd qui propose cette collection dans plusieurs pays. Dont acte !

samedi 25 mars 2017

Robert Charles Wilson : Mysterium

.... Il y a déjà quelques années, Serge Lehman avait, au travers de sa préface au recueil de nouvelles de S-F  : Retour sur l'Horizon (2009), mis le feu aux poudres en avançant une théorie qui en substance désignait la science-fiction comme dernier bastion littéraire d'un contenu métaphysique.
À Two Rivers, rien ne vient jamais troubler la petite vie paisible des habitants, jusqu’à ce qu’un laboratoire de recherches militaire s’installe sur les rives du lac Merced. Les spéculations les plus folles naissent alors, et la crainte d’un accident nucléaire hante tous les esprits. Aussi, lorsqu’un incendie se déclare sur le site, Dexter Graham envisage déjà le pire. Pourtant, son destin, ainsi que celui de Two Rivers dans sa totalité, vient de basculer d’une manière qui dépasse de très loin son imagination.
Avec son court roman - Mysterium - Robert Charles Wilson propose en quelque sorte un univers métaphysique de la plus belle eau.
Emmené par un rythme qui ne laisse pas beaucoup de temps pour souffler, Mysterium associe une bonne dose de suspense à une belle poignée d'idées. Si Two Rivers est une petite ville, l'auteur se focalise essentiellement sur certains personnages qu'il sait rendre attachants et intéressants. 
Il fait de même du côté des « antagonistes », pour un résultat que je n'aurais rechigné à retrouver dans d'autres romans (ou nouvelles), tant j'ai été séduit par l'univers décrit. 

.... Cependant, en l'état, Mysterium (traduction de Pierre-Paul Durastanti) se suffit à lui-même et vaut largement le temps (trop court) que l'on y passe. Roman de S-F métaphysique donc, mais aussi métaphore (le roman en tant qu'artefact) de son propre état, tout autant une proposition à ceux qui le liront de reprendre le flambeau - celui du lecteur devenant auteur (démiurge) - à leur propre compte. Ou pas.

À l'instar des propres personnages de R. C. Wilson.

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Un petit mot sur l'édition Folio SF, dont la couverture, signée Bruno Wagner/Yayashin, n'est pas pour rien dans mon envie de m'y intéresser.    

Les Figures de l'ombre (HiddenFigures)

Si la vérité est moins belle que la légende, imprimez la légende !
.... Film, dont la réalisation et le jeu des actrices & des acteurs m'ont transporté à une période palpitante et d'une indécence bouleversante - quand bien même obéit-il à la première loi de la thermodynamique hollywoodienne -, Les Figures de l'ombre (Hidden Figures) est d'une efficacité inouï.

Émouvant autant que révoltant, je ne m'explique pas qu'il ait fallu attendre si longtemps pour connaitre le destin de ces trois femmes exceptionnelles. Peut-être qu'aux U.S.A.,  elles font déjà partie de l'Histoire (auquel cas je ne dois en vouloir qu'à mon manque de connaissances), et si ce n'est pas le cas il est grand temps qu'il en soit ainsi.
Un film d'utilité publique & un formidable divertissement, qui démontre s'il le fallait encore le formidable pouvoir des images, et du storytelling.

Et sans aucun doute pour moi, l'un des meilleurs films qu'il m'a été donné de voir. Les temps changent, et parfois c'est pour le meilleur.  
Réalisateur : Théodore Melfi
Scénaristes : Théodore Melfi et Allison Schroeder, d'après le livre de Margot Lee Shetterly
Distribution : Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe, Kevin Costner, Kirsten Dunst, Jim Parsons, etc.
Genre : drame/biopic (étasunien)
Résumé : Le destin extraordinaire des trois scientifiques africaines-américaines qui ont permis aux Etats-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn. Maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins et dans celle d’un pays en proie à de profondes inégalités, leur histoire longtemps restée méconnue est enfin portée à l’écran.

vendredi 24 mars 2017

Felon : Greg Rucka + Matthew Clark

.... Quatre numéros et puis s'en va.
Après avoir purgé une peine de 3 ans, Eileen Cassaday sort de prison, et elle est bien décidée à récupérer sa part du braquage à cause duquel elle est allée moisir à Angelika (Nevada).

