lundi 22 mai 2017

Captain America : Sam Wilson (Panini)

.... Nick Spencer, est un scénariste dont la relecture des travaux, augmente encore le plaisir qu'on a déjà pu prendre à les lire les fois précédentes. 
La série qu'il consacre à l'ancien partenaire de Steve Rogers, Sam Wilson, devenu depuis le nouveau Captain America ne contrevient pas à ce credo.
Avec cette série, Spencer renoue avec un courant de la bande dessinée étasunienne que l’on appelle « relevant », soit des histoires en prise avec les difficultés que rencontrent la société (contemporaine de la publication desdites BD), et les changements qui peuvent survenir : immigrations, paupérisation, financiarisation de l’économie, racisme, « lanceurs d’alerte », etc.

Toutefois, aussi graves que soient les problèmes traités, Nick Spencer n'oublie jamais qu'il travaille dans le domaine de l'entertainment. Et le moindre de ses tours de force est de réussir - plutôt souvent - le mariage contre nature de la carpe et du lapin.
Ainsi, n'hésite-t-il pas à puiser dans le passé de son illustre modèle (celui de Steve Rogers alias Captain America) afin d’exhumer certaines péripéties pour le moins borderline (même pour de la BD de super-héros) et de les combiner avec l'aspect « relevant » de son travail, pour un résultat souvent excellent.
Je pense notamment à la transformation de Sam Wilson, alors aux prises avec une société de conseil dont le discours pro-libéral (dans le sens européen du terme) semble plus vrai que nature.

.... La finesse avec laquelle il conçoit, tout au long des six premiers épisodes, et petit à petit, le nid d'un nouveau Faucon fait, rétrospectivement énormément plaisir à lire. D'autant qu'il a la subtilité de donner ce rôle à un personnage pas très éloigné de ce que Sam Wilson était lui-même lorsqu'il occupait cette identité.
Traduction : Jérémy Manesse/Lettrage : Eletti
Entourer son personnage principal d'une clique de partenaires et d'amis n'est pas pour rien dans la dynamique dont fait preuve la série. L'action y côtoie le mélo et la comédie dans des proportions difficiles à définir mais dont le résultat ne fait aucun doute. Ponctué par des retournements de situation suffisamment nombreux pour que les pages se tournent presque d'elles-mêmes, cet arc, bien mal intitulé aux U.S.A. « Not My Captain America », est une des mes lectures les plus réjouissantes du moment.    

Autre atout, Nick Spencer travaille sur ces 6 premiers numéros avec des dessinateurs de grand talent dont : Daniel Acuña ou encore Paul Renaud.

.... En conclusion, et ce ne sera pas une surprise si vous avez lu ce qui précède (ni si vous avec lu cet arc), Captain America : Sam Wilson est une des séries que j'ai eu le plus de plaisir à lire ces derniers temps. 
Spencer y traite de sujets sensibles sans pour autant se départir d'un sens de l'humour qu'on avait déjà pu expérimenter sur d'autres séries comme Ant-Man par exemple, l'une des séries Marvel sur laquelle il a travaillé brièvement. 
S'il puise dans une matière première produite par ses prédécesseurs alors sous contrat avec la Maison des Idées il y a déjà quelques années de cela, je pense par exemple à Mark Gruenwald, il se l’accapare sans pour autant la trahir. 

D'autant qu'il n'hésite pas à prendre des risques, en faisant sien des concepts plutôt casse-gueule, auquel son savoir-faire donne une vitalité et un à-propos qu'il n'avait pas forcément à l'époque. 

Bilan : Not my Captain America? Yes he is!  

dimanche 21 mai 2017

Black Death in America (Tom King + John Paul Leon) DC Comics

.... Membre le plus fameux des Harlem Hellfighters*, et premier Américain à recevoir la Croix de guerre (française) lors de la Grande Guerre, Henry Johnson est mort en 1929 dans le dénuement le plus complet, mis à l'écart par l'armée américaine. Oublié.
Poursuivant ma lecture (ou relecture) des histoires écrites par le scénariste Tom King (devenu l'un de mes favoris actuellement), je vous propose encore (Pour en savoir +) une histoire courte où, assisté du très talentueux John Paul Leon, il rend un émouvant hommage à Henry Johnson, avec beaucoup de sobriété et de justesse. 

