dimanche 10 décembre 2017

All-New Avengers Hors-série n°3

.... Sept numéros, dans un forcing désespéré pour nous proposer la totalité de la série, pour la modeste somme de 5,90 euros, tel est le contenu de ce troisième hors-série des « Tout-Nouveaux Vengeurs », revue publiée par Panini.

Au commande, le toujours pétillant Al Ewing, alors qu'aux dessins un trio se dispute le droit de dessiner son scénario, que n'aurait pas désavoué Jack Kirby Jim Starlin ; rehaussés de couleurs tout aussi lysergiques que les aventures qu'écrivait justement l'ex-photographe de la Navy.
Dessin & couleurs de Christian Ward
Si le sixième numéro mensuel (de la périodicité étasunienne) qui ouvre ce recueil est toujours sous l'influence de l’accélérateur des « contraires » (Captain America est un Africain-Américain, Mjolnir est devenu la propriété d'une femme, etc.) , qui alimente la Maison des idées en une nouvelle énergie salutaire, la belle mécanique est rattrapée par un de ces events qui rythment la vie des illustrés de super-héros, comme la grippe rythme la nôtre. Sauf que l'événementiel à la sauce Marvel est plus fréquent, et plus meurtrier.

Toutefois, faisant montre d'une intelligence créative autant que diplomatique, Al Ewing réussi à maintenir ce qui faisait la particularité de son travail sur les 5 précédents numéros de la série [Pour en savoir +], tout en sacrifiant aux directives éditoriales.
On pourra bien sûr arguer que l'antagoniste des Ultimates - sur les numéros estampillés « Civil War II » - y est pour beaucoup. 
Certes, cependant le scénariste a montré dans ces 5 numéros, qu'en termes d'inflation dramatique il n'avait rien à redouter.
Dessin de Kenneth Rocafort & couleurs de dan Brown
Kenneth Rocafort et ses tuiles séquentielles mal ajustée, ainsi que son compère Christian Ward en pleine montée d'acide, dessinent les contours d'un univers tout aussi étrange et fascinant que les personnages qui y vivent.

.... En faisant de cette énième mouture des Ultimates des bêta-testeurs de mondes improbables et infinis, peuplés de créatures conceptuelles et de races extraterrestres, tout en y mélangeant des apartés intimistes, et des manigances de barbouzes plus terre-à-terre, Al Ewing - formé à l'école anglaise de l'hebdomadaire 2000AD - nous captive et nous entraîne à sa suite, comme le ferait le joueur de flûte d'Hamelin.
Prochainement
(À lire et à suivre ....)

mardi 5 décembre 2017

Alan Moore dans Télérama

.... Nouvelle incursion dans la réception qu'a accordée l'Hexagone à Alan Moore lors de la publication de son deuxième roman, Jerusalem.
Si certaines choses ont forcément étaient dites ailleurs, si d'autres sont connues des gens qui suivent l'auteur depuis avant Jerusalem, l'article de Stéphane Jarno met au jour un aspect peut-être moins connu, celui du militant de terrain, qui mouille la chemise dans un "laboratoire de création artistique", nulle part ailleurs que dans l'arrière-salle d'un bar associatif de Northampton.

Un bien chouette article !

lundi 4 décembre 2017

SHI (t2), ou l'ambiguïté du message

.... Le deuxième tome de la série de Zidrou et José Homs continue de faire la démonstration d'une maîtrise dans l'art de captiver, grâce à une narration qui enchaîne aussi sûrement les péripéties que le lecteur.
Quand bien même sommes-nous en terrain connu, le dosage des scènes choc et des coups de théâtre induit une assuétude contre laquelle il est difficile de lutter. Bravo !

.... Cependant, au-delà de la trépidante aventure qu'on nous raconte, j'ai été frappé, et surtout troublé par le message implicite que j'y ai vu.
Diffus lors du précédent album [Pour en savoir +], il s'affirme avec celui-ci.

.... À première vue, il s'agit du thème toujours fécond de rendre justice soi-même, alors que la société dans laquelle on vit s'y refuse. En vertu par exemple ici, d'une sorte d'immunité de classe (qui traverse les siècles).
Vengeance plus que justice d'ailleurs, en ce qu'elle n'épargne personne, aveuglément guidée par la loi du talion, suivant le raisonnement simpliste qui veut que si vous ne faîtes pas partie de l'organisation - qui donne ici son nom à la série - vous en êtes l'ennemi, et serez donc éliminé. Même si vous n'avez rien à voir avec les exactions qui sont reprochés aux coupables ; ou supposés tels.

.... Œil pour œil, dent pour dent.

.... Il n'échappera à personne, que faire payer des torts à des innocents, tout en rendant héroïques les ex-victimes (devenues pour le coup bourreaux), est un message pour le moins inacceptable. Surtout que, sans révéler ce qui se passe dans les deux premiers tomes, le résultat est très clair.
Et qui, en ces temps troublés ne peut manquer d'être rapprocher du modus operandi d'organisations qui nous terrorisent au nom d'une religion.

Cela dit, ne connaissant pas Zidrou, ni d'ailleurs José Homs, je leur laisse le bénéfice du doute, et je m'attends à un revirement de situation qui me laissera sûrement pantois.

.... En conclusion, SHI est une excellente série qui en plus d'apporter sa dose d'évasion, ménage un espace de réflexion bienvenue, même si ce que je pense y voir me fait froid dans le dos.


