samedi 22 avril 2017

LAZARUS t.5 Génocide programmé

Couverture d'Owen Freeman
.... Ce cinquième tome de la série, écrite par Greg Rucka, dessinée par Michael Lark - assisté à l'encrage par Tyler Boos- & colorisée par Santi Arcas s'apprécie à la fois, en tant que tel mais aussi en ce qu'il s'inscrit dans une série à la qualité grandissante. Une série dont le scénariste a laissé entendre un temps, qu'il avait suffisamment d'idées pour écrire une centaine de numéros.
Pour mémoire, Génocide programmé reprend les numéros 22 à 26 parus mensuellement aux U.S.A.

Dans le cadre de la série donc, ces 5 numéros restent à la hauteur de ceux qui l'ont précédés. Et si le titre dudit recueil est tout à fait explicite quant à ce qui s'y déroule, il n'empêche pas Rucka de faire toujours autant preuve de finesse et de duplicité. Et de réserver quelques surprises, dont une particulièrement terrifiante.
Du moins son introduction dans la série fait tout pour qu'elle le soit. Et c'est très réussi.

En tant qu'album, bien qu'il ne puisse être lu indépendamment, Génocide programmé est un excellent arc. Michael Lark, qui explique par ailleurs vouloir prendre un peu de repos, y est au sommet de son art. Aussi à l'aise dans les scènes plus intimistes, ou celles qui requièrent discrétion et conciliabules en catimini, que dans l'action tous azimuts, voire dans l'horreur brute & gore.
Le travail de Santi Arcas est tout autant à la hauteur.

Ces deux artistes donnent un supplément d'âme à une série déjà très au-dessus de ce qui se fait en ce moment, tous éditeurs confondus.
.... Comme je le laisse entendre, Michael Lark a donc annoncé dans les pages consacrées aux courriers (du numéro 26) qu'il va prendre un peu de repos, après 182 semaines passées (exclusivement) sur Lazarus.
Mais le titre ne va pas s'arrêter pour autant.

Greg Rucka annonce en effet pour juillet une mini-série en 6 numéros, dessinés par des artistes différents, et dédiés chacun à des personnages également différents. Intitulée Lazarus X-66 elle sera écrite par Rucka en collaboration avec un autre scénariste à chaque numéro. Il annonce aussi deux « source books » à paraître, mais la politique éditoriale que l'éditeur Glénat mène sur ses titres venus des Etats-Unis, me fait dire que nous n'y aurons pas droit (sous quelque forme que ce soit). 
À propos de politique éditoriale, Glénat dissimule toujours aussi bien le nom des traducteurs et des lettreurs qui travaillent pour lui ; en l'état il s'agit respectivement d'Alex Nikolavitch et de Fred Urek. 

.... En conclusion, avec cette série Rucka & Lark ont en effet construit au fur et à mesure une dystopie particulièrement riche, tant en termes de personnages que d'intrigues (les uns alimentant les autres & vice versa), que leurs talents conjugués pourraient - sans faiblir - mener à une bonne centaine de numéros.

Et Génocide programmé est une nouvelle étape - remportée haut la main - vers ce sans-faute (souhaité).  

dimanche 16 avril 2017

À mains nues (Paola Barbato)

.... Dans le cas de figure où vous vous trouveriez seul face à un couple de terroristes, un couple composé d'un homme et d'une femme, la règle voulait qu'on devait d'abord abattre la femme.
Pourquoi me direz-vous ?

Eh bien, À mains nues, le roman écrit par Paola Barbato contient un élément de réponse.

Roman particulièrement violent, d'un type dont je ne peux d'habitude aller jusqu'au bout, À mains nues dévoile aussi une romancière assez exceptionnelle, du moins dans le genre du thriller
Dire qu'elle ne prend pas de gants n'est pas qu'un jeu de mots facile, mais surtout elle donne une perspective plutôt originale à ce qui n'aurait pu être qu'un étalage d'une violence inouïe et se montre aussi douée que l'un de ses personnages en matière de danse, mais contrairement à lui il ne s'agit pas de danses de salon.

J'ai découvert - si je puis dire - Paola Barbato via UT, une bande dessinée italienne publiée dans l'Hexagone par l'éditeur Mosquito, et dessinée par Corrado Roi. Et si je ne l'ai pas encore lue, j'ai d'ores et déjà attaqué le second roman de la romancière intitulé, Le fil rouge (sont troisième publié en Italie), également traduit par Anaïs Bokobza.

