samedi 25 mars 2017

Robert Charles Wilson : Mysterium

.... Il y a déjà quelques années, Serge Lehman avait, au travers de sa préface au recueil de nouvelles de S-F  : Retour sur l'Horizon (2009), mis le feu aux poudres en avançant une théorie qui en substance désignait la science-fiction comme dernier bastion littéraire d'un contenu métaphysique.
À Two Rivers, rien ne vient jamais troubler la petite vie paisible des habitants, jusqu’à ce qu’un laboratoire de recherches militaire s’installe sur les rives du lac Merced. Les spéculations les plus folles naissent alors, et la crainte d’un accident nucléaire hante tous les esprits. Aussi, lorsqu’un incendie se déclare sur le site, Dexter Graham envisage déjà le pire. Pourtant, son destin, ainsi que celui de Two Rivers dans sa totalité, vient de basculer d’une manière qui dépasse de très loin son imagination.
Avec son court roman - Mysterium - Robert Charles Wilson propose en quelque sorte un univers métaphysique de la plus belle eau.
Emmené par un rythme qui ne laisse pas beaucoup de temps pour souffler, Mysterium associe une bonne dose de suspense à une belle poignée d'idées. Si Two Rivers est une petite ville, l'auteur se focalise essentiellement sur certains personnages qu'il sait rendre attachants et intéressants. 
Il fait de même du côté des « antagonistes », pour un résultat que je n'aurais rechigné à retrouver dans d'autres romans (ou nouvelles), tant j'ai été séduit par l'univers décrit. 

.... Cependant, en l'état, Mysterium (traduction de Pierre-Paul Durastanti) se suffit à lui-même et vaut largement le temps (trop court) que l'on y passe. Roman de S-F métaphysique donc, mais aussi métaphore (le roman en tant qu'artefact) de son propre état, tout autant une proposition à ceux qui le liront de reprendre le flambeau - celui du lecteur devenant auteur (démiurge) - à leur propre compte. Ou pas.

À l'instar des propres personnages de R. C. Wilson.

_________________
Un petit mot sur l'édition Folio SF, dont la couverture, signée Bruno Wagner/Yayashin, n'est pas pour rien dans mon envie de m'y intéresser.    

Les Figures de l'ombre (HiddenFigures)

Si la vérité est moins belle que la légende, imprimez la légende !
.... Film, dont la réalisation et le jeu des actrices & des acteurs m'ont transporté à une période palpitante et d'une indécence bouleversante - quand bien même obéit-il à la première loi de la thermodynamique hollywoodienne -, Les Figures de l'ombre (Hidden Figures) est d'une efficacité inouï.

Émouvant autant que révoltant, je ne m'explique pas qu'il ait fallu attendre si longtemps pour connaitre le destin de ces trois femmes exceptionnelles. Peut-être qu'aux U.S.A.,  elles font déjà partie de l'Histoire (auquel cas je ne dois en vouloir qu'à mon manque de connaissances), et si ce n'est pas le cas il est grand temps qu'il en soit ainsi.
Un film d'utilité publique & un formidable divertissement, qui démontre s'il le fallait encore le formidable pouvoir des images, et du storytelling.

Et sans aucun doute pour moi, l'un des meilleurs films qu'il m'a été donné de voir. Les temps changent, et parfois c'est pour le meilleur.  
Réalisateur : Théodore Melfi
Scénaristes : Théodore Melfi et Allison Schroeder, d'après le livre de Margot Lee Shetterly
Distribution : Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe, Kevin Costner, Kirsten Dunst, Jim Parsons, etc.
Genre : drame/biopic (étasunien)
Résumé : Le destin extraordinaire des trois scientifiques africaines-américaines qui ont permis aux Etats-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn. Maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins et dans celle d’un pays en proie à de profondes inégalités, leur histoire longtemps restée méconnue est enfin portée à l’écran.

vendredi 24 mars 2017

Felon : Greg Rucka + Matthew Clark

.... Quatre numéros et puis s'en va.
Après avoir purgé une peine de 3 ans, Eileen Cassaday sort de prison, et elle est bien décidée à récupérer sa part du braquage à cause duquel elle est allée moisir à Angelika (Nevada).

Si cette histoire montre le savoir-faire de Greg Rucka, à l'origine ce devait être une série à suivre (ongoing), Felon m'a quand même laissé une impression assez mitigée.

