samedi 20 janvier 2018

American Alien [Max Landis & Co.]

Max Landis himself
.... Il se trouve qu'en cette année où Action Comics, l'illustré qui a relaté le premier la destruction de la planète Krypton, atteindra la barre assez ahurissante des 1000 numéros, j'ai lu le projet de Max Landis intitulé American Alien
Sept numéros plus ou moins indépendants les uns des autres consacré à Clark Kent, publiés chronologiquement : de la découverte de ses pouvoirs dans une ferme du Kansas, au réconfort d'un amour partagé, dessinés par autant de dessinateurs.  

Ce n'est certainement pas un secret que je révèle, qu'en quatre-vingt ans d'existence, l'alter ego de Superman a déjà connu - plusieurs fois - ce type d'histoire. Et pourtant, le jeune scénariste fait montre d'une belle maestria, et d'une sensibilité touchante, que traduisent avec beaucoup de talent les artistes (dessinateurs, encreurs et coloristes) avec qui il collabore (voir infra).

J'imagine aisément aussi un sérieux travail éditorial (d'Alex Antone et de Britanny Holzherr, respectivement editor & assistant editor de la mini-série) derrière cette réussite, tant chacun trouve à exprimer son talent dans les différentes ambiances voulues par le scénariste. Lesquelles demandent bien évidement une mise en récit appropriée et singulière. Rien qu'on ne constate pas, mais que ce page-turner aurait tendance à nous faire oublier.
Croquis préparatoires de Tommy Lee Edwards
Cerise sur le gâteau (d'anniversaire), le recueil qui compile la mini-série, propose d'avoir justement un aperçu des coulisses qui ont permis ce beau projet. Pour avoir feuilleté la version française publiée par Urban Comics, celle-ci le propose également, dans une traduction signée Laurent Queyssi.
En plus des 7 récits principaux, qui passent en revue quelques rencontres attendues, mais que Max Landis traite avec pas mal d'originalité (Luthor n'a jamais été aussi menaçant), American Alien propose aussi quelques histoires secondaires, d'une ou deux pages, comme celle de Mister Mxyzptlk (ci-dessus), dont la chute résonne particulièrement en cette année anniversaire.
.... American Alien est à mon avis le parfait album pour fêter les 80 ans du plus célèbre des kryptoniens, un personnage inventé par deux jeunes gens nommés Jerry Siegel & Joe Shuster, et dont le rayonnement et la vitalité  illuminent encore notre univers grâce notamment, à des auteurs comme Max Landis.

Missile Gap [Charles Stross/David Creuze]

.... Missile Gap de Charles Stross (traduit par David Creuze), est une novella délicieusement uchronique et étrange. 

De ces récits où la participation du lecteur est requise, car le monde dans lequel l'auteur propose de nous plonger n'est accompagné d'aucun mode d'emploi. Au contraire, au gré de ce qui arrive à plusieurs protagonistes ou au travers de ce qu'ils font, autant de cartes postales laissent deviner de quoi il est question, sur un mode plus intuitif que didactique
Et lorsque d'aventure, l'un d'entre eux, Carl Sagan pour ne pas le nommer, en fait preuve, il n'est pas sûr que ses explications (scientifiques) soient aussi intelligibles (et rassurantes) qu'on le voudrait.
Couverture anglaise par J. K. Potter
Mais c'est justement là qu’opère le charme, dans cet entre-deux d'un monde connu, le nôtre et celui qu'il est devenu. 

.... Reste que dans un élan d'empathie Charles Stross ne nous laisse pas en plan, et les explications nécessaires ne font finalement pas défaut. On en sort repu et hésitant.

Bonne pioche !
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• Cette novella fait partie du projet ExoGlyphe [Pour en savoir +], au même titre que le cycle dit de la Laverie du même auteur, ou encore Le Dernier anneau de Kirill Eskov, où la célèbre trilogie de J.R.R. Tolkien est revue du côté des Orcs

Bref que du très très bon, financé par les lecteurs.

mercredi 17 janvier 2018

A Ghost Story [David Lowery]



     A ghost story – titre éminemment programmatique – explore le versant intimiste du film de fantôme avec un changement de perspective singulier : c’est l’errance du revenant que s’attache à dépeindre cette chronique à la dimension existentielle prononcée.

