samedi 30 juillet 2016

SAGA n°5 (B.K. Vaughan & F. Staples)

SAGA tome 5 : 
Après avoir assassiné la reine robot et kidnappé le nouveau-né princier, Dengo, homme de ménage avide de vengeance, cherche par tous les moyens à attirer l'attention des puissants du Royaume. 
Tandis que Gwendoline et Sophie partent en quête d'un remède capable de guérir les blessures du Testament, Marko et le prince robot se lancent à la poursuite du dangereux criminel.  
Contient : Saga (#25-30) 

J'aimerais être le Steve Gerber du commentaire©™  ou, la pop culture considérée comme une course de côte.
... Dès l'aube du siècle dernier Hugo Gernsback (RALPH 124 C 14+/1911) tente de greffer du mélodrame étasunien (simplifié) dans le cadre pas encore posé du tableau qui allait devenir la science-fiction. Inclure le trio qui compose la formule du mélodrame U.S. se révélera comme de résoudre la quadrature du cercle. 
Le mélodrame américain (augmenté) : 
• 1 jeune homme pas trop finaud/• 1 homme + âgé + riche et + intelligent/• 1 jeune femme (ou jeune fille) que les 2 mâles se disputent. 
Une aporie que Gernsback contournera à sa façon (j'en reparlerai bientôt). 100 ans plus tard, le fantôme sémiotique du roman de celui qu'on considère (souvent) comme le père de la S-F éclaire encore la série de Brian K. Vaughan & Fiona Staples.
Les fantômes sémiotiques sont pour les personnages de fiction, mais aussi certaines formules (ou genres) l'équivalent de ces étoiles anciennes dont la lumière nous arrive alors que l'étoile qui l'émet a disparu depuis longtemps. Ces fantômes sémiotiques, sorte de rayonnement fossile des plus puissants personnages de fiction inventés depuis "l'aube des temps", peuplent notre imaginaire individuel (un univers de poche subjectif) au sein d'un imaginaire collectif (partagé). Entendu que ces deux imaginaires sont en fait des multivers.
Mais à l'instar de certains récits de science-fiction qui s'appuyaient sur cet idiome (le mélodrame américain (augmenté)) mais remplaçaient la jeune fille par de la pyrotechnie cosmique manichéenne, les co-créateurs de SAGA remplacent l'antagoniste (plus âgé, plus intelligent, plus riche) du héros par le conflit entre les planètes Landfall et Wreath.
Ainsi, là où la S-F à papa évacuait la dimension sentimentale au profit du fantasme de toute puissance, supposément apte à canaliser la libido adolescente, Staples & Vaughan font de ce fantasme l'antagoniste des deux personnages principaux. Et ipso facto remettent sur le devant de la scène du space opera la dimension sentimentale, première courroie d'entraînement de leur série SAGA.
Space opera est un terme inventé par l’écrivain de science-fiction Wilson Tucker (À LA POURSUITE DE LINCOLN, L’ANNEE DU SOLEIL CALME) et apparu au début des années 1940. Il est calqué sur le terme horse opera ("opéra équestre" dans la traduction). Cette expression horse opera, désignait des westerns remplis de clichés, reposant sur une "formule" et comportant des scènes musicales ; d'où le "opera". Le space opera comme horse opera d’ailleurs, est à l’origine (aux U.S.A.) un terme péjoratif.
... Est-ce à dire que Vaughan & Staples reprennent des mains défaillantes de l'imagination la tâche d'imaginer ?
C'est peut-être mettre la besogne avant les bœufs, mais force est de reconnaître que le duo nous entraîne en dehors des cartes routinières du mainstream, dans un espace incommensurable à explorer et en dehors de tout sentiment d'anthropocentrisme ; là où mille clés de contact s'entremettent pour donner aux lecteurs l'envie d'embarquer dans cette saga, véritable BHV du prêt-à-rêver.

(À suivre ...)

vendredi 29 juillet 2016

L'Espace de la révélation (Alastair Reynolds)

La découverte d'une fabuleuse cité enfouie sur la planète Resurgam suscite plus de questions qu'elle n'en résout. Sylveste, un archéologue, déchiffre l'histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. 
Un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l'infini.
Une tueuse à gage, des chimériques, des cyborgs, des simulations numériques, de la cryothermie, voilà un petit éventail de ce que réserve L'Espace des révélations. 

…. Ma lecture de Diamond Dogs, Turquoise Days d’Alastair Reynolds (Pour en savoir +) m’a immédiatement donné envie de lire le premier tome de ce qu’on appelle le cycle des Inhibiteurs : L’Espace de la révélation.
Et ce roman est le 1er qui me donne une telle « cognitive estrangement » autrement dit une telle « distanciation cognitive ».

Le concept de « cognitive estrangement » a été inventé par Darko Suvin à la fin des années 1970, et porté à la connaissance de ses lecteurs lorsqu'il publie Pour une poétique de la science-fiction.
D’après lui ce concept de « distanciation cognitive » permet d'identifier à coup sûr une histoire comme étant de la science-fiction.
Autrement dit la science-fiction (et seulement elle pour Suvin) introduit le temps de la lecture, une « distance » entre les références du lecteur et de l’auteur (la réalité dans laquelle ils vivent) et l’altérité produite par le récit en question.
Cette distanciation est dite « cognitive » car elle demande une participation du lecteur – contrairement par exemple à la pétition de principe du conte de fées : « Il était une fois … » - à l’élaboration du monde qu’il découvre au fur et à mesure qu’il lit. Il doit impérativement faire appel à des connaissances, à un savoir.
L’ensemble des savoirs spécifiques à la découverte de ce nouvel univers, ici celui de L’Espace de la révélation, appartient à ce qu’on appelle une « xéno-encyclopédie ».
Par opposition si je puis dire à l’encyclopédie, entendu elle comme un modèle à la fois culturel et sémiotique pour le dire rapidement, et qui couvre des domaines aussi divers que l’Histoire, la géographie, la culture et les savoirs techniques du lecteur et de l'auteur.
Pour le dire autrement la xéno-encyclopédie appartient à la diégèse et l’encyclopédie à la « réalité ».