Le savoir-faire en question s'exprime dans la mesure où le scénariste, donne une fin (certes très ouverte) mais loin d'être décevante, et surtout assez inattendue (et dans des délais très courts). Mais également un poil en contradiction avec les 3 précédents numéros. 
Néanmoins la brutalité (dans tout les sens du terme) de cette conclusion, renforcée par un dernier numéro en noir & blanc (peut-être pour en amortir le coût ?), est par trop artificielle. 
Une fin qui m'a donc laissé sur ma faim (sic), et un sentiment aussi ambiguë que le scénario et son héroïne.
Je crois d'ailleurs que c'était l'ambition du label Minotaur Press - sous lequel a paru Felon (en 2001) - une branche de l'éditeur Top Cow qui voulait proposer des histoires « plus noires et plus nuancées » que le reste de son catalogue ; comme Obergeist de Dan Jolley & Tony Harris (traduit en France chez l'éditeur Bulle Dog). 

.... Or donc Felon est une histoire pour le amateurs de polars noirs (mais alors vraiment très noirs), pour les aficionados de Greg Rucka, et pour ceux qui aiment lire des histoires qui laissent la première place aux « pétroleuses » qu'affectionne l'auteur de Portland (Oregon). 
Voire pour ceux qui aiment décortiquer les techniques à l'oeuvre dans ..... l'oeuvre. [-_ô]

Finalement ça risque de faire pas mal de monde.

jeudi 23 mars 2017

The Sandman Presents The Corinthian (Darko Macan/Danijel Zezelj)

.... The Sandman la série de bande dessinée encensée et multi-récompensée a aussi suscité quelques séries dérivées.
Dont l'une, écrite par Darko Macan (un scénariste que j'aime beaucoup) et dessinée par Danijel Zezelj (un artiste que j'aime tout autant), consacrée à l'un des plus dérangeants personnages de la série : le Corinthien.
Pour apprécier pleinement cette histoire, il faut impérativement avoir lu au préalable le quatorzième épisode (numérotation U.S.) de la série principale (et les précédents) qui se concentre sur une convention d'un genre très particulier (The Sandman tome 1 chez Urban Comics), certainement l'histoire qui m'a le plus mis mal à l'aise.

Les trois numéros de Dacan & Zezelj se déroulent à Venise en 1920, durant l'absence du Sandman.

Difficile de résumer de quoi il retourne. Ou disons plutôt que la pierre angulaire du récit est plus de l'ordre de l'atmosphère, du sensible et de l'étude de caractères que de la diégèse. En tout cas Zezelj et Macan se fondent avec beaucoup de facilité dans le moule et propose un pur produit Vertigo (autrement dit, très littéraire).   
Macan y apporte l'une de ses fixettes - la guerre - et Danijel Zezelj tout son talent, aussi atypique & expressionniste soit-il ; pour un résultat de tout beauté. Et tout aussi dérangeant que l'épisode intitulé Les Collectionneurs, auquel je faisais justement référence. 
.... Accessoirement, j'ai découvert - dans un bac de la nouvelle médiathèque que je fréquente - une édition française de ces trois numéros.

En effet les éditions Mosquito ont publié un album (traduction de Rodolphe Périssinotto) intitulé La Mort dans les yeux (au prix de 13 €), qui les reprend. 

Sans aucune mention à The Sandman. Même pas dans le titre qui ampute le « The Sandman presents .... » dans la page des crédits, pour se contenter d'un sobre « The Corinthian 2002 ». On est pourtant en 2004 alors, et la série de Neil Gaiman est publiée par les éditions Delcourt
Et si elle aura du mal à s'imposer en France (elle connaitra 4 éditeurs différents), elle y est déjà auréolée d'un prestige certain. 
L'album ne bénéficie pas plus d'une mise en contexte et, tout aussi réceptifs et astucieux que soit les lecteurs, j'imagine que sans connaître le background du personnage principal, ça n'a pas du être facile de s'immerger dans ce récit.
En outre, l'éditeur hexagonal propose un album en noir & blanc sans préciser non plus qu'à l'origine les planches sont en couleurs (et l'oeuvre de Sherylin van Valkenburgh). 