Ce qui m'amène à la réflexion que la romancière transalpine en a sacrément sous la semelle, et si UT (prévue en 3 tomes) est aussi bon que ses 2 romans publiés en France, ça risque de faire des étincelles.
D'autant que les planches de Corrado Roi sont magnifiques.
.... Or donc, À mains nues est bien plus subtil que peut le laisser penser l'inévitable comparaison avec Fight Club, ce dont ne se prive pas la quatrième de couverture de l'édition de poche, le genre de roman qui vous laisse KO non pas à cause de sa violence (excessive) mais grâce à sa finesse (inattendue).

samedi 15 avril 2017

The Omega Men (King/Bagenda/Fajardo Jr.)

Les très belles couvertures de Trevor Hutchison
…. Formellement la maxi-série The Omega Men est porteuse d’une ambiance à nulle autre pareille. Choisir d’utiliser une mise en page de type « gaufrier », sur un nombre aussi important de planches, est une belle idée tant la démarche est atypique ; même si on frise pour le coup un peu l’overdose lors des premiers mois. 
Les dialogues sont aussi un des points forts de ces premiers numéros, du moins d’un point de vue (là aussi) formel : utilisation d’une langue extraterrestre (et qui nous est incompréhensible), les hésitations, les répétitions, etc. Tout cela donne une impression de spontanéité assez bluffant. 

Pour le fond, ou les explications, on repassera on patientera …
En effet, Tom King - le scénariste - semble avoir décidé de baser son scénario sur le mystère, en appliquant la fameuse règle dite du « Show ! Don’t tell ! » de manière la plus radicale qui soit. Au risque de perdre ses lecteurs en route ; ou à défaut de me perdre.

L’arrivée au 4ème numéro de Toby Cypress aux dessins, en remplacement de Barnaby Bagenda qui en avait assuré jusqu’alors la direction, est aussi l’occasion de fournir un peu plus d’explications. Et la rupture est brutale, puisque Tom King inverse la règle susdite tout en bouleversant les mises en page. Les planches utilisent alors- majoritairement – des cases panoramiques, entrecoupées de pleines pages.
Était-ce un choix dès la conception de la série ? 
Ou une concession éditoriale dictée par des demandes de lecteurs (aussi perdus que je l’étais) ?
Difficile à dire, mais en plus d’être un peu plus faible graphiquement (malgré la colorisation que Romulo Fajardo Jr. assure depuis le 1er numéro), le changement de braquet donne à mouliner beaucoup (trop) de texte d’un coup.
En tout état de cause, ce choix – bien que bancal – éclaire cependant notre lanterne, à défaut des motivations des uns et des autres.
Chaque numéro se termine par une citation du philosophe William James
…. Ouvrir un livre ou une bande dessinée, c’est accéder à tout un univers « portatif », et avoir la possibilité de s’y immerger plus ou moins facilement. The Omega Men est une bédé exigeante, mais je ne peux pas dire que son univers ne soit ni dépaysant ni très attirant. 
Appréhender le monde à travers l’imaginaire de quelqu’un d’autre est une expérience qui peut – de mon point de vue – nous apporter une compréhension nouvelle du monde, fusse au travers d’un univers imaginaire. Lequel, pour le coup, n'est pas non plus complètement coupé de notre réalité puisqu'il traite de politique, de religion, de liberté ..... et de terrorisme.

Quand en plus d’un scénario intrigant les auteurs s’attellent à en soigner le formalisme de la narration, je dis banco

(À suivre …)

jeudi 13 avril 2017

All-New Wolverine (Taylor/López) Panini

.... Version afterpop d'un des personnages les plus populaires de l'éditeur new-yorkais, dont il reprend d'ailleurs le nom de code (et qui a succombé à ce qu'il faut bien appeler un cliché), Laura Kinney n'est pas la fille de Logan (alias Wolverine), mais un clone du mutant canadien.
Ses aventures sont écrites par Tom Taylor et dessinées par David López, pour l'arc narratif dont je vais parler.
Soit les 6 premiers numéros de la série mensuelle américaine, publiés dans les pages de la revue française All-New Wolverine & X-Men numérotée 1 à 4.
.... C'est en feuilletant la revue en question que j'ai eu envie de lire les aventures de ce personnage, mais les revues de l'éditeur Panini ont un sommaire anthologique qui ne m'intéresse plus depuis longtemps. Je préférerais en effet et de loin, qu'il propose des sommaires consacrés à une seule série, dans le format par exemple, qu'il donne à ses hors-séries plutôt que d'acheter des revues dont je ne lis qu'une seule série sur 3 ou 4.
Mais je connais d'autres personnes qui y sont encore attachées et qui n'hésitent pas à me les prêter.

