mercredi 10 août 2016

DREAMWAR (Giffen/Garbett) Panini

…. Dreamwar, crossover au titre programmatique, organise la rencontre de deux univers : celui de DC Comics au travers de ses créations les plus connues : La Justice League, la Légion des Super-héros, la JSA, et celui de WildStorm la maison d’édition de Jim Lee, rachetée par DC Comics en 1999. 
Si les personnages de WildStorm sont peut-être un peu moins connus (je pense par exemple à Welcome to Tranquility qui raconte les aventures de super-héros retraités), Keith Giffen le scénariste des 6 numéros regroupés et publiés dans l'Hexagone à l’initiative de Panini : Traduction d’Alex Nikolavitch et lettrage d’Alessandro Benedetti, à l’heureuse idée de regrouper les personnages en fonction de leurs similitudes. Ceux de Welcome to Tranquillity font donc la connaissance de la Justice Society of America grâce à leur point commun : l’accès à la « carte vermeil » des super-héros.
En effet, la particularité des personnages inventés au sein d’Image Comics – le label qui regroupait les maisons d’édition fondées par des dessinateurs, « dissidents » si j’ose dire, de Marvel Comics : Rob Liefeld, Erik Larsen, Jim Valentino, Todd McFarlane, Marc Silvestri et donc, Jim Lee, est qu’ils étaient souvent des copies de ceux qu’on pouvait trouver chez la Distinguée Concurrence ou largement inspirés de ceux de la Maison des idées. Du moins les séries les plus populaires des Big Two

Ce qui en soi n’est jamais que la continuation de ce qui se fait depuis les années 1930 ; la bande dessinée de super-héros est un immense miroir aux silhouettes dont les premiers reflets datent si je puis dire, de 1939, avec l’invention du Wonder Man de Will Eisner. 
Mais ceci est une autre histoire.
Cela dit l’opposition/confrontation – poncif de tout bon crossover – des deux univers se situe disons, aussi au niveau « idéologique ». 

 .... Généralement les personnages publiés par DC Comics rechignent à tuer, alors que ceux de WildStorm ne s’embarrassent guère de ce détail.
Ou ne s'embarraient pas de ce détail du temps de l'indépendance de WildStorm
Quand Image Comics est née, en1992, l’atmosphère était assez largement au grim and gritty dont l’expression la plus significative se traduisait par des « héros » très durs à cuire et tout aussi désinhibés. 
Ceci dit d’une manière générale ; on trouvera certainement des exceptions de part et d’autre. 

La série, plutôt chouettement dessinée par Lee Garbett - c’est efficace et très dynamique - repose sur une idée de Keith Giffen, c’est du moins comme ça que je l’ai comprise, qui n’apparaît complètement qu’à la toute fin du run
Même si quelques indices apparaissent au fur et à mesure. 

Si j’ai trouvé cette idée* assez gonflée (dans tous les sens du terme), et plutôt amusante, Keith Giffen semble (justement) tirer à la ligne (là encore rétrospectivement, cela s’explique), et ça se voit. 
Et ce remplissage, non dénué d’intérêt néanmoins - comme je l’ai dit Garbett est un dessinateur plutôt efficace, et les dialogues sont made in Giffen - pourrait toutefois amoindrir le plaisir qu’on devrait pouvoir prendre à la lecture de Dreamwar

À condition d’aimer rire du fanboy (pur et dur) qui sommeille (peut-être) en nous tous ; et que le contenu de mon commentaire ne soit pas le seul fruit de mon imagination (de fanboy).
.... Je ne sais pas s'il s'agit de « l'une des plus grandes rencontres de tous les temps », mais au pays des super-héros les superlatifs sont souvent de rigueur, en tout cas l'exploration de la nature profonde de l'héroïsme y est possible. En plus d'être une lecture distrayante.
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* L’idée dont je parle ne fait pas l’économie d’éléments adjacents tout aussi intéressants, que Giffen n’éludent d'ailleurs pas, et qui étoffent intelligemment l’idée générale en fournissant matière à réflexion (toutes choses égales par ailleurs).