Si cette histoire montre le savoir-faire de Greg Rucka, à l'origine ce devait être une série à suivre (ongoing), Felon m'a quand même laissé une impression assez mitigée.

Le savoir-faire en question s'exprime dans la mesure où le scénariste, donne une fin (certes très ouverte) mais loin d'être décevante, et surtout assez inattendue (et dans des délais très courts). Mais également un poil en contradiction avec les 3 précédents numéros. 
Néanmoins la brutalité (dans tout les sens du terme) de cette conclusion, renforcée par un dernier numéro en noir & blanc (peut-être pour en amortir le coût ?), est par trop artificielle. 
Une fin qui m'a donc laissé sur ma faim (sic), et un sentiment aussi ambiguë que le scénario et son héroïne.
Je crois d'ailleurs que c'était l'ambition du label Minotaur Press - sous lequel a paru Felon (en 2001) - une branche de l'éditeur Top Cow qui voulait proposer des histoires « plus noires et plus nuancées » que le reste de son catalogue ; comme Obergeist de Dan Jolley & Tony Harris (traduit en France chez l'éditeur Bulle Dog). 

.... Or donc Felon est une histoire pour le amateurs de polars noirs (mais alors vraiment très noirs), pour les aficionados de Greg Rucka, et pour ceux qui aiment lire des histoires qui laissent la première place aux « pétroleuses » qu'affectionne l'auteur de Portland (Oregon). 
Voire pour ceux qui aiment décortiquer les techniques à l'oeuvre dans ..... l'oeuvre. [-_ô]

Finalement ça risque de faire pas mal de monde.

jeudi 23 mars 2017

The Sandman Presents The Corinthian (Darko Macan/Danijel Zezelj)

.... The Sandman la série de bande dessinée encensée et multi-récompensée a aussi suscité quelques séries dérivées.
Dont l'une, écrite par Darko Macan (un scénariste que j'aime beaucoup) et dessinée par Danijel Zezelj (un artiste que j'aime tout autant), consacrée à l'un des plus dérangeants personnages de la série : le Corinthien.
Pour apprécier pleinement cette histoire, il faut impérativement avoir lu au préalable le quatorzième épisode (numérotation U.S.) de la série principale (et les précédents) qui se concentre sur une convention d'un genre très particulier (The Sandman tome 1 chez Urban Comics), certainement l'histoire qui m'a le plus mis mal à l'aise.

Les trois numéros de Dacan & Zezelj se déroulent à Venise en 1920, durant l'absence du Sandman.

Difficile de résumer de quoi il retourne. Ou disons plutôt que la pierre angulaire du récit est plus de l'ordre de l'atmosphère, du sensible et de l'étude de caractères que de la diégèse. En tout cas Zezelj et Macan se fondent avec beaucoup de facilité dans le moule et propose un pur produit Vertigo (autrement dit, très littéraire).   
Macan y apporte l'une de ses fixettes - la guerre - et Danijel Zezelj tout son talent, aussi atypique & expressionniste soit-il ; pour un résultat de tout beauté. Et tout aussi dérangeant que l'épisode intitulé Les Collectionneurs, auquel je faisais justement référence. 
.... Accessoirement, j'ai découvert - dans un bac de la nouvelle médiathèque que je fréquente - une édition française de ces trois numéros.

En effet les éditions Mosquito ont publié un album (traduction de Rodolphe Périssinotto) intitulé La Mort dans les yeux (au prix de 13 €), qui les reprend. 

Sans aucune mention à The Sandman. Même pas dans le titre qui ampute le « The Sandman presents .... » dans la page des crédits, pour se contenter d'un sobre « The Corinthian 2002 ». On est pourtant en 2004 alors, et la série de Neil Gaiman est publiée par les éditions Delcourt
Et si elle aura du mal à s'imposer en France (elle connaitra 4 éditeurs différents), elle y est déjà auréolée d'un prestige certain. 
L'album ne bénéficie pas plus d'une mise en contexte et, tout aussi réceptifs et astucieux que soit les lecteurs, j'imagine que sans connaître le background du personnage principal, ça n'a pas du être facile de s'immerger dans ce récit.
En outre, l'éditeur hexagonal propose un album en noir & blanc sans préciser non plus qu'à l'origine les planches sont en couleurs (et l'oeuvre de Sherylin van Valkenburgh). 