.... Bon, si c'est le dessin qui m'a fait lire All-New Wolverine, ce n'est pas son scénario qui va m'y faire rester.
En effet, « Les Quatre sœurs » titre de l'arc en question, me semble destiné à un lectorat très jeune ou alors manquant singulièrement d'expérience ; voire l'addition de ces deux ingrédients.
Tom Taylor y utilise des ficelles bien trop visibles, et les quelques bonnes idées qu'il y injecte le sont d'une manière bien trop artificielle, et surtout elles ne servent finalement à rien.
SPOILERS

.... Au rayon des (fausses) bonnes idées, je mets la rencontre avec le Dr Strange et la virée façon Joe Dante.

La première montre toutefois ses limites assez rapidement, la surprise passée de voir ce personnage choisi dans le contexte de l'épisode.
Elle n'est d’ailleurs qu'une manière d'appuyer ce que fait de son côté Jason Aaron au même moment, avec le Sorcier Suprême, lui redonner de façon ostentatoire son doctorat en médecine. (Pour en savoir +) 
Mais puisqu'il faut - un peu - justifier cet intermède made in continuité, Taylor invente une péripétie aussi gratuite et inintéressante que la virée susdite.

C'est d'ailleurs l'idée-force de l'arc dont je traite ici : un enchaînement de péripéties sans autre(s) but(s) qu'elles-mêmes, et qui ont - comme souvent - commencées in medias res. Une façon de débuter les histoires en passe de devenir à elle seule un stéréotype narratif tant il est utilisé à tout bout de champ.  
Le reste est truffé d'invraisemblances et surtout, l'arc dans sa totalité, débouche sur un dénouement qui n'est là que pour (éventuellement ) resservir plus tard. 
On est finalement pas plus avancé qu’après avoir lu le premier numéro. 
Un tour de force en soi, que de n'avoir rien à dire en autant de pages. (Sans compter qu'écrire une histoire de clones pour un personnage qui en est déjà un, c'est un peu too much aussi) 
Le coup de fil anonyme ou encore les buts d'Alchemax par exemple, ne sont là que pour titiller le lecteur, sans qu'il n'ait pour autant de réponse satisfaisante. 
Je me demande d'ailleurs si Tom Taylor en a.

Reste les dessins de David López & David Navarrot colorisés par Nathan Fairban. Une bien maigre consolation.

.... Écrire mensuellement une série n'est sûrement pas une chose facile à faire, vouloir à tout prix occuper les linéaires des comic shops vaille que vaille, va clairement à l'encontre de la qualité, vu la piètre qualité des séries qu'il m'arrive de lire.
Et pourtant les éditeurs étasuniens augmentent encore la périodicité de leurs revues, et inonde toujours les rayons des magasins spécialisées.
Et All-New Wolverine est une bonne candidate - en tant que série - de ce qui se fait de moins bien dans le milieu de l'édition U.S.

Le problème (pour moi en tout cas) est que rien ne vient vraiment relever le niveau.
La (grande) majorité des scénarios ne vaut pas un pet de lapin, et chercher un peu d'originalité ressemble à s'y méprendre à une chasse au Dahu
Pour être honnête, et utiliser une formule toute faite, toute aussi usée que celles qu'utilise Tom Taylor, ça ne date pas non plus d'aujourd'hui. 
Dès le milieu des années 1980 j'avais lâché les Uncanny X-Men (en V.F), et j'ai lu cette semaine le recueil qu'Urban Comics a consacré à Lobo (le personnage de DC Comics), avec des histoires - pour les plus anciennes - datant de l'année 1990 (je crois), et le moins que je puisse dire c'est que j'ai perdu un temps précieux avec cette tentative. 
Et comme si tout cela ne suffisait pas, les multiples crossovers et autres « events » sèment le bronx dans les quelques séries qui tentent d'obtenir un rapport qualité/prix honorable.