mardi 9 août 2016

OMAC (Didio, Giffen & Koblish) DC Comics

Chaque titre d'épisode peut s'abréger en O.M.A.C
Kevin Cho est employé dans une start-up lorsqu'il devient malgré lui la victime d'une machination qui le transforme en OMAC, un monstre surpuissant, invincible et monolithique. Face à lui et sa force incommensurable, même Superman et Frankenstein auront fort à faire ! 
…. OMAC autrement dit, One Man Army Corps (ou Organisme Métamorphosé en Armée Condensée) est une idée que Jack Kirby (dit Le King) a eu du temps où il travaillait encore pour l'éditeur étasunien Marvel : une sorte de Captain America du futur, mâtiné d’un autre concept du King, un peu plus ancien : Tiger 21 (alias Starman Zero). 
Tiger 21 aurait dû raconter l’histoire d’un astronaute transformé en androïde pour survivre aux longs voyages intersidéraux, mais ce concept de 1948 n’a pas trouvé acquéreur sur le marché des comic strips auquel il était destiné. 

OMAC sera finalement publiée dans sa série éponyme, en 1974, alors que Jack travaillait pour l’éditeur DC Comics ; il y est resté de 1970 à 1975 avant de retourner chez Marvel
• Et pour la petite histoire, Jack avait dans l’idée de rattacher ce personnage à son autre héros du futur Kamandi, en faisant de l’alter ego d’OMAC le grand-père de ce dernier. 
Mais à l’époque le marché de la BD étasunien n’est pas très florissant, de graves dysfonctionnements, pas très éloignés de ce qu’on pourrait appeler une escroquerie sont alors à l’œuvre (Pour en savoir +) et DC Comics rencontre de sérieuses difficultés de distribution, et paye le prix (c’est le cas de le dire) d’une mauvais politique tarifaire face à son concurrent principal : Marvel Comics
En outre Jack Kirby ne fait plus (autant) recette, ses séries : « Le Quatrième Monde », Kamandi, The Demon et OMAC s’arrêtent au fur et à mesure ; et son génie créatif – dopé contractuellement (60 pages/mois) - qui l’autorise à créer encore et encore, ne rencontre pas suffisamment son public malgré le soutient de Carmine Infantino (alors editor in chief de la Distinguée Concurrence).
…. 2011. Les scénaristes Dan Didio & Keith Giffen, sous l’égide du New 52, le nom donné à la reconfiguration de l’univers partagé de DC Comics de l'époque (nous sommes aujourd’hui sous les auspices d’une nouvelle configuration dite Rebirth), lancent un nouveau mensuel intitulé OMAC (One Machine Attack Construct) qui durera, comme celui de Kirby, 8 numéros.

C’est accessoirement un aspect assez simple, qui m’a donné envie dans un premier temps, de m’intéresser à cette nouvelle série. 

En effet, la crête qu’arbore le personnage principal, et plus précisément l’effet que lui donne l’équipe artistique, a eu un effet d’attraction très puissant sur moi. Cet attrait purement visuel est d’ailleurs un aspect assez révélateur du contenu, puisque le scénario de ces huit numéros fait la part belle à l’image, et privilégie l’aspect visuel. 
Hommage direct au King, OMAC enchaîne les affrontements, que l’équipe artistique rend extrêmement spectaculaires : lettrage soigné et différencié, phylactères, onomatopée, « kirby kracles », couleurs, rien n’est laissé au hasard ; et c’est à un véritable spectacle pyrotechnique, à un feu d’artifice de puissance et d’énergie, qu’on nous propose d’assister. 

Si le scénario est d’une linéarité à toute épreuve, il n’engendre cependant pas l’ennui grâce à des dialogues décalés et souvent drôles. 
Les personnages – dont l’aspect caricatural n’est pas gommé - ne sont pas en reste, et s’intègre avec beaucoup d’élégance dans cette série très « premier degrés ».
Tout est d’ailleurs prétexte à l’amusement, que ce soit les titres de chaque numéro, les notes de l’editor, ou encore les crédits rédigés dans la grande tradition de Stan Lee & du Bullpen. Une série très « premier degrés » disais-je mais où les clins d’œil ne sont pas absents. Comment pourrait-il en être autrement avec un tel personnage :
Notez le "eye" qui remplace le "I"
La nouvelle série nouvel OMAC évoque autant le talent que Jack Kirby mettait dans ses créations technologiques les plus folles (et il y en a eu), qu’une autre de ses inventions à la puissance tout aussi destructrice et incontrôlable qu’OMAC : j’ai nommé Hulk

…. En définitive OMAC laisse une très agréable impression, et la brièveté de son «existence» en fait rétrospectivement l’une des forces principales. 8 numéros, c’est largement suffisant pour réjouir les rétines et semer la zizanie chez nos zygomatiques. Mais pas assez pour lasser les amateurs.