Bref beaucoup de désinvolture préside à cette publication, je trouve.   
.... Reste que les amateurs de Sandman, publiée chez Urban Comics et traduit par le (plus que) talentueux Patrick Marcel, pour qui la langue de Shakespeare garde tous ses mystère, peuvent tenter de dénicher cet album, qui mérite plus qu'une mention dans un obscur blog tel que le mien ; mais bien toute votre attention.

Carnage (Gerry Conway/Mike Perkins) 1-10

SPIDER-MAN UNIVERSE n° 2 : CARNAGE 
Trimestriel, 5,70 EUR, 120 pages
Bienvenue dans le nouvel univers Marvel ! Gerry Conway, le légendaire scénariste des aventures de Spider-Man, revient avec une série consacrée à Carnage, dessinée par Mike Perkins. 
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(Contient les épisodes U.S. Carnage (2016) 1 à 5 + All-New, All-Different Point One (IV))
Sortie le 17 juin 2016

.... Si le scénario du Spider-Man Universe n°2 ne casse pas trois tentacules à Cthulhu, l'histoire quant à elle sort plutôt bien son épingle de la poupée vaudou du tout-venant « marvelien » grâce au travail des fondamentaux par le scénariste en titre.
Back to the basics

.... Des personnages bien campés à la personnalité affirmée, et suffisamment nombreux et hétérogènes pour permettre un florilège d'interactions (sous-entendu intéressantes) ; un storytelling qui ne ménage ni les rebondissements, ni les surprises ; des dialogues à  « caractère informatif » et des punchlines décalées et « rigolotes ». Des surprises qui le cas échéant peuvent aussi se transformer en suspense, pour quiconque a un plan à jour de la Maison des Idées.

Gerry Conway - un ancien du gaz - qui n'est manifestement pas là pour monter une usine fonctionnant avec ce combustible prouve s'il en était besoin qu'il n'y a pas de mauvais personnages.
Et La Survivante est en tout cas la preuve (encore ! Ce n'est plus un commentaire, c'est une liste de pièces à conviction ma parole) ; la preuve disais-je que le rayonnement qu'a le « reclus de Providence » sur l'imaginaire contemporain est inversement proportionnel à la notoriété qu'il avait de son vivant.

Tout en lisant cette « saga complète » , l'éditeur transalpin propose d'ailleurs une nouvelle acception de cette expression où complète est le synonyme de à suivre et non pas qui se suffit à elle-même, or donc en lisant La Survivante (titre de l'arc narratif ou saga complète en question) je me faisais le réflexion que Carnage est un peu l'équivalent d'un tueur en série, et qu'il a été inventé peu de temps après l'acmé cinématographique du phénomène, à savoir Le Silence des agneaux. Vue de l'esprit ou véritable influence ?
Difficile de trancher (si je puis dire).
Christian Grasse continue son travail de subversion au sein même de l'entreprise qui l'emploie ; ainsi n'a-t-il pas peur de nous annoncer à nous lecteurs dans son éditorial que « nous sommes officiellement entrés dans le statu quo All-New All-Different Marvel Univers ! ». 

Le statu quo, vraiment ? 

Voilà une bien singulière manière d’appâter le lecteur. 

Une petite pétouille de traduction (décidément madame Watine-Vievard va finir par croire que j'ai décidé d'en faire ma tête de turc) : « West Viginia » dans la V.O (#2) qu'il me semble plus juste de traduire par « Virginie-Occidentale », devient pour le coup dans ce numéro « l'ouest de la Virginie ». Rien de bien grave cela dit. 
.... En résumé, un numéro bien sympa qui outre un divertissement de bon aloi, m'a permis de réviser mes connaissances en langues étrangères, sans oublier de peaufiner ma langue maternelle et de continuer vaille que vaille de croire dans le genre humain en constatant qu'il est encore possible de s'amuser en lisant des éditoriaux (et une fort sympathique série).
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.... Ce mois-ci est sorti la suite des aventures de Carnage (dans le Spider-Man Universe n°5 au prix de 5,60 €).