En partant de cette représentation ancrée dans l’imaginaire collectif, à savoir un spectre matérialisé par une silhouette nappée d’un drap et de deux orifices noirs pour toute expression, le réalisateur et scénariste David Lowery déploie cet observateur silencieux comme témoin du fil de l’écoulement du temps au sein de l’espace restreint à la dernière demeure du défunt où s’entremêlent diverses strates d’existences.



Le film se pare d’une langueur mélancolique qui s’insère dans la durée de longs plans séquences, l’étirement de l’instant capturant la moindre variation subtile des sentiments qui agitent les personnages ; un enlacement fatigué se mue ainsi en une discrète étreinte affectueuse le temps d’une scène où la tendresse devient palpable. Quant à la durée de moments charnières succède le défilement du quotidien puis de vécus disparates, un vertige métaphysique saisissant s’empare de l’histoire par le biais d’une mise en scène éthérée significative où chaque plan de coupe, chaque répétition au sein du cadre, chaque basculement entre champ et contre-champ, devient autant d’incursions possibles dans les méandres du temps qui passe.

     Qu’il s’agisse du filmage au format 4/3, de l’agencement effectué pour les (sur-)cadrages, de la texture sonore qui met les sens à contribution ou des compositions musicales, voire l’absence d’icelles, qui figurent les tourments intérieurs (le départ en voiture de Rooney Mara serre le cœur), l’expérimentation formelle à l’œuvre résonne d’un puissant spectre de sensations à même d’emporter le spectateur dans son sillage.

Cette expérience sensorielle aurait été totale sans ce monologue assénant sur le mode de la condescendance ce que le film s’évertue à bâtir patiemment par l’image pendant son déroulement.

mardi 16 janvier 2018

Hard Sun [Série TV]


.... C'est sur le terrain du contexte que s'aventure Hard Sun, série télévisée proposée par la BBC.

Menant une enquête par épisode, dont le premier palpitant comme une carotide installe justement ledit contexte, la série soigne particulièrement ses personnages. Surtout les deux enquêteurs principaux, qu'elle dote chacun d'un background apte à produire une diégèse très addictive, et fait pour durer.

Rien qui n'ait cependant été fait ailleurs, même le contexte plutôt original pourtant, mais que la mise en concurrence et l'interprétation de ses acteurs hissent au niveau de ce qui se fait de mieux sur le marché du divertissement.
La toile euristique, passage presque obligé de nombreuses fictions
Ajoutez une mise en scène d'une redoutable efficacité, le découpage des premières minutes du premier épisode, et la révélation qui va avec sont à couper le souffle, ainsi que des ambiances très travaillées, la scène forestière du deuxième épisode est d'une intensité rarement vue, pour ne citer que ces deux exemples, font de Hard Sun la plus belle révélation 2018 !

 (À suivre .....)

lundi 15 janvier 2018

Crooked House [Agatha Christie/Gilles Paquet-Brenner]

« De tous mes romans policiers, mes deux préférés sont, je crois, La Maison biscornue et Témoin indésirable. »
Agatha Christie
La Maison biscornue
Mon premier est une très riche famille anglaise, vivant sous le même toit.

Mon second est une mort qui éveille les soupçons, et réveille les rancœurs.

Mon tout est une adaptation cinématographique, un chouïa trop languide, d'une enquête écrite par la célèbre Agatha Christie. L'une de celles qui ont fait sa réputation, et dans laquelle elle injectait, au mépris des conventions en vigueur, une bonne dose d'originalité.
La solution, replacée dans le contexte de l'époque - contemporaine des faits relatés - a dû faire son petit effet.

Bonne nouvelle, il n'a pas encore atteint sa date de péremption, presque soixante-dix ans plus tard. Bravo !

dimanche 14 janvier 2018

DRAGON [Thomas Day]

.... Jamais facile de parler d'une lecture.

