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Articles

Affichage des articles du 2020

La Vautour [Justine Niogret]

Très court texte, quelques paragraphes, rédigé dans le cadre du financement participatif d'un jeu de rôle [Pour savoir +] de Dark fantasy, « La Vautour » tranche par sa violence et son efficacité.
Rebutant, mais impossible à lâcher.

Sa brièveté est aussi sa force. D'autant plus nécessaire que plongé in medias res dans une sorte de « voyage du héro » dont les étapes seraient abattues à la hache, et au galop, la lecture se fait en apnée.

             Si je n'avais pas peur de me répéter, je dirais que « La Vautour » est de ces récits dit « behavioristes », où la plus grande partie de ce qu'ils disent en est absent.

Trouvée par hasard, cette courte nouvelle est une lecture dont l'effet est inversement proportionnel à sa longueur.
Aussi sec qu'un coup d'épée sur un bouclier. Et aussi percutant ! 

Thin Air [Richard K. Morgan / Claude Mamier], une critique-feuilleton

Critique un peu particulière aujourd’hui, puisqu’elle prendra la forme du premier épisode d’un feuilleton.
            En effet, j’aimerais tenter l’aventure d’une critique en épisode, au rythme de ma lecture du dernier roman en date de Richard K. Morgan. 
Une sorte de « Ligne verte », toute chose égale par ailleurs, au temps du Covid-19® et de la blogosphère. Pour citer un des derniers projets de roman-feuilleton qui me vient en tête. À raison de deux livraisons par semaine.
Mais surtout il s’agira, et c’est là que réside le défi en ce qui me concerne, d’avoir quelque chose à dire sur les pages lues, qui ne soit pas qu’un bête résumé.
Bref, voyons ça de plus près …….
           Deuxième roman se déroulant dans le même univers que celui de Black Man [Pour en savoir +], mais ce coup-ci sur Mars, « Thin Air » est toujours écrit par Richard K. Morgan, un romancier dont la notoriété a connu un sacré bond, à compter du moment où sa précédente série romanesque a été adaptée en série télévisée, e…

Le gambit du détective [Victor Fleury] ; une uchronie voltaïque

L’uchronie !? Le terme n’apparaît qu’en 1857, mais la discipline est au moins aussi ancienne que la science-fiction. Si on considère que cette dernière est née entre 1818(1) et 1926(2). 
Distincte donc, mais aussi sous-genre de l'autre, à un point tel qu’on ne questionne plus son appartenance au domaine de la Sf. 
Pourtant cette discipline, en marge de l’Histoire et du roman historique nécessite, ou plutôt, devrait nécessiter, une articulation scientifique ou au moins technologique, consécutive ou causale de sa divergence avec l’Histoire que l’on connaît, pour être de la science-fiction, non !?
            Comme dans le « Gambit du détective » de Victor Fleury, par exemple. Une nouvelle qui carbure à l’énergie « voltaïque ». Un (nouveau) sous-genre, apparenté au Steampunk, lequel exprime un passé « où le futur serait arrivé plus tôt», comme vous le savez sûrement. 
Victor Fleury invite donc l’énergie voltaïque à être cette pierre angulaire technologique dans une uchronie napoléonienne…

Petit enfer dans la bibliothèque, une Fantasy postmoderne

Septième aventure de Thursday Next, l'héroïne inventée par Jasper Fforde, ici traduite par Jean-François Merle, « Petit enfer dans la bibliothèque » en est pour l'instant la dernière en date.
« Je m'apprête à tuer quelqu'un vendredi matin, et j'aimerais bien savoir pourquoi »

            Créé dès 2001 et traduit 3 ans plus tard, le petit monde qui gravite autour de la ville de Swindon (GB) et de ses livres, est un univers de Fantasy. En ce qu'il propose un monde très différent du notre, mais qui ne repose pas, comme c'est parfois avancé, sur une uchronie.
En effet, s'il fallait prendre l'élection du président George Formby, au lendemain de la Libération comme « point de divergence », quid de la guerre de Crimée ? Et que penser de l'invasion de l'Angleterre par les nazis avant ladite Libération ?
Ceci dit sans prendre en compte le Monde des livres™, un univers à part entière, créé par le Grand Manitou.