Conway, bien conscient des limites du matériau qu'on lui octroi utilise toutes les ficelles à sa disposition (effets de texte) pour raconter son histoire : flashback, ellipse, narration parallèle et surtout coup de théâtre - sans oublier de soigner ses personnages - pour un résultat qui induit automatiquement du rythme, du suspense et de l'ambiance.  

Si on n'est guère surpris, Gerry Conway ne réinvente rien qui ne soit déjà connu, la tournure des événements réserve son lot de surprises.

Mike Perkins & Andy Troy, respectivement aux dessins et à la couleurs ne démérite pas non plus.

Pour preuve cette planche d'une efficacité redoutable :

La mise en récit séquentielle est ici encore renforcée par le travail du lettreur* - Joe Sabino - qui donne de la texture au son :

- Le BOOM en légère transparence signifie l'éloignement.
- Son lettrage donne l'impression dans une sorte parallélépipède, quelque chose de fabriqué.
- Celui du bruit du moteur imprime le mouvement.

.... Bref une deuxième salves d'épisodes tout aussi réussie que la première, pour une série qui s'en sort plutôt pas mal.

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*Le lettrage français est fait par Laurence Hingray & Christophe Semal.
La traduction est de Sophie Watine-Vievard


(À suivre .....)   

mardi 21 mars 2017

Black Hammer (Lemire/Ormston/Stewart/Klein)

.... Ultra-référencée, pensez que dans le sixième numéro deux personnages prénommés respectivement Len & Bernie apparaissent (brièvement) dans une histoire de maison hantée et de créature née dans un marécage, Black Hammer fonctionne plutôt bien jusqu'à maintenant (j'ai lu les six premiers numéros).

Si le point de départ de l'intrigue principale n'a pratiquement pas avancée, Jeff Lemire réussi pourtant à rendre captivant chaque numéro.
Dean Ormston, son dessinateur n'est pas pour rien dans cette réussite. Son style que je qualifierais de vintage (manière d'allier le fond et la forme), est mis en récit par un storytelling très moderne dans la mesure également, où il s'adapte à son sujet. 
Et ce mariage de la carpe et du lapin fait merveille. Dave Stewart le coloriste de la série (et qu'on ne présente plus) ajoute sa palette à une ambiance qui souffle le chaud et le froid, mais de manière toujours juste. 
Todd Klein enfin, apporte sa science du lettrage à une entreprise déjà fort bien pourvue en termes de talent.

.... Toutefois, Jeff Lemire, en imaginant son intrigue, du moins sa prémisse, ainsi que dans la manière qu'il a d'utiliser des personnages très référencés, amène tout un pan de la fiction, qui nécessite d'ordinaire une suspension volontaire d'incrédulité très forte, dans le champ de la réflexion. Qui elle, n'en demande pas tant.
En d'autres termes, ce qu'il a construit avec Ormston & Stewart (à partir de l'histoire de la BD étasunienne elle-même, du moins les personnages les plus connus de son versant mainstream) et qui fait appel à un plaisir enfantin, risque de ne pas passer - sans pertes ni fracas - les portes d'un méta-discours dont l'ombre portée est omniprésente.
Tant qu'on est dans l'expectative, je trouve que ça marche du feu de Dieu. Mais lorsqu'il devra se frotter aux travaux pratiques, dépasser l'aspect ludique - ce vers quoi je trouve qu'il tend (?) - et somme tout un peu vain de la citation, tout en façonnant un récit à la hauteur de ce que j'en attends, ne risque-t-il pas d'accoucher d'un pétard mouillé ?

Vu la qualité de ce qui a paru j'ai tendance à lui accorder ma confiance, mais il n'en reste pas moins que la barre est très haute, et qu'on tombe d'autant plus durement qu'on est monté haut.