lundi 8 août 2016

JUST A PILGRIM (Garth Ennis/Carlos Ezquerra)

.... La série JUST A PILGRIM ressort de ce qu’on appelle communément le « post-apocalyptique », l’apocalypse dont il est fait état ici est celle synonyme de catastrophe ; bien que la signification religieuse du terme ne sera pas totalement absente.
Dans ce genre de récit, en règle générale, la catastrophe n’est pas le sujet de l’intrigue mais plutôt l’un de ses carburants, et les 9 numéros qui composent la totalité de l'histoire n'échappent pas à cette règle. En tout état de cause, dans le cas d’une catastrophe naturelle, comme c’est le cas ici, la défaillance subite d’une chose ou d’un processus sur lequel nous comptions, suggère que les fondements les plus sûrs de notre existence sont en définitive aléatoires et fragiles ; une conclusion que le personnage principal de la série ne partage manifestement pas. Bien au contraire.
.... Publiée à l’origine sous la forme de deux mini-séries (respectivement de 5 et 4 numéros) par l’éphémère maison d’édition Black Bull une branche de Wizard Entertainment qui publiait également un magazine consacré à la bande dessinée, Wizard (qui paraîtra un temps dans l’Hexagone), JUST A PILGRIM ressemble a une bonne grosse blague qui tache dont le scénariste semble se faire une spécialité.
Spécialiste de la violence visuelle et de l’humour noir le scénariste Garth Ennis propose souvent des histoires plus fines que ne le laisse supposer une lecture superficielle.
Conscient que le crépuscule de l’humanité ouvre un champ infini de spéculations sous un jour sensationnel, spectaculaire mais aussi social le scénariste met en scène un personnage, dont l’identité ne sera pas révélée, qui se fait appeler le « pilgrim », c’est-à-dire le « voyageur » ou plus précisément ici le « pèlerin ».
En effet ce dernier est une sorte de dur à cuire (ex-Béret vert) versé dans les Saintes Écritures.
JUST A PILGRIM c’est l’histoire d’un homme qui, croyant accomplir une Mission, et qui utilise tous les moyens même les plus abjects pour y parvenir, trouvera une réponse à la question qu’il ne se posait pas, nonobstant toutes les bonnes raisons qu’il avait de le faire : quel destin malin voudrait la mort de tout ce qu’il a créé ?
Les dessins sont de Carlos Ezquerra, transfuge si je puis dire du magazine britannique 2000AD, et par ailleurs créateur artistique du Judge Dredd

.... C’est efficace et maîtrisé du moins autant que je puisse en juger à l’aune de ma sensibilité, et si JUST A PILGRIM n’est pas forcément un titre qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque Garth Ennis ; je gage que ceux qui l’ont lu ne l’ont pas oublié pour autant.

dimanche 7 août 2016

ALL-NEW DEADPOOL n°3 (Panini)

Êtes-vous prêts à découvrir… Deadpool 2099 ? Et vous pourrez aussi lire l'épisode spécial 25 ans de Deadpool, avec une foule de guest stars ! Tout ça plus un nouvel épisode de Spider-Man/Deadpool ! Par Duggan, Koblish, Kelly, McGuinness et bien d'autres ! 
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Mensuel, 4,90 EUR, 96 pages (Contient les épisodes U.S. Deadpool (2016) #6 & #7 (I-III), Spider-Man/Deadpool #3) Le 2 août 2016
…. La logique de la culture de divertissement, avatar le plus reconnaissable du triomphe de l’industrie culturelle, semble donner raison à Eloy Fernandez Porta lorsqu’il « prophétisait » la féminisation des genres au travers, bien entendu, de ses artefacts les plus symboliques et les plus représentatifs; à savoir les héros desdits genres. 

Observateur idéalement placé, le scénariste Gerry Duggan, s’y résout grâce au personnage de Deadpool - devenu entre ses mains l’expression la plus achevée d’une métafiction (dispositif central de la culture dans laquelle nous baignons même parfois à notre corps défendant) qui non seulement dit ce qu’elle est, mais propose de surcroît un divertissement au premier degré de qualité et qui peut, paradoxalement, faire l’économie d’un lecture dite au « deuxième degré ». 
Ainsi chez Duggan, du moins tel que je le ressens en le lisant, l’usage du deuxième degré ne sert pas à requalifier des « objets » que leur seul premier degré rendrait inintéressant, mais à proposer au plaisir de la lecture, celui de l’analyse.
…. Le troisième numéro d’ALL-NEW DEADPOOL (Panini/août 2016) propose un sommaire des plus réussi, ce qui n’était pas couru d’avance tant la qualité semble une donnée intrinsèquement et indissolublement liée à ce personnage depuis que ce scénariste s’en occupe.