Vous l'avez compris, la cosmogonie des s…

Johnny Mnemonic [William Gibson / Jean Bonnefoy]

C’est semble-t-il, sur la suggestion de John Shirley, dont Gibson fera le « patient zéro du Cyberpunk », que ce dernier soumet « Johnny Mnemonic » à Ellen Datlow, qui sélectionne les nouvelles de la prestigieuse revue de Sf et de vulgarisation scientifique Omni
En mai 1981, il n’est cependant pas encore question de parler de « Cyberpunk ». 

            Encore aujourd’hui, presque 20 ans après sa publication et l’évolution sans commune mesure de l’informatique. Sans oublier tout ce que le genre a produit ; « Johnny Mnemonic » est d’une efficacité redoutable. 
Ceci tient en grande partie au style utilisé par William Gibson. 
La narration subjective, qui donne bien évidemment un ton personnel, vécu. Et la technique dite de l’Iceberg™, en vertu de quoi la force d’une histoire réside dans ce qui est sous-jacent. Dans son implicite. 
Par exemple, pas besoin de s’étendre sur le type de société dans laquelle se déroule l’intrigue, la description de Jones, le dauphin, suffit largement. Le reste d…

Mauvaise donne [Jean-Philippe Jaworski]

Que dire que vous ne puissiez découvrir vous-même en lisant « Mauvaise donne », la novella extraite du recueil de Jean-Philippe Jaworski, intitulé Juana Vera ?
Ici, sous la très belle couverture de Hervé Leblan.

Rien de plus rabat-joie en effet, que les longs résumés de texte, où la seule chose qui nous reste après nous y être frottés, est de ne plus pouvoir lire ce dont ils parlaient car ils en avaient trop dit.
Évitons, autant que faire se peut d'être un nouvel Agent orange™ de la blogosphère critique.
Soyons périphérique.

            « Mauvaise donne », nous le savons aujourd'hui, est, entre autres choses, la carte de visite du roman Gagner la guerre, autant que la cartographie du monde secondaire où se déroulent ces deux récits. Fantasy d'inspiration Renaissance, la narration de la novella emprunte cependant la structure focalisée, à la première personne, sur le modèle des Marlowe de Raymond Chandler. Où, pour le dire autrement, s'exhibent les forces nomades et subversi…

Mirage [Edogawa Ranpo / Karine Chesneau]

Dokusha shokun
Connu comme le pionnier du roman policier au Japon, le talent d'Edogawa Ranpo ne s'y limite pas.
            « Mirage », au sommaire du recueil homonyme (et qui contient en outre Vermine), ressortit à un dispositif que j'ai précédemment appelé le « point aveugle ». 
Autrement dit, il s'agit d'un texte qui joue avec la théorie de la réception. Ou dit autrement, sur l'interprétation qu'a le lecteur du texte qu'il lit.
« Mirage » peut en effet être lu d'au moins deux manières. 
L'une d'elle fait de l'un des personnages un affabulateur, et l'autre en fait un récit Fantastique.
Mais dans les deux cas, le point aveugle en question, ou l’indécidabilité que construit le texte amène le lecteur à en être lui aussi, l'un des protagonistes. Même à son corps défendant. 

           Ceci étant dit, « Mirage » apparaît de nos jours , et pour cause il date de 1929, comme un texte écrit à l'ancienne. 
Si les personnages paraissent bi…

La couleur venue d'ailleurs [H.P. Lovecraft / Arnaud Demaegd]

Écrite dix ans avant la mort de son auteur, « La couleur venue d'ailleurs », sûrement plus connue sous le titre de La couleur tombée du ciel, est une nouvelle qui paraît en septembre 1927 dans le pulp magazineAmazing Stories. Celui-là même de l'inventeur du mot « science-fiction », Hugo Gernsback. Et dont le projet éditorial a mis le genre sur orbite.
            Récit de l'hypertélie lexicale par excellence, « La couleur venue d'ailleurs » est la description d'un « premier contact » qui s'est déroulé aux alentours de la ville d'Arkham (MA), en 1882.
Très loin de l’anthropomorphisme que d'autres choisiront plus volontiers, H.P. Lovecraft décrit en creux ce que l'extra-terrestre en question, fait à ceux qui sont dans son environnement proche. 
Récit d'une épouvante venue d'outre-espace « La couleur venue d'ailleurs » est d'abord une énigme.
Autrement dit, le grand atout de cette histoire en est l'absence de réponse concrète ; sa fuit…

