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Articles

Affichage des articles du mars, 2018

Cochlea & Eustachia [Hans Rickheit]

....Arrivé de nulle part dans sa version Fantagraphics Books, le premier recueil de Cochlea & Eustachia de Hans Rickheit est une expérience intense de lecture - malgré sa brièveté- qui m'ait tombée sous les yeux sans prévenir.
Sorte de rencontre fortuite entre un Andreas en grande forme, et un Tanino Liberatore sous Tranxène© cette bande dessinée précédemment sortie sous la forme d'un webcomics, captive autant qu'elle indispose.
Très érotique à la manière d'un test de Rorschach™ mâtiné d'un longue focale à la David Hamilton, pour son l'empreinte évanescente qu'elle transmet, très mutique aussi, elle démarre et finie à la manière d'un songe. 
Aussi difficile à raconter qu'un rêve au petit matin, cette « histoire » n'exprime son potentiel et sa bizarrerie que via l'expérience de sa lecture.

Verdict : À réserver à un public très averti !

Lenny Zero [Andy Diggle/Jock] Judge Dredd Megazine

Biberonné depuis l'âge de 10 ans à « la plus grande bande dessinée de la galaxie », Andy Diggle se retrouve en l'an 2000 sur le siège de rédacteur en chef du Judge Dredd Megazine, né 13 ans après son prestigieux grand frère [Pour en savoir +]. Et c'est justement à cause d'un anniversaire que Lenny Zero y fit ses premières armes.

....En l'an 2000 Rebellion Developments, entreprise de développement de jeux vidéo achète les magazines 2000AD et Judge Dredd Megazine à l'éditeur Fleetway, Andy Diggle est alors editor (rédacteur en chef) du second.
Cette année-là, le mensuel Judge Dredd Megazine fête son dixième anniversaire et, malgré le rachat par Rebellion Development, le budget est encore serré, mais Diggle veut néanmoins marquer le coup.

Et ce sera au travers d'une couverture, commandée à une vedette du Neuvième art : Frank Miller.
Entre temps, Andy Diggle est devenu editor de l'hebdomadaire 2000AD, et David Bishop, dont il a été l'assistant-editor pour J…

Judge Dredd : La Terre maudite

On le sait au moins depuis Julia Kristeva, chaque texte est un intertexte. Autrement dit, un texte donné (scénario, romans, bédé, etc.) s'appuie par emprunt (plagiat, allusions, citations, etc.) sur un ou plusieurs textes antérieurs. Il est également possible, comme l'a montré Pierre Bayard, de plagier par anticipation (ici Escape from New York ou encore Jurasic Park). 

L'aventure du Judge Dredd, connue sous le titre globale de La Terre maudite, en est un bel exemple.

.... Extrapolant à partir du film Les Survivants de la fin du monde, sorti en Angleterre en 1978, lequel film est une adaptation de Route 666* du célèbre romancier Roger Zelazny ; dans lequel un repris de justice, seul capable de transporter des vaccins sur de la côte Ouest des États-Unis à Boston, traverse un continent ravagé par les radiations, et sous le joug de bandes de survivants madmaxiens, Pat Mills accouche d'un formidable scénario pour le plus connu des Judges de Mega-City One.  

Auréolé d'un …

Les Ivoires de †ho† [Pécau + Kordey + Maffre]

....Citant Julien d'Huy dans une brève postface de quelques lignes, un chercheur qui s'appuie sur des algorithmes phylogénétiques pour tenter de reconstituer les mythes du Paléolithique supérieur, Jean-Pierre Pécau, tente avec ce dernier tome (?) de L'Histoire secrète, de donner une origine à sa série.

Puisant dans des théories qui ont fait les beaux jours de la revue Planète, et après d'Huy, dans l'idée d'un proto-mythe qui serait à la cosmogonie ce qu'est le Big bang à la cosmologie, pour le dire vite et selon ma propre analyse, Jean-Pierre Pécau raconte une histoire à la fois familière forcément, et captivante. Ce qui n'allait pas de soi.

Le dessinateur Igor Kordey et le coloriste Julien Maffre ne se défaussent pas, et rendent un travail inattaquable. 

Si Les Ivoires de †ho† ne reconfigurera pas notre rapport à l'imaginaire collectif, il termine joliment une belle aventure éditoriale. Cerise sur le gâteau, ce tome zéro peut tout à fait se lire indép…

Marshal Law [Pat Mills/Kevin O'Neill] Zenda

Dans la famille « Indispensables », je propose, pour les amateurs de bédés de super-héros : MARSHAL LAW.

