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Articles

10 Cloverfield Lane [Mary Elizabeth Winstead / John Goodman]

« 10 Cloverfield Lane » est un film qui se croit malin, et qui m'a persuadé qu'il l'était vraiment.             Dès le départ ça part très bien, le scénario souffle le chaud et le froid sur une situation que la mise en scène fait tout pour rendre ambiguë. Et la manipulation des subjectivités n'ira qu'en augmentant.
L'interprétation n'est pas pour rien dans ce sentiment paranoïaque exacerbé.             La distribution, très réduite, impose au face à face entre Michelle et Howard Stambler d'être toujours juste. Même si John Gallagher dans le rôle d'Emmet propose quelques respirations bienvenues à l'ambiance crapoteuse qui s'installera.
Et fort heureusement, Mary Elizabeth Winstead et John Goodman le sont ; au point de faire oublier qu'ils jouent la comédie (sic). 
Huis clos entre perversion carnassière et bonté déclarée, le film multiplie les fausses pistes en autant de ricochets déroutants. Plus le temps passe, et moins on accorde de confia…
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Dommage collatéral [Kristine Kathryn Rusch / Mikael Cabon]

« - Les Dobson m'ont accusé d'avoir eu envers leur fille un geste inapproprié ».             « Dommage collatéral » est une splendide nouvelle de Kristine Kathryn Rusch, uniquement disponible à ma connaissance dans l'anthologie que l'éditeur Bragelonne™ offrait en septembre 2007, pour l'achat d'un titre de leur collection Sf. Astucieuse, elle joue avec nos préjugés et nos a priori, pour mieux interroger ce qui fonde la notre morale.
            Autrement dit, vu les temps que nous vivons, ce face à face avec nos propres câblages -sans cesse- sollicités, est quasi un exercice de survie intellectuelle.
            Mais surtout, cette nouvelle ne se contente pas d'être l'illustration maligne d'une belle leçon, mais bien une fort belle histoire. Particulièrement émouvante.             Je crois bien que c'est le premier texte de Kristine Kathryn Rusch, et ça ne risque pas d'être le dernier. Bref, « Dommage collatéral » se taille en attendant belle une…

Basketful of Heads [Joe Hill / Leomacs / Dave Stawrt / Deron Bennett]

Durant de nombreuses années, sous le règne de la Comics Code Authority™, même les mots « horror »  ou « terror » n'avaient plus le droit de cité dans les fascicules de bande dessinée étasuniennes. Les comic books étaient alors un no man's land pour les vampires, les zombie et autres goules.
Les temps ont depuis changé, et le regain cinématographique du genre a donné à l'éditeur DC Comics© l'idée d'embaucher l'écrivain polytrope Joe Hill, au sein de leur nouveau label, l’évidement bien nommé Black Label©.
S'il n'occupe pas officiellement le poste d'editor, le DC Comics© lui a aménagé une collection à son nom. Et ce faisant, nul doute que ceux qui y travaillent y ont été invités par lui, et qu'il participe à la direction de la collection.
             Outre « Basketful of Heads», une mini-série en sept numéros, la collection en question accueille plusieurs autres mini-séries : The Low, Low Woods (Carmen Maria Machado et Dani) , The Dollhouse Family

#Nouveaucontact_ [Duhamel]

C'est du grand art ! Avec une bête idée de départ, quasi un cliché tellement c'est simple, Bruno Duhamel capture et ausculte la bande passante de nos turpitudes numériques.             S'il n'est pas le premier à pointer les dérives de l'agora digitale : les réseaux sociaux « sont devenus une zone de non droit, un nouvel outil pour des comportements vieux comme le monde : le lynchage, la haine, le racisme… » (Cf.Bamboo Mag n°64), il le fait avec une alacrité et une verve à nulle autre pareilles. Chaque planche, chaque case fait mouche ! « #Nouveaucontact_ » est néanmoins aussi un album humoristique, quand bien même ce qu'il décrit est observable quotidiennement, et est très loin d'être hilarant. Non seulement sur la Toile™, mais aussi dans la presse, à la télévision, à la radio, dans presque n'importe quelles discutions, partout. Ce qui s'y dit est viral.
Chaque sensibilité y est une susceptibilité, lesquelles ont désormais transformé nos démocraties en …

Semiosis [Sue Burke / Florence Bury / Manchu]

Ancienne journaliste, nouvelliste et traductrice, « Semiosis » est cependant le premier roman de Sue Burke (inspiré d’ailleurs d’une de ses propres nouvelles).
            Il s’agit d’un planet opera générationnel qui mêle habilement les figures narratives du roman d’aventure à la H.R. Haggard ou à la façon d’un E.R. Burroughs, de ceux qu’on pourrait qualifier superficiellement de « colonialiste », avec toutefois une sensibilité propre à l’autrice, et une maïeutique écologique.
Pour se faire Sue Burke invente un personnage original autour duquel tournent par ailleurs les presque 450 pages du roman. Et qui inspire le titre -peut-être- un poil sibyllin.
            Robinsonnade de l’espace, « monde perdu », et bien entendu altérité d'un « premier contact », puisqu’il s’agit du sous-titre de « Semiosis », le roman de Sue Burke construit une aventure humaine sur 107 ans et sept chapitres.
Car les colons Terriens ont un projet politique en arrivant sur cette planète ; qu’ils baptiseron…

La poudre et la cendre [Taylor Brown / Mathilde Bach]

Premier roman de Taylor Brown a avoir été publié en France, je vous recommande  aussi le suivant, Les dieux de Howl Mountain, « La poudre et la cendre » est le récit d'une fuite sanglante et romantique en pleine guerre de Sécession.
            C'est l'histoire captivante de Callum et d'Ava, traqués par une bande de bushwhackers.
Taylor Brown y décrit la rudesse d'un conflit vu au travers des péripéties du jeune couple, et des vicissitudes d'une population aux abois. La guerre n'y est heureusement pas une toile de fond simplement fonctionnelle ; mais bel et bien un personnage majeur de l'histoire.
Si le conflit est rude pour les soldats, 750 000 ont été tués entre 1861 et 1865, il l'est peut-être plus encore pour les civils.
Taylor Brown montre bien que la guerre est essentiellement une mécanique qui s'émancipe des causes et des raisons de sa venue pour ne viser que sa propre survie, au travers d’exactions dénuées de raisons, hormis sa seule cont…