C'est d'ailleurs au travers de cette absence d'effets (visibles), qu'il montre l'étendu de son talent. Non pas qu'il ne soigne pas la forme comme à son habitude, mais il le fait avec finesse & subtilité comme il sied à ce type d'histoire (notez les récitatifs). 
John Paul Leon n'est pas pour rien non plus dans la réussite de cette histoire courte parue dans le 4éme numéro de la collection Vertigo Quaterly  : CMYK en 2014.
John Workman au lettrage apporte la touche indispensable, et souvent mésestimée,  à la réalisation d'un tel projet.






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Les Harlem Hellfighters sont le centre d'attention d'une bande dessinée de Max Brooks, dans laquelle le scénariste, avec l'aide du dessinateur Caanan White, leur rend un bel hommage. Traduit aux éditions Pierre de Taillac

samedi 20 mai 2017

Kill Switch (Tim Smit)

.... Film que n'aurait - je pense - pas renié Rod Serling, et qui repose sur une astucieuse idée de science-fiction Kill Switch peine cependant à convaincre entièrement. 

Principalement à mes yeux, à cause d'un choix esthétique aussi joliment mis en scène qu'il devient pourtant assez vite ennuyeux (malgré son intérêt scénaristique). La durée du long-métrage (1 heure 30), dont une bonne partie de course-poursuite, est bien sûr la cause principale de cette lassitude.
Une vision subjective omniprésente (ou presque)
Hormis Dan Stevens (vu dans la série télévisée Legion) dont le charme naturel agit quoiqu'il tourne semble-t- il, le reste de la distribution (réduite) m'a paru beaucoup moins à l'aise dans leur rôle respectif. Des décors particulièrement anxiogènes et des effets spéciaux à la hauteur ajoutent de l’intérêt à ce film qui n'en manque pas. 

.... En définitive le film de Tim Smit est plutôt divertissant & astucieux, néanmoins victime de son choix principal de mise en scène trop longtemps exploité, il se laisse pourtant voir sans déplaisir (mais avec une point de lassitude).

On peut aussi jeter un coup d’œil à son court-métrage intitulé What's in the Box? (Pour en savoir +), sorti il y a 8 ans (et que l'on a assez rapidement qualifier de «viral  ») dont Kill Switch semble s'inspirer.

jeudi 18 mai 2017

The Button (crossover Batman/The Flash) Rebirth

SPOILERS
…. Tom King est un scénariste dont les histoires réussissent pour l’instant en tout cas, à me captiver. (Même The Vision dont le premier tome ne m’avait pas très enthousiasmé, s’est révélée être une excellente aventure.) 
Elles combinent – d’une manière générale - suffisamment de péripéties et de mystère(s) pour me tenir en alerte et me faire tourner les pages l’une après l’autre avec un léger sentiment d’urgence. Son storytelling si caractéristique n’est d’ailleurs pas pour rien dans l’aspect captivant que je trouve à son travail. 
Seulement, tout aussi captivé que je sois il me reste toujours, à la fin de mes lectures, une petite amertume, un goût de « trop peu » ; l’impression d’avoir fait du surplace. 
Voire dans certains cas (The Omega Men par exemple), un final en dessous de mes espérances, et de ce que la série semblait promettre.

Et The Button, le crossover que King a écrit en collaboration avec Joshua Williamson, le scénariste de la série The Flash n’y déroge pas. 

Quatre numéros, deux de Batman (les #21 & #22) et deux du bolide rouge & or (numéros 21 & 22 aussi), publiés en alternance sur une durée d’un mois, rythme de publication bi-mensuel oblige, ce qui pour le coup est très appréciable ; 4 numéros disais-je pleins de péripéties, de mystère(s) et d’émotion, durant lesquels je ne me suis pas ennuyé une seule page, mais qui paradoxalement se concluent par une absence de conclusion.  
On est clairement dans une politique de surenchères permanente, où l’idée d’apporter des réponses aux questions posées ne semble même pas envisagée. Le Batman #23 est à ce titre exemplaire.
La collaboration de Batman avec Swamp Thing sur un whodunit, prévu au départ pour paraître en janvier 2018, est donc avancé de quelques mois. 
Très belle histoire, qui doit aussi beaucoup au talent du dessinateur Mitch Gerards (qui s’occupe aussi de l’encrage et de la colorisation), et qui se transforme en un épilogue à The Button, de l’aveu même de King, The Brave and The Mold a tout pour séduire. 
Sauf la fin de l'histoire qui – encore une fois – se termine en queue de poisson. 