Ainsi l’encyclopédie du lecteur est-elle l’ensemble des données qu’il possède sur la réalité et son fonctionnement.

On comprend qu’en science-fiction, genre qui permet la création de mondes imaginaires recourant (en partie) à une encyclopédie différente, une xéno-encyclopédie qui reste du registre, cela va sans dire de l’implicite, est (parfois) nécessaire.

.... Aux opérations de recoupement des informations spécifiques qui se trouvent dans le texte que le lecteur lit (j'y reviendrai ultérieurement), s’ajoute l’importation de connaissances extérieures venant d’autres textes de science-fiction lus au préalable ; entendu et je n'apprends rien à personne, que la S-F est une littérature avant tout de strates, d’accumulation et d’enrichissement successifs.
Chaque auteur bâtit sur les acquis des précédents et participe ainsi à un « méga-texte », lequel exprime la dimension collective de la science-fiction.
Le méga-texte est le creuset grâce auquel des termes comme hyperespace, cyberespace, ou A.I. parlent immédiatement aux lecteurs de S-F, sans qu’il y ait besoin de les expliquer en détail.


…. Vu ainsi, l’aspect cognitif de la S-F ne fait évidement aucun doute, et Alastair Reynolds - dont les textes (que j’ai lus) ressortent à la fois de la hard science, cette branche où les sciences dures sont à l’honneur, et de la S-F d’aventure la plus bondissante – réussit la plus belle sidération cognitive qu’il m’ait été donné de ressentir.

Et ce n’est pas fini.

jeudi 28 juillet 2016

BANNIX (Goscinny & Uderzo)

.... Dans un précédent commentaire©™ consacré au personnage de Luke Cage/Power Man (Pour en savoir +), je faisais une référence à la série télévisée Les Bannis, il se trouve que dans le magazine PILOTE (le n° 580 du 17 décembre 1970 pour être précis) cette série a été plutôt joliment pastichée. 
Un peu à la manière de ce que faisait le magazine américain MAD, ce qui quand on connait un peu la biographie de René Goscinny n'est pas forcément un hasard.
Dans le même genre je vous avais déjà proposé un pastiche du film Soleil Rouge (Pour en savoir +).

mercredi 27 juillet 2016

Diamond Dogs, Turquoise Days (Alastair REYNOLDS)

Diamond Dogs, ou le stupéfiant périple d'une expédition aux confins d'une planète morte abritant la Flèche. Turquoise Days, ou la rencontre des Mystifs, le plus fascinant des organismes marins de la planète Turquoise. Diamond Dogs, Turquoise Days réunit deux récits magistraux d'Alastair Reynolds, inscrits dans son cycle des Inhibiteurs

....C'est comme d'arriver dans un nouvel endroit - ce qui est d'ailleurs le cas sur le plan de l'imaginaire - qu'on aime immédiatement sans trop savoir pourquoi ; un coup de foudre sûrement.
Un nouvel endroit qui (jeu de mots peu subtil) vous met immédiatement à l'envers et vous pousse à y entrer le plus rapidement possible. À la fois pressé et anxieux. 
Alastair Reynolds parvient à inventer un tout nouveau quadrant de l'imaginaire (c'est en tout cas comme ça que je l'ai vécu à mon niveau) ; suffisamment nouveau, tout en ne l'étant pas radicalement, pour rendre curieux sans rebuter. pas si facile que ça en à l'air.

Enfin plus que curieux, captivé.

La première novella - forme littéraire entre la nouvelle et le roman pour le dire vite - est une très belle entrée en la matière ; très gothique. 
Un gothique hard science plus précisément dont la chute, en deux temps est saisissante.
La deuxième novella, un peu plus courte me semble-t-il, est totalement différente, ce qui laisse augurer d'un imaginaire riche et suffisamment coloré (et c'est peu de le dire) du côté de l'auteur, est encore plus réussie que la première, et pourtant celle-ci est déjà l'une des meilleurs que j'aie jamais lues.
Cerise sur le gâteau si je puis dire, elle se permet en deux lignes d'apporter une nouvelle perspective sur ce qui se déroule dans la première nouvelle et par la même occasion dessine un univers littéraire étendu de façon élégante.

.... Je ne vous cache pas que je n'ai pas attendu d'avoir terminer ce recueil de 250 pages, traduit pas Sylvie Dennis (qui propose aussi une préface intéressante) - gage de qualité -, pour commander immédiatement le premier roman du cycle auquel ces novellas se rattachent, celui des Inhibiteurs.  
Qui semble si j'en crois Diamon Dogs, Turquoise Days (très belle couverture d'Alain Brion), se présenter sous les meilleurs auspices : ceux du space opera d'aventure mâtiné de hard science.
Un cocktail un peu fort, je ne vous le cache pas. [-_ô]

(À suivre ...)   

mardi 26 juillet 2016

L'Effet KIMOTA !

