samedi 30 juillet 2016

SAGA n°5 (B.K. Vaughan & F. Staples)

SAGA tome 5 : 
Après avoir assassiné la reine robot et kidnappé le nouveau-né princier, Dengo, homme de ménage avide de vengeance, cherche par tous les moyens à attirer l'attention des puissants du Royaume. 
Tandis que Gwendoline et Sophie partent en quête d'un remède capable de guérir les blessures du Testament, Marko et le prince robot se lancent à la poursuite du dangereux criminel.  
Contient : Saga (#25-30) 

J'aimerais être le Steve Gerber du commentaire©™  ou, la pop culture considérée comme une course de côte.
... Dès l'aube du siècle dernier Hugo Gernsback (RALPH 124 C 14+/1911) tente de greffer du mélodrame étasunien (simplifié) dans le cadre pas encore posé du tableau qui allait devenir la science-fiction. Inclure le trio qui compose la formule du mélodrame U.S. se révélera comme de résoudre la quadrature du cercle. 
Le mélodrame américain (augmenté) : 
• 1 jeune homme pas trop finaud/• 1 homme + âgé + riche et + intelligent/• 1 jeune femme (ou jeune fille) que les 2 mâles se disputent. 
Une aporie que Gernsback contournera à sa façon (j'en reparlerai bientôt). 100 ans plus tard, le fantôme sémiotique du roman de celui qu'on considère (souvent) comme le père de la S-F éclaire encore la série de Brian K. Vaughan & Fiona Staples.
Les fantômes sémiotiques sont pour les personnages de fiction, mais aussi certaines formules (ou genres) l'équivalent de ces étoiles anciennes dont la lumière nous arrive alors que l'étoile qui l'émet a disparu depuis longtemps. Ces fantômes sémiotiques, sorte de rayonnement fossile des plus puissants personnages de fiction inventés depuis "l'aube des temps", peuplent notre imaginaire individuel (un univers de poche subjectif) au sein d'un imaginaire collectif (partagé). Entendu que ces deux imaginaires sont en fait des multivers.
Mais à l'instar de certains récits de science-fiction qui s'appuyaient sur cet idiome (le mélodrame américain (augmenté)) mais remplaçaient la jeune fille par de la pyrotechnie cosmique manichéenne, les co-créateurs de SAGA remplacent l'antagoniste (plus âgé, plus intelligent, plus riche) du héros par le conflit entre les planètes Landfall et Wreath.
Ainsi, là où la S-F à papa évacuait la dimension sentimentale au profit du fantasme de toute puissance, supposément apte à canaliser la libido adolescente, Staples & Vaughan font de ce fantasme l'antagoniste des deux personnages principaux. Et ipso facto remettent sur le devant de la scène du space opera la dimension sentimentale, première courroie d'entraînement de leur série SAGA.
Space opera est un terme inventé par l’écrivain de science-fiction Wilson Tucker (À LA POURSUITE DE LINCOLN, L’ANNEE DU SOLEIL CALME) et apparu au début des années 1940. Il est calqué sur le terme horse opera ("opéra équestre" dans la traduction). Cette expression horse opera, désignait des westerns remplis de clichés, reposant sur une "formule" et comportant des scènes musicales ; d'où le "opera". Le space opera comme horse opera d’ailleurs, est à l’origine (aux U.S.A.) un terme péjoratif.
... Est-ce à dire que Vaughan & Staples reprennent des mains défaillantes de l'imagination la tâche d'imaginer ?
C'est peut-être mettre la besogne avant les bœufs, mais force est de reconnaître que le duo nous entraîne en dehors des cartes routinières du mainstream, dans un espace incommensurable à explorer et en dehors de tout sentiment d'anthropocentrisme ; là où mille clés de contact s'entremettent pour donner aux lecteurs l'envie d'embarquer dans cette saga, véritable BHV du prêt-à-rêver.

(À suivre ...)

2 commentaires:

  1. J'aimerais être le Steve Gerber du commentaire. - Belle aspiration, j'aurais dû y penser moi-même.

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