Nick Spencer chez Marvel a les mêmes qualités et les mêmes défauts de Tom King. Tous les deux écrivent des arcs que j’ai plaisir à lire, mais dont les dénouements respectifs me laissent toujours sur ma faim (Voir par exemple Standoff). 
Mais, assez inexplicablement, ces déceptions ne remettent pas en cause les bons moments que je passe avec eux Et plus encore, je continue à m’intéresser à leur travail. Et à les lire !?
Secret Empire #2
La force de ces scénaristes est qu’ils sont aussi, souvent, et c’est très important, secondés par des dessinateurs hors pair.
Car lorsque ce n’est pas le cas, mon intérêt diminue de manière drastique.

Ainsi Nick Spencer vient-il d’annoncer que l’event sur lequel il travaille pour Marvel (Secret Empire) aura un numéro de plus qu’annoncé. En voyant les planches d'Andrea Sorrentino on comprend pourquoi.
Quatre cases par planches c’est en effet très peu pour faire avancer le « schmilblick », surtout vu la pauvreté des cases en question. Et dans ces moments-là la magie n’opère plus et tout le talent d'un Nick Spencer (ou d'un Tom King) n'y pourra rien.

…. Or donc, pour en revenir à The Button, ce crossover est une fort sympathique lecture, donc la concision n’est pas pour rien dans le plaisir qu’on peut y prendre, mais qui aurait gagné à avoir un dénouement plus travaillé. 
En l’état il n’est qu’une étape dans un processus, dont les mesures dilatoires trop artificielles apparaissent déjà comme la principale faiblesse ; reste à savoir ce que Geoff John & Gary Frank nous réservent avec The Doomsday Clock, la suite directe de The Button, qui devrait apporter ( ?) les réponses aux questions (instrumentalisées par une campagne de communication comme sait en fabriquer l’industrie de la BD américaine) que n’a pas manqué de soulever la bien nommée « Rebirth ».
Le tapis roulant de course, très représentatif de l'effet de surplace de The Button
Cela dit Tom King & Joshua Williamson ont fait leur part avec beaucoup de savoir-faire, King a immédiatement enchaîné avec un autre numéro de la série Batman (le #23), aussi captivant, qu’il est décevant dans sa conclusion, en une sorte de fuite en avant qui, pour l’instant, fait encore largement illusion. 

Et pas seulement en ce qui me concerne puisque DC Comics a annoncé que Tom King allait, avec Mitch Gerards, s’occuper d’une maxi-série en 12 numéros consacrée à Mister Miracle.


(À suivre ....)

mercredi 17 mai 2017

It's Full of Demons (Tom King & Tom Fowler)

.... Quiconque s'intéresse un tant soit peu à la bande dessinée américaine sait que le scénariste Tom King est un ancien de la C.I.A (dans laquelle il s'est engagé après les dramatiques événements du 11 Septembre). Après son retour à la vie civile, il a commencé à rédiger un roman qui deviendra : A Once Crowded Sky (que j'ai commencé récemment à lire), puis il est apparu dans le milieu des comics en tant que scénariste (milieu qu'il avait déjà côtoyé avant de devenir un agent de la C.I.A, en étant notamment l'assistant de Chris Claremont), et il est en passe d'en devenir l'une des vedettes actuelles.
Il est en tout cas l'un des plus intéressants.

Pas tant grâce à ses histoires, qui ne sont pas aussi captivantes que son approche formelle du storytelling, qu'il soigne particulièrement (mais elles se situent néanmoins sur le dessus du panier). Sa propension à utiliser un « gaufrier » de 9 cases est (presque) devenue sa signature (Pour en savoir + ) ; ce qui peut sembler paradoxale puisqu'elle passe par le dessin, le domaine de ses collaborateurs. Toutefois à la lecture de son roman, qui met en scène le monde des super-héros dans un monde multipolaire, et rétrospectivement en connaissant sa « signature », sa prose - à base de nombreuses répétitions - suggère elle aussi un tel découpage.

Mais avant d'exploser (sic) sur le devant de la scène mainstream de la BD U.S il a, avec Tom Fowler qui a également dessiné quelques planches pour le susdit roman (oui A Once Crowded Sky est un roman avec quelques planches de BD), publié une histoire courte parue dans le one-shot Time Warp (2013) sous le label Vertigo.

Intitulée Its' Full of Demons elle porte déjà sa signature si caractéristique en « gaufrier » .
Je me permets de vous la proposer, bonne lecture ........