Bref beaucoup de désinvolture préside à cette publication, je trouve.   
.... Reste que les amateurs de Sandman, publiée chez Urban Comics et traduit par le (plus que) talentueux Patrick Marcel, pour qui la langue de Shakespeare garde tous ses mystère, peuvent tenter de dénicher cet album, qui mérite plus qu'une mention dans un obscur blog tel que le mien ; mais bien toute votre attention.

Carnage (Gerry Conway/Mike Perkins) 1-10

SPIDER-MAN UNIVERSE n° 2 : CARNAGE 
Trimestriel, 5,70 EUR, 120 pages
Bienvenue dans le nouvel univers Marvel ! Gerry Conway, le légendaire scénariste des aventures de Spider-Man, revient avec une série consacrée à Carnage, dessinée par Mike Perkins. 
________________
(Contient les épisodes U.S. Carnage (2016) 1 à 5 + All-New, All-Different Point One (IV))
Sortie le 17 juin 2016

.... Si le scénario du Spider-Man Universe n°2 ne casse pas trois tentacules à Cthulhu, l'histoire quant à elle sort plutôt bien son épingle de la poupée vaudou du tout-venant « marvelien » grâce au travail des fondamentaux par le scénariste en titre.
Back to the basics

.... Des personnages bien campés à la personnalité affirmée, et suffisamment nombreux et hétérogènes pour permettre un florilège d'interactions (sous-entendu intéressantes) ; un storytelling qui ne ménage ni les rebondissements, ni les surprises ; des dialogues à  « caractère informatif » et des punchlines décalées et « rigolotes ». Des surprises qui le cas échéant peuvent aussi se transformer en suspense, pour quiconque a un plan à jour de la Maison des Idées.

Gerry Conway - un ancien du gaz - qui n'est manifestement pas là pour monter une usine fonctionnant avec ce combustible prouve s'il en était besoin qu'il n'y a pas de mauvais personnages.
Et La Survivante est en tout cas la preuve (encore ! Ce n'est plus un commentaire, c'est une liste de pièces à conviction ma parole) ; la preuve disais-je que le rayonnement qu'a le « reclus de Providence » sur l'imaginaire contemporain est inversement proportionnel à la notoriété qu'il avait de son vivant.

Tout en lisant cette « saga complète » , l'éditeur transalpin propose d'ailleurs une nouvelle acception de cette expression où complète est le synonyme de à suivre et non pas qui se suffit à elle-même, or donc en lisant La Survivante (titre de l'arc narratif ou saga complète en question) je me faisais le réflexion que Carnage est un peu l'équivalent d'un tueur en série, et qu'il a été inventé peu de temps après l'acmé cinématographique du phénomène, à savoir Le Silence des agneaux. Vue de l'esprit ou véritable influence ?
Difficile de trancher (si je puis dire).
Christian Grasse continue son travail de subversion au sein même de l'entreprise qui l'emploie ; ainsi n'a-t-il pas peur de nous annoncer à nous lecteurs dans son éditorial que « nous sommes officiellement entrés dans le statu quo All-New All-Different Marvel Univers ! ». 

Le statu quo, vraiment ? 

Voilà une bien singulière manière d’appâter le lecteur. 

Une petite pétouille de traduction (décidément madame Watine-Vievard va finir par croire que j'ai décidé d'en faire ma tête de turc) : « West Viginia » dans la V.O (#2) qu'il me semble plus juste de traduire par « Virginie-Occidentale », devient pour le coup dans ce numéro « l'ouest de la Virginie ». Rien de bien grave cela dit. 
.... En résumé, un numéro bien sympa qui outre un divertissement de bon aloi, m'a permis de réviser mes connaissances en langues étrangères, sans oublier de peaufiner ma langue maternelle et de continuer vaille que vaille de croire dans le genre humain en constatant qu'il est encore possible de s'amuser en lisant des éditoriaux (et une fort sympathique série).
______________
.... Ce mois-ci est sorti la suite des aventures de Carnage (dans le Spider-Man Universe n°5 au prix de 5,60 €).

Conway, bien conscient des limites du matériau qu'on lui octroi utilise toutes les ficelles à sa disposition (effets de texte) pour raconter son histoire : flashback, ellipse, narration parallèle et surtout coup de théâtre - sans oublier de soigner ses personnages - pour un résultat qui induit automatiquement du rythme, du suspense et de l'ambiance.  

Si on n'est guère surpris, Gerry Conway ne réinvente rien qui ne soit déjà connu, la tournure des événements réserve son lot de surprises.

