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Articles

Affichage des articles du 2020

10 Cloverfield Lane [Mary Elizabeth Winstead / John Goodman]

« 10 Cloverfield Lane » est un film qui se croit malin, et qui m'a persuadé qu'il l'était vraiment.             Dès le départ ça part très bien, le scénario souffle le chaud et le froid sur une situation que la mise en scène fait tout pour rendre ambiguë. Et la manipulation des subjectivités n'ira qu'en augmentant.
L'interprétation n'est pas pour rien dans ce sentiment paranoïaque exacerbé.             La distribution, très réduite, impose au face à face entre Michelle et Howard Stambler d'être toujours juste. Même si John Gallagher dans le rôle d'Emmet propose quelques respirations bienvenues à l'ambiance crapoteuse qui s'installera.
Et fort heureusement, Mary Elizabeth Winstead et John Goodman le sont ; au point de faire oublier qu'ils jouent la comédie (sic). 
Huis clos entre perversion carnassière et bonté déclarée, le film multiplie les fausses pistes en autant de ricochets déroutants. Plus le temps passe, et moins on accorde de confia…

Dommage collatéral [Kristine Kathryn Rusch / Mikael Cabon]

« - Les Dobson m'ont accusé d'avoir eu envers leur fille un geste inapproprié ».             « Dommage collatéral » est une splendide nouvelle de Kristine Kathryn Rusch, uniquement disponible à ma connaissance dans l'anthologie que l'éditeur Bragelonne™ offrait en septembre 2007, pour l'achat d'un titre de leur collection Sf. Astucieuse, elle joue avec nos préjugés et nos a priori, pour mieux interroger ce qui fonde la notre morale.
            Autrement dit, vu les temps que nous vivons, ce face à face avec nos propres câblages -sans cesse- sollicités, est quasi un exercice de survie intellectuelle.
            Mais surtout, cette nouvelle ne se contente pas d'être l'illustration maligne d'une belle leçon, mais bien une fort belle histoire. Particulièrement émouvante.             Je crois bien que c'est le premier texte de Kristine Kathryn Rusch, et ça ne risque pas d'être le dernier. Bref, « Dommage collatéral » se taille en attendant belle une…

Basketful of Heads [Joe Hill / Leomacs / Dave Stawrt / Deron Bennett]

Durant de nombreuses années, sous le règne de la Comics Code Authority™, même les mots « horror »  ou « terror » n'avaient plus le droit de cité dans les fascicules de bande dessinée étasuniennes. Les comic books étaient alors un no man's land pour les vampires, les zombie et autres goules.
Les temps ont depuis changé, et le regain cinématographique du genre a donné à l'éditeur DC Comics© l'idée d'embaucher l'écrivain polytrope Joe Hill, au sein de leur nouveau label, l’évidement bien nommé Black Label©.
S'il n'occupe pas officiellement le poste d'editor, le DC Comics© lui a aménagé une collection à son nom. Et ce faisant, nul doute que ceux qui y travaillent y ont été invités par lui, et qu'il participe à la direction de la collection.
             Outre « Basketful of Heads», une mini-série en sept numéros, la collection en question accueille plusieurs autres mini-séries : The Low, Low Woods (Carmen Maria Machado et Dani) , The Dollhouse Family

#Nouveaucontact_ [Duhamel]

C'est du grand art ! Avec une bête idée de départ, quasi un cliché tellement c'est simple, Bruno Duhamel capture et ausculte la bande passante de nos turpitudes numériques.             S'il n'est pas le premier à pointer les dérives de l'agora digitale : les réseaux sociaux « sont devenus une zone de non droit, un nouvel outil pour des comportements vieux comme le monde : le lynchage, la haine, le racisme… » (Cf.Bamboo Mag n°64), il le fait avec une alacrité et une verve à nulle autre pareilles. Chaque planche, chaque case fait mouche ! « #Nouveaucontact_ » est néanmoins aussi un album humoristique, quand bien même ce qu'il décrit est observable quotidiennement, et est très loin d'être hilarant. Non seulement sur la Toile™, mais aussi dans la presse, à la télévision, à la radio, dans presque n'importe quelles discutions, partout. Ce qui s'y dit est viral.
Chaque sensibilité y est une susceptibilité, lesquelles ont désormais transformé nos démocraties en …

Semiosis [Sue Burke / Florence Bury / Manchu]