  





lundi 15 mai 2017

Crise d'identité (Brad Meltzer/Rags Morales) Panini

….. Les super-héros sont des personnages à manipuler avec beaucoup de dextérité. Toujours auréolés d’une certaine naïveté, ils ne vivent pas très bien une trop forte proximité avec les « effets de réel » comme le lui demande une frange des lecteurs. 
Soit parce qu’ils ont découvert ces histoires à l’âge adulte (ou presque), soit parce qu’ils ont grandi sans pour autant s’arrêter d’en lire. 
Du moins si j’en crois ma propre expérience de lecteur au long cour où, même dans le cas d’une histoire que j’ai pris plaisir à lire - Standoff : un exemple qui n'est choisi par hasard (Pour en savoir +), la frilosité des scénaristes à pousser dans leurs derniers retranchements les concepts convoqués me laisse presque toujours sur ma faim. 

Si je ne suis pas pour que l’on place toutes les histoires du genre sous le joug du « réalisme » loin s’en faut, j’apprécie d’en lire certaines qui tentent de le tutoyer. 
Et la mini-série Crise d’identité de Brad Meltzer & Rags Morales en fait partie, d’autant qu’elle résiste aussi très bien à la relecture.
…. S’appuyant sur le canevas souvent fécond de l’enquête policière de type whodunit (kilafé), qui permet aussi de sonder, toutes choses égales par ailleurs, la psychologie des personnages qu’elle met en scène, celle-ci ausculte avec une précision toute chirurgicale l’un des aspects du genre sans qui celui-ci ne serait pas ce qu’il est : l’identité secrète (Pour en savoir +). 

Histoire relativement brutale, Identité Crisis (en version originale) qui ressort clairement de la tendance « grim & gritty », n’est pas à mettre entre toutes les mains. Néanmoins le scénariste Brad Meltzer apporte aussi pas mal d’humanité à des personnages dont le sacerdoce est loin d’être une sinécure si on veut bien l’envisager à l’aune de nos propres sociétés. 
En effet, être un super-héros n’est pas de tout repos, ni pour celui qui porte un masque ni pour leur famille. Et c’est justement ce noyau familial que le scénariste passe au crible. 
Aidé en cela par Rag Morales, un dessinateur qui donne beaucoup d’expressivité aux protagonistes au travers de leurs traits et de leur langage corporel, évitant ainsi à son scénariste de surcharger les dialogues et les récitatifs, tout en fournissant toutes les informations nécessaires à la compréhension de ce qui se passe à l’image, ainsi que dans leur tête (et leur cœur).
Johns & Gibbons
On peut aisément s’en rendre compte puisque l’éditeur Panini, dans l’édition que j’ai de cette aventure en 7 parties (Batman Superman n° 1 à 4 paru entre septembre 2005 et Mars 2006), a inclus un épisode de la JSA (Justice Society of America) alors scénarisée par Geoff Johns. 
Un scénariste (ici associé au dessinateur Dave Gibbons) dont la prolixité pour le coup nuit énormément à la lecture (voir ci-dessus). 
Surtout comparé à la fluidité dont font preuve Meltzer & Morales. 

Johns semble oublier (entre autres chose) que la bande dessinée c’est aussi du dessin. 
Meltzer & Morales
Comme pas mal de scénaristes actuels d’ailleurs, qui n’ont pas intégré l’une des leçons de Mort Weisinger (un important editor des années 1960) sur le calibrage du texte par rapport à la case, puis par rapport à la planche :
Si vous avez six cases par page alors le maximum de mots que vous devez avoir dans chaque case ne doit pas excéder 35. Pas plus. C'est le maximum. 35 mots par case.
Il est évident que le passage de l’anglais au français (la mini-série a été traduite par Laurence Belingard) accentue encore l’effet pernicieux de cette abondance inutile. 

Or donc, amenée à changer de manière drastique le statut quo qui prévalait à l’époque, Crise d’identité n’est pas comme je l’ai précisé à mettre en toutes les mains. 
Brad Meltzer s’y approprie sous la tutelle de DC Comics (nous sommes sous le régime du work for hire) les personnages, et leur fait subir une évolution assez brutale mais qui en regard des enjeux, me semble plausible. 
Néanmoins je gage que les choix opérés ne laisseront pas indifférents les lecteurs, à l’instar des sentiments qu’ils suscitent chez les membres de la JLA (Justice League of America) impliqués. Car s’il est question d’une histoire sombre et violente, elle ne s’associe pas avec le manichéisme que l’on pouvait redouter d’y trouver.
Langage corporel, expression du visage, ou quand l'image remplace un long discours
…. Les « effets de réel » sont aux histoires super-héros ce que la Kryptonite est au premier d’entre eux. S’ils ne tuent pas le scénario ils peuvent cependant l’affaiblir de façon drastique. Certaines histoires sont des contre-exemples éclatants, ainsi en est-il de la maxi-série Watchmen
Sans être aussi mémorable que cette dernière, Identity Crisis s’en tire cependant très bien, notamment en assumant sans faiblir les décisions prises suite aux enjeux. 