Mike Perkins & Andy Troy, respectivement aux dessins et à la couleurs ne démérite pas non plus.

Pour preuve cette planche d'une efficacité redoutable :

La mise en récit séquentielle est ici encore renforcée par le travail du lettreur* - Joe Sabino - qui donne de la texture au son :

- Le BOOM en légère transparence signifie l'éloignement.
- Son lettrage donne l'impression dans une sorte parallélépipède, quelque chose de fabriqué.
- Celui du bruit du moteur imprime le mouvement.

.... Bref une deuxième salves d'épisodes tout aussi réussie que la première, pour une série qui s'en sort plutôt pas mal.

__________
*Le lettrage français est fait par Laurence Hingray & Christophe Semal.
La traduction est de Sophie Watine-Vievard


(À suivre .....)   

mardi 21 mars 2017

Black Hammer (Lemire/Ormston/Stewart/Klein)

.... Ultra-référencée, pensez que dans le sixième numéro deux personnages prénommés respectivement Len & Bernie apparaissent (brièvement) dans une histoire de maison hantée et de créature née dans un marécage, Black Hammer fonctionne plutôt bien jusqu'à maintenant (j'ai lu les six premiers numéros).

Si le point de départ de l'intrigue principale n'a pratiquement pas avancée, Jeff Lemire réussi pourtant à rendre captivant chaque numéro.
Dean Ormston, son dessinateur n'est pas pour rien dans cette réussite. Son style que je qualifierais de vintage (manière d'allier le fond et la forme), est mis en récit par un storytelling très moderne dans la mesure également, où il s'adapte à son sujet. 
Et ce mariage de la carpe et du lapin fait merveille. Dave Stewart le coloriste de la série (et qu'on ne présente plus) ajoute sa palette à une ambiance qui souffle le chaud et le froid, mais de manière toujours juste. 
Todd Klein enfin, apporte sa science du lettrage à une entreprise déjà fort bien pourvue en termes de talent.

.... Toutefois, Jeff Lemire, en imaginant son intrigue, du moins sa prémisse, ainsi que dans la manière qu'il a d'utiliser des personnages très référencés, amène tout un pan de la fiction, qui nécessite d'ordinaire une suspension volontaire d'incrédulité très forte, dans le champ de la réflexion. Qui elle, n'en demande pas tant.
En d'autres termes, ce qu'il a construit avec Ormston & Stewart (à partir de l'histoire de la BD étasunienne elle-même, du moins les personnages les plus connus de son versant mainstream) et qui fait appel à un plaisir enfantin, risque de ne pas passer - sans pertes ni fracas - les portes d'un méta-discours dont l'ombre portée est omniprésente.
Tant qu'on est dans l'expectative, je trouve que ça marche du feu de Dieu. Mais lorsqu'il devra se frotter aux travaux pratiques, dépasser l'aspect ludique - ce vers quoi je trouve qu'il tend (?) - et somme tout un peu vain de la citation, tout en façonnant un récit à la hauteur de ce que j'en attends, ne risque-t-il pas d'accoucher d'un pétard mouillé ?

Vu la qualité de ce qui a paru j'ai tendance à lui accorder ma confiance, mais il n'en reste pas moins que la barre est très haute, et qu'on tombe d'autant plus durement qu'on est monté haut.

(À suivre ....)    

lundi 20 mars 2017

Skull the Slayer (Marvel)

Couverture originale pour les éditions LUG
Auteur inconnu
…. Lhomo americanus expédié dans un monde et une culture qui lui sont étrangers est, depuis Un Yankee à la cour du roi Arthur (1889) de Mark Twain, un motif faisant partie intégrante du tronc commun de l’imaginaire étasunien. Même si la satire, non exempte de coups de lattes et d'explosions non plus, de Mark Twain a été depuis largement - et presque totalement - remplacée par les seuls coups de lattes et les explosions.  

Souvent retravaillé et décliné : Edgar Rice Burroughs envoie John Carter sur Barsoom (1912), Jerry Siegel & Joe Shuster (1938) s’en emparent et le retournent comme un gant (mais même retourné un gant reste un gant) et inventent Superman, Nathan Algren en 2003 – sous les traits de Tom Cruise – remplace Camelot et Barsoom par le Japon, sous la direction d’Edward Zwick, etc.