« Le monde devient plus intéressant dès qu’on essaie de le cadrer. Cela aiguise la perception. » 
Michel Houellebecq 

 …. Le monde de la fiction aussi, serais-je tenté de dire mon cher Michel.
DV8 n°1 - 1997 - SEMIC
…. Le « grim and gritty » autrement dit le ripolinage de séries relativement innocentes en histoires à l’ambiance sombre et violente (voire sordide) est une ligne de fuite dont on s’accorde généralement à voir la mise à feu au milieu des années 1980 avec comme œuvres fondatrices, si j’ose dire Watchmen et le Dark Knight de Frank Miller.
Même si un petit peloton de séries de la même décennie peut prétendre rejoindre l’échappée de ces deux chefs d’œuvres (n’ayons pas peur des mots).

Toutefois, pour que cela soit bien clair j’entends par « grim and gritty » non pas l’astuce d’introduire des « effets de réel » dans les scénarios : l'éditeur Marvel l’avait fait dès le début des années 1960 lors du lancement de ce qui allait devenir l’univers partagé que nous connaissons aujourd’hui. 
Ce même éditeur a par ailleurs entériné cette nouvelle perspective (pour l’époque) durant les années 1970, et la Distingué Concurrence lui a emboîté le pas ; voir le run, emblématique mais pas unique, de Green Arrow & Green Lantern où les deux super-héros d’émeraude sous l’égide de Dennis O’Neil et de Neal Adams plongent dans le revers du Rêve américain, ce qu'on a appelé des comics « relevants » (Pour en savoir +).
Un peu plus tôt, toujours chez DC, la série Doom Patrol tentera de copier la recette Marvel avec un effet assez inattendu, elle "plagie par anticipation" la première série des X-Men (une effet qui s'explique par ailleurs très bien).

Plus dure sera la chute !
Special DC n°14 - SEMIC : un extrait de Green Lantern & Green Arrow
Non j’entends par « grim and gritty » la tendance à transformer les super-héros ou assimilé en des personnages sombres, torturés mais surtout désinhibés.
Et de le faire de manière presque systématique.
À tel point qu’à un moment donné, en tant que lecteur, j’ai eu l’impression (mais peut-être n’était-ce qu’une impression) que la totalité des séries avaient adopté cette ambiance.

Et pour moi la série qui met le feu aux poudre c’est la série britannique Marvelman (qui deviendra lors de sa publication aux U.S.A. Miracleman).

…. D’un personnage enfantin – dont le modèle n’est autre que Captain Marvel, personnage de l’éditeur Fawcett inventé après qu’un sondage eut révélé que la grande majorité des lecteurs était alors (1941) des enfants – or donc un personnage disais-je dont les aventures sont empreintes de fantaisie et d’une bonne humeur, et où tout finit bien. 
Un héros qui semble plus appartenir à la race des Toons qu’à celle des humains. 
Bref, Marvelman est à l'origine dans les années 1950/1960, une série rassurante et divertissante (et qui connaîtra presqu’une bonne dizaine d’années de succès de l’autre coté du Channel) et qui s’adresse en priorité à un public assez jeune. 
Miracleman - Editions Delcourt
D’un tel personnage donc, Alan Moore va faire, au début des années 1980 dans le magazine de bande dessinée britannique Warrior, un personnage adulte.
J’utilise de terme dans le sens où le Marvelman original, celui de Mike Anglo ressemble comme je l’ai dit, plus à un jeune enfant (même lorsqu’il se transforme) qu’à un véritable adulte.
Il a encore une certaine fraîcheur, une naïveté chez lui lorsqu'il tance les méchants , et qui d’ailleurs s’accorde bien avec ses aventures, toutes aussi naïves.

Moore lorsqu’il reprend le personnage montre un homme marié, vieilli, qui a des problèmes de santé, etc. 

En cela il prolonge le travail fait par la Marvel dès le début des années 1960 en accentuant encore plus les « effets de réel ». 
Toutefois on peut d'ores et déjà remarquer un changement, l’acquisition de ses super-pouvoirs – tout rocambolesque qu’elle soit, ne semble pas couler de source pour Mike Moran et son épouse.

Au contraire cette fantasmagorie le pousse à se poser des questions très terre-à-terre, en opposition à ce qui arrive traditionnellement dans ce genre d’histoire :
Vous me direz que jusque-là il n’y a pas beaucoup de différence avec une série Marvel des années 1960/1970.

Sauf que de changer un personnage qu’on a beaucoup de peine à imaginer vivre dans notre plan de réalité (le Marvelman original) en un personnage crédible (avec toutes les réserves que cela comporte) et surtout, selon une rotation de 180 degrés, est une nouveauté.

Toutefois le meilleur est à venir.

Une fois que son alter ego super-héroïque prend le pas sur Mike Moran (à l’époque la double identité était rarement remise en cause pas comme aujourd’hui où les personnages n’en n'ont plus vraiment l’usage), il devient l’égal d’un dieu et sa présence altère, modifie, le monde dans lequel il vit, c’est-à-dire par analogie, le notre. 
L'absence, dans un premier temps, d'autres super-héros, renforce le rapprochement.
Imaginons un instant ce que ce type de raisonnement entraînerait dans l'univers Marvel avec un personnage tel que Thor par exemple.

Tout le contraire d’un super-héros classique où l’incidence de son apparition ne change rien sinon la multiplication des menaces qui pèsent sur la ville dont il est le défenseur, ou sur la Terre (comprendre les U.S.A.) si c’est un personnage d’une plus grande envergure.
Les menaces et les antagonistes, ne sont là finalement que pour assurer la survie du personnage sur plan marchand. 
Nonobstant la démarche des auteurs qui peut être d’un ordre plus créatif s’entend.

On peut aller jusqu’à l’univers pour l’ampleur des menaces, mais en tout état de cause les changements sont cosmétiques et temporaires.
Je parle de changements sur le monde environnant, pas sur le fond ou la forme des histoires. Il n'est pas ici question de rebaunch lorsque je parle de changements.