Un héros ce n’est pas seulement quelqu’un qui prend les bonnes décisions, c’est aussi quelqu’un qui en prend et en assume les conséquences, bonnes ou mauvaises. 

En faisant de ces protagonistes des personnages faillibles, Brad Meltzer, aidé par la finesse du trait de Rags Morales (embelli par l'encrage de Michael Blair), leur donne un supplément d’humanité et augmente ainsi les possibilités scénaristiques de leur aventure. 
Cette ouverture à l’humain passe ici par certains des aspects les plus violents et les plus sordides de nos sociétés qu'on dit pourtant policées, ce n’est évidemment pas l’unique manière de faire (et ça ne doit pas l’être). 
Brad Meltzer & Rags Morales n’en oublient pas pour autant les nobles sentiments dont peut faire preuve l’être humain, et ils ne se privent pas d’en habiller leurs personnages. 
Dont certains, auxquels je ne m’attendais pas forcément.
Le très beau travail du coloriste Alex Sinclair
…. L’un des points forts de cette mini-série, et non des moindres, et qu’elle peut aisément se lire en tant qu’histoire auto-contenue et largement auto-suffisante ; même si une connaissance minimum des personnages est toutefois la bienvenue.
Un type de lecture en voie de disparition.
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Scénario : 9,98/10 
Dessin : 9,98/10 
Appréciation globale« La vie c'est ce qui vous arrive lorsque vous avez prévu autre chose. »
John Lennon

jeudi 11 mai 2017

L'homme de Kaboul (Cédric Bannel)

.... Partisan de « l'école du réel » autrement dit de romans construits sur un travail d'enquête sur le terrain (une dizaine de jour passée sur place) et à partir d'une importante documentation, Cédric Bannel a écrit un excellent polar intitulé L'Homme de Kaboul.
À l'enquête criminelle traditionnelle il ajoute une bonne dose d'espionnage "multipolaire", ainsi que l’énergie de la grande aventure avec pour résultat, un excellent divertissement doublé d'une plongée dans un pays que je ne connaissait pas. Exotisme garanti ! 
S'inscrivant dans une littérature d'images au résultat très cinématographique, Cédric Bannel plante son décors en Afghanistan où son personnage principal - le Qomaandan Oussama Kandar - le chef de la brigade criminelle de Kaboul, est amené à enquêter sur un suicide.

Scénario modulaire d'une efficacité effrayante dont le dénouement - astucieux - est à la hauteur des énormes enjeux, L'Homme de Kaboul est aussi l'occasion pour l'auteur de tenter de décrire l'Afghanistan au plus près de ses connaissances. Pays particulièrement dangereux, l'armée américaine ayant estimé il n'y a pas si longtemps de ça, que la vie d'un occidental en dehors de Kaboul ne dépassait pas 14 minutes, et celle « moyenne » d'un Afghan, 43 ans, l'Afghanistan ne fait pas pour autant l'économie d'une police judiciaire. 

Corruption, violence, et une culture assez différente de celle que peut connaître un occidental européen comme moi, tout ceci (et plus encore) forme un cocktail particulièrement réussi et détonnant (sic).
Et surtout, Cédric Bannel s'attache à décrire la vie courante des uns et des autres, l'effervescence de Kaboul aussi bien que le dénuement de villages reculés, l'invasion soviétique, les talibans, et la situation des femmes, notamment au travers de l'épouse d'Oussama Kandar.  
Toutefois il ne s'interdit pas non plus d'inventer des personnages dont il dit lui-même qu'il y a peu de chance qu'ils aient un équivalent, comme le mollah Bakir par exemple, dans la réalité afghane d'aujourd'hui.
Ainsi sans avoir la rigueur d'un essai de géopolitique, ce roman se dote d'un contexte très crédible (du moins à mes yeux), et surtout fascinant. Autant que ce qu'a écrit Joseph Kessel en son temps sur ce pays.

.... L'Homme de Kaboul est le premier roman que je lis de cet auteur (mais son quatrième), appâté par le contexte géographique & culturel, et compte tenu du plaisir que j'ai eu à le faire, il ne sera pas le dernier.
Ce qui tombe plutôt bien puisque depuis, Cédric Bannel a continué les aventures du commissaire Kandar en en publiant deux autres : Baad et Kaboul Express.


(À suivre ....)