Si Deadpool 2099 sort ostensiblement son épingle du jeu, les histoires courtes dues à d’autres auteurs que Duggan (ce qui tendrait à me faire mentir) et qui se focalisent sur une partie des Pros à payer n’en restent pas moins divertissantes et très intéressantes. Elles n'ont pour ainsi dire, pas à pâlir, de l'épisode qui ouvre ce numéro.

Gerry Dunggan s’occupe en plus de 2099, du prologue (nous dit-ont) de la prochaine « saga » (rien de moins) du héros, dont l’ubiquité actuelle ferait passer celle de Wolverine pour un habile - mais bien fade - jeu de miroirs.

Décidément ce personnage, dont l’éditorial de Christian Grasse nous rappelle qu'il est apparu il y a 25 ans (déjà), grâce à Rob Leifeld & Joe Kelly*, n’en finit pas de me surprendre par la qualité des ses aventures. Cet anniversaire me remet en tête (un peu cruellement je dois bien l’avouer), que certaines des créations de Leifeld – dont je n’aurais pas parié un kopeck sur leur longévité – s’en seront tout de même bien sorties (sans lui).

Et que la plus mercantile des idées (mercantile car son exploitation à outrance rend par la force de ce qui les mue, son originalité caduque, et son intérêt très passager) peut devenir, sans échapper à une logique marchande (il ne faut pas exagérer non plus), quelque chose de brillant ; et que s’il n’y a pas de mauvais personnages, il n’y a pas plus de mauvaises idées mais toujours une façon de se les réapproprier de manière à ce qu’elles retrouvent un peu de leur innocence et de leur fraîcheur. 
Et par la force des choses (de nouveau mais pas la même) de leur intérêt. 

.... Il ne serait pas honnête de s'imaginer, comme pourrait le laisser penser la place que j'octroie aux scénaristes, que les dessinateurs et les coloristes qui ont travaillé sur ces histoires, n'apportent pas leur pierre à l'édification de la réussite de ce numéros. 
Bien au contraire, c'est là aussi un sans-faute ! 

Je n'ai pas encore lu le team-up Deadpool/Spider-Man, mais je ne doute pas qu'il est de qualité. 


Ce numéro ne serait pas totalement ce qu'il est sans la traduction de Jérémy Manesse et le lettrage de Laurence Hingray & Christophe Semal.


 (À suivre ...)
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*(Je cite Kelly car il a donné la forme définitive (?) du personnage mais comme l'a précisé l'ami Zephon, c'est bien Fabian Nicieza le co-créateur du personnage)

samedi 6 août 2016

Le Comité des Opérations de Déception

.... Regarder la série télévisée The Americans, sur un couple d'agents du KGB infiltré sur le sol américain au début des années 1980 m'a donné envie de me passer le documentaire intitulé Le Grand Bluff de Ronald Reagan, diffusé l'année dernière à la télévisons (je crois), et que j'avais mis de côté pour ce genre de situation.
Avec l'arrivée au pouvoir de Ronald Reagan aux États-Unis en 1981, l'offensive succède à la stratégie de défense. Sous son mandat, les activités dites de «déception» (autrement dit de leurre) vis-à-vis de l'Union soviétique sont érigées en système. On évoque même un «Comité des opérations de leurre» - organe ultrasecret regroupant le patron de la CIA, le conseiller à la sécurité nationale et des représentants des principaux ministres - qui aurait contribué à la déstabilisation de l'URSS. Contre-espionnage, stratégies informatiques, sabotages en Sibérie et entreprise de mystification en mer de Barents... : tous les coups sont permis.
Pour ceux qui ne l'auraient pas vu je propose à défaut, de l'écouter sous une forme audio (mp3) :


Bonne écoute (sans jeu de mots) [-_o].

vendredi 5 août 2016

La Rue (David Freeman/Jerry Shatzberg/Christopher Reeve)

…. C’est sur un pitch plutôt simple que repose le scénario de La Rue (Street Smart/1987). 
…. Un journaliste Jonathan Fisher (Christopher Reeve excellent), de la presse magazine dont la carrière accuse une sévère perte de vitesse, se porte volontaire - après que toutes ses idées de reportages aient été refusées par son patron – pour écrire un article sur un souteneur, à la place d’un de ses collègues ayant fait faux bond. 
Toutefois, les délais très courts, et les difficultés qu’il rencontre pour pénétrer ce milieu interlope le décide à inventer de toutes pièces le contenu de son papier. …. Contre toute attente, son article fait un tabac ; et sa côte de popularité, ainsi que sa crédibilité professionnelle remontent à leur zénith. 