(À lire & à suivre .....)

BURROUGHS de João Pinheiro (et la page 99)

« Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images » GUY debord.

…. Ford Madox Ford (1873-1939), sorte de couteau suisse des lettres britanniques, dont j’ai lu il y a un certain temps déjà l’un des romans, celui co-écrit avec Joseph Conrad, intitulé « L’Aventure », aurait un jour déclaré qu'il pouvait juger de la qualité d'un manuscrit à la seule lecture de sa page 99. 

…. S’agissant de parler d’un ouvrage sur William S. Burroughs, un auteur qui n’a jamais capitulé devant l’expérimentation littéraire, pas plus que João Pinheiro d’ailleurs, et pour cause, le test dit de la « page 99 » semble – pour moi - aller de soi. 

Or donc la 99ème page de Burroughs de João Pinheiro, bédé parue aux éditions Presque Lune, et traduite par Dominique Nédellec, suffira-t-elle à vous donner une idée globale de l’ensemble, et à titiller votre cerveau reptilien ? 
Comme peuvent le voir ceux qui sont coutumiers de l’œuvre de celui que l'on considère parfois comme le « compagnon de route » de la Beat Generation, cette quatre-vingt-dix neuvième page contient certaines des obsessions de Burroughs ; et tel un reflet fidèle des un peu plus de 100 pages de l’œuvre de João Pinheiro, elles les contiennent toutes. Faut-il pour autant avoir déjà lu Burroughs ? Question difficile : en tout cas il est certain que Burroughs en dit énormément sur Burroughs, mais si j’ose dire à sa manière. En d’autres termes Pinheiro a pioché dans les écrits du célèbre junky et dans ce qu’on croit savoir de sa vie pour modeler une quête biographique dont l’enquêteur en est le sujet. Cette page qui est donc sensément selon Ford Madox Ford être ce qu’une goutte d’eau de mer est à la mer, est dessinée - comme toutes les autres - au crayon bleu, ustensile dont se servaient les dessinateurs de bédé, avant l’avènement des nouveaux outils informatiques qui permettent de s’en passer, et dont la propriété principale était de ne pas passer à la photocopie. On pouvait donc esquisser au « bleu », et ensuite crayonner, et encrer par-dessus sans avoir à gommer ; pour quelqu’un comme Burroughs, pour qui les enregistrements, dans la plus large acception du terme, occupent une place aussi centrale dans la pensée ; au point d’en avoir utilisés dans des rituels magiques, cette attention résume toute la démarche de l’auteur de Burroughs, lequel me semble bien avoir compris celle de Burroughs. 

…. En définitive, la page quatre-vingt-dix neuf passe haut la main son propre test, et Burroughs aussi ! 

(À lire ......)

dimanche 3 décembre 2017

Captain America vu par Rick Remender

Attention, ceci est un billet critique qui dévoile des éléments que certains lecteurs aimeraient peut-être découvrir lors de leur propre lecture, même si ici, ils ne sont que superficiellement abordés.

 …. Choix du scénariste ou volonté éditoriale ( ?), le Captain America de Rick Remender a la très bonne idée de couper radicalement les ponts avec ce qu’en avait fait Ed Brubaker, le scénariste précédent.
Remender imagine d’envoyer la création de Joe Simon & Jack Kirby dans un monde qu’on croirait inventé par ce dernier au cours d’une discussion avec J.R.R. Tolkien. L’emblématique super-héros américain y connaîtra les affres de la paternité, un aspect qui je crois n’avais jamais été abordé aussi franchement dans son déjà long parcours de personnage d’encre et de papier.
Rick Remender y développe dans ces 10 premiers numéros, conséquence de la situation dans laquelle se trouve son personnage principal, un discours sur l’éducation, tout en sacrifiant – bien évidement – une part notable de pages à des affrontements qui n’ont rien à envier à ceux qu’auraient, justement, pu imaginer Tolkien ou Kirby. Cela dit, la part d’introspection qu’autorise un écoulement du temps digne des meilleurs contes de fée, équilibre joliment cette aventure. 
Rien n’est à jeter dans cet arc intitulé« Perdu dans la Dimension Z ».

John Romita Jr., très en forme, laisse s’exprimer toute la puissance picturale dont il est coutumier, soutenu par une mise en récit (storytelling) dynamique, et surtout d’une belle efficacité. Secondé par des encreurs qui connaissent leur travail, la vraie plus-value – à mes yeux - vient des couleurs de Dean White, coloriste que j’apprécie beaucoup. Il donne à la « Dimension Z » tout ce qui lui faut d’ambiance, pour qu’on ait envie d’y croire.

…. Manifestement, le scénariste à quelque chose à dire sur ce personnage, ce qui ne l’empêche pas d’en créer de nouveaux pour y parvenir.

Si les deux tomes de « Perdu dans la Dimension Z » étaient très réussis, « Nuke se déchaîne », le suivant de l’ère Marvel Now, du nom de l’événement sensé à la fois servir de relance aux titres de l’éditeur et de nouveau point d’entrée dévolu à ses personnages, ouvre une très belle saga. Le Nuke en question s’y verra dépeint en soldat perdu – comme les U.S.A. savent les fabriquer - d’un impérialisme sans inhibition au point de dévorer ses propres enfants. Un droit d’ingérence dont le retour de balancier ne se fera pas attendre puisque c’est sans temps mort qu’on enchaînera sur « Clou de Fer ».
Un quatrième tome qui laissera rétrospectivement l’impression que « Perdu dans la Dimension Z » était une bien anodine promenade de santé pour Captain America. C’est dire si Remender joue sur du velours, celui qui d’ordinaire recouvre les mains de fer.