Par exemple Green Arrow et Green Lantern dont une partie des aventures ont pris dans les années 1970 un tour très « réaliste » et assez sombre, n’ont finalement eu aucun impact sur le monde dans lequel ils vivaient, l'Amérique des années 1970.
Tout au plus quelques changements locaux, vite oubliés.
Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Tout le contraire d’un Marvelman/Miracleman ou plus tard d’un Dr. Manhattan dans la série Watchmen du même Moore.

Warren Ellis dans sa série Planetary, et plus précisément dans le septième épisode (Pour en savoir +) ne s’y trompera pas lorsqu’il fera intervenir un super-héros qui se plaint justement de la tournure (psychotique & sombre) prise par les événements et qui ont aussi transformé sa propre personnalité. 

Si celui-ci évoque Superman, son discours renvoie directement à Marvelman :
Planetary #7
Le « coupable » c’est donc Moore avec Marvelman dit en substance (et entre les lignes) ce personnage. 

 …. Certes me direz-vous, mais les personnages de Watchmen - série dont je fais la pierre angulaire de la tendance « grim and gritty » (qui apparaîtra un peu plus tard) car cette série a acquis très rapidement une grande popularité et son impact sur la bande dessinée s’en ressent encore aujourd'hui (30 ans après) et bien plus que tout autre série -, sont des créations originales de Moore & Gibbons. 
Il n’y a pas eu de changement d'essence de personnages existants comme avec Marvelman

Oui et non comme vous le savez sûrement ; au départ il s’agissait d’utiliser le cheptel alors récemment acquis de l’éditeur Charlton mais finalement le staff de DC Comics jugera qu’il vaudrait mieux, vu la tournure du scénario de Watchmen, ne pas sacrifier ces personnages – ceux de Charlton – et les garder en réserve. Moore & Dave Gibbons en seront quitte pour en inventer de nouveaux. 
Une option qui se révélera en définitive plus payante. 

L’une des apories du « grim and gritty », et qui a contrario fait la force de Watchmen car elle n’emprunte pas ce chemin, c’est cette tendance dans un univers partagé, obsédé par la « continuité » - terme qui je le rappelle ne désigne pas des séries feuilletonnantes, « à suivre », mais la volonté que tous les comic books de cet univers d’encre et de papier ne forment qu’un seul récit. 
Une sorte d’über-BD. 
Donc le talon d’Achille de la tendance « grim and gritty » c’est qu’elle n’est pas tenable dans la « continuité », ni surtout sur un très long terme. 

Ce qu’ont bien compris Moore & Gibbons qui n’écrivent et dessinent qu’une maxi-série, déconnectée justement de la « continuité » de l’univers de DC Comics (mais c'est en train de changer). 
Si le principe que j’appelle l’effet « Kimota » est respecté (du moins tel que je l’entends : changement à 180 degrés d’un personnage et impact sur le monde où il vit à l'instar d'une Singularité*), l’univers dans lequel arrive au moins un personnage de ce type devrait changer du tout au tout. 

Voir ce qui arrive dans Miracleman ou dans Watchmen. Cette dernière série est même, par la force des choses une uchronie : la sauce Heinz ou les mandats de Nixon. L’issue de la guerre du Vietnam, etc. 
À moins d’accepter des changements drastiques sur des dizaines d’années – ce que durent les séries de super-héros pour les plus populaires – ce qui ne seraient guère tenables, sans parler de la bronca d’une frange du lectorat toujours prompte à se manifester (voir les premiers numéros de Captain America par Nick Spencer). 

C’est pour ça que l’aspect le plus facilement reproductible (toutes choses égales par ailleurs) de l’effet « Kimota » et qui débouchera sur la mouvance dite « grim and gritty », qui est une sorte d’aboutissement si je puis dire dont les prémices apparaissent dès les années 1960 sous l’autorité de Stan Lee, Jack Kirby et Steve Ditko (qui ont introduit dans la BD de super-héros des « effets de réel ») et se durcit ensuite au cours des années 1970, ne concerne que l’introduction de plus en plus « d’effets de réel », et une tendance à inventer ou réinventer (à partir de la deuxième moitié des années 1980) des super-héros désinhibés, plus proche de l’hôpital psychiatrique que du panthéon (si je peux me permettre un poil d’exagération). 

Mais finalement aucun changement sur le monde où vivent ces personnages.
Certaines séries néanmoins, envisagent des changements, The Authority par exemple à tenter de surfer sur la vague de l'effet Kimota

 …. Marvelman & Watchmen ont apporté un ton original et novateur en tentant de mesurer l’impact qu’auraient des super-héros dans notre monde. 
Moore, d’ailleurs bien conscient de ce qu’on l’accuse d’avoir fait, entreprend, lors de son retour dans le mainstream, avec le personnage Suprême d’abord, puis avec Americ’s Best Comics, un label que je n’ai pas hésité à qualifier de sigil (Pour en savoir +), de renverser la vapeur non sans garder ce qui était au cœur même de ses projets (Marvelman & Watchmen) – à savoir que la présence de super-héros (de la science ou de la magie) modifie le monde dans lequel ils vivent (voir Tom Strong ou encore Promethea) et un changement à 360° de l’essence d’un grand nombre de super-héros en les rendant plus « solaires » que sombres et torturés. 

Tendance qui était en vogue au moment où il lance son label chez l'éditeur WildStorm.
.... Pour terminer, je me demande dans quelle mesure, l'introduction d'une créature lovecraftienne dans Watchmen, a pesé sur l'impact qu'a eu cette maxi-série sur l'industrie de la bande dessinée outre-Atlantique en y propageant le « grim and gritty » ?  