Et donc, en 1975, Marv Wolfman (qu'on ne présente plus) & Steven Gan (également co-créateur de Star-Lord) s’inspirent d’un modèle dont l’origine a peut-être d’ailleurs été oubliée en route, et accouchent d’une série de bédé intitulée Skull the Slayer.

Très brève série, Skull le prisonnier du temps – comme elle a été traduite dans la revue française TITANS (du numéro 5 au numéro 12) – de novembre 1976 à janvier 1978 s’inspire également d’un autre prestigieux modèle, celui des Quatre Fantastiques.

..De l’autre côté du miroir (aux silhouettes) 

- Au lieu d’une fusée, le quatuor de Skull the Slayer disposera d’un avion 
- Au lieu des rayons cosmiques ce sera le Triangle des Bermudes 
- Au lieu de la transformation des personnages en monstres, Wolfman & Gan, transforment leur quotidien en un environnement monstrueux. 
- Et en lieu et place de Red Richards le scientifique ce sera le docteur Corey, Jane Storm est remplacée par la blonde Ann Reynolds, son jeune frère Johnny par le tout aussi jeune Jeff Turner, et Ben Grimm par l’ancien combattant Jim Scully (alias Skull).
TITANS n°5
La fine équipe se voit donc envoyée dès le premier numéro dans un monde étrange qui, contre toute attente, fera se côtoyer des dinosaures et des hommes « préhistoriques ». Shocking !
Puis d’autres civilisations feront leur apparition, faisant du Triangle des Bermudes made in Marvel une sorte de pendant aux expositions universelles qui pour l’édification de leurs visiteurs mettaient en scènes des « sauvages » venus des cinq continents dans ce qu’on appelle aujourd’hui des zoos humains, mais aussi des pavillons où la technologie la plus pointue avait également droit de cité.
L’imagination d’Edgar Rice Burroughs (et il n’est pas le seul dans ce cas) aura ainsi bénéficié d’un coup de pouce de la célèbre Exposition universelle de Chicago de 1893 lorsqu’il sera temps pour lui d’inventer John Carter et Tarzan.

Mais revenons en 1975
…. Si la série (bimestrielle) Skull the Slayer n’est pas à ma connaissance citée, lorsqu’on évoque la vague des comic books dit relevant, autrement dit ceux qui prennent à bras le corps les problèmes de l’époque de leur publication pour les intégrer dans leurs récits, il n’en demeure pas moins qu’elle ne prend pas de gant lorsqu’elle tient un discours sur la guerre du Vietnam et ses corollaires : l’héroïsme et l’information (Marv Wolfman utilisera le mot très connoté de newspeak autrement le novlangue du roman 1984 : Pour en savoir +) , pas plus de fioriture sur la place des Africains-Américains et sur celle des femmes dans la société d’alors. 
Cela étant dit Skull the Slayer est d’abord une série se voulant avant tout divertissante. 

Ce qu’elle réussira à être lors des trois premiers épisodes, qui prennent pour héros un type de personnage qui deviendra rapidement d’ailleurs un stéréotype : l’ancien combattant de la guerre du Vietnam dont la réinsertion devient un problème.
L'atelier de retouches de LUG a gommé le couteau sur la V.F
Le quatrième numéro voit arriver Steve Englehart au scénario - suite à la promotion de Marv Wolfman à un poste d’editor - et manifestement cette série ne l’intéresse pas le moins du monde. 
Il supprime immédiatement les trois partenaires de Jim Scully et transforme ce dernier en un lâche de la pire espèce. Tout en dirigeant l’intrigue vers tout autre chose que ce qu’avait fait Wolfman & Gan dans les numéros précédents. Du très grand n'importe nawak.
Heureusement dès le numéro suivant Bill Mantlo reprend les rênes, alors que Sal Buscema (arrivé au n°4) reste attaché à sa planche à dessin. 

Mantlo & (Sal) Buscema, s’ils n’ont pas atteint le statut de certains de leurs contemporains dans leur domaine respectif à savoir l’écriture de scénarios et celui du dessin, n’en demeurent pas moins de solides artisans de la Marvel. De ceux avec qui on est rarement déçu lorsqu’il s’agit de passer un bon moment de lecture. 
Et ils vont encore le prouver ici. 