(À suivre ....)    

lundi 20 mars 2017

Skull the Slayer (Marvel)

Couverture originale pour les éditions LUG
Auteur inconnu
…. Lhomo americanus expédié dans un monde et une culture qui lui sont étrangers est, depuis Un Yankee à la cour du roi Arthur (1889) de Mark Twain, un motif faisant partie intégrante du tronc commun de l’imaginaire étasunien. Même si la satire, non exempte de coups de lattes et d'explosions non plus, de Mark Twain a été depuis largement - et presque totalement - remplacée par les seuls coups de lattes et les explosions.  

Souvent retravaillé et décliné : Edgar Rice Burroughs envoie John Carter sur Barsoom (1912), Jerry Siegel & Joe Shuster (1938) s’en emparent et le retournent comme un gant (mais même retourné un gant reste un gant) et inventent Superman, Nathan Algren en 2003 – sous les traits de Tom Cruise – remplace Camelot et Barsoom par le Japon, sous la direction d’Edward Zwick, etc.

Et donc, en 1975, Marv Wolfman (qu'on ne présente plus) & Steven Gan (également co-créateur de Star-Lord) s’inspirent d’un modèle dont l’origine a peut-être d’ailleurs été oubliée en route, et accouchent d’une série de bédé intitulée Skull the Slayer.

Très brève série, Skull le prisonnier du temps – comme elle a été traduite dans la revue française TITANS (du numéro 5 au numéro 12) – de novembre 1976 à janvier 1978 s’inspire également d’un autre prestigieux modèle, celui des Quatre Fantastiques.

..De l’autre côté du miroir (aux silhouettes) 

- Au lieu d’une fusée, le quatuor de Skull the Slayer disposera d’un avion 
- Au lieu des rayons cosmiques ce sera le Triangle des Bermudes 
- Au lieu de la transformation des personnages en monstres, Wolfman & Gan, transforment leur quotidien en un environnement monstrueux. 
- Et en lieu et place de Red Richards le scientifique ce sera le docteur Corey, Jane Storm est remplacée par la blonde Ann Reynolds, son jeune frère Johnny par le tout aussi jeune Jeff Turner, et Ben Grimm par l’ancien combattant Jim Scully (alias Skull).
TITANS n°5
La fine équipe se voit donc envoyée dès le premier numéro dans un monde étrange qui, contre toute attente, fera se côtoyer des dinosaures et des hommes « préhistoriques ». Shocking !
Puis d’autres civilisations feront leur apparition, faisant du Triangle des Bermudes made in Marvel une sorte de pendant aux expositions universelles qui pour l’édification de leurs visiteurs mettaient en scènes des « sauvages » venus des cinq continents dans ce qu’on appelle aujourd’hui des zoos humains, mais aussi des pavillons où la technologie la plus pointue avait également droit de cité.
L’imagination d’Edgar Rice Burroughs (et il n’est pas le seul dans ce cas) aura ainsi bénéficié d’un coup de pouce de la célèbre Exposition universelle de Chicago de 1893 lorsqu’il sera temps pour lui d’inventer John Carter et Tarzan.

Mais revenons en 1975
…. Si la série (bimestrielle) Skull the Slayer n’est pas à ma connaissance citée, lorsqu’on évoque la vague des comic books dit relevant, autrement dit ceux qui prennent à bras le corps les problèmes de l’époque de leur publication pour les intégrer dans leurs récits, il n’en demeure pas moins qu’elle ne prend pas de gant lorsqu’elle tient un discours sur la guerre du Vietnam et ses corollaires : l’héroïsme et l’information (Marv Wolfman utilisera le mot très connoté de newspeak autrement le novlangue du roman 1984 : Pour en savoir +) , pas plus de fioriture sur la place des Africains-Américains et sur celle des femmes dans la société d’alors. 
Cela étant dit Skull the Slayer est d’abord une série se voulant avant tout divertissante. 