Running with the Devil [Nicolas Cage / Laurence Fishburne]

« Un cartel de drogue rencontre un problème : ses « clients » décèdent. Mauvais pour les affaires.
Le big boss ordonne donc à son chimiste de tracer un chargement ; de la Colombiejusqu'auxU.S.A., en passant par leMexiqueet leCanada, pour identifier celui qui s'en met plein les poches à ses dépends. »
« Running with the Devil » partage son affiche entre Nicolas « je voudrais être le Klaus Kinski californien » Cage, et Laurence « Morpheus » Fishburne.
Si ce dernier ne tourne visiblement pas autant que son compère, sa filmographie force le respect. Et dans ce film, Fishburne montre qu'il est avant tout un acteur, et qu'il n'a pas peur de se mettre en danger.
Le cas de Nicolas Cage est sensiblement différent.
Si on met de côté ses déboires personnels, on ne peut pas nier le « Nicholas Cage effect© ». Autrement dit, quel que soit son rôle, Nicolas Cage fait du Nicolas Cage. Et il tombe assez souvent juste.
Comme ici. 
« Je suis pas content seulement quand j’suis mécontent ! »  …

Meurtre au 43e étage [John Carpenter / Lauren Hutton]

Fin des années 1970, une jeune femme emménage au 43e étage d'une résidence huppée, à Los Angeles, dénommée « Arkham Towers ». Ça ne s’invente pas !
            « Meurtre au 43eme étage », dont on dit que l’histoire s'inspire d’un fait divers, est l’œuvre de John Carpenter. Ce téléfilm s’intercale entre Assaut, et juste avant Halloween. Et l’atmosphère et certains de ses plans n’auraient d’ailleurs pas juré dans le slasher consacré au 31 octobre.
Tourné en moins de trois semaines, ce thriller est, si on veut, un démarquage de Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock, dont il inverse le point de vue. 
Si plus de quarante ans nous sépare de son tournage, « Meurtre au 43eme étage » se distingue encore par les deux portraits de femmes qu’il propose. 
Le personnage principal, une jeune célibataire sûre d’elles, énergique, et qui sait renvoyer dans les cordes les machos en tout genre qui l’importunent. Et de l’autre, une lesbienne, que le scénario ni les autres personnages ne stigmatisent. D’…

Second souflle [Mike Carey]

Nouvelle lecture récréative, et presque de circonstance, « Second souffle » de Mike Carey1 adopte le point de vue interne d'un mort-vivant en devenir. Et qui le deviendra entre temps.
Presque goguenard, le personnage en question est de ceux à qui on ne la fait pas.
Sauf que s'il n'y avait pas d'imprévus, il n'y aurait pas d'histoire non plus.

Mike Carey, aussi connu sous le nom de M.R. Carey. De qui j'ai justement beaucoup aimé le dernier roman en date : Fellside. Et dont j'aimerai vous parler dès que j'aurai trouvé les mots pour le faire. 
Mike Carey donc qui écrit ici une nouvelle très sympathique, laquelle réserve malgré le confinement du lieu restreint où elle se déroule et sa distribution étique, son petit effet surprise.  Qui tient plus, pour être honnête, d'un crescendo un poil chaotique
Mike Carey a visiblement pris du plaisir à l'écrire, si j'en juge par celui que j'ai pris à la lire.