La suite  de cette série, se fera donc sans moi.

lundi 10 avril 2017

Aera 10 (Vertigo Crime) Christos N. Gage/Chris Samnee

.... Jusqu'à la 75 ème planche (environ) sur 179, je ne donnais pas cher du scénario de Christos N. Gage. Mais ma ténacité (et ma curiosité) a fini par payer.
En effet à partir de là, Area 10 (Zone 10 chez l'éditeur Delcourt) publiée dans l’éphémère collection Vertigo Crime (de DC Comics) aux U.S.A., a déjoué tous mes pronostiques, et s'est révélée être un excellent polar.

L'impression de « déjà-lu » fait place à une histoire joliment construite (où cette impression devient donc une ruse de siouxe), que Chris Samnee met en image avec sobriété. 
Ce qui contrebalance d'ailleurs l’aspect un poil fantastique de l'entreprise.
Couverture de Lee Bermejo
En noir & blanc, comme l'ensemble de la collection, cet album (paru d'un seul tenant, à la franco-belge), se creuse une place là où je ne l'attendais pas : du côté des bonnes surprises.

.... L'éditeur avait publié quelques pages, à l'époque, en avant-première.
Je vous les propose à mon tout, non sans vous avoir précisé pour les lecteurs dont l'anglais n'est pas la langue de prédilection, que les éditions Delcourt ont traduit cet album en 2011.



____________
J'ai lu dans la même collection Sale Fric de Brian Azzarello & Victor Santos ; certainement pas le meilleur polar d'Azzarello mais sympa bien qu'assez prévisible (du moins dans mon souvenir).
Et Dark Entry (Pour en savoir +), une histoire de John Constantine (Hellblazer) a aussi été publiée dans la même collection aux Etats-Unis. C'est Ian Rankin, un célèbre romancier de polars qui s'y est collé.

dimanche 9 avril 2017

Le Grand combat (Ta-Nehisi Coates)

« Fuir le ghetto ne nous sauvera pas, 
car partout nous sommes présumés violents, 
partout on se demande quelle sera notre prochaine victime.»

.... À la fois récit autobiographie, cartographie des Etats-Unis d'Amérique des années 1980 (même si Le Grand combat déborde sur le début des années 1990), mais aussi formidable roman initiatique de fantasy. Une sorte de sword and soul (Pour en savoir +) made in Baltimore tel m'apparaît le livre de Ta-Nehisi Coates.

D'ailleurs les premières pages du livre sont consacrées à un arbre généalogique du « clan » Coates, et à une carte (le désormais sceau nécessaire à tout roman du genre qui se respecte) à laquelle il ne manque ni l'épée ni le dragon. 
Une carte commentée, dont les légendes dans tous les sens du terme) sont autant d’incipit à chaque chapitre.

J'ai pour ma part lu les + ou - 260 pages du livre d'une traite.

Il faut dire que Ta-Nehisi Coates scande sont récit avec le talent du rappeur (amateur) qu'il a été dans sa jeunesse, et du joueur de djembé plus tardif mais tout aussi passionné, et ceci apparaît bien avant qu'il ne le mentionne lui-même.
Sous la rudesse de ce qu'il raconte, et ça n'a rien d'une promenade de santé que d'être Noir dans le Baltimore des années 1980 (ça ne l'est pas plus aujourd'hui sur l'ensemble du territoire des U.S.A.), pointe néanmoins un formidable optimiste. Non pas que l'auteur y apparaisse comme tel, mais son parcours m'a fait cet effet.

Une vie placée sous l'égide d'un père, alors que la plupart des familles Noires n'en ont pas, pour qui les bédés de Tarzan et du Lone Ranger (Pour en savoir +) deviennent un terrain d'exercices intellectuel pour Ta-Nehisi, alors âgé de 6 ans. Ancien du Black Panther Party, Paul Coates « un homme voué à la paternité » dira de lui son fils, qui apprendra plus tard que le F.B.I. avait fomenté de le discréditer auprès du fondateur du parti, Huey P. Newton en le faisant passer pour un informateur (Cf. « My President was Black » in America n°1, traduction Emanuelle Vial).
Une accusation qui en ces temps, valait condamnation à mort.