Ancienne journaliste, nouvelliste et traductrice, « Semiosis » est cependant le premier roman de Sue Burke (inspiré d’ailleurs d’une de ses propres nouvelles).
            Il s’agit d’un planet opera générationnel qui mêle habilement les figures narratives du roman d’aventure à la H.R. Haggard ou à la façon d’un E.R. Burroughs, de ceux qu’on pourrait qualifier superficiellement de « colonialiste », avec toutefois une sensibilité propre à l’autrice, et une maïeutique écologique.
Pour se faire Sue Burke invente un personnage original autour duquel tournent par ailleurs les presque 450 pages du roman. Et qui inspire le titre -peut-être- un poil sibyllin.
            Robinsonnade de l’espace, « monde perdu », et bien entendu altérité d'un « premier contact », puisqu’il s’agit du sous-titre de « Semiosis », le roman de Sue Burke construit une aventure humaine sur 107 ans et sept chapitres.
Car les colons Terriens ont un projet politique en arrivant sur cette planète ; qu’ils baptiseron…

La poudre et la cendre [Taylor Brown / Mathilde Bach]

Premier roman de Taylor Brown a avoir été publié en France, je vous recommande  aussi le suivant, Les dieux de Howl Mountain, « La poudre et la cendre » est le récit d'une fuite sanglante et romantique en pleine guerre de Sécession.
            C'est l'histoire captivante de Callum et d'Ava, traqués par une bande de bushwhackers.
Taylor Brown y décrit la rudesse d'un conflit vu au travers des péripéties du jeune couple, et des vicissitudes d'une population aux abois. La guerre n'y est heureusement pas une toile de fond simplement fonctionnelle ; mais bel et bien un personnage majeur de l'histoire.
Si le conflit est rude pour les soldats, 750 000 ont été tués entre 1861 et 1865, il l'est peut-être plus encore pour les civils.
Taylor Brown montre bien que la guerre est essentiellement une mécanique qui s'émancipe des causes et des raisons de sa venue pour ne viser que sa propre survie, au travers d’exactions dénuées de raisons, hormis sa seule cont…

Arlington Road [Mark Pellington / Jeff Bridges / Tim Robbins]

Écrit par le scénariste Ehren Kruger, « Arlington Road » s'inspirerait notamment de l'attentat perpétré quatre ans avant la sortie du film, par Timothy McVeigh, à Oklahoma City.             Nonobstant cette supposée inspiration, le film de Mark Pellington est surtout une belle mécanique paranoïaque. Pendant presque deux heures il souffle le chaud et le froid sur la personnalité de deux voisins, devenus amis dans des circonstances qui auraient pu être tragiques.
L'un des plus beaux tours de force du film est sûrement le moment où Michael Faraday (Jeff Bridges) explique les tenants et les aboutissants de la mort de sa femme, alors agent du FBI, à ses élèves. Si jamais vous deviez être la victime du Fusil de Tchekhov™ à ce moment-là comme je l'ai été, difficile de ne pas appliquer la morale de ce désastre, à ce que ce veuf va finir par vivre lui-même. Brillant ! Tim Robbins & Joan Cusak campent de leur côté un couple particulièrement dérangeant, à la limite du Fantastiqu…

Mort avec retour [Brad Meltzer / Emmanuel Pailler]

« Il n’y a qu’une seule bonne intrigue : les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être. » Jim Thompson dixit !
            Relire Identity Crisis [Pour en savoir +] de Brad Meltzer m’a permis de constater qu’un de ses romans, « Mort avec retour », traduit en 2009 par Emmanuel Pailler, était passé sous mon radar.
Il s’agit d’un thriller qui se passe dans l’entourage proche d’un président (fictif) des États-Unis.
            « Dans six minutes, l’un de nous serait mort. Tel était notre destin. Nous ne nous doutions de rien l’un et l’autre ». C’est par ces trois phrases, dignent d'une accroche de tabloïd a sensations, que débute une intrigue qui prendra presque 450 pages à aboutir. Sans qu'on les voit vraiment passer.
            Avec ce sixième roman Brad Meltzer a visiblement acquis la pleine maîtrise dans l’art de l’angoisse et de l’impatience. Certes, il faut faire des concessions et vouloir jouer le jeu, mais le résultat en vaut largement la chandelle.
            Documen…

The Hunt [Craig Zobel / Nick Mancuse / Damon Lindelof / Betty Gilpin]

« ─ Ici, dans ma réserve, sur cette île, je chasse un gibier plus dangereux. », général Zaroff (traduit par Jos Ras)
            L’inattendu et le film d’exploitation ne riment pas souvent de conserve. Surtout si l’on marche sur les brisées des chasses du comte Zaroff, et de ses nombreux, et parfois talentueux, épigones. « The Hunt » produit par Blumhouse© penche pour une ironie branchée à laquelle il est, aujourd’hui, difficile d’échapper. Revers de la médaille, son originalité donne finalement l’impression qu'on subit plusieurs interventions du cerveau en le regardant.             Le scénario, écrit par Nick Mancuse & Damon Lindelof, flatte (à première vue) la pensée dite réactionnaire en faisant de ses partisans des victimes, et inverse la relation de cause à effet pour un résultat donc : inattendu.
« The Hunt » apparaît au premier abord comme un survival manufacturé dans la plus pure tradition du genre.
            Relativement court selon les standards en vigueur des long-…