______________
*Marvelman, Watchmen tout autant que Superman (en 1938) peuvent être considérés comme des Singularités, dans le sens que leur donne l'auteur de science-fiction Vernor Vinge (Pour en savoir +). 

lundi 25 juillet 2016

POWER MAN (Collection Hachette) n°14


Luke Cage est l'exemple même du super-héros du XXI° siècle. 
C'est un dur à cuire et ses ennemis sont à son image. Mercenaires à ses débuts, il est devenu membre des New Avengers
Dans cet ouvrage, Luke s'apprête à retrouver ses racines au cours d'une missions qui le renvoie dans les rues qui l'on vu grandir. 

Cet ouvrage recueille certaines des plus grandes aventures de Power Man, et explique comment ce personnage est devenu une icône : Avengers, Défenseurs, Héros à louer

Ce volume contient New Avengers : Luke Cage 1 à 3 et Power Man and Irons Fist 50 à 53 

.... « Sweet Christmas! » 

 …. Luke Cage est inventé par Archie Goodwin, John Romita Sr. et George Tuska en 1972 pour l’éditeur étasunien Marvel dans la foulée de l’apparition du courant cinématographique connu sous le nom de blaxploitation - dont on peut dire que Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (1971) de Melvin Van Peebles est le carbone 14 (même si plusieurs films peuvent sans ambages revendiquer un rôle de précurseur : Le Casse de l’Oncle Tom par exemple). Quelques années plus tard, son futur collègue Iron Fist, surfera lui aussi sur un sous-genre cinématographique, celui des chopsocky (autrement dit les films d’arts martiaux).
Artima Color Marvel Superstar : POWER MAN n°1/1981
…. Luke Cage est semble-t-il un personnage qui a fait l’objet de quelques controverses au pays de l’Oncle Sam. Principalement en tant qu’il était une caricature d’Africain-Américain, mais aussi au travers de son passé de délinquant ; sous-entendu : la seule manière d’introduire un personnage Noir dans une BD de super-héros est d’en faire un ex-taulard. Voir le cas du Faucon alias Sam Wilson

Outre le fait que dans « ex-taulard » le terme important est le préfixe « ex », il ne faut pas oublier que le premier personnage Noir d’envergure chez l’éditeur est un roi (certes africain) qui s’appelle T’Challa (Pour en savoir +). 
Si je reviens sur cet aspect de Luke Cage c’est après avoir lu les pages de rédactionnel qui complète (de manière fort intéressante) le quatorzième numéro de la collection LE MEILLEUR DES SUPER-HÉROS MARVEL où l’aspect polémique du personnage est abordé. 

En ce qui me concerne, je n’ai jamais eu de problème avec la couleur de peau des personnages de mes lectures (ni avec celle de mes contemporains). Et je n'en ai toujours pas.
Lorsque, dans les années 1970 après avoir regardé à la télévision la série Les Bannis, je saisissais mes deux Colts pour enfourcher mon cheval c’est Jemal Davis (alias Otis Young) que j’incarnais fièrement. Mon personnage favoris dans la bande dessinée Teddy Ted c’était l’Apache un type taciturne tout vêtu de noir, souvent en train de sculpter un morceau de bois avec son couteau. 
Et qui comme son nom l'indiquait, était un Indien
Et la sagesse de Kwai Chang Caine, ainsi que son aisance à rester debout face à quelques brutes épaisses qui lui chercher des noises, me faisait regretter de ne pas être né en Chine pour devenir moi aussi un moine Shaolin

Sans oublier l’un de mes personnages favoris de tous ceux que j’ai rencontrés dans STRANGE, sans que je puisse l’expliquer autrement que pas un coup de foudre, n’est autre que le Rôdeur.
Jemal Davis & Earl Corey
Ainsi, lire dans les pages de Super Black American Pop Culture and Black Superheroes écrit par Adifulu Nama que le personnage d’Everett K. Ross dans la série Black Panther était là pour permettre aux lecteurs Blancs de s’identifier à un protagoniste récurrent dans un casting essentiellement composé d’Africains ou d’Afro-américains, est quelque chose qui ne me serait pas venu à l’esprit avant que je ne le lise. 

Bref le communautarisme de l’imaginaire est un trait de caractère qui m’est totalement étranger. 
Il ne viendrait pas non plus à l’esprit de demander son passeport à un scénariste. 

 …. En ce qui concerne le passé de délinquant de Luke Cage, outre qu’il est aussi un stéréotype (notamment influencé par la blaxploitation), et que la culture de masse n’a jamais fait mystère d’avoir recours massivement à ce type de raccourci scénaristique (pour le meilleurs et pour le pire) ; consciemment ou inconsciemment du reste ; c’est oublier que la Maison des Idées, certainement dans le but de se démarquer de ses concurrents a favorisé - au moins dans ses débuts - des personnages en marge, des outsiders, des outcasts.
FF #01/Panini
Spider-Man est, dans sa première aventure, un jeune homme qui par son inaction, son irresponsabilité, favorise les conditions qui vont mener au meurtre de son oncle. 
Les Quatre Fantastiques volent une technologie gouvernementale pour être les premiers à aller dans l’espace avant les communistes. 
Captain Marvel est un espion extraterrestre. Sans parler des X-Men, dont la lutte a été interprétée comme une allégorie entre la perspective de Martin Luther King et celle de Malcom X (et de façon plus visible : une minorité en but à la suspicion de la société). Et je pourrais en énumérer d'autres.

