mardi 4 juillet 2017

Spider-Woman, origines & anecdotes

... Une rumeur courrait, fin 1976 début 1977 : un projet de dessin animé était à l'étude (chez Filmation) dont le personnage principal devait s'appeler Spider-Woman.
En effet, cette société de production de dessins animés, qui produisait déjà une série combinant un dessin animé de Tarzan plus un autre de Batman avait dans l'idée d'étendre son écurie de personnages, mais cette fois-ci sans devoir payer de frais de licence comme avec l'Homme-Singe et le Caped Crusader. En créant quelques nouveaux personnages de son cru, dont ladite Spider-Woman.
Lorsque Stan Lee, qui occupait alors le poste de directeur des publications chez Marvel, eut vent de cette rumeur il demanda à Archie Goddwin, l'editor in chief en titre, d'assurer immédiatement la protection du nom, bien trop proche à son goût de Spider-Man, le fleuron de leur propre cheptel, en publiant une histoire avec un personnage ainsi nommé.
Quelques temps plus tard Lee réitérera cette démarche en inventant (avec John Buscema) She-Hulk, afin d'anticiper la création d'une contre-partie féminine au colosse de jade (par CBS ou Universal), qui rencontrait alors un certain succès à la télévision, et que Marvel puisse (surtout) en garder les droits. 
Tout comme avec Spider-Woman on est assez loin de l'élan féministe que l'invention de ces deux personnages pourrait laisser croire, à première vue. 
Mais Stan Lee ne voulait pas de quelque chose qui soit trop proche de la propre histoire de Spider-Man.

Archie Goodwin, avec l'aide de Marie Severin au design, et de Sal Buscema aux dessins de l'histoire proprement dite, concocta donc quelque chose de différent. 
De très différent même, puisque Arachnée (alias Spider-Woman) trompée par les malfaisants d'Hydra pour éliminer Nick Fury, apprendra à la fin de sa première aventure (Marvel Spotlight #32) qu'elle est, pour le dire rapidement, une araignée transformée en humaine (par le Maître de l'Evolution).
Ce numéro a paru dans la revue NOVA (n°34) publiée par LUG
Il semblerait que ce 32ème numéro de Marvel Spotlight se soit suffisamment vendu pour qu'une série dédiée à cette super-héroïne fut envisagée. Archie Goodwin, trop occupé ailleurs, passa la main au scénariste Marv Wolfman, lequel pris trois décisions :
Changer la stylique du personnage en permettant à son abondante chevelure de s'épanouir
Doter Spider-Woman d'un patronyme à partir du prénom de sa fille (Jessica) et de Nancy Drew (une jeune détective connue sous nos latitudes sous le nom d'Alice Roy)
Lui inventer une nouvelle origine

Avec le recul ce dernier point laisse songeur quand on sait ce que fera Alan Moore d'un contexte presque identique chez la Distinguée Concurrence.
Les quatre épisodes en question sont parus dans les n°27 & 28 de Hulk (série Flash) Arédit/Artima 
Wolfman retravaille donc un peu le personnage, et pour le prendre en main l'introduit dans l'une des séries qu'il écrit à l'époque, Marvel Two-in-One, où la Chose fait équipe avec les autres super-héros de la Maison des Idées. Convaincu par les quatre épisodes où Spider-Woman prête main-forte à la Chose, Wolfman s'adjoint le talent de Carmine Infantino aux dessins pour lancer la nouvelle série.

Je ne m'étendrai guère plus sur la série en elle-même (pour le moment), qui connaîtra différents scénaristes et au moins autant de dessinateurs jusqu'à ce qu'Ann Nocenti n'arrive en compagnie de Brian Postman pour en écrire les derniers épisodes. Un très court run qui fera l'objet de mon prochain Commentaire ©™.
Couverture originale de Jean Frisano

Toutefois j'aimerais m'arrêter un instant sur la manière dont peuvent être écrits les scénarios.