•Précautions d’usage : Aimer le genre & en avoir une bonne connaissance.

MARSHAL LAW est à ranger dans la catégorie des BD qui déconstruisent le genre auquel appartient ce titre (formé de plusieurs mini-séries).

•Précautions d’usage :La déconstruction est à entendre en tant qu’elle met en évidence les ambiguïtés et les contradictions qui travaillent ledit genre. Plusieurs titres mémorables ont alimenté cette catégorie : Marvelman, Watchmen, Brat Pack [Pour en savoir +] ou encore Dark Kinght Returns ; pour ne citer que les plus connus.

Créer par Pat Mills, scénariste anglais qu’on ne présente plus et par Kevin ONeill, le seul dessinateur, à ma connaissance, dont le style a fait l’objet d’une mise en garde de la Comics Code Authority, MARSHAL LAW a été commercialisé pour la première fois, sous la forme d’une mini-série de 6 numéros par EPIC Comics (1982-1996 †), le label en creator…

Mickey et l'océan perdu ; suite & fin

….Récit post-apocalyptique, Mickey et l’océan perdu, provincialise dès ses premières pages notre réalité. 

Pays de Cocagne du steampunk, la bédé de Denis-Pierre Filippi et de Silvio Camboni (que j'ai lue dans l'hebdomadaire Le Journal de Mickey [Pour en savoir +] est hantée par quelques-unes des figures tutélaires de la SF : H.G. Wells, Alex Raymond, William Gibson, entre autres.

Rendant hommage à l'ère du merveilleux scientifique si cher à Maurice Renard, et aux feuilletonistes de la grande époque, pour qui aucune catastrophe n’était trop belle, ni le souffle de l’aventure jamais trop fort, Filippi interpelle dès le troisième chapitre en intercalant une ellipse inattendue qui trouve néanmoins une justification diégètique inconstestable.
Inversion des polarités dans tous les sens du terme, Mickey et l’océan perdu est placé sous la juridiction dite du « Faucon maltais », auquel il ne va pas jusqu’à emprunter son noir & blanc d’époque. 
Bien au contraire. 

La palette de l’art…

Nightwing : Premiers pas à Blüdhaven

….Rien que de très culturel chez Chuck Dixon, que de faire de Blüdhaven (nom pas très éloigné de Bloodhaven), un ancien village de baleiniers. Lui qui déclara que sa principale influence est Marc Behms †, romancier américain, installé en France, dont les polars obéissent tous à un tempo au cordeau : pas une minute à perdre, pas de graisse, et ce dès l'entame. 
Chuck Dixon, co-créateur de Bane, est également un scénariste réputé pour son sens de l’action épuré. 

Réputé à droite de l’échiquier politique, il revendique cependant d’écrire des personnages qui ne font pas l’apologie de ses idéaux. Ainsi a-t-il scénarisé les aventures de Batman, lequel n’utilise pas d’arme à feu (et évite de tuer ses adversaires) ; quand bien même Dixon est-il lui-même encarté à la puissante NRA

Scott McDaniel quant à lui, est un dessinateur au trait résolument ruptile. Ses cases, à la construction parfois tuilées, et ses splash pages explosent sous la pression de leur propre énergie. Personnages grimaçan…

The Looming Tower [Épisodes 1 à 3]

10 épisodes reviennent, s'inspirant de l'essai de Lawrence Wright (traduit sous le titre de La guerre cachée : Al-Qaïda et les origines du terrorisme islamiste), sur la prise de conscience par l'administration étasunienne, que l'ami d'hier, lorsqu'il fallait combattre les communistes en Afghanistan, est devenu l'ennemi d'aujourd'hui.

La production de la chaîne Hulu met en perspective deux manières de considérer Al-Qaïda, et surtout son chef emblématique :

• En tant qu'adversaire militaire
• En tant que criminel

C'est aussi l'occasion de revenir sur l'affrontement que se livrèrent, la série commence en 1998, la CIA et le FBI, la première cachant à l'autre les informations qu'elle pouvait découvrir, à propos du traitement à réserver à Oussama ben Laden.