« Soldat de demain », démontre que Rick Remender a de la suite dans les idées, tout en réutilisant un ressort dramatique déjà usiné par Ed Brubaker, dont la proximité en amenuise un peu l’effet.
Même si l’idée à laquelle aboutira ce cinquième recueil est bonne, en plus de la redondance d’une nouvelle passation de pouvoir, celle-ci est relatée dans l’épisode le plus mal écrits que j’ai pu lire ; le scénariste avait vraisemblablement mangé un clown périmé le matin même.

…. Après vingt-cinq numéros, que l’éditeur Panini a donc divisés en cinq albums, Marvel Now tire sa révérence en même temps que l’ancien porteur de bouclier, pour laisser place à un nouveau Captain America sous un label tout aussi neuf « All-New », et ……… une nouvelle numérotation.
Rick Remender, et ses collaborateurs John Romita Jr., puis Carlos Pacheco et Nic Klein à tour de rôle, les encreurs Klaus Janson, Scott Hanna ou encore Tom Palmer ; les coloristes dont Dean White déjà cité ou encore Sonia Oback, Dave Stewart, et j’en oublie, tous auront donc participé à la belle réussite qu’aura été cette entreprise publiée mensuellement aux Etats-Unis entre janvier 2013 et décembre 2014. 

Un bilan plus que positif, marqué toutefois par un faux pas sur un épisode dont j’aurais aimé qu’il soit plus sérieux. Néanmoins même sur ce numéro, Remender donne au passage de relais entre Steve Rogers et Sam Wilson une évidence qui en dit long sur l’amitié des deux personnages. 

(À suivre …)

dimanche 26 novembre 2017

Certains ont disparu et d'autres sont tombés [Joel Lane]

.... Les quelques textes que j'ai lus parmi les 30 réunis par Jean-Daniel Brèque, essentiellement les quatre faisant " partie d'un cycle policier/fantastique, dont l'ensemble a été réuni dans Where Furnaces Burn, recueil couronné d'un World Fantasy Award", sont d'une intensité rare. Le genre d'histoire capable de refroidir la plus chaude des canicules, de vous voler quelque chose en en effaçant le souvenir mais pas le sentiment de perte. 

Joel Lane y met en scène un inspecteur de police anonyme qui m'a rappelé le John Constantine de la série HELLBLAZER, surtout les histoires écrites par Warren Ellis ; mais en bien plus sombre & bouleversant chez Lane, qu'elles ne l'ont jamais été chez le personnage inventé par Alan Moore .

.... Synchronicité jungienne s'il en est, j'ai reçu l'ouvrage [Pour en savoir +] en question le 25 novembre et en ai commencé la lecture le soir même, laquelle m'a amené aux premières heures du lendemain. Sans rire.
Alors même que j'apprenais, en lisant la préface écrite par JDB, que l'auteur était mort cette même nuit, quatre ans plus tôt.

La force de ces quatre nouvelles tient également en ce qu'elles dessinent un horizon politique implicite qui n'est pas pour rien dans l'horreur qu'elles décrivent. L'anonymat du narrateur (clin d’œil à Dashiel Hammett ?) ajoute au malaise d'histoires désespérantes qui n'en avaient pourtant pas vraiment besoin. D'autant qu'en filigrane, et avec une économie de moyens liée à la brièveté des textes, pointe l'intimité du héros, qui n'a même pas le mauvais goût de lui faire regretter son travail.

.... En résumé, et contre toute attente, cette atmosphère délétère, parfois hachée de scènes très crues, mais toujours d'une immense tristesse, n’a pas entamé le plaisir que j'ai pris à les lire. La raison tient avant tout à la beauté du style, la justesse du ton et la sobriété dont font preuve et Joel Lane et Jean-Daniel Brèque, son traducteur.
Certains ont disparu et d'autres sont tombés, dont j'avais prévu de lire de loin en loin les nouvelles en a décidé autrement. Du coin de l’œil je capte son impatience à s'emparer de mon temps libre, de l'abréger, d'en faire son territoire, et ensuite .... ?! 

Les Jardins de la Lune [Steven Erikson]

Couverture de Chris Moore
…. Tout en lisant Les Jardins de la Lune (Gardens of the Moon) dans la traduction de Marie-Christine Gamberini pour la collection fantasy des éditions Buchet/Chastel, et devant l’ampleur que semblait prendre ce roman dès les premiers chapitres, j’ai jeté un œil sur ce qui se disait de l’auteur & de son travail.

Paru il y a plus de quinze ans déjà en français, je n’apprendrai donc sûrement rien à personne en disant que ce premier tome fait partie d’un très vaste univers littéraire, dont le cycle intitulé Le Livre Malazéen des Glorieux Défunts, auquel appartient le présent roman, se compose de pas moins de 10 romans. Cycle qui se rattache à d’autres cycles, dont certains écrits par Ian C. Esslemont. C’est donc à un projet particulièrement ambitieux auquel se sont attaqués les deux complices en jeux de rôles devenus également depuis romanciers. 
Même à l’échelle de ce qui se fait souvent en fantasy, genre réputé pour ses cycles interminables. Parfois, pour ne pas dire souvent, au détriment de ce qu’on aimerait y trouver. 