Mentor intransigeant, ce père qui en plus de son travail se charge de réhabiliter des penseurs oubliés au travers de sa propre (et modeste) maison d'édition Black Classic Press, et une ancre importante dans un monde où être Noir c'est mener une vie à « un faux mouvement près ». Où les armes dont il faut se pourvoir se nomme Connaissance - celle de la rue - et Conscience (Noire) : un courant de pensée proche du Black Nationalism et du panafricanisme fondé notamment par Steve Biko en Afrique du Sud en 1976 (voir le glossaire - très utile - qui accompagne le récit proprement dit).

Entre Donjons et Dragons jusqu'à l'université de Howard (que certains qualifieent de « Harvard Noire ») en passant par Dusty Rhodes, Public Enemy ou encore la Maison d'Ankobia (ou l'auteur subira une véritable initiation digne d'un héros de sword & soul*) et j'en oublie, Le Grand combat est un grand livre.

.... Son peu de succès, à sa sortie aux U.S.A., aurait pu l'empêcher de se voir traduit dans l'Hexagone (par Karine Lalechère) mais le retentissement d'Une colère noire (toujours aux éditions Autrement pour la France) en a décidé autrement (sic). Et c'est tant mieux.

Écrit dans une langue ludique (magnifique traduction), Le Grand combat est un livre « puissant et nécessaire » comme le souligne le magazine TIME, et un formidable message d'espoir, dixit la quatrième de couverture. Je ne peux qu'approuver. 
__________
* Une expérience qui ne pourra que lui être profitable sur la série de bédé américaine Black Panther qu'il scénarise depuis plusieurs mois pour l'éditeur Marvel [-_ô].


vendredi 7 avril 2017

SOUL MAN (David Chauvel/Denys/Hubert)

…. Conséquence du succès de la série-concept « Sept », et de l’envie de travailler avec des gens qui n’avaient pas trouvé de place dans les 7 albums publiés alors, David Chauvel – directeur de collection – et Guy Delcourt big boss des éditions qui portent son nom ont imaginé « Le Casse ».
La série-concept : six albums, racontant six hold-up, dans des univers complètement différents.  
…. Ecrit rapidement (en 1 mois), afin de palier la défection d’un autre scénariste, Chauvel s’associe avec le dessinateur Denys pour ce troisième album de la série intitulé : Soul Man.
Dans un entretien le scénariste, habitué aux polars, raconte que jusqu’à la cinquantième page il ne savait comment se terminerait son one-shot. Deux fins se disputaient la place. 
Cette tension et la contrainte de temps se ressentent d’ailleurs dans l’album. 
Toutefois rien de bâclé, ni du côté de l’intrigue ni du côté des planches. Denys y fait un travail de toute beauté. Dynamique, rythmé, la narration très astucieuse créée du suspense là où pourtant tout a déjà plus ou moins été dit. Ce n’est pas la moindre des gageures que d’enthousiasmer des lecteurs sur un terrain aussi balisé. Ça a été du moins le cas pour moi. 
Autre pierre angulaire de Soul Man, les dialogues.
En effet l’histoire repose en grande partie sur eux, et David Chauvel donne beaucoup de naturel aux échangent, tout en leur gardant de l’intérêt. Même dans les digressions musicales (il est lui-même amateur de musique), où lorsqu’il brosse – en creux – un portrait des U.S.A

Là aussi Denys a son mot à dire, et il le fait au travers d’un découpage qui imprime un rythme de lecture au tempo précis sans jamais lasser. 
…. David Chauvel a écrit pas mal d’albums dans cette veine, des polars noirs et nerveux, j’en ai lus pas mal aussi et toujours avec beaucoup de plaisir. Je l’avais un peu perdu de vu depuis, mais avec Soul Man il m'a démontré qu’il n’avait pas perdu la main.
Et Denys, un dessinateur que je ne connaissais pas avant cette lecture, est devenu quelqu’un dont je vais dorénavant me préoccuper.

David Chauvel & Denys repartent avec les félicitations du jury mention « très bien » !
Hubert réalise les couleurs

jeudi 6 avril 2017

Bad Boy (Miller & Bisley)

.... Un Simon Bisley très très en forme, et un Frank Miller inspiré par la Quatrième dimension ; il n'en faut pas plus pour un très court récit lorgnant vers une libido juvénile & un mauvais esprit réjouissant. Publié par l'éditeur étasunien ONI Press en 1997, et traduit par Lorraine Darrow pour les éditions hexagonales Rackham trois ans plus tard, Bad Boy, aurait pu être un petit chef d'oeuvre si Miller avait eu un poil plus d'imagination. 