.... Dans le cas présent Wolfman explique qu'il a adopté une technique entre la « Méthode Marvel » dans laquelle le scénario assez bref laisse beaucoup de prérogatives aux dessinateurs. Le scénariste ajoute ensuite les dialogues, influencé par le travail du dessinateur, avant que les planches ne soient envoyé à l'encreur. Wolfman qui a débuté sa carrière chez DC Comics où l'on travaille plutôt en « full script », autrement dit le scénario envoyé au dessinateur détaille chaque case. Et tous les dialogues ainsi que les récitatifs y sont déjà présents avant que celui-ci ne commence à dessiner.
La couverture (inédite) du numéro où aurait dû apparaître Black Cat
Une petite anecdote en passant.
Au départ le personnage de Black Cat qui fera les beaux jours de Spider-Man avait été inventé pour être une adversaire de Spider-Woman (mais dans un style années 1940). Cependant, entre temps, Wolfman sera envoyé travailler sur l'une des séries du Tisseur, et avec l'aide de Dave Cockrum, il retravaillera son personnage pour en faire celui que l'on connait aujourd'hui.
Petit détail supplémentaire, lorsqu'il s'est agit d'inventer un patronyme au personnage le scénariste s'inspirera de Felix the Cat (pour Felicia) et des Hardy Boys (les héros éponymes d'une série de romans policiers pour la jeunesse) pour aboutir à Felicia Hardy. CQFD ! 
Au moment où il écrit Spider-Woman Marv Wolfman a adopté un style entre les deux méthodes. 

À savoir qu'il donne un scénario qui fait entre 8 et 12 pages pour 22 planches (ses homologues qui utilisent la « Méthode Marvel » écrivent plus volontiers des scénarios de 2 à 4 pages) mais il revient ajouter les dialogues après le passage de son dessinateur. Cela lui permet de mieux sentir ses personnages dira-t-il. 

En outre cette méthode sera plus facilement gérée par Carmine Infantino, qui ayant beaucoup travaillé chez DC Comics, avait plus l'habitude des « full script ».
Carmine Infantino & Tony de Zuniga (Nova n°35)
  .... Prochaine étape, le run proprement dit d'Ann Nocenti & Brian Postman.


(À suivre ......)

dimanche 2 juillet 2017

Spider-Woman (Ann Nocenti) #47 à #50

…. Alors qu’elle n’avait jamais lu de bandes dessinées encore un an auparavant, et qu’elle n’avait pas plus écrit de scénario, Mark Gruenwald qui vient de devenir editor sur la série Spider-Woman, l’embauche pour écrire ladite série.
C’est en substance ce que racontera Ann Nocenti dans la page du courrier (intitulée Venom Blast) du 48ème numéro (inédit en français), le deuxième qu’elle écrira sur les quatre que comprendra son run

L’un des arguments que développe alors Gruenwald - nous sommes en 1982 - devant une Ann Nocenti qui ne s’y attendait pas, est que jamais un personnage féminin n’a été écrit par une femme sur le long terme. On peut donc supposer que l’editor avait encore en tête de redresser les ventes du titre lorsqu'il s'adressait à sa futur scénariste ; ce que tend également à confirmer la nouvelle titraille, dont le surtitre « The All-New » en dit long, en plus de l’arrivée d’un nouveau dessinateur (Brian Postman). 
L’autre argument , toujours d’après celui qui deviendra donc son editor, est qu’Ann Nocenti vient d’un « monde » différent de celui des scénaristes maison.

Et en dernier lieu, il veut qu’elle écrive cette série.


Plus tard Ann Nocenti reviendra sur cette période, et en donnera une version un peu différente : « Je crois que Mark avait déjà fait le tour des scénaristes et que tout le monde avait refusé, parce que c'était vraiment un truc malsain de tuer un héros. Mais ça je n'en savais rien. 
J'ai pensé :"Ok, c'est juste une silhouette en carton, une nana avec un costume d'araignée sur un gobelet en plastique." Alors j'ai fait quatre numéro, puis je l'ai tuée, et j'ai reçu des torrents de lettres de gamins horrifiés et tristes. 
Je n'avais pas vraiment mesuré la force des liens qui unissent les gamins à ces personnages. Ils sont vivants vous savez ? 
Ce fût une sacrée entrée en matière dans l'univers Marvel.»