Cela dit, s’il est coutumier de reprocher aux auteurs de trop écrire ou d’écrire « trop long », on peut tout aussi bien inverser la proposition. À trop lire, les lecteurs ne s’usent-ils pas aussi ? 

…. Aussi étonnant que ce cela puisse me sembler, Les Jardins de la Lune est le premier roman de Steven Erikson. 
Réputé difficile, pas assez maîtrisé dit-on même, à tel point que les connaisseurs, du moins certain d’entre eux, recommandent de commencer* par le deuxième tome du cycle, Deadhouse Gates, plus abouti  . Paru en français, et ce sera pour l’instant le dernier traduit, chez Calman-Levy, mais découpé en deux romans, intitulés respectivement : Les Portes de la Maison des Morts et La Chaîne des Chiens. Contournement facilité puisque l’ordre de parution ne suit pas la chronologie de l’univers en question. Deadhouses Gates ai-je lu, part sur une intrigue différente de celle de Les Jardins de la Lune, et ne la rejoint que plus tard dans le cycle. 

…. À toute honneur tout seigneur, n’étant pas moi-même au fait de tout cela lorsque j’ai entamé ce premier tome, je ne l’ai pourtant pas lâché, souvent toujours impatient de reprendre ma lecture quand je devais y renoncer. S’il est en effet foisonnant, je n’ai pas ressenti un quelconque manque de maîtrise de l’auteur, tout au contraire. 
Plutôt enthousiaste de lire un roman où les très nombreux personnages prennent tous – ou peu s’en faut - une part active aux nombreuse intrigues qui s’y déroulent. En un mot comme en cent, je n’ai pas boudé mon plaisir. 
Certes, on est plongé in medias res, et Erikson n’utilise pas de narrateur omniscient qui pourrait faire preuve de didactisme en nous expliquant ceci ou cela. Tout ce que l’on apprendra du monde dans lequel nous plongeons viendra des actions et des dialogues des personnages. Une technique qui si elle paraît moins faciliter l’accès dudit roman, implique d’autant plus le lecteur. 

Heureusement, le rythme, la caractérisation, le dépaysement, les multiples rebondissements et le souffle épique, en un mot le contenu de l'ouvrage est à la hauteur de l’effort (relatif) demandé. 
Autre point de satisfaction, la traductrice Marie-Christine Gamberini, et l’éditeur ont choisi de traduire la plupart des noms des personnages, des lieux et des villes. Comme on sait, en fantasy les noms propres sont autant de noms programmatiques. Et si certains sonnent bizarrement en regard du vocabulaire qui est le nôtre, j’y ai pour ma part trouvé un facteur augmentant le cognitive estrangement cher à Darko Suvin [Pour en savoir +], et sensation qui m’est nécessaire dans ce type de lecture. 

…. En définitive, ce premier tome est non seulement une très belle réussite, qui peut par ailleurs rester sans suite si on le désire, tout en donnant furieusement envie de retourner dans cet extraordinaire univers. Cerise sur le gâteau, des rumeurs venues des confins assurent que la suite de la série serait en bonne voie pour se voir traduire en langue hexagonale. 
C'est ce que j'appelle une très bonne nouvelle ! 
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* Démarche que je ne recommande pas du tout, ayant commencé justement ce second roman depuis mon billet, puisqu'il indique une ou deux choses assez dommageables sur le premier. C'est rapide, mais c'est là quand même.

On pourra avec profit lire un autre billet critique chez Lutin82 [Pour en savoir +], ou encore chez Apophis [Pour en savoir +], voire chez Herbefol [Pour en savoir +]. Des billets beaucoup plus riches que ma propre recension.

samedi 25 novembre 2017

Injection [t2] Ellis/Shalvey/Bellaire

…. Parlant du tome précédent+, j’avançais une théorie : les membres de l’Unité des Contaminations Culturelles Croisées étaient les « spectres » d’importants personnages de la culture populaire britannique. Pour reprendre une terminologie inspirée des travaux de Jacques Derrida (ici Spectres de Marx), d’ailleurs invité dans ce deuxième tome (ce qui tendrait donc à avaliser ma théorie) par Warren Ellis & Declan Shalvey. 
Ainsi avais-je apparié Maria Kilride au Pr. Quatermass, Simon Winters à James Bond (depuis j’ai lu que Warren Ellis disait que le prochain James Bond devrait être incarné par l’acteur Idriss Elba, CQFD), et Vivek Headland – autour duquel tourne le présent volume de la série – à Sherlock Holmes. Le scénariste s’y permet d’ailleurs une allusion à l’affaire dite du « Rat géant de Sumatra », cité par Arthur Conan Doyle lui-même, au travers de l'élègant « phacochère cyclopéen de Sumatra ».  
Robin Morel, archétype si j’ose dire du « détective occulte », serait selon Ellis le spectre (sic) de Thomas Carnacky (inventé par William Hope Hodgson). J’avais proposé pour ma part John Silence, mais en effet Carnacky fonctionne très bien (forcément).
Me restait un doute sur Brigid Roth l’enfailleuse (ou hacker) de l‘unité, dans la mesure où elle évoquait, et évoque toujours à mon avis, la Lisbeth Salander de Stieg Larsson. Un personnage que le créateur de Jenny Sparks et de Spider Jerusalem aurait certainement été heureux d’inventer lui-même. Mais un tel choix aurait entamé mon idée de «quintet britannique ». 
Depuis j’ai lu que Brigid serait d’après Warren Ellis (voir son bulletin d’information Orbital Operations) le pendant spectral du Doctor Who. Un rapprochement plutôt étonnant, que rien ne laissait présager. 
À tel point que ce deuxième tome de la série en fait un peu trop à mon goût dans cette direction. 