La chute de cette histoire de S-F & de 44 pages, matinée d'une touche d'épouvante a, pour le moins, un vilain goût de queue de poisson. Quand bien même n'en voit on pas l'ombre d'un.
À l'époque un prix assez prohibitif de 7,22 €, cinquante francs précise la quatrième de couverture en ces temps de préparation de passage à l'euro, nous sommes alors en 2000 après Jésus-Christ, m'avait fait remettre aux calendes grecques l'achat (et la lecture) de ce one-shot
Cela dit, j'ai vu que Panini l'avait réédité en 2009 au prix de 10 €, moyennant quelques croquis supplémentaires, et une couverture (très Sin City) de Miller himself
C'est bien cher payé, et plus que l'érosion monétaire acceptée par l'INSEE (7,62 € en 2000 valent 8,90 € en 2009), pour quelques croquis supplémentaire, et une nouvelle couverture, si vous voulez mon avis.
.... Reste que ma patience a été récompensée, après 17 ans, puisque pas plus tard que mercredi dernier, j'ai mis la main sur l'exemplaire de la médiathèque que j'écume régulièrement.

Et, malgré sa chute abrupte, cette petite histoire grinçante, à défaut d'être un chef d'oeuvre supplémentaire à mettre sur le compte de Frank Miller, est un petit joyaux dans la déjà riche collection de Bisley (qui se charge aussi des couleurs). C'est déjà pas mal. 

D'autant que j'ai eu l'occasion de lire dans la foulée Pue la mort toujours dessinée par Bisley, et écrite par Alan Grant, et là pour le coup il n'y a rien à sauver. Scénario inepte et un Simon Bisley méconnaissable. Pour ceux qui voudraient expier leurs péchés, cette BD se trouve aux éditions Wetta.
Pas de quoi non plus rendre honteux le scénariste, puisque la fin de Bad Boy est peut-être un choix (dont la profondeur m'échappe), et qu'en outre ce qui la précède, se lit avec un petit sourire en coin et la rétine explosée. Pour un coût sans concurrence. 

  

Unlucky Young Men (Eiji Otsuka & Kamui Fujiwara)

…. Unlucky Young Men utilise un procédé pour le moins étrange, certains personnages ne se désignent, et ne sont désignés que par une lettre « N », « T », « K » ou encore « M ». 
C’est en voyant ce dernier, et que j’ai compris qui il était, que j’ai découvert qu’il s’agissait de personnes réelles, que le scénariste Eiji Otsuka utilise dans son histoire. À ma décharge, je n’avais pas lu la quatrième de couverture, simplement attiré par le sujet ce premier tome : un instantané de la jeunesse japonaise pendant les années 1970 (bien que le manga commence en 1968). Et j’ai bien fait puisque le résumé qui s’y trouve en dit un peu trop long à mon goût.
Or donc, une fois identifié « M », j’ai repris ma lecture est compris qui était « T », restait « N » l’un des personnages principaux du récit (et « K » mais son rôle bien que crucial est plus discret). 

C’est par hasard qu’un lien s’est fait entre « T » justement, expliquant qu’il se contentera (dans son prochain film) de montrer des paysages, mais que « N » en sera – malgré l’absence d’acteurs – la vedette, que j’ai raccroché les wagons. Cela dit j’en étais à la page 337 (sur 357), preuve que ne pas connaître l’identité des uns et des autres n’est pas non plus un handicape pour apprécier ce récit. 

Mais revenons à ce mystérieux « N ». 
En m’intéressant à la psychogéographie et à l’hantologie j’avais noté l’une des idées maîtresses du cinéaste Masao Adachi pour qui, « tous les paysages que nous voyons au quotidien sont fondamentalement liés à une figure du pouvoir dominant » et qu’ils influencent la personnalité de chacun. Ce dernier avait par ailleurs fait un film avec cette théorie dit du paysage (fûkeiron) en tête, film qui donne - comme par hasard - l’identité de « N ».  

Reste « K » sur lequel plane quelques doutes.
Le storyboard a été photographié puis ensuite (re-)dessiné
…. Relativement difficile d’accès, en tout cas pour moi, au début, Unlucky Young Men bénéficie cependant d’une narration qui pallie cette apparente difficulté en garantissant l’assuétude nécessaire à captiver, pour garantir de développer cet instantané dont je parlais. 
Pas facile en effet de lâcher ce copieux premier tome, une immersion qui contrebalance la brusquerie avec laquelle il faut en forcer l’accès.

