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Articles

Affichage des articles du avril, 2018

The Dead Hand [Higgins/Mooney] Glénat

Peu de chose n'ont pas été dites sur la « guerre froide ».

Guerre à bas bruit dans un monde bipolaire, sauf pour ses points d’incandescence, essentiellement dans ce qu'on appelait en ce temps-là les « colonies », voire au travers du terrorisme d'extrême-gauche en Europe, la guerre froide a, plus d'une fois, failli se réchauffer dangereusement, et nous être fatale.
La « Dead Hand » du titre, en est l'extrême aboutissement, dans ce que ce conflit a eu de plus absurde. Un projet heureusement resté à ce stade.
Et c'est là qu'intervient Kyle Higgins. 

Vous l'avez d'ores et déjà compris, ce n'est pas sur le terrain des idées originales que le scénariste joue, mais sur celui d'un agencement et d'un choix d'idées plus ou moins connues et exploitées. Et d'un découpage de son histoire. Quand bien même le dispositif qui donne son nom au premier tome de cet album, fruit de la collaboration entre une équipe venue d'outre-Atlantique et d'…

Tueurs [François Troukens/Jean-François Hensgens]

« Si quelqu’un peut me vendre une idée de film en moins de 25 mots, ça peut faire un sacré bon film », François Troukens et Jean-François Hensgens ont pris Steven Spielberg au mot, et Tueurs en est le résultat.

....Intrigue minimaliste, hors le hight-concept qui lui donne sa belle dynamique, et de ce côté-ci il n'y a rien à dire, Tueurs est un actionner sur-vitaminé dont le scénario confine à la ligne droite. Si l'illusion est parfaite durant son spectacle, après les 1h30 de sa durée le contrecoup ne joue pas sa faveur. Si les acteurs (Olivier Gourmet, Olivier Bonjour et Bouli Lanner pour ne citer qu'eux) sont eux aussi impeccable, les personnages ne surprennent pas plus que le scénario.

Tueurs est un film usiné à l'adrénaline, sombre, sec, nerveux, mais il laissera moins de trace qu'un bon coup de trique.

Exiles #1 & 2 [Saladin Ahmed/Javier Rodriguez]

.... De manière assez amusante, dans un entretien que j'ai lu du scénariste Saladin Ahmed, où il donne un avant-goût de la nouvelle série qu'il écrit pour la maison d'édition Marvel, celui-ci (malgré son expérience de romancier) explique en substance que, jeune auteur de la Maison des Idées (la maxi-série Black Bolt) il découvre que d'une part, les différentes histoires sont planifiées des mois à l'avance, qu'elles dépendent les unes des autres (principe de continuité), et qu'elles sont influencées par les autres médias ; autrement dit les blockbusters bien connus qui cartonnent au cinéma.
Et que se retrouver sur une série comme Exile, qui racontent les aventures d'une équipe de personnages venus d'univers alternatifs, devant réparer ce même multivers, lui donne plus de liberté. Dont acte !
Seulement voilà, dans cette même interview, il fait clairement référence à la Sarah Connor de Terminator en décrivant l'un des équipières de Blink, et s'in…

Une assemblée de chacals [S.Craig Zahler]

Sorte de Leatherman©™ culturel, S.Craig Zahler, dont j'avais fait la connaissance via son premier long-métrage, est aussi écrivain.
.... Comme Cormac McCarthy avant lui, Zahler récuse la loi qui irrigue l'Ouest et sa conquête, et qu'a mise en évidence Richard Slotkin, celle d'une « régénération par la violence ». Pour S.Craig Zahler le western car Une assemblée de chacals en est un, se compose essentiellement de deux éléments : le meurtre et l'espace. Un espace rendu ici ascétique par la quasi absence de description ; devenant une Wilderness dans tout ce que le mot à de sauvage, de minéral, de désertique.
Et de dangereux !
Si le motif dont Slotkin a fait la pierre angulaire de son travail est absent, l'idée jumelle que lorsque la stabilité est perturbée par le mal, seul un acte de violence peut rétablir l'ordre, qui irrigue encore aujourd'hui l'imaginaire collectif étasunien, reste de rigueur.

Très violent, âpre, d'une noirceur contagieuse, Une as…

Pentagon Papers [Steven Spielberg]

J’avais déjà, avec le long-métrage écrit par Taylor Sheridan et intitulé Comencheria [Pour en savoir +], pris l’angle du titre, du moins de son changement lors de son exploitation dans les salles hexagonales, pour montrer en quoi celui-ci pouvait orienter notre regard de spectateur. 

Ou pour le cas présent, nous enfumer.
The Post, pénultième film sorti de Steven Spielberg, a donc été distribué en France sous le titre de Pentagon Papers, des « papiers du Pentagone » qui sont pour le coup 7000 pages classées « secret-défense », lesquelles ont été dérobées, puis publiées dans la presse américaine au début des années 1970. Des documents compromettants au sujet de l'engagement au Vietnam des forces armées américaines.

Alors que The Post est quant à lui, le surnom d’un journal, le Washington Post

Quiconque a vu le film en question peut, je crois, dire que le titre choisi pour les salles française est mensonger. Victime probablement de l’invasion des fake news et autre « faits alternatifs …

La Ballade de Black Tom [Victor Lavalle]

« À H.P. Lovecraft, avec tous mes sentiments contradictoires. », cet exergue à sa novella dit bien la relation qu'entretient Victor Lavalle avec un écrivain qu'il a lu et aimé, avant de pouvoir être en mesure de comprendre que ce dernier n'était rien de moins qu'un fervent raciste. Après un rejet bien compréhensible, l'auteur de La ballade de Black Tom est en quelque sorte revenu dans le giron d'une des influences les plus notables de la culture de masse du troisième millénaire (et de son précédent, quand bien même n'a-t-il été publié de son vivant que dans des magazines), et à l'instar de Jean Rhys qui, dans La prisonnière des Sargasses, s'empare d'un des personnages secondaires du roman de Charlotte Brontë Jane Eyre, pour en faire l'héroïne du sien, Victor Lavalle s'intéresse lui à Charles Thomas Tester.