Et en parlant d'effet, « Second souffle »…

'71 [Yann Demange / Jack O'Connell]

Nous sommes en 1971, et la capitale de l'Irlande du Nord est littéralement déchirée par « les Troubles ».
Cependant, la guerre civiles entre protestants et catholique n'est qu'un village Potemkine™ pour le scénariste Gregory Burke et le réalisateur Yann Demange .
En effet, « '71 » est un survival urbain ; violent, viscéral et absurde ; plutôt qu'un film historique ou social.
« La situation était confuse »

            Cinéma de l’efficacité et du ressenti, le survival est aussi surtout le résultat d'une formule :
• Unité d'action : sauver sa peau coûte que coûte. 
• Unité de lieu : ville, quartier, appartement 
• Unité de temps : quelques heures ; jusqu'à épuisement des personnages. 
Les Troubles donc, euphémisme anglais qui rappellera celui de « pacification », qu'utilisait le gouvernement français en parlant de la guerre d'Algérie, ne servent que de contexte disais-je ; le scénario prenant bien soin de renvoyer toutes les parties en présence dans une …

Le miracle d'Ivar Avenue [John Kessel / Frédéric Serva]

Lue presque malgré moi, cette novelette de John Kessel m'a d'abord captivé par le style dans laquelle elle avait été écrite. Ici joliment traduit par Frédéric Serva.
En effet, contrairement à ce que laisserait supposer la couverture ci-contre (d'un recueil où elle est cependant présente), j'ai lu ce texte dans l'anthologie Privés de Futur (dont j'ai déjà parlé hier).
Lequel texte n'entretient qu'un rapport ténu avec la science-fiction proprement dite. Nonobstant qu'elle lui est indispensable.

            Or donc, captivé disais-je, j'ai dévoré la trentaine de pages d'un récit qui se déroule dans le milieu du cinéma, et qui démarre sur la découverte d'un cadavre qui laissera circonspect l'inspecteur Lemoyne Kinlaw.
Et le lecteur, s'il ce dernier ne se savait pas en train de lire une histoire de Sf.
Toutefois, circonspect je l'ai quand même été quant à ce que John Kessel avait voulu dire avec « Le miracle d'Ivar Avenue ».

Avant q…

The Way Back [Ben Affleck / Gavin O'Connor]

Faux film de sport, «The Way Back» est certes un mélodrame sur le deuil, mais pas seulement. On y suit Jack Cunningham, ex-star de l'équipe de basket-ball de son lycée au mitan des années 1990, recruté, de nos jours, par le Père Devine pour palier la défection de leur entraîneur.
Ben Affleck grâce à l'intensité de son jeu, contrebalance heureusement l’excessive dose de  « pathos » que le réalisateur Gavin O'Connor et son scénariste Brad Ingelsby, y ont injecté. Il n'est cependant pas le seul à jouer juste. 
Tous le reste du casting, dont on peut dire sans risque de se tromper qu'il occupe pourtant des seconds rôles, tant la présence d'Affleck est écrasante, apporte la nécessaire vraisemblance qu'un tel film demande.
Au-delà des apparences ; le faux film de sport, le deuil, l’alcoolisme, autour duquel les propres problèmes de Ben Affleck n'ont pas manqués d'être évoqués. «The Way Back» m'a frappé par la description, à charge, de la charité chrétienn…

Le grand éveil [Kim Newman / Patrick Marcel]

Bay City, au début de 1962.
Un détective dur-à-cuire affronte, à son insu, une menace bien plus grande que celle que fait peser Hiro-Hito sur la côte ouest des États-Unis.

« Hammett a sorti le roman policier du vase vénitien où il se trouvait, pour le jeter dans la rue. » Et Kim Newman y a invité Ceux des profondeurs.
            « Le grand éveil » est une nouvelle relevant de ce qu’on pourrait appeler l’Esthétique de la fusion©. C’est-à-dire des récits où se mélangent les genres (science-fiction, polar, espionnage, thriller, etc.), pour faire, eux-mêmes, genre. 
Cela dit « Le grand éveil » est surtout un texte qui en a conscience, et qui pousse le mélange jusqu’au pastiche. (À consommer sans modération). 
Il s’agit en effet d’une histoire de détective à la Philip Marlowe, mais qui se retrouverait au sommaire de Weird Tales. Le pulp magazine bien connu qui a accueilli, notamment, H.P. Lovecraft. 
Cette nouvelle fait cependant partie d’un plus vaste projet éditorial, le Diogenes Club, dont l…