Dessiné dans un style très cinématographique par Kamui Fujiwara, ce manga plutôt atypique (grand format, couverture rigide) au rythme indolent (mais dont la violence sourd continuellement) capture le quotidien de quelques individus désenchantés dans un Japon secoué – comme une grande parie du monde à l’époque – par une crise idéologique. 

Mêlant faits divers, révoltes étudiantes, aspiration personnelle, mise en abymes, voire un peu de thriller, et une certaine idée du cinéma dont Jean-Luc Godar a été en occident, l’emblématique thuriféraire, Unlucky Young Men (vendu au prix de 19,90 €) captive autant qui instille un sentiment de malaise persistant. 
Dont j’ai la témérité de penser qu’il habit aussi les personnages d’Eiji Otsuka & Kamui Fujiwra. 
…. Une bande dessinée à ne pas mettre dans toutes les mains, mais dont le deuxième (et dernier) tome ira dans les miennes. 
Alors même que le sens de lecture original -conservé - pour l'édition traduite par Sébastien Ludmann & adapté par Clair Obscur (pour l'éditeur Ki-oon) n'est d'habitude, pas ma tasse de thé.  

suivre ....)

Miami Vice (le film)

.... À croire que la durée d'un film (2 heures 19) est la contrepartie des longueurs que nous impose son réalisateur : « c'est pas bon mais au moins c'est long ». Certainement moins que le scénario sur lequel il s'appuie, en tout cas.

Cette fois-ci il s'agit de Michael Mann, qui a eu l'idée de greffer à son long-métrage - le susdit Miami Vice - des clips tout aussi longs de ses tubes préférés.
Si la série télévisée était déjà un modèle de vacuité, sa transposition au cinéma est une belle réussite qu'on ne peut décemment pas accuser de trahir sa source.
Oserais-je dire que Mann se regarde filmer ? En tout cas c'est assez bien imité, et le plaisir qu'il y a pris semble inversement proportionnel à celui que j'ai pris à en regarder le résultat. 
Ajoutons un scénario qui ne s’embarrasse ni de cohérence, ni d'une once d'originalité.
En effet comment croire qu'une organisation capable de retrouver en l'espace de quelques heures les proches d'un agent infiltré, ne puisse pas éventer sa couverture ? 

Pour le reste il s'agit d'un cinéma à fort taux de testostérone, sans surprise, interprété par un Jamie Foxx qui s'en sort très bien, d'un Colin Farrell qui en fait des tonnes (mais son personnage l'exige aussi), et d'une Gong Ltrès crédible, dont le personnage plutôt intéressant du début perd assez rapidement de son magnétisme, dommage. 

Le reste du casting est soit vaguement présent, ou très caricatural (quand ce n'est pas un mélange des deux).

Un film que j'aurais pu ne pas voir (si ce n'est qu'il m'a permis de constater que la touche « avance rapide » est une belle invention).  

mercredi 5 avril 2017

In a Valley of Violence (western)

Un générique et une musique très réussis
.... Ça commence plutôt bien : un ton décalé, un marshall tout aussi atypique sous un vernis plus conventionnel, et un humour noir pas exempt de quelques surprises.
Seulement, 1 heures 40 c'est long, très long, surtout quand le scénario tient sur un ticket de métro (alors qu'il n'y a pas plus de métro que de ticket afférent à ce moyen de locomotion dans le film en question).

Pour le coup, In a Valley of Violence aurait gagné à être produit comme une « série B » ; à savoir ces films - dont L'Âge d'or se situe du milieu des années 1930 à la fin des années 1940 - produits dans le cadre de la double programmation, et qui ne duraient qu'entre 50 et 70 minutes (Pour en savoir +).

Plus ramassé le film de Ty West aurait gagné au change, et généré plus de plaisir que d'ennui.

.... Reste que si tous les acteurs font le job, celui qui s'en sort le mieux n'est autre qu'Abbie (alias Jumpy) :
Un film qu'on peut voir, à la rigueur !

mardi 4 avril 2017

Zone Blanche (Série TV) S01-E08

.... Zone Blanche, dont le début (Pour en savoir +) m'avait bien plu, confirme ma première impression au terme des 8 épisodes de sa première saison.