Alors certes ils n’ont pas fait de prison comme Luke Cage

Toutefois c’est oublier que son parcours est exemplaire, et que malgré les vicissitudes de la vie, il revient dans le « droit chemin » (rappelez-vous le préfixe) et monte une entreprise de « Héros à louer ». 

Luke Cage c’est de mon point de vue, la personnification du rêve américain, et l’expression très accomplie d’une valeur américaine par excellence : l’esprit d’entreprise. 
Un self-made-man selon Ralph Waldo Emerson (Pour en savoir +) qui met ses super-pouvoirs au service du plus grand nombre. 

Et contrairement à ce que dit la quatrième de couverture (voir supra), je ne vois pas Cage comme un mercenaire, mais comme un chef d’entreprise. 

Du reste Luke Cage, tout héros Noir stéréotypé qu'il est dans les années 1970, est un personnage à qui Marvel donne une série à son nom. Si l'idée de toucher de nouveaux lecteurs (et d'augmenter les bénéfices) n'est pas absente de l'équation, il fallait aussi une certaine dose de courage pour le faire à l'époque. 

Au-delà de ce constat, penser que tous les Noirs sont des repris de justice en puissance en lisant les aventures de Luke Cage c’est déjà présenter une configuration intellectuelle (si je puis dire) qui n’a certainement pas besoin de ça pour stigmatiser tel ou tel groupe d’individus. 

On peut d’ailleurs légitimement se demander pourquoi les mêmes qui voient en Luke Cage un mauvais stéréotype ne pensent pas que tous les Noirs peuvent être de brillants rédacteurs en chef de quotidien en voyant l’exemple de Robbie Robertson du DAILY BUGGLE ? 

Imagine-t-on que tout ou partie des lecteurs d’Amazing Spider-Man #129 puissent penser que tous les anciens combattants de la guerre du Vietnam sont des Punisher en devenir ? 

Si c’est le cas il me semble que le problème se situe dans l’esprit de ceux qui le pensent plutôt que dans l’imagination des scénaristes.

…. « En direct de la rue .. » (Jonathan Fisher) 

 .... Dans cette aventure en trois numéros, Luke Cage s’attaque à un réseau de trafique de drogue dans la ville de Philadelphie, un retour au source pour ce seigneur de la jungle urbaine, insensibles aux balles et à la force prodigieuse. 

Selon un entretien accordé au magazine en ligne Newsarama en janvier 2010, soit quelques mois avant la sortie, cette mini-série aurait dû compter un numéro de plus. 
Si l’ensemble tient plutôt bien ses promesses en terme de divertissement, il apparaît évident que dès l'arrêt de la suspension volontaire d’incrédulité, quelques subplots (sous-intrigues) sont passées à l’as comme on dit ; et qu’au moins deux personnages font de la figuration, ce qui n’était je crois pas prévu et que la fin, aussi satisfaisante soit-elle tombe un peu abruptement. 

Faut-il dès lors oublier cette histoire, et ne pas la lire ? 

Pas du tout, John Arcudi n’a pas à rougir de son scénario et c’est d’autant plus méritoire de l’avoir mener à terme dans des conditions qui n’ont pas du être de tout repos et de manière aussi convaincante. 
D’autant que le recueil proposé par Hachette complète son sommaire avec quatre autres aventures, mais cette fois-ci de Power Man & Iron Fist, parues aux U.S.A. à la fin des années 1970, et publiées quatre plus tard dans l’Hexagone

Ces 4 épisodes ont fait l'objet d'une nouvelle traduction et d'un nouveau lettrage (respectivement par Benjamin Viette & Cyril Bouquet de MAKMA); c'est donc "presque" de l'inédit.
Artima Colors SuperStar 04/1982
.... C’est le premier recueil que j’achète dans cette collection, mais l'impression que j'ai, plus le prix somme toute raisonnable dans la gamme de ce genre de produit (12,99 €), en fait un achat que je ne regrette pas. 

Et une collection sur laquelle je vais dorénavant me pencher.

dimanche 24 juillet 2016

The Thing alias Dan Willis

The Thing alis Dan Willis
.... Faire ce costume de la Chose a pris 10 mois à Dan Willis, il est réalisé à partir de la mousse de rembourrage utilisée pour certains canapés.

samedi 23 juillet 2016

JUPITER : LE DESTIN DE L'UNIVERS (Andy & Lana Wachowski)

Plongé en ce moment dans THE HYPERNATURALS, une très bonne série de S-F en BD (Pour en savoir +), j'ai eu envie d'y rester - dans la S-F - et je me suis regardé Jupiter Ascending :
REALISATEURS & SCENARISTES : Andy & Lana Wachowski (La trilogie Matrix, Speed Racer, Cloud Atlas...) 

DISTRIBUTION : Mila Kunis, Channing Tatum, Sean Bean, James d'Arcy, Vanessa Kirby, Eddie Redmayne, Douglas Booth, Jo Osmond ... 


INFOS :

Long métrage américain Genre : aventures/science-fiction Titre original : Jupiter Ascending 
Année de production : 2013 
Date de sortie française : 04/02/2015 

SYNOPSIS :


Née d’un père fils de diplomate britannique passionné par les étoiles, et d’une mère russe, Jupiter Jones émigre - à son corps défendant - aux U.S.A. où devenue adulte, elle gagne sa vie en nettoyant les maisons des bourgeois chigagoans. Jusqu’au jour où elle échappe à une tentative d’assassinat par des extra-terrestres grâce à Caine, un mercenaire interplanétaire.

…. La Matrice 

 …. Jupiter le destin de l’univers est un film qui reprend (une fois de plus) l’algorithme Campbell-Vogler connu sous l’appellation de « voyage du héros ». 