Migration [Jamie Sawyer / Florence Bury]

La Sf militaire est quasiment inscrite dans l’ADN du space opera. L’un des premiers du genre (alors que ledit genre n’avait pas encore vraiment de nom), La Guerre des mondes de H.G. Wells, et sa revanche Edison’s Conquest of Mars de Garrett Serviss, parus la même année -1898- en sont deux exemples frappants.
            N’importe quel lecteur de science-fiction sait que le terme même de « space opera » a d’abord désigné un reproche adressé à une certaine Sf, reposant sur une formule. Laquelle transposait alors l’idéalisme de la Frontière, autrement dit la conquête de l’Ouest, dans l’espace.
Wilson Tucker, s’inspire d’ailleurs, selon Leslie Fiedler, du terme « horse opera » pour créer le sien en 1941. Un vocable qui désignait une catégorie de westerns remplis de clichés et reposant sur une « formule » ; rythmés -parfois- d'intermèdes musicaux et chantés. D'où la présence du mot « opera ».
Et bien sûr du « soap opera », quintessence du récit formulaire.             Autrement dit…

Witch Hammer [Cullen Bunn / Dalibor Talajic]

AfterShock™ est un éditeur assez récemment arrivé sur le marché américain de la bande dessinée (2015). Il a su rallier des auteurs confirmés, et il préfère visiblement privilégier les mini-séries. Autre point à signaler, il n'a pas créé d'univers partagé, et les super-héros ne sont pas majoritaires dans son écurie.             « Witch Hammer », écrit par Cullen Bunn, et dessiné par Dalibor Talajić inaugure chez cet éditeur une nouvelle ligne, constituée de graphic novels. Ce qui correspond de ce côté-ci de l'Atlantique à ce qu'on appelle des albums. En l’occurrence, 64 pages sous une couverture rigide au prix de $19,99.             Cullen Bunn est un scénariste extrêmement prolifique, qui semble avoir comme point d'honneur d'être publié par tous les éditeurs étasuniens. En France on a pu lire son excellent western fantastique intitulé The Sixth Gun. Malheureusement « Witch Hammer » n'est pas de la même trempe. Pour le dire simplement, et avec délicatesse, on …

Le Livre de M [Peng Shepherd / Anne-Sylvie Homassel]

« Pour Ory, la fin du monde commença avec un cerf. »             Roman Fantastique en tant qu'il introduit un élément surnaturel dans un quotidien ordinaire, et qui oublie peu à peu qu'il en est un pour devenir un récit de Fantasy catastrophe. Road trip étasunien, nonobstant un détour par l'IndePeng Shepherd paye son dû au « zero shadow day ». Un événement rarissime, et surtout l'étincelle indispensable pour que sa fascination pour les ombres se transforme en une love story à l'épreuve d'une épidémie à nulle autre pareille.
             « Le Livre de M » est un roman à quatre voix, soutenu par un chœur de personnages indispensables. Roman un peu trop long par moment, mais qui compense ses quelques baisses de rythme par son originalité. Déroutant (sans jeu de mots), « Le Livre de M » nécessite la franche adhésion de celles & ceux qui en tenteront l'aventure. La jeune autrice multiplie en effet les coïncidences bienvenues, et développe un symptôme dont l…

Identity Crisis [Brad Meltzer / Rags Morales]

La mémoire travaille parfois de façon étonnante.
            J’étais en train de regarder Treize jours, le film de Donaldson avec Kevin Costner, lorsque je me suis mis à penser à Brad Meltzer. Un auteur de thrillers, dont j’ai le souvenir ( ?) qu’on lisait, en quatrième de couverture de ses livres, qu’il avait travaillé pour la Maison Blanche !? (D’où l’association d’idées).
Un romancier qui dans ses ouvrages faisaient des clins d’œil à la BD américaine de super-héros au travers du patronyme de ses personnages, et qui s’est finalement retrouvé à en écrire.
            Notamment « Identity Crisis » une mini-série en sept parties, parue mensuellement de juin à décembre 2004, et que pour ma part j’avais beaucoup appréciée à sa sortie. Mais qui je crois, avait fait l’objet de beaucoup de mécontentement.
            « Identity Crisis » est une enquête dans la plus pure tradition du « whodunit » : Un personnage est assassiné, une enquête est diligentée (ici par plusieurs super-héros). Cell…