Ce qu’elle réussira à être lors des trois premiers épisodes, qui prennent pour héros un type de personnage qui deviendra rapidement d’ailleurs un stéréotype : l’ancien combattant de la guerre du Vietnam dont la réinsertion devient un problème.
L'atelier de retouches de LUG a gommé le couteau sur la V.F
Le quatrième numéro voit arriver Steve Englehart au scénario - suite à la promotion de Marv Wolfman à un poste d’editor - et manifestement cette série ne l’intéresse pas le moins du monde. 
Il supprime immédiatement les trois partenaires de Jim Scully et transforme ce dernier en un lâche de la pire espèce. Tout en dirigeant l’intrigue vers tout autre chose que ce qu’avait fait Wolfman & Gan dans les numéros précédents. Du très grand n'importe nawak.
Heureusement dès le numéro suivant Bill Mantlo reprend les rênes, alors que Sal Buscema (arrivé au n°4) reste attaché à sa planche à dessin. 

Mantlo & (Sal) Buscema, s’ils n’ont pas atteint le statut de certains de leurs contemporains dans leur domaine respectif à savoir l’écriture de scénarios et celui du dessin, n’en demeurent pas moins de solides artisans de la Marvel. De ceux avec qui on est rarement déçu lorsqu’il s’agit de passer un bon moment de lecture. 
Et ils vont encore le prouver ici. 

J’ouvrais mon commentaire™© en proposant que l’une des sources du code créatif de la série n’était rien que moins que celle utilisée pour l'invention des Fantastic Four, eh bien dans sa septième livraison Skull le prisonnier du temps rencontrera son propre Docteur Fatalis

Las, la reprise en main par Mantlo & Buscema n’aura pas suffit, et le huitième numéro sera le dernier. La douche est plutôt froide à l’époque puisqu’en plus d’être redevenue attractive la série se termine sur un cliffhanger de la mort. …..
Le storytelling toujours efficace de Sal Buscema
Heureusement pour les lecteurs français l’attente sera moins longue que pour leurs homologues étasuniens. En effet dès le dix-neuvième numéro de TITANS les éditions LUG reprennent deux numéros de la série Marvel Two-in-One dans lesquelles la Chose (des Quatre Fantastiques) sauve le quatuor perdu (avec accessoirement l’aide de Red Richards alias Mr Fantastic). Ce qui n'a rien d'une coïncidence si on accorde du crédit à ma théorie.

Si dans les seventies il était courant pour la Maison des Idées de terminer certains arcs narratifs de séries annulées dans d’autres séries, ce coup-ci c’est Marv Wolfman himself qui s’y colle. Autant dire que cette série semblait lui tenir à cœur. D’autant plus que si les lecteurs français ont le plaisir de retrouver Jim Scully et sa bande en septembre 1978, soit 8 mois après la fin plutôt brutale de la série. Les américains n’auront des nouvelles que 13 mois plus tard. C’est dire si l’annulation avait dû rester en travers de la gorge du scénariste. 
Les choses étant ce qu’elles étaient à l’époque, les éditions LUG transformeront les deux numéros de Marvel Two-in-One (#35 & 36), une série dédiée aux aventures de la Chose qui y recevait à chaque numéro un nouvel invité, en une suite directe de « Skull le prisonnier du temps » :
Une sorte de continuité dans la rupture
Si la fin n’est pas, par la force des choses, à la hauteur du potentiel que laissait envisager les trois numéros de Wolfman & Gan et les quatre de Mantlo & Buscema (mieux vaut oublier celui d'Englehart), elle a au moins le mérite de faire montre d’un évident respect pour les lecteurs. 

…. En définitive Skull the Slayer donne une idée de la façon dont la Maison des Idées gérait les siennes à l’époque. On peut d'ailleurs en déduire que l'éditorial n'était pas plus absent qu'il ne l'est aujourd'hui du destin des personnages.   

Potentiellement cette série avait une dynamique capable de mouliner de la diégèse à volonté. Il n’est qu’à voir la série Warlord (133 numéros) chez le Distingué Concurrent, dont la création et la prémisse sont aussi contemporaines que proche de Skull the Slayer, pour avoir une idée de ce qui était envisageable. 