Surtout que je m'interdit de produire des « fiches de lecture », véritable épidémie de la critique littéraire (dans sa plus large acception), tout autant amateure que professionnelle d'ailleurs ; lesquelles résument si méticuleusement ce dont elles parlent, qu'il devient inutile de le lire l'objet de leur avis.
Mais que je m'autorise la tentation présomptueuse d'une certaine rigueur littéraire, et d'une pointe d'originalité formelle.
Couverture d'Aurélien Police
.... Nonobstant les obstacles d'un choix narratif tout sauf chronologique et d'un contexte difficile à traiter, Thomas Day réussit la gageure de nous scotcher à son récit de bout en bout. Tout en évitant avec élégance, l'écueil d'un voyeurisme mal placé. 
Sauf envers la caste des prédateurs de bacs à sable qui ont fait de la Thaïlande leur terrain de jeu privilégié ; notamment la mise à mort de l'un d'entre eux, dont le romancier ne nous épargnera rien de son supplice. Ce n'est que justice !

Audacieux Thomas Day l'est aussi, lorsque dans une incise saisissante et inattendue, il inscrit la tolérance que manifeste la Thaïlande envers ce tourisme abject, dans une histoire des rapports sociaux héritière d'un autre âge, qui a laissé de vilaines traces. Il fallait oser !
On se souviendra cependant, que pas plus tard que dans les années 1970, certains intellectuels français prodiguaient, sans que beaucoup s'en émeuvent alors, des propos encourageant des comportements qui valent aux touristes de Dragon, une thérapie balistique. Pour les plus chanceux.  

De l'audace il en fallait également pour publier un tel texte, surtout dans un collection qui porte en elle un part récréative, que ne trahit d'ailleurs ni la forme du récit, ni l'histoire elle-même. Un mélange des genres qui fait pourtant rarement bon ménage.

.... Texte bref et intense, Dragon continue de nous habiter bien après son point final, à l'image de ce qui habite ses deux anti-héros et - certainement - l'auteur lui-même, mais pas forcément pour les mêmes raisons. 
Le premier volume de la collection Une heure-lumière (et l'un des deux meilleurs que j'ai lus) publié aux éditions Le Bélial', il y a - dans une étonnante coïncidence - deux ans jour pour jour, est en effet un récit qui laisse à l'imagination du lecteur le soin de répondre à quelques questions. Lesquelles n'empêchent pas d'en faire un récit quatre étoiles !

dimanche 7 janvier 2018

La Bibliothèque de Mount Char [Scott Hawkins]

.... Intrigué par la singulière situation que décrivaient ses premières pages, j'ai consacré une bonne partie de mon temps libre à me plonger dans le premier roman de Scott Hawkins, traduit par Jean-Daniel Brèque pour la collection Lunes d'Encre (Denoël) : « Inondée de sang et les pieds nus, Carolyn marchait seule sur le ruban d'asphalte à deux voies que les Américains appelaient la Highway 78. La plupart des bibliothécaires, dont elle-même, avaient fini par la baptiser la piste des Tacos, ainsi nommée en l'honneur d'un restau mexicain où ils leur arrivaient de filer en douce. »
Couverture d'Aurélien Police
.... Toutefois, plus j'avançais, moins les motivations et la nature des uns et des autres devenaient claires. Revers d'un parti pris radical, le chaos et une surenchère dans la violence affaiblissaient - petit à petit - mais de façon irrémédiable, l’intérêt qu'avait suscité une bonne partie des plus de 450 pages de l'ouvrage.

Si un reste de curiosité, motivé en grande partie par un cheptel de personnages haut en couleur, et surtout le joli tour de main de l'auteur, ne m'avaient pas maintenu à flot jusqu'à ce que  je comprenne de quoi La Bibliothèque de Mount Char était le nom, je serais passé à côté d'une fort belle épopée.

Laquelle n'a par ailleurs, pas à rougir de son antique modèle.   
 
.... Je défends l’idée selon laquelle les mondes de fiction sont incomplets, et que notre interprétation vise à en combler les manques, à en résoudre les contradictions ; dans le but d'en jouir le plus complétement possible. D'où finalement des billets critiques qui doivent, en en disant le moins possible sur le contenu des romans qui en parlent, donner aux autres envie d'y plonger. Ou à tout le moins, signifier le plaisir qu'on a eu à le faire soi-même. À moins d'en proposer une analyse, ce que je n'ai pas voulu faire ici.

En conclusion, La Bibliothèque de Mount Char est un roman très original, que j'aurais regretté de ne pas lire.