Mais pourquoi pas !? 
…. Ceci étant, revenons à ce deuxième opus (qui contient les numéros 6 à 10, parus entre janvier et juin 2016, de l’édition américaine). Lequel se polarise donc sur Vivek Headland, un Sherlock Holmes – pour qui soit dit en passant, les injections n’ont rien de virtuelles – à la sauce Ellis, et pour qui les choix culinaires seront –justement – un met de choix. En effet le whodunit, autrement dit en bon français le kilafé, dans lequel nous sommes entraînés, et qui en respecte la sacro-sainte règle de réunir tout le monde, à la fin de l’histoire, pour désigner le coupable, tourne notamment autour d’un jambon d’un cru particulier. 
Notons immédiatement, qu’un paradigme cynégétique meut à la fois le lecteur et le détective, en tant que dans ce type d’histoire – dont l’implicite n’est pas loin du volume immergé d’un iceberg - il est aussi à l’affût d’indices lui permettant de donner un sens plus large qu’une lecture au premier degré le lui permet. Genre de détective littéraire, entre déchiffrement & défrichement. 

Du côté de l'explicite, l'impression de lire un Warren Ellis en très petite forme ne se dément pas d'un bout à l'autre de l'enquête. À croire qu'il ne sait plus trop quoi faire de son Injection (je parle de l'opération menée par l'UCCC) ; idée brillante mais particulièrement difficile à manipuler. 
Alors que l'unité en question devrait être sur plusieurs fronts, situation qui devrait se traduire par un papillonnage en règle d'intrigues secondaires, elle dilapide son temps à jouer à Pôle Emploi™ , pendant que le scénario met en scène un remake d'Elementary.
.... Pourtant la série repose sur une idée comme je les aime, une sorte de Club des Cinq™ à la Carolyn Wells+. Et sur une très bonne idée de SF, en tant qu'elle est en quelque sorte une définition d'elle-même : vouloir précipiter le futur.
Las ! ce deuxième tome donne surtout envie d'avoir recours à une solution à 7%, pour tromper - comme le fameux détective - son ennui.

.... Reste un très beau travail de Declan Shalvey et de la coloriste Jordie Bellaire, qui par ailleurs travaillent dans le même atelier, en terme d'ambiance. Laquelle donne des indications tellement précises sur les états d'âme des protagonistes, et sur les situations qu'ils affrontent, qu'elle devient quasi l'équivalent de récitatifs ou d'une voix off
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À noter un beau travail de l'éditeur Urban Comics, qui dote son édition de deux pages de récapitulatif, absente de l'édition originale, et surtout très dans l'esprit de la série elle-même. Un travail que l'on doit certainement à Cécile Rivat (adaptation graphique), au lettreur Moscow*Eye, et au traducteur de l'album, l'ami Nikolavitch. Seul reproche, un fond perdu absent ou presque, qui limite l'ouverture du livre : 14 € (prix unique du livre oblige).   
 

jeudi 23 novembre 2017

Violent Cases, une introduction par Alan Moore

.... Ayant remis la main sur mon exemplaire de Violent Cases, du duo de rêve Neil Gaiman & Dave Mc Kean, je vous en propose l'introduction d'Alan Moore.
Traduction de Michel Pagel pour les éditions Zenda.

Comme pour les autres textes & préfaces de Moore que j'ai pu publier sur mon blog, l'idée est d'avoir une perspective sur son travail, au travers de ce qu'il dit de celui des autres. CQFD ! [-_ô]
Autre intérêt non négligeable, cette introduction date de 1987, une époque pas très éloignée des débuts professionnels de l'auteur de Jerusalem ; et à partir de laquelle on pourra (peut-être ?) mesurer le chemin parcouru.

.... Bref, trêve de bavardage, place au texte : 
 

lundi 20 novembre 2017

Libération : Alan Moore

.... Le quotidien Libération dresse le portrait du dernier des magiciens de Northampton (à ma connaissance), et c'est aussi sur Ici, je suis ailleurs, happy hour pour tout le monde :

dimanche 19 novembre 2017

SHI t1 [Zidrou/Homs]

.... Entraîné d'entrée de jeu par la saisissante couverture de José Homs, et tenu en haleine par ses toutes aussi magnifiques planches, que j'ai lues d'une traite, je suis complétement passé à côté des nombreuses faiblesses du scénario. Lesquelles ne me sont apparues qu'au moment de réfléchir au billet critique que j'avais envie d'écrire sur ce premier album - intitulé Au commencement était la colère - d'une série annoncée en 4 tomes.

Cela dit Zidrou, et c'est tout à son honneur de scénariste, n'est pas plus étranger à cette situation que son complice.
Tout le talent de José Homs s'exprime dans cette case, onomatopée comprise
C'est d'ailleurs à mes yeux un talent, que de réussir à faire oublier au lecteur que l'histoire qu'on lui propose repose sur des fondations aussi ténues.

En très exactement deux pages et un coup de théâtre, ils ferrent celui qui voudra bien entamer la lecture de leur album pour ne plus jamais en relâcher la pression. 
Rien ne sera épargné à leurs personnages, ni au lecteur.