Ne faisant pas l'économie de quelques longueurs, notamment dans sa manière de caractériser les personnages principaux, The Looming Tower semble toutefois échapper à une vision am…

Black Lightning S01-E01

.... Largement inspiré de l'écosystème inventé en 1977 par le scénariste Tony Isabella et Trevor Von Eeden, un jeune dessinateur de 16 ans né au Guyana, arrivé aux U.S.A en 1970 et recruté grâce à ses dessins envoyés par courrier à la maison d'édition DC Comics ; leur personnage, Black Lightning, rejoint l'écurie de la chaîne CW
Premier super-héros africain-américain a avoir une série à son nom chez cet éditeur, il est aussi un personnage qui brise le stéréotype qui a longtemps prévalu, et qui n'est jamais bien loin lorsqu'il s'agit d'un personnage Noir.
En effet si Jefferson Pierce est un athlète, c'est aussi un professeur de lycée.
.... Salim Akil qui a développé la série (avec son épouse Mara Brock Akil), et en a réalisé et écrit plusieurs épisodes réactualise néanmoins le contexte, non sans avoir cité le même extrait du poème que Tony Isabella avait lui-même utilisé lors du premier numéro de la série. La classe ! 

S'appuyant sur une distribution d…

Eternity Girl #1 [Magdalene Visaggio/Sonny Liew]

.... Steve Gerber semble être en ce moment, un auteur au creux de la vague ; cela fait quelques temps qu'il n'a rien écrit. Pour patienter un hypothétique retour, je vous invite à lire ce premier numéro d'Eternity Girl™, d'une mini-série qui en comptera six et ne dépareillera pas sur vos étagères consacrées au « Grant Morrison des années 1970 », lui qui a inventé Omega the Unknown ou écrit Man-Thing [Pour en savoir +]
....Apparue dans l'histoire de complément de l’événementqui clôt la première salve des comic books estampillés Young Animal©, commercialisés par la maison d'édition DC Comics, Eternity Girl™ annonce, en 8 pages insérées à la fin des quatre premiers numéros des Milk Wars, un scénario qui ne fera aucun concession narrative.

Et le premier numéro paru ce jour en est une éclatante confirmation.   

Le label Young Animal est, pour le dire rapidement, une sorte de Vertigo à la sauce épigénétique 2.0, cornaqué notamment par Gerard Way (My Chemical Romance/Th…

Annihilation [J. VanderMeer/A. Garland]

•••Inspiré par le 1er tome de La trilogie du Rempart Sud, de Jeff VanderMeer, le film d'Alex Garland semble être lui-même, tout droit sorti de la Zone X.
Une aire en expansion, d'origine inconnue, dans laquelle 4 scientifiques pénètrent après que plusieurs individus y aient disparu, dont des militaires aguerris.

Film d'ambiances et cocktail d'émotions, le long-métrage d'Alex Garland s'il diffère très nettement de sa source d'inspiration (Cf. la Zone X), transmet néanmoins de manière assez efficace ce qu'on peut attendre d'un film placé sous une tutelle « lovecraftienne ». Vocable certes un peu passe-partout, mais qui fait sens s'agissant d'un romancier tel que Jeff VanderMeer. (Sans compter que les effets spéciaux du film renvoient très explicitement, et très littéralement, au titre d'une des nouvelle de H.P.L)

Alex Garland, au travers de sa mise en scène très suggestive, laquelle ne se prive cependant pas de quelques effets surprises percu…

Planetfall [Emma Newman/Raquel Jemint]

« La science-fiction, c’est tout ce qui est publié sous le nom de science-fiction.»
Norman Spinrad ....Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par dire tout le bien que je pense de la couverture de ce roman avant même d'en parler à proprement dit.

Ladite couverture, que l'on doit à Anxo Amarelle, qui si elle est très attractive, met surtout en évidence l'idée centrale du roman d'Emma Newman, qu'elle quintessencie, avec autant d'astuce et de talent que l'autrice en a elle-même mis dans son ouvrage. Tout en lui gardant une part de mystère, qui est par ailleurs le carburant dudit roman.

Paru dans la collection Nouveaux Millénaires, qui en fait donc, selon la définition de Norman Spinrad un roman de science-fiction, Planetfall en donne pourtant moins l'impression (sic) que La Toile (par exemple) paru en blanche chez Gallimard [Pour en savoir +].