…. Tout devient possible.
Parallèlement au retour en grâce de Jonathan Fisher, c’est une toute autre musique qui se joue pour Fast Black (Morgan Freeman meilleur que jamais), un « maquereau » accusé d’avoir tué le client (violent) d’une de ses « gagneuses ».
L’avocat de la défense monte un stratagème, en vue de faire acquitter Fast Black, qui repose entièrement sur le reportage bidonné (mais ça personne ne le sait) de Fisher.

 …. Journalisme d’investigation à hauteur d’homme, La Rue ne brosse pas le portrait d’un arriviste mais celui d’un homme qui s’il ne peut pas changer la société dans laquelle il vit, du moins s’intéresse-t-il à ses dangers et à ses inégalités et veut les dénoncer. 
Mais tous les moyens sont-ils bons pour parvenir à ses fins ?

…. C’est d’ailleurs cet angle qui permet à La Rue d’exploiter de façon assez spectaculaire son pitch.

Petit à petit derrière la bonhomie de façade de Fast Black apparaît un aborigène urbain né dans une jungle d’asphalte où la loi du plus fort domine. Et la place qu’il occupe au sommet de la chaîne alimentaire dont le « pain de fesse » est le revenu principal, n’est pas l’effet du hasard ou d’un coup de chance, mais le résultat d’une sélection culturelle selon les lois du darwinisme social en vigueur au raz du trottoir (qui elles non plus ne doivent rien au hasard).
…. Le New York du cinéma des années 1970/1980 n’a rien à voir avec un Disneyland rutilant de propreté ; La Rue semble d’ailleurs avoir été tournée au cœur même de Big Apple alors que le ver de la violence (réelle & symbolique) l’avait presque bouffée jusqu’au trognon.

…. Mécaniquement très réussie, la chute tombe là où il faut avec l’ingéniosité requise, de celle qui surprend, même le plus averti des spectateurs. La Rue est un thriller haut de gamme, interprété par des acteurs sûrs de leur talent et tout disposés à le monter.
Je ne sais pas si le scénariste David Freeman, Jerry Schatzberg le réalisateur ou encore Christopher Reeve - dont on dit qu’il a porté à bout de bras ce projet au point d'accepter de tourner dans Superman IV pour obtenir le financement nécessaire à sa réalisation - avaient dans l’idée de donner à réfléchir aux spectateurs, mais en tout cas La Rue ne laisse pas indifférent sur ce plan là non plus.

jeudi 4 août 2016

Batman Univers H.S. n°1 (Urban Comics)