Lequel verra sa suspension d'incrédulité toute aussi malmenée que l'existence des deux héroïnes, mais sans que jamais elle(s) ne cesse(nt) d'agir. 
Un prouesse en soi.  

Même les dialogues flirtent parfois avec l'incongru. Ainsi, en quoi une organisation criminelle qui ne serait composée que de femmes, serait-elle plus difficile à appréhender qu'une autre ?
Et pourtant, tout cela passe au second plan devant la puissance d'un tout (l'album) bien supérieur à la somme de ses parties (dont les quelques faiblesses) qui le compose.
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Mon verdict : Une réussite bluffante (dans tous les sens des termes).

Score : 3 shuriken 

samedi 18 novembre 2017

Brilliant Trash : Tim Seeley & Priscilla Petraites

.... Le catalogue de l'éditeur étasunien AfterShock Comics, inauguré en avril 2015, s'épaissit doucement mais sûrement.
Ce mois-ci est sortie une nouvelle série sous l'égide du prometteur scénariste Tim Seeley, et de la dessinatrice Priscillia Petraites.
Seeley, qui partage son temps entre projets personnels (Hack/Slash, Revival) et travail de commande (G.I. Joe, Batman, ..), nous propose ici une bédé qui anticipe légèrement notre présent.

À partir d'une extrapolation de certaines pratiques de l'industrie pharmaceutique que nous connaissons déjà, et du dévoiement du journalisme, par rapport aux propres attentes du scénariste en la matière, Brilliant Trash s'inscrit dans une société dystopique, dans laquelle Seeley transfuse des individus dotés de super-pouvoir. Individus sur lesquels sera amenée à enquêter la journaliste Kennedy Avis.
Revers de la médaille ; à l'instar de nos sportifs dits de haut niveau contemporains, dépasser ses limites à un prix.  
.... Intitulée à l'origine Life Spanners, cette série aurait dû voir le jour en juillet 2016 du moins si j'en crois l'AfterShoock Genesis paru en mai 2016 (voir supra à gauche), mais avec le dessinateur Gus Storm. 

Brève présentation des créateurs
Pour une raison qui me reste inconnue, le titre et le dessinateur ont changé, mais pas - apparemment - le propos (ni l'éditeur). Les mises en récit graphiques, respectives, semblent aussi partager pas mal de points communs. Du moins sur les planches que j'ai pu comparer comme ci-dessus : à gauche des ébauches proposées en avant-première dans l'AfterShock Genesis déjà cité, lorsque la série s'appelait encore Life Spanners, signées Storm, et à droite l'une des pages du 1er numéro de Brilliant Trash dessinée par Petraites. 
Si lorsqu'on la connaît, la feuille de route de Brilliant Trash a tout séduire, relativement à mes propres goûts du moins, ce premier numéro ne joue pas tout à fait son rôle de « planche d’appel », et reste dans une moyenne basse assez peu motivante. Contrairement, si j'ose une comparaison, à celui d'EGOs la série de Stuart Moore & (justement) Gus Storm que j'ai lu en même temps, et dont je parlerai prochainement.  
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Mon verdict : Doit absolument faire ses preuves au prochain numéro.

Score : 1 étoile.

Alan Moore : 23360 nuits

.... À l'occasion de la 23360ème nuit d'Alan Moore, je vous propose un entretien publié dans le numéro 584 du mensuel Le Magazine Littéraire, à l'occasion de la sortie du deuxième roman d'un des derniers magiciens du monde occidental :

 
 
 
 
Une manière de saluer le travail extraordinaire de cet  auteur, et de percer son code créatif. 

[-_ô]
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Merci au Magazine littéraire et à Alexis Brocas, le traducteur du présent article.

jeudi 16 novembre 2017

GLOW*** (Ned Beauman/Catherine Richard-Mas)


…. Entre savantes dissertations sur « la chimie du plaisir et les neurosciences sérieuses », géographie pour le moins exotique, syndrome hypernycthéméral (presque un super-pouvoir), GLOW de Ned Beauman donne à lire un roman à la trame narrative particulièrement travaillée & captivante (jusqu’à la dernière ligne).

Sorte de mariage de la carpe et du lapin en tant qu’elle prend place dans un contexte très farfelue et incroyable, lequel pourtant ne laisse jamais le lecteur lâcher prise. Un comble si j'ose dire, pour un roman où les « drogues récréatives » occupent une place à peine plus importante que les renards.

.... Résumer ce roman lui enlèverait tout ce qui fait qu’il est ce qu’il est, un magnifique moment de lecture foisonnant, accessible de ce côté de la Manche grâce à la traduction au style éblouissant de Catherine Richard-Mas (pour les éditions Joëlle Losfeld), un ticket pour un voyage inoubliable & insolite (vendu à moins de 5 euros - frais de port inclus - dans certaines boutiques de seconde main) .
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Mon verdict : Un roman qui m'a donné une envie pressante de lire L'accident de téléportation son précédent, et déjà traduit par Catherine Richard-Mas.