Court récit, traduit par Raquel Jemint, Planetfall brasse plusieurs thèmes bien connus de la SF, dont l'…

L'Organisation [Maria Galina/Raphaëlle Pache]

Rosa, la candide de service, est embauchée au bureau SSE-2, i.e. Centre d’Assainissement et d’Épidémiologie du port d'une ville russe, alors que des morts étrangement mutilés apparaissent. Lectrice d'Angélique, marquise des anges, elle sera aussi, mais pas seulement, la « mule » qui nous fera entrer dans L'Organisation à la veille des J.O de 1980.

....Traduit du russe par Raphaëlle Pache, également traductrice du beau roman hors-normes de Mariam Petrosyan (La maison dans laquelle, paru aux éditions Monsieur Tousaint Louverture), l'ouvrage de Maria Galina a été un très beau & très étrange moment de lecture.

Sorte d'AOC du réalisme magique, catégorie invoquée par moi pour mieux cerner la teneur du roman de Marina Galina sans trop en révéler ; en tant que ledit réalisme magique unifie le surgissement de l’irrationnel et la réalité communément admise. Contrairement au fantastique qui pour le dire vite, décrit plutôt leur affrontement.

Toutefois, dans le cas prése…

La Toile [Sandra Lucbert]

.... Si l'humanité a basculé dans le XXIème siècle lors de la première Guerre du Golfe (premier conflit à avoir été médiatisé de manière mondiale, et en « temps réel »), la littérature vient de le faire avec le deuxième roman de Sandra Lucbert intitulé La Toile.

• L'esprit de la lettre
.... 1er roman à donner au récit la forme dominante de communication de ce début de millénaire, l'ouvrage traite également de l'überglasnost exigée par ces échanges. S'appuyant sur un nouvel entrepreneuriat à tendance hégémonique, La Toile dessine en creux les contours d'une société inédite, contaminée par ces startup dans lesquelles le droit du travail est un hashtag ironique et qui, pour les plus puissantes d'entre elles, contrôlent - justement - ces mêmes échanges.

• La route du soi
.... Lieu de commerce, dans tous les sens du terme, la Toile™ est ici soumise aux rayons X d'une perspicacité implacable ; le roman éponyme commence par une préface aussi ludique qu'utile, …

Kid Lobotomy [Milligan/Fowler]

•••• Si dans un temps si lointain, que personne ne s'en souvient, la vie était simple comme un coup de fil, à l'heure du WIFI elle ne tient parfois qu'à un email.
C'est ce que doit se dire Kid Lobotomy après une vie de 5 épisodes.

La bond (en français dans le texte) a en effet envoyé un courriel au scénariste Pete Milligan, alors qu'elle montait le label Black Crown chez l'éditeur IDW, titré « HEY LOBOTOMY » ! Quelques scalpels lasers plus tard, la série éponyme voyait le jour chez ledit label, sous le contrôle de sa « Jill of all trades » c'est-à-dire Shelly Bond (alias Ms.Vertigo).   

En roue libre, jeune homme !
Si la dessinatrice Tess Fowler ramasse la série en une sentence bien sentie : « Un conte de fées punk made in pattes d'eph' », il n'est pas interdit d'y voir une sorte de Croisière s'amuse© écrite après que Peter Milligan ait dégusté les cerveaux de Kafka, de W. S. Burroughs et de Stephen King !!!
Très exotique par les questions …

Brat Pack [Rick Veitch] King Hell Press

Singulièrement, la mini-série Brat Pack, écrite & dessinée par Rich Veitch, aurait dû être commercialisée par DC Comics, via son label Piranha Press. Mais le différent qui opposera Veitch aux instances de l'éditeur, à propos du 88ème numéro de la série Swamp Thing, qu'il écrivait à l'époque (1987-1989) empêchera le deal de se faire [Pour en savoir +].
Je dis singulièrement, car les cinq numéros de cette histoire s'intéressent aux sidekicks des quatre super-héros de la ville de Slumburg, et dessinent en creux le portrait de leur mentor attitré. Dont trois d'entre eux sont des pastiches de personnages de l'écurie DC, lesquels ne sortiront pas indemnes de la déconstruction du genre auquel se livre l'ancien élève de la Kubert School.
•Petit aparté : la déconstruction dont il est question ici, et qu'on retrouve aussi bien à l’œuvre dans Marvelman , Dark Knight Returns, Watchmen que dans les mini-séries Marshal Law, n'est pas l'action de démonter l…