Deux ans plus tard l'occasion de se «racheter» lui sera donnée, en devant consultante sur deux numéros de la série Avengers, écrite par Rogers Stern, un diptyque dont je parlerai bientôt.
La version originale en haut : trois pages/la version française en-dessous avec une page en moins
.... Se pencher sur ces quatre derniers numéros de la série Spider-Woman, qui sont aussi le premier travail de scénariste d’Ann Nocenti*, recrutée via une annonce dans le journal The Village Voice sans qu’elle sache ce qu’éditait Marvel, pour travailler au sein de sa rédaction, permet de se rendre compte qu’au début des années 1980, la mort d’un personnage n’était pas encore ancrée dans l’ADN du genre comme elle l’est aujourd’hui. 
Où elle tend à n'être qu'un obstacle parmi d'autres, et si par malheur le héros y succombait la jurisprudence en vigueur veut qu'il ressuscite tôt ou tard. 

Du reste on apprécie également mieux la manière dont s’effectue le travail des uns et des autres au sein d’une entreprise telle que Marvel (du moins au début des années 1980) notamment le travail de l’editor.
Daddy Longlegs en action, sans les onomatopées et certains effets dans la version LUG
Souvent bien moins connu que les scénaristes et les dessinateurs, il apparaît ici pourtant comme un élément essentiel, voire indispensable sur la ou les séries qu’il cornaque. Outre bien entendu, son travail de coordination ou de relance(s) des deadlines, etc

.... Comme on le voit, c’est lui qui recrute la scénariste et qui lui donne un objectif à atteindre. Il est aussi capable d’inventer des personnage. Pour cette série c’est en effet Gruenwald qui créé Daddy Longlegs, l’un des personnages qui apparaît dans le numéro 47. 
En tout état de cause l’editor, prend une part importante, et surtout créative, au(x) projet(s) qu’il supervise. 

Comme c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui comme on peut le voir au travers de quelques exemples dont j’ai parlé sur mon blog comme Occupy Avengers [Pour en savoir +]. 

Un autre paramètre tout aussi intéressant, et que l’on retrouvera dans d’autres de ses travaux, est qu’Ann Nocenti a une approche à la Steve Gerber, si je puis dire ; un scénariste que l’on surnomme parfois le « Grant Morrison des années 1970 » pour sa folie créative. 

Dès ses premiers pas, les quatre numéros dont il est question ici, elle écrit ce qu'on appelle des « relevant comics », un type d'histoire dont Gerber s'était justement fait le spécialiste au sein de la Maison des Idées (voir à ce sujet les nombreux Commentaires™© que je lui ai consacrés sur ce blog). 
Autrement dit des bandes dessinées où l’aspect social est prépondérant et en phase avec des problèmes pertinents et contemporains qui agitent alors la société: violence, drogue, abus en tous genres, etc
En outre, elle place (presque) toujours ses personnages au cœur d’une atmosphère bizarre, étrange, et parfois même malsaine. Tout comme Gerber. 
Une entrée en matière pas piqué des vers (Nova n°76)
On pourrait presque parler, notamment pour son court run sur Spider-Woman, de récits d’épouvante. 

Le quarante-huitième épisode, particulièrement corsé, n’aura d’ailleurs pas l’heur d’être publié par les éditions LUG. Spider-Woman y sera contrainte de s'y arracher les cheveux littéralement, et les seringues ainsi que les coups y voleront bas. Et tout cela avec l'assentiment de la Comics Code Authority, dont le sceau ornera ledit numéro. 

Les numéros 47, 49 et 50 seront quant à eux retouchés pour en atténuer le dynamisme ou la violence diront certains (voir supra), et au moins une page sera purement & simplement absente de l’édition française (toujours supra). 



L'idée de me replonger, voire me plonger dans les travaux d'Ann Nocenti m'est venue en lisant l'excellent article que lui a consacré Frédéric Pajon [Pour en savoir +].
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* Si l’on excepte la courte histoire parue dans le numéro 32 de la revue Bizarre Adventures d’août 1982, dont rien ne dit d’ailleurs qu’elle n’a pas été écrite après son premier numéro de Spider-Woman (paru en décembre 1982).