Score : 140 bpm

mardi 14 novembre 2017

Le Sympathisant [ Viet Thanh NGUYEN & Clément BAUDE]


Couverture d'Igor Khersonskyy
.... Alors que l'Histoire est d'ordinaire écrite par les vainqueurs, le cinéma américain - dont le poids sur l'imaginaire collectif occidental (voire au-delà) n'est plus à démontrer - s'en est pourtant chargé pour ce qu'on appelle communément « la guerre du Vietnam ».
Apocalypse Now, qu'il a vu lorsqu'il avait 10 ou 11 ans, aura été pour Viet Thanh Nguyen une sorte d'apax existentiel. Juste retour des choses, l'auteur se charge de lui rendre - dans son roman - la monnaie de la colère que le film a alors suscité en lui.

Expérience formelle autant que roman à l'intrigue captivante, Le Sympathisant épuise tous les genres, dont celui de l'espionnage, et parfois le lecteur (grâce à sa puissance d'évocation). Son style exigeant, rendu par la magnifique traduction de Clément Baude, y conjugue avec un bonheur rare une fluidité dont il difficile de s'extraire & une veine plus expérimentale toute aussi attrayante. Ce livre ne laisse aucun répit à quiconque s'y plonge.

.... Réussite totale, ce roman, le premier de Viet Thanh Nguyen, même si c'est très difficile à croire, se permet malgré tout quelques tours de force qui en repousse encore les limites. Comme si cela était possible.

Disponible en numérique (15,99 €) ou en grand format (23,50 €) aux éditions Belfond.
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Pour la petite histoire j'ai enchaîné presque immédiatement avec un autre roman (Les enfants du Cap pour ne pas le nommer), et si le style extraordinaire de Viet Thanh Nguyen ne fait aucun doute lorsqu'on le lit, l'expérience s'est révélé, rétrospectivement, très cruelle pour celui du roman de Michele Rowe. 

samedi 11 novembre 2017

The Rook*** par Daniel O'Malley & Charles Bonnot

 .... S'appuyant sur un ingénieux dispositif, lequel permet en (grande) partie de masquer le didactisme inhérent à la découverte d'un nouveau biotope et de gérer un suspense bien venu, Daniel O'Malley propose, grâce à la traduction de Charles Bonnot, un roman de fantasy urbaine captivant & plein d'humour. 

The Rook, « Au service surnaturel de sa Majesté », annonce la couleur si je puis dire, dès sa très réussie couverture (due à Jeanne Mutrel), et à son explicite sous-titre. Cela dit, loin d'en gâcher le contenu, ils ont été au contraire un appât plutôt convaincant.

Entre la découverte des personnages, et les nombreuses & bizarres situations auxquels devra faire face Myfanwy Thomas, il ne devrait pas rester beaucoup de place à l'ennui pour un lecteur en quête d'un divertissement de qualité.
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Mon verdict : Un roman à ne pas lire en diagonale, dont l'édition de poche - à un prix très abordable - propose de faire l'expérience.

Score : 3 étoiles sur l'échelle Bobby Fisher

mardi 7 novembre 2017

7 novembre

Affiche de Nina Vatolina (1941)

mercredi 25 octobre 2017

Fantomex MAX** [Andrew Hope/Shawn Crystal]

.... Série dont le charme tient tout entier sur le talent de Shawn Crystal, Fantomex MAX repose sur un scénario - au parcours peu commun - qui souffre d'avoir promis plus qu'il n' a été capable de donner.

.... Personnage crée lors du bref mais roboratif passage de Grant Morrison sur la franchise « X » de l'éditeur Marvel, assisté pour l'occasion du dessinateur Igor Kordey, Fantomex est une déclinaison d'un célèbre couple de criminels d'encre et de papier transalpins. En effet, Diabolik puisque c'est de lui qu'il s'agit, est inséparable de la très séduisante Eva ; à qui Morrison fera subir un lifting dont il a le secret. Tout comme Fantomex qui ne gardera de son illustre modèle que finalement peu de chose.

.... Las ! si Rick Remender lui réservera un rôle important lors de son run sur la série Uncanny X-Force, force (sic) est de constater que ce personnage n'aura pas eu - jusqu'à présent - une carrière à la hauteur de son pedigree. C'est donc avec curiosité que je me suis emparé de cette courte mini-série de quatre numéros, publiée en 2013. 
Onomatopée (voir aussi supra), trames, composition, rien ne manque à Shawn Crystal
.... Écrite par un scénariste quasi inconnu, Andrew Hope, l'histoire avait tout pour séduire :
• Un trio d'agents secrets postmodernes qui rappelleront à n'en pas douter des souvenirs aux téléspectateurs de la deuxième chaîne de l'ORTF.
• Une menace « bigger than life ».
• Un dessinateur qui ne se ménage pas, pas plus que ses effets : trames, hachures, onomatopées, cadrages & compositions, tout le répertoire disponible de la bande dessinée y passe. Sans parler d'un storytelling digne des meilleurs.
Mais aussi d'un scénario à la gestation inédite. 
Des planches très cartoony du plus bel effet
.... Préalablement proposé à Marvel par un scénariste dont l'identité restera secrète, mais originaire Glasgow nous précisera Andrew Hope, avec qui l'éditeur ne fera pas affaire, c'est finalement ce dernier qui se retrouvera en charge de développer ce premier traitement de 4 pages grâce ....... à son agent. 
En effet ce scénariste mystérieux partageait avec Andrew Hope une amitié, et un agent littéraire.