J’ouvrais mon commentaire™© en proposant que l’une des sources du code créatif de la série n’était rien que moins que celle utilisée pour l'invention des Fantastic Four, eh bien dans sa septième livraison Skull le prisonnier du temps rencontrera son propre Docteur Fatalis

Las, la reprise en main par Mantlo & Buscema n’aura pas suffit, et le huitième numéro sera le dernier. La douche est plutôt froide à l’époque puisqu’en plus d’être redevenue attractive la série se termine sur un cliffhanger de la mort. …..
Le storytelling toujours efficace de Sal Buscema
Heureusement pour les lecteurs français l’attente sera moins longue que pour leurs homologues étasuniens. En effet dès le dix-neuvième numéro de TITANS les éditions LUG reprennent deux numéros de la série Marvel Two-in-One dans lesquelles la Chose (des Quatre Fantastiques) sauve le quatuor perdu (avec accessoirement l’aide de Red Richards alias Mr Fantastic). Ce qui n'a rien d'une coïncidence si on accorde du crédit à ma théorie.

Si dans les seventies il était courant pour la Maison des Idées de terminer certains arcs narratifs de séries annulées dans d’autres séries, ce coup-ci c’est Marv Wolfman himself qui s’y colle. Autant dire que cette série semblait lui tenir à cœur. D’autant plus que si les lecteurs français ont le plaisir de retrouver Jim Scully et sa bande en septembre 1978, soit 8 mois après la fin plutôt brutale de la série. Les américains n’auront des nouvelles que 13 mois plus tard. C’est dire si l’annulation avait dû rester en travers de la gorge du scénariste. 
Les choses étant ce qu’elles étaient à l’époque, les éditions LUG transformeront les deux numéros de Marvel Two-in-One (#35 & 36), une série dédiée aux aventures de la Chose qui y recevait à chaque numéro un nouvel invité, en une suite directe de « Skull le prisonnier du temps » :
Une sorte de continuité dans la rupture
Si la fin n’est pas, par la force des choses, à la hauteur du potentiel que laissait envisager les trois numéros de Wolfman & Gan et les quatre de Mantlo & Buscema (mieux vaut oublier celui d'Englehart), elle a au moins le mérite de faire montre d’un évident respect pour les lecteurs. 

…. En définitive Skull the Slayer donne une idée de la façon dont la Maison des Idées gérait les siennes à l’époque. On peut d'ailleurs en déduire que l'éditorial n'était pas plus absent qu'il ne l'est aujourd'hui du destin des personnages.   

Potentiellement cette série avait une dynamique capable de mouliner de la diégèse à volonté. Il n’est qu’à voir la série Warlord (133 numéros) chez le Distingué Concurrent, dont la création et la prémisse sont aussi contemporaines que proche de Skull the Slayer, pour avoir une idée de ce qui était envisageable. 

Reste qu’au cours des Guerres Secrètes – en 2015 – Skull, et une tripotée de champions d'heroic fantasy estampillés Marvel, referont surface pour quatre numéros très prometteurs dans la mini-série intitulée Weirdworld (Jason Aaron + Mike Del Mundo). 
Hélas, aussitôt les Guerres Secrètes terminées le titre sera redémarré sous l’égide cette fois de Sam Humphrie (toujours Mike Del Mundo aux dessins), en laissant en plan tout ce qui en faisait l’attrait (du moins à l’aune de mes propres goûts).
Battleworld n°4 (PANINI) Traduction Ben KG (MAKMA)
Décidément, hors le mainstream (i.e. les super-héros) Marvel peine à proposer des histoires pérennes. 

Ce qui ne doit pas non plus, nous empêcher d’apprécier (et de rechercher) celles qui paraissent ou qui ont été publiés dans le passé. Et les années 1970 sont un vivier très intéressant car à l’époque, cet éditeur (et DC Comics) peinait à rester à flot, et autorisait les projets les plus fous (Pour en savoir +).
_______________

• Un petit mot sur la traduction des épisodes paru chez LUG.
Si le traducteur ou la traductrice n'est pas mentionné, il n'en demeure pas moins que c'est fort joliment traduit ; les dialogues sont alertes, et sourd une douce ironie de l'ensemble de la prose de chaque numéro.

À noter que l'addiction à la drogue du jeune frère de Jim Scully qui meurt d'un coup de couteau, a été transformée en un net (mais préférable ?) penchant pour les boissons alcoolisées.