... Hormis deux épisodes, qui forment une seule histoire comme ce sera la règle, diffusées dès 1967, et un long-métrage, la série télévisée BATMAN de 1966 (3 saisons) attendra 1984 pour être diffusée sur le "petit écran" dans une VF peu soucieuse d'en respecter l'esprit.
La série télévisée reprend un aspect de la bande dessinée, peut-être un peu oublié de nos jours : son esprit loufoque.
En effet à cette époque Batman & Robin affrontent des villains hauts en couleurs, prisonniers de grille-pain géants et accompagnés du Bat-Hound.
Ou en but aux tracasseries de Bat-Mite.
Grant Morrison sur son run mémorable s’ingéniera à intégrer tous ces épisodes, plus farfelus les uns que les autres, dans un continuum disons plus sérieux.
Ce qui n'est pas l'esprit de la série de comic books dont je vais parler
Structurellement la série télévisée de William Dozier emprunte aux serials (Pour en savoir +) du fait que chaque épisode est divisé en deux parties, programmées deux jours consécutifs par semaine sur la chaîne ABC. 
L'utilisation du cliffhanger (Pour en savoir +), une astuce narrative venue tout droit desdits serials, devenait dès lors une "nécessité".
On se souviendra que le gothamite costumé avait eu les honneurs de ce type de programme dès 1943.
La légende veut d'ailleurs que c'est en voyant ce vieux serial qu'un décideur de la chaîne télévisée ABC ait eu l'idée d'obtenir les droits du personnage pour la case de 19 heures 30, après l'échec des négociations pour obtenir ceux du comic strip de Dick Tracy.
Du reste c'est grâce à la télévision que la "Bat-family" s'enrichira d'un nouveau personnage, en la personne de Batgirl (Pour en savoir +) créé lors de la troisième saison et qui ne tardera pas d’ailleurs à rejoindre l'écurie de DC Comics.
La série télévisée a longtemps été plongée dans un imbroglio juridique entre la Fox, créatrice de la sérié de 1966, et la Warner propriétaire de Batman et de son univers.
L'accord de 2013 n'est certainement pas étranger à la création d'une série de bande dessinée, intitulée comme de juste BATMAN'66, exploitant l'univers télévisuel de la série.
Tout ce qui faisait le sel des aventures télévisées du Dynamique Duo y est présent : la célèbre Batmobile (construite d'après un concept car de Ford : la Lincoln Futura, les onomatopées bien sûr (84 onomatopées différentes avaient été créées pour la télévision).
José Luis Garcia-Lopez le dessinateur de "l'épisode perdu" dont il est question ici, dessinera même Batman dans une situation emblématique du show de 1966, mais sans Robin et sans guest-stars ni lucarne. 
Le script du romancier de science-fiction (mais aussi scénariste de télévision à ses heurs) Harlan Ellison, écrit à avant même la diffusion de la série, mais jamais tourné, adapté ici par Len Wein (également auteur des dialogues) bénéficie donc du talent de l'excellent (bien que trop rare à mon goût) José Luis Garcia-Lopez. 
Alex Sinclair & Joe Prado respectivement aux couleurs et à l'encrage n'amoindrissent en rien son très beau travail. 
L'édition étasunienne de ce numéro (que je me suis acheté) a, entre autres choses dont le script d'Ellison, proposée les crayonnés de l'artiste avant l'encrage et la mise en couleur.
Il s'agit ici d'un montage que j'ai fait, les crayonnés sont présentés sous la forme d'un épisode entier
L'histoire intitulée Les Crimes en deux temps de Double-Face !, est un chouette moment de lecture. L'esprit (et le rythme) de ce numéro exceptionnel me semble très proche de la série de William Dozier dans son approche naïve (sans être non plus infantile) et plutôt rafraîchissante. 
Je n'exagère pas en disant que José Luis Garcia-Lopez adopte une narration presque télévisuelle, et en disséminant ici et là les célèbres cadrages "bancales" utilisés à l'époque pour tenter de donner un ton bande dessinée au show télévisé. 
Harlan Ellison et/ou Len Wein, ne tentent pas une approche de l'esprit de 1966 au travers d'un deuxième degré, pas plus de récit "méta" ou de stade baroque (Cf. Thomas Schatz) ; il s'agit d'une histoire très premier degré et qui réussit le pari d'être divertissante. 
Ce qui somme toute n'est déjà pas si mal. 
À noter que l'éditeur hexagonal Urban Comics propose ce numéro, sans les bonus mais dans un recueil de 160 pages pour la somme de 5,90 €. Un beau rapport qualité/prix. 
Les autres scénarios (que je n'ai pas encore lus) sont signés Jeff Parker & Tom Preyer, et dessinés par différents dessinateurs dont l'excellent Chris Sprouse.
BATMAN UNIVERS HORS SÉRIE n° 1 
DE NOUVEAUX RÉCITS COMPLETS DE BATMAN '66 ! 

Retrouvez toute l'ambiance de la série-culte des sixties avec de nouveaux récits tirés du comic book BATMAN '66, écrit par Jeff PARKER et servi par une pléiade d'artistes ! Batman et Robin y croiseront Batgirl, Catwoman, le Rat de Bibliothèque ou bien encore le Joker, devenu un hippie ! 

En bonus, un épisode de 30 pages par Len WEIN et José Luis GARCIA-LOPEZ, réalisé d'après l'épisode inédit écrit par le célèbre romancier de SF, Harlan ELLISON, et qui présente la version sixties de Double-Face ! (contient les épisodes US BATMAN '66 #5-8 + BATMAN '66: THE LOST EPISODE #1) 
URBAN COMICS 
Date de sortie : 22 avril 2016 
Pagination : 160 pages 
Prix : 5.9 EUR