Je m'intéresse depuis déjà pas mal de temps à l'influence des editors (et des editors in chief) sur le produit fini que sont les comic books ; voir à ce propos la genèse de la série La Vison écrite par Tom King [Pour en savoir +], et plus récemment les deux collections lancées respectivement par les éditeurs (à ne pas confondre avec les editors qui sont quelque chose entre le rédacteur en chef et le directeur de collection) Dark Horse et IDW Publishing, sous les tutelles respectives de Karen Berger et de Shelly Bond, deux editors (justement) venues du label bien connu Vertigo (la première ayant contribué à sa création).

Mais c'est la première fois que je remarque l'influence d'un agent littéraire dans le milieu de la bande dessinée (affaire à suivre).
Le label MAX est pour "lecteurs avertis", qu'on se le dise !
.... Cela étant, Andrew Hope achoppe à sortir son histoire du tout venant un poil laborieux et pour tout dire décevant, qui représente - à sa décharge - 90% de la production annuelle des deux « Big Two ». 
Il y a de belles idées, à porter à son crédit puisqu'il aurait réécrit entièrement le scénario d'origine ne gardant que les personnages, et même de très bons moments, mais tout cela manque clairement d'ambition. Et peut-être de place ?
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Mon verdict : Un scénario qui aurait mérité d'être beaucoup moins bien dessiné, la déception aurait été moins brutale (mais d'un autre côté on peut se faire plaisir et ne lire Fantomex Max que pour se remplir la rétine).

Score : 1 étoile (*) pour le scénario.
Score : 3 étoiles (***) pour le dessin (si on excepte les couvertures de Francavilla).
Score : Mention très bien pour la colorisation de Lee Loughridge.
   

dimanche 22 octobre 2017

Jessica Jones : Alias* [Bendis/Gaydos]

…. Le 1er tome de l’intégrale de Jessica Jones : Alias, composé essentiellement de 3 histoires distinctes, tourne pourtant autour d’un seul sujet : l’identité. 

••• - Identité secrète 
••• - Identité volée 
••• - Identité refusée 

Et en lisant attentivement ces histoires il apparaît que leur scénariste, Brian Michael Bendis, n’a finalement que faire de ce sujet pourtant central. 
Pas plus qu’il ne s’embarrasse de rendre crédible les enquêtes que mène son personnage principal : Jessica Jones (créé pour l'occasion)
…. Comment croire, avec la meilleure volonté du monde, qu’un individu tel que celui concerné par l’arc intitulé Le Piège, prenne aussi peu soin de préserver son secret ? 
Bendis, toujours durant ces cinq premiers numéros, parus aux U.S.A mensuellement sous le label Max (qu’il a par ailleurs inauguré avec sa série pour le compte de Marvel) tisse un arrière-plan politique dont il ne fera finalement rien. Dernier coup de Jarnac d’un scénariste bien trop désinvolte à mon goût, mais constant, il convoque un deus ex machina de dernière minute, et cerise sur un gâteau décidément sans consistance, la conclusion de l’affaire sera laissée à l’imagination du lecteur. 

…. Non, ce qui intéresse Bendis, ce sont les dialogues, c’en est d’ailleurs devenu sa marque de fabrique, du moins ça l’était lorsque je le lisais encore. À égalité avec des successions de cases quasi identiques, en tout cas dans leur cadrage. 
Les unes n’allant pas sans les autres. 
Cette obsession de faire discuter ses personnages interminablement, n’était d’ailleurs pas dénuée d’un certain charme, au début.

Toutefois B.M. Bendis en oubliait trop souvent de charpenter ses récits, noyant des pages et des pages de logorrhée insignifiante et sans intérêt. Sinon celui de décompresser au maximum des scénarios dont la minceur lui vaudrait sûrement les louanges des départements « recherche » des fabricants de capotes (dites anglaises).

…. Alias restait pourtant, dans mon souvenir, son meilleur travail chez l’éditeur Marvel

Et la disponibilité de cette première intégrale en version numérique, m’a donc donnée envie de m’y replonger, après un peu plus de dix ans sans lire aucun de ses travaux. On ne devrait relire que ce qu’on n’a pas aimé. 

Les planches de Michael Gaydos, ne sont pas non plus à la hauteur de mes souvenirs. Son seul mérite est de donner à voir une héroïne bien loin des clichés habituels. Si Gaydos lui dessine un visage particulièrement bovin aux traits lourds, Bendis ne l’épargne pas non plus côté caractère. La scène – et surtout les dialogues - avec le shérif de Lago, sur le capot d’une voiture, mériterait à elle seule que les personnages puissent rencontrer leur(s) scénariste(s). Pas sûr que B.M.B en sorte vivant.
…. La pilule est d’autant plus dure à avaler qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que ses histoires fassent partie de celles que je prends plaisir à lire, voire à relire.

Ce que je reproche (si je puis dire) à Brian Michael Bendis, ce n’est pas les discussions sans fin de ses personnages, ni même les situations les plus prosaïques de la vie courante dont il use trop souvent sans véritables raisons, non c’est l’absence manifeste de ressorts dramatiques de ses scénarios, lesquels finissent tous par se conjuguer sur le mode du présent du rébarbatif.
L'une des couvertures de David Mack de la précédente édition, déjà chez Panini
Mon verdict : Si ce premier tome vous plaît alors le travail de Brian Michael Bendis sera à votre goût. Dans le cas contraire, il y a fort à parier que le reste de sa production n’échappera pas à votre première impression. 
Reste que les premiers sont beaucoup plus nombreux que les autres au pays de l’Oncle Sam, du moins si j’en juge par la place qu’il occupe au sein de la Maison des Idées.

Score : 1 étoile.