....Corrigeant la parallaxe d'une des nouvelles de Lovecraft, Horreur à Red Hook, Victor Lavalle écrit bien plus qu'un pastich…

Le Club de la fin de siècle [Bethy]

....Petit bijou commercialisé par les éditions BETHY, à la toute fin du siècle dernier, sous la houlette du directeur de publication Jean-Paul Jennequin, dont l'ami Bruce Lit a proposé un entretien [Pour en savoir +] publié sur son site, Le Club de la fin de siècle mérite toute notre attention, même vingt ans après sa traduction par le même Jennequin.

Récit intempestif, en tant qu'il ouvrait il y 20 ans, un avenir à la pensée de ceux qui l'on lu, Le Club de la fin de siècle est d'une actualité brûlante. En effet le monde dystopique qu'il décrit, les personnages qu'il met en scène trouvent une résonance encore aujourd'hui. Surtout aujourd'hui !
Toutefois ma démarche avec cette entrée de blog est plutôt d'attirer l'attention sur le travail éditorial que BETHY proposait alors. Même si aujourd'hui le paratexte qui entoure la bédé est devenu chose assez courante, la qualité de celui que BETHY ajoutait peut encore servir de modèle.
Je vous en propose…

Judge Dredd : Année Un

Fruit du partenariat entre la maison d'édition étasunienne IDW et de son homologue britannique Rebellion, propriétaire du mensuel Judge Dredd Megazine (JDM) et de l'hebdomadaire 2000AD, Judge Dredd : Année Un, commercialisé en France par les éditionsReflexions, propose du matériel inédit mais écrit par deux piliers des magazines britanniques. (Quand bien même les quatre numéros qui composent ce recueil sont-ils avant tout, destinés au lectorat nord-américain).

....En effet, le scénariste Matt Smith est l'actuel grand Manitou (editor) de 2000AD et du JDM, et Simon Coleby, le dessinateur, est un habitué des comics d'outre-Manche ; il est d'ailleurs au sommaire des derniers 2000AD (à partir du n°2073) pour l'excellente série Jaegir, dont il est le co-créateur avec le scénariste Gordon Rennie.

Comme le titre du recueil le laisse entendre, il s'agit d'une aventure d'un jeune Judge Dredd, frais émoulu de l'Académie.
Une manière simple et efficace de cont…

La Ballade de Lobo

....Guidés par des forces qui les dépassent, Keith Giffen, Alan Grant et Simon Bisley vont rétablir la balance cosmique en réinventant Lobo à l'orée des nineties. D'un côté un surfer christique, et de l'autre donc un ange de l'enfer motorisé, qu'aurait pu croiser Bisley lors d'un de ses entraînements de powerlifting (activité sportive dont le but est de soulever dans trois exercices : squat, soulevé de terre et développé couché, le poids le plus lourd en un seul mouvement). Antithèse du héraut de Galactus et synthèse d'une certaine catégorie de héros qui occuperont le devant de la scène du vedettariat de la décennie qui l'a vu renaître [Pour en savoir +], Lobo se différenciera de la majorité de ces super-héros élevés à l'hormone de croissance™ et aux anabolisants™ en vivant des aventures ouvertement satiriques.
Reprenant un dispositif rendu célèbre par John Dos Passos [Pour en savoir +], la première mini-série qui occupe la moitié du recueil commerci…

Strike Back S06 : E01-02

.... Série télévisée de son temps, Strike Back applique dans sa sixième saison une stricte parité hommes/femmes, dans la distribution des rôles principaux. Elle est également placée sous l'obédience d'une scénographie vidéoludique. 

Restreint par la force des choses, et un canal émetteur-récepteur qui ne nous donnent pas la possibilité d'interagir avec le déroulement des épisodes, leur spectacle ressemble cependant à si méprendre à celui d'une partie de FPS (jeux de tir à la première personne). 

Une impression qui va d'ailleurs plus loin, lorsque les péripéties s'apparentent à l'obtention de bonus. Comme l'enfant et la voiture (du deuxième épisode). Qu'entérine le choix de terrains d'opérations très évocateurs, comme lorsqu'il s'agit d'un immeuble en ruine, ou du camp d'entraînement de l’ennemi (premier épisode).
La trame élémentaire la plus formulaire semble également présider ; ce qui n'enlève au demeurant rien à l'attrait…

Last American [Wagner/Grant/McMahon]

.... Écrit à quatre mains, mais d'une manière inédite pour eux : John Wagner en a écrit les deux premiers numéros et Alan Grant les deux derniers. 
En effet, collaborateurs de longue date les deux scénaristes ne travailleront plus ensemble après Last American, suite à un différent antérieur, les ayant opposé sur la fin d'une histoire du Judge Dredd, écrite pour l'hebdomadaire 2000AD.

Cotitulaire du copyright sur cette mini-série de 4 numéros (avec Wagner et McMahon) qui a été commercialisée, dans un premier temps, par le label EPIC de Marvel, Alan Grant raconte volontiers une anecdote à ce sujet.

Pour toutes démarches commerciales, la maison d'éditions Marvel devait consulter McMahon, Wagner et Grant. Un Jour ce dernier reçoit un coup de fil, son interlocuteur, qui travaille pour Marvel, lui annonce que Last American a été vendue au Brésil, 20 $ la page et à l'Allemagne pour 10 $ la page. Grant lui répond qu'à son avis ce n'est pas assez cher, et lui rappelle …