Si cette formule tend à devenir un cliché, une matrice incontournable, je m’aperçois que la citer devient chez moi un poncif tout aussi récurrent que sa présence dans l’industrie hollywoodienne. 
On la retrouvait d’ailleurs déjà dans le film Matrix des mêmes Wachowski. 

Les deux films partagent bien d’autres points communs, comme par exemple celui plutôt évident de la « moisson », qui du reste est comme dans Matrix, la pierre angulaire sur laquelle repose l'enchaînement des événements. 
Autrement dit pas de « moisson » pas d'histoire. 

Or donc en lieu et place d’un héros Jupiter Ascending suit le « voyage de l’héroïne » Jupiter Jones - on assiste peut-être là au résultat d'un mouvement qu'Eloy Fernández Porta a nommé l'afterpop dont le principal courant participe d'un élan de féminisation des icônes de la culture de masse* - or donc un voyage disais-je, qui se décompose grosso modo comme suit : le refus de l’aventure de la part de l'héroïne, sa rencontre avec un mentor ; il y aura comme de bien entendu tout un tas d’épreuves, mais elle finira par rentrer chez. 

Mais changée. 

Et pour cause l'héroïne est une élue (comme l’était Néo). 

Jupiter le destin de l’univers ajoute au « voyage de l’héroïne », pour faire bonne mesure, une belle dose de « mélodrame étasunien (simplifié) » c'est-à-dire : 

 . Un jeune héros courageux mais naïf 
 . Une belle héroïne en danger 
 . Un méchant habituellement plus âgé, plus puissant et plus instruit que le héros. 
Le méchant ayant bien entendu des vues sur la seconde que le héros défend 

Toutefois, les temps ont changé et si l'afterpop est passé par là, la théorie des genres aussi ; alors c'est pour ainsi dire madame qui porte la culotte (du héros), tout en étant cependant d'une naïveté confondante. Et en danger.
En plus de 40 ans de fréquentation assidue du monde de la fiction au travers de multiples supports, je n’attends plus de rencontrer un alphabet nouveau me contentant plus lucidement de nouvelles combinaisons de mots anciens (oui, comme on me l’a fait remarquer assez récemment j’ai tendance à me regarder écrire, ce qui vous en conviendrez n’est réservé qu’à ceux qui écrivent et qui tentent de le faire bien). 

 …. « Il n'y a pas d’œuvres, il n'y a que des auteurs » 

 Et ce n’est pas un pis-aller lorsque ces nouvelles combinaisons sont l’œuvre d’auteurs comme les Wachowski.
Si je ne partage pas ce qu’on a appelé « la politique des auteurs » - que l’on pourrait résumer en disant que le seul auteur d’un film en est son réalisateur – force m’est de constater que la patte d’Andy & Lana Wachowski est très souvent à mon goût et que surtout elle est reconnaissable entre toutes.

 …. Film de science-fiction d’aventure Jupiter Ascending ne mégote pas sur les moyens pour dépayser ses spectateurs, et pour ma part je m'y suis laissé prendre, tout comme à son rythme échevelé auquel je n'ai opposé aucune résistance.
Si je ne suis pas mélomane : ceci explique d’ailleurs peut-être cela - j’ai trouvé la bande-son particulièrement efficace – diront ceux qui le sont.
Et si l’histoire du film est cousue de fil blanc, je ne trouve pas qu’il y ait néanmoins de quoi tailler un costard à ce dernier.

En définitive, un film qui pour moi a largement tenu la promesse d’évasion que je pensais y trouver, et m'a donné toute satisfaction.
____________________
* On retrouve ce phénomène de façon aiguë dans la bande dessinée étasunienne de super-héros (notamment chez l'éditeur Marvel) ; où ces derniers laissent place à leurs homologues féminines et où la création de pastiches tout aussi féminins bat son plein.

vendredi 22 juillet 2016

THE HYPERNATURALS : Sublime




....On dit souvent qu’une bonne histoire c’est un bon « méchant », un bon « villain », et c’est bien entendu souvent le cas.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard à mes yeux : écrire un scénario c’est comme planifier un crime (toutes choses égales par ailleurs). 
Tous les cas de figure doivent être envisagés par le « programmeur » (Pour en savoir +) qu'il soit un criminel ou un scénariste. 
L’un doit pouvoir capturer sa victime et échapper à la vigilance des enquêteurs, l’autre doit la captiver en échappant à sa vigilance, entendu que pour le second cas le lecteur, le spectateur ou l’auditeur sont tout autant « victime » qu’enquêteur. 
Et j’irais plus loin. 

Si le scénariste doit être tour à tour chacun de ses personnages pour leur donner suffisamment de vitalité et « d’effets de réel » pour être convaincants, celui dans lequel il doit le plus s’investir et sans nul doute le « villain » pour satisfaire l'équation que j'évoquais : bon méchant = bonne histoire. 

Les histoires les plus captivantes sont d’ailleurs certainement celles où le méchant est littéralement l’alter ego du scénariste ; où le scénariste devient le « villain ». En espérant que la substitution ne s'inverse pas (Pour en savoir +).
…. Chaosmos 

Et celui qui occupe pour l’instant ce rôle dans THE HYPERNATURALS c’est Sublime alias John Alvis Byrd, un scientifique à propos duquel on apprend la part qu’il a eu dans la réalisation de Quantinuum, et l’événement qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. 

…. Je dis souvent que les noms de code des personnages de bandes dessinées de super-héros, ou comme ici assimilés super-héros, sont programmatiques. 
D’où la nécessité de les traduire. 