S'appuyant sur des fragments de séries plus ou moins récentes, certaines citations semblent bien plus que des coïncidences, Zone Blanche ne se contente pas d’accommoder les restes. Fussent-ils de qualités, et si tant est que cette impression ne soit pas seulement le fruit de mon imagination, mais en tire une substantifique moelle.

Le dernier épisode, tout en résolvant l'enquête qui parcourt cette saison - l'enlèvement d'une adolescente - donne à voir celle-ci (la saison en question) dans une perspective nouvelle, tout en ménageant une fin ouverte sur une deuxième saison pleine de promesses. 
.... Inattendue dans son dénouement (du moins l'a-t-il été pour moi), et plutôt originale dans sa totalité, particulièrement dans le flou entourant la localisation géographique de Villefranche et son climat presque onirique, cette série télévisée s'en tire avec les félicitations du jury ; mention « très bien » !

En conséquence, elle est invitée à revenir en deuxième saison.


(À suivre ......

samedi 1 avril 2017

Northlanders t.01 (Brian Wood & Co.)

Massimo Carnevale
.... Après avoir lu plusieurs histoires écrites par Brian Wood : DMZ, Mara (l'indigence d'icelle en fait un « must-read »), The New York Five ; je suis étonné de la place qu'il occupe dans le milieu - eu égard aux projets sur lesquels il collabore, et surtout leur publication par des éditeurs - et le peu d’intérêt et la monotonie que m'inspire son travail.
Mais j'imagine bien que je ne suis pas représentatif du gros du lectorat.

Et ce n'est pas le premier tome de Northlanders - sous-titré Le livre anglo-saxon* - qui va me faire revenir sur ce que j'en pense.
Dean Ormston
Ce premier volume (/3), publié par Urban Comics, est un sacré volume d'eau tiède assez représentatif du travail de Wood, dont le seul intérêt à mes yeux réside (une nouvelle fois) dans la présence de très bons dessinateurs & d'excellents coloristes.
Artistiquement, ces plus de 450 planches sont un sans-faute (voir la première illustration de ce commentaire™© pour la liste des collaborateurs de Brian Wood).
Pour le reste, seul l'arc intitulé La croix et le marteau tire son épingle du jeu. Et encore.

En effet, le twist narratif (le seul du recueil, une sorte de record) se devine bien avant qu'il ne se manifeste, et les anachronismes aussi amusants soient-ils témoignent surtout - à mon avis - d'un manque d'imagination.

Il est en effet sûrement plus facile de s'inspirer des multiples séries télévisées qui mettent en scène des enquêteurs dressant le profil de suspects tout en utilisant un arsenal pseudo-scientifique, que d'inventer une chasse à l'homme en plein XIème siècle de façon captivante durant un peu plus de 130 pages. Oui 130 pages c'est long, quand bien même sont-elle dessinées par Ryan Kelly & colorisées par Dave McCaig.

Mais je ne voudrais pas paraître trop bégueule non plus. [-_ô]
Ryan Kelly
 .... En conclusion, un premier tome qui regroupe 20 numéros (parus mensuellement aux U.S.A. sous le label Vertigo) inversement aussi creux scénaristiquement parlant qu'il sont réussis artistiquement. 
Un recueil que j'ai décidé de finir ne serait-ce que pour faire preuve d'équité envers le scénariste lorsqu'il est apparu que je ne dirais pas du bien de sont travail.

Heureusement ce clavaire ne m'a coûté qu'un déplacement à la médiathèque, une marche qui sera finalement l'un des deux seuls aspects positifs de l'affaire (avec, je le rappelle, la flopée d'artistes prenant part à l'aventure).
Dave McCaig
_______________________________
• Traduction de Benjamin Rivière (qui n'hésite pas à traduire «Lice-Beard », félicitations) du studio MAKMA
• Lettrage de Moscow*Eye

J'ajouterai également Willem Meerloo à l'adaptation graphique, bien que je ne sache pas précisément ce que recouvre ce poste.

* Je salue le travail d'édition de l'équipe éditoriale d'Urban Comics qui a décidé de donner une cohérence géographique & chronologique au travail du scénariste, en sus de proposer une préface et une postface de Patrick Weber. Ainsi que le choix de publier cet ouvrage (comme la totalité de son catalogue je crois bien) sur du papier mat.

Prix : 28,00 € 

Poisson d'avril

Aquagirl ?