Reste qu’au cours des Guerres Secrètes – en 2015 – Skull, et une tripotée de champions d'heroic fantasy estampillés Marvel, referont surface pour quatre numéros très prometteurs dans la mini-série intitulée Weirdworld (Jason Aaron + Mike Del Mundo). 
Hélas, aussitôt les Guerres Secrètes terminées le titre sera redémarré sous l’égide cette fois de Sam Humphrie (toujours Mike Del Mundo aux dessins), en laissant en plan tout ce qui en faisait l’attrait (du moins à l’aune de mes propres goûts).
Battleworld n°4 (PANINI) Traduction Ben KG (MAKMA)
Décidément, hors le mainstream (i.e. les super-héros) Marvel peine à proposer des histoires pérennes. 

Ce qui ne doit pas non plus, nous empêcher d’apprécier (et de rechercher) celles qui paraissent ou qui ont été publiés dans le passé. Et les années 1970 sont un vivier très intéressant car à l’époque, cet éditeur (et DC Comics) peinait à rester à flot, et autorisait les projets les plus fous (Pour en savoir +).
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• Un petit mot sur la traduction des épisodes paru chez LUG.
Si le traducteur ou la traductrice n'est pas mentionné, il n'en demeure pas moins que c'est fort joliment traduit ; les dialogues sont alertes, et sourd une douce ironie de l'ensemble de la prose de chaque numéro.

À noter que l'addiction à la drogue du jeune frère de Jim Scully qui meurt d'un coup de couteau, a été transformée en un net (mais préférable ?) penchant pour les boissons alcoolisées.

dimanche 19 mars 2017

Zone Blanche : Saison 01 - Episode 03

Un spéléologue amateur sort traumatisé d'un de ses périples. Il affirme avoir perdu son amie dans un labyrinthe de grottes souterraines. Laurène, chargée de l'enquête, écoute son témoignage et s'efforce de démêler le vrai du faux. Qu'est-devenue la jeune femme ? 
.
... Ce troisième épisode confirme tout le bien que je pensais des deux premiers (Pour en savoir +). Ainsi que mes réserves.

Confirmant l'ambiance gothique, tout en rationalisant (?) avec beaucoup de talent et d'astuce les enjeux de cette nouvelle enquête, Zone Blanche s'inscrit de plus en plus dans la filière du divertissement à base de « cul-terreux » (s'il s'agissait d'une série U.S., j'aurais dit redneck) - ici dans une version ardennaise - et d'isolement rural.

En proposant des épisodes aux enquêtes « auto-contenues » captivantes, tout en alimentant un fil rouge ambitieux, la série franco-belge ménage le court terme, tout en préparant une intrigue d'envergure. Plutôt bien vu en termes d'assuétude !

Dommage que l'héroïne soit une pétroleuse (badass) bien peu crédible. À force de vouloir en faire une forte tête, les auteurs réussissent à en faire un cliché. Toutefois rien de rédhibitoire non plus. 


jeudi 16 mars 2017

Un crime dans la tête (2004)

Il y a quelques années, une nuit, durant la guerre du Golfe, le capitaine Marco et ses hommes furent victimes d'une embuscade et n'eurent la vie sauve qu'à l'intervention héroïque du sergent Shaw, devenu désormais l'un des candidats les plus sérieux à la fonction de vice-président des États-Unis.
.... Le remake de 2004 réalisé par Johnathan Demme - produit en partie par Tina Sinatra, la propre fille de Frank Sinatra* - est un film qui m'a captivé sur un peu plus des 3/4 de sa durée.

À son crédit :

• Une excellente interprétation
• Une atmosphère anxiogène, paranoïaque et très malsaine

En sa défaveur :

• Un plan bien trop alambiqué
• Un dénouement bien trop simpliste

En conclusion :

.... Un crime dans la tête s'essouffle dans sa dernière partie, et renonce à ce qui en faisait le charme (vénéneux).
Résultat, l'équilibre précaire de son scénario s'en trouve fragilisé, et entraîne dans sa chute réalisation et distribution, les pierres angulaires de ma suspension volontaire d'incrédulité.

Un film qui devient bien meilleur si on décide de s'arrêter au moment où Raymond Prentiss Shaw « manque sa marque ».
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* Frank Sinatra avait fait des pieds et des mains pour que l'original de 1962, de John Frankenheimer, puisse se tourner.