Le cas de Sublime pose un problème d’un tout autre registre, dans la mesure où il semble ne pas en avoir besoin (si tant est que cette série soit un jour traduite en français). 
Et pourtant le « sublime » dont il est question ici mérite selon moi une explication, ou disons d’en proposer une définition qui ne vient pas forcément à l’esprit de manière instantanée lorsqu’on y pense. 

Le « sublime » qu'il faut avoir en tête ici ressort essentiellement de la définition qu’en a donné Edmund Burke à partir de 1757 ; c’est-à-dire le mélange d’attraction et de répulsion que l’homme éprouve face aux manifestations déchaînées de la nature. 
Ce sentiment mêlé de sidération, de solitude, de toute-puissance et de terreur qu’il éprouve face à son immensité. 

Une sensation qui débouchera par ailleurs sur une catégorie esthétique dont le roman gothique anglais saura par exemple largement s’inspirer (avec les conséquences que l'on sait). 

Le rapprochement entre le nom de code de ce personnage et la catégorie esthétique du sublime théorisée par Burke n’est pas qu’une vue de l’esprit, il renvoi aux origines mêmes de Sublime.

.... L’effroi et la subjugation devant la démesure du cosmos que suggère Dan Abnett & Andy Lanning, réactivent l’idée d’une nature à la puissance oubliée et par imprégnations si je puis dire, fait prendre conscience à Sublime de la nature de Quantinuum

L’expérience de Sublime est celle du sublime de Burke ; une sensation de stupéfaction et de terreur ; de sidération. 

Pour le meilleur ou pour le pire ? 

(À suivre ...)

jeudi 21 juillet 2016

The Hypernaturals (#2 à 4) BOOM! Studio

.... En fonction de la manière dont on envisage la plupart des histoires de super-héros, et a fortiori de héros ou comme ici d’hyper-héros, l’équipe des Hypernaturals, dans un contexte disons informatique, comme j’ai envisagé que la série avait été écrite (Pour en savoir +) - ce qui est somme toute logique puisque le nanocène a été configuré par une A.I. (Intelligence Artificielle) - , peut être considérée très sérieusement comme l’équivalent d’un logiciel anti-virus.
À condition de considérer le « villain » comme un virus, comme un antagoniste.
Vraie-fausse publicité
Mais on peut aussi voir la situation de départ (la société telle qu’elle est à l’instant T) comme un programme donné, et l’action du supposé (ou avéré) « villain » comme la volonté d’installer un nouveau programme. Toujours donc, dans une optique informatique. 

Et à partir de ce moment-là, le « villain » d’un bon nombre de fictions et pas seulement dans THE HYPERNATURALS, peut être vu comme un programmeur (dans le cadre de la programmation informatique) dont le travail consiste à définir des actions, à prévoir ce qui va ou ce qui peut se passer avant d’écrire le code du (nouveau) programme : domination du monde ou éviction d’un A.I. (liste non exhaustive). Le programmeur et le « villain » écrivent (au sens littéral du mot programme) par avance l’un donc, un code l’autre un plan. Voir à ce sujet un excellent article qui rejoint mes propres préoccupations dans le cadre des films de James Bond : (Pour en savoir +).
Remarquez le travail sur les phylactères
Le criminel par exemple dans un « whodunit » (et pour l’instant THE HYPERNATURALS a toutes les apparences d’un « whodunit ») programme son crime à l’avance, il envisage toutes les possibilités pour réussir son forfait, et échapper à son arrestation. 
Faire du « villain » un programmeur, « explique » aussi autrement que par la seule vanité ou l’imbécillité, sa propension à décrire son machiavélique plan aux héros : la satisfaction qu’il retire de ce qu’il fait tient plus au programme en lui-même, qu’à sa réalisation. 

Plusieurs autres constatations me confortent dans une écriture sous influence informatique.

 .... Nous apprenons ainsi dans n°4 de la série qu’en fait de téléportation dont j’ai parlé dans mon précédent commentaire©™ il s’agit plutôt d’une action de type copier/coller, où la source de ce qu’on copie doit cependant disparaître sauf à créer la situation que les membres des Hypernaturals (l’équipe de Clone 21) rencontrent, lors d’un flashback.
Un échantillon du travail sur les onomatopées
Et à propos des Clones (dans le présent de la série Clone 46 a disparu et Clone 45 va peut-être reprendre du service) une sorte de lignée dynastique si je puis dire, ceux-ci tirent leurs capacités hyper-naturelles de ce qui ressemble pour l’instant à une base de données. 
Avec cependant une restriction (que je vous laisse découvrir). 

 …. Mais THE HYPERNATURALS c’est aussi une écriture séquentielle très aboutie. 

J’en veux pour preuve le numéro 2 de la série qui s’ouvre sur une situation assez banale dans le cadre de ce genre de récit : deux personnages font face à une ou plusieurs menaces, alors que, comme dans tout bon comics mainstream, ils trouvent le temps de discuter. 
Enchaînements dynamique, voix off décalée, et soudain PAF ! : la situation devient franchement extraordinaire grâce à un « travelling arrière ». En 6 pages. 

À cela s’ajoute un chouette travail sur les onomatopées (voir supra), sur les phylactères, et quelques expressions idiomatique : « Holy Quant ! », « Frag you ! », etc. (qui ajoutent à l’immersion du lecteur) à la manière de ce qu’on peut trouver par exemple (école anglaise oblige), dans la série Judge Dredd (Pour en savoir +) . 

Pour l'instant cette série est une belle réussite, et on le doit bien évidemment à Lanning & Abnett, mais aussi à Brad Walker, Tom Derenick, Andrea Guinaldo, Stephen Downer et Ed Dukeshire.
[-_ô]