mercredi 16 août 2017

Rose O'Rion (Judge Dredd Megazine)

…. Rose O’Rion, cambrioleuse, aventurière, agent double, évolue dans un univers de science-fiction où la science est plus fantaisiste que rigoureuse. Pleine de ressources et souvent victime de la « loi de l’emmerdement maximum », Rose n’en porte pas moins le pantalon dans des histoires menées tambour battant, où le mâle est soit un faire-valoir ou soit une victime ; bref un second rôle. 
À moins qu’il n’occupe la place de l’antagoniste. 
Une bibliothèque "vivante", voilà une belle idée
…. Si les scénarios des 3 aventures que j’ai lues sont assez ordinaires, ils n’en sont pas pour autant ennuyeux. Kek-W, le scénariste, et les deux dessinateurs (Dylan Teague & Andy Clarke) qui se relaient, puis collaborent sur le troisième récit, proposent un moment de lecture distrayant, mais ne tentent visiblement pas de révolutionner le 9ème Art. 
Ce que je ne leur reprocherai pas. 

…. Reste une héroïne qui occupe, avec simplicité et beaucoup de naturel, un rôle d’ordinaire dévolue aux hommes, sans pour autant en devenir un, et dont les qualités – en tant que personnage - mériteraient qu’on la revoit dans de nouvelles aventures.

mardi 15 août 2017

Incognegro (Mat Johnson/Warren Pleece) Vertigo

« Je cherche à trouver les mots justes pour raconter une histoire. Ensuite, ces mots peuvent permettre d’exprimer quelque chose sur la race, ou sur l’Amérique. Et peut-être amener mes lecteurs à y réfléchir à leur tout. » 
Colson Whitehead (auteur notamment de « Underground Railroad »)


…. Quand bien même Incognegro est-il un ouvrage qui prend position, Mat Johnson n’oublie pas que la collection Vertigo – aussi sophistiquée soit-elle – propose, avant tout, des histoires.
Il ne s’agit donc pas ici d’un essai mais bien d’une fiction qui use des ressorts qu’on en attend. 

Parue sous la forme d’un graphic novel, autrement dit d’un album de bande dessinée publié d’un seul tenant, par opposition aux fascicules périodiques, système de ventes encore dominant aux U.S.A, il s’inspire de la propre imagination du scénariste, de ses propres enfants et de l’exemple de Walter Francis White.

L’Incognegro du titre est un journaliste d’investigation qui écrit – sous pseudonyme – dans les années 1930. Il use d’une particularité physiologique pour enquêter dans un domaine pour le moins sordide : la pendaison d’individus, dont le seul crime est - souvent uniquement - d’être d’une « couleur » différente de celle de leurs lyncheurs. 

Instantanée d’une époque sous couvert d’un whodunit, Mat Johnson consolide son récit avec des personnages complexes et travaillés. Malgré la gravité de son sujet, une fiction basée sur des événements qui ont réellement eu lieu mais dans des contextes différents, il réussit néanmoins à y injecter une petite, mais salutaire, dose de comédie.
D'abord envisagé en "niveaux de gris", Warren Pleece optera pour un N&B contrasté
…. Choix judicieux, à plus d’une titre, d’un noir & blanc contrasté, intelligence du découpage, expressivité des visages (qui n’a rien de fortuite), rien ne manque à Warren Pleece pour faire d’Incognegro, dont la sobriété et l’absence d’effets pour eux seuls, un moment de lecture immersif, aussi distrayant que stimulant.

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L'année prochaine, en 2018, paraîtra chez l'éditeur Dark Horse et sous l'égide de Karen Berger, grande prêtresse des destinées de Vertigo pendant longtemps et qui revient donc aux affaires, une prequel à l'album dont il a été question ici. (En plus d'autres titres tout aussi prometteurs sous le label « Berger Book »).

lundi 14 août 2017

Dead Men Walking (James Stevens/Boo Coock)

…. Dead Men Walking débute de façon assez classique : un détachement de prisonniers arrive dans lieu de détention, microcosme gouverné par le « darwinisme social » le plus exacerbé, où chacun des nouveaux devra choisir son camp. Celui des proies où celui des prédateurs.
Loin de se cantonner uniquement à une énième histoire en milieu carcéral, Dead Men Walking propose aussi un contexte de science-fiction qui ne fait pas que de la figuration (sans être pour autant de la hard science). 

Sans être d’une originalité folle, le scénario montre suffisamment de ressource pour stimuler la curiosité tout du long. Grâce – également – à un mauvais esprit affiché et à de multiples retournements de situation. 

Une lecture rendue encore plus agréable par le travail de Boo Coock, dessinateur au style reconnaissable entre tous qui dynamise visuellement cette histoire, déjà menée à un train d’enfer par son scénariste.  

.... David Bisphop, qui publie ici sous un alias, longtemps editor de 2000AD et du Judge Dredd Megazine, démontre des qualités de scénariste au moins égales à celles d’essayiste (que je lui connaissais). 
On lui doit notamment une excellente (et plutôt exhaustive) histoire de l’hebdomadaire britannique déjà cité, intitulée Thrill Power Overload.

samedi 12 août 2017

The Shadow (Spurrier/Watters/HDR)

Mike Kaluta
.... Si Spurrier, scénariste multicartes, s'attaque ce mois-ci au Shadow , justicier mystérieux, armé & dangereux.
S'il est né sur les ondes radiophoniques étasuniennes - sorte de « Monsieur Loyal » d'une émission policière - le Shadow a néanmoins établi sa réputation grâce à ses aventures parues dans les pages des pulp magazinesNotoriété qu'il a ensuite entretenue au cinéma et dans les pages des comics.

.... Ce premier numéro, écrit en collaboration avec Dan Watter et dessiné par Daniel HDR a sérieusement attisé ma curiosité, ce qui est toujours bon signe.
Une aventure contemporaine de ses lecteurs
Cependant, une telle entrée en matière nécessite le soutien très actif des épisodes suivants pour ne pas être autre chose q'un pétard mouillé, dont l'implosion serait inversement proportionnelle aux attentes qu'il aura provoquées. 

Reste quoi qu'il arrive, une narration qui, si elle a déjà fait ses preuves n'en est pas moins efficace.
L'histoire est racontée par un tiers à un inconnu dont l'identité - pierre d'angle du scénario devine-t-on - se précise au fur et à mesure qu'elle progresse. Même si elle ne fait que confirmer ce que l'on pressent, elle fait son petit effet.

(À suivre ....)

mercredi 9 août 2017

SCARAB (John Smith/Scot Eaton) Vertigo

…. Ne nous voilons pas la face, si nombres d’auteurs britanniques se sont vus ouvrir les portes de l’industrie de la bande dessinée américaine à partir du début des années 1980, outre la légende dorée (et un tantinet exagérée) d’une recherches de créateurs inventifs, l’une des raisons – voire la raison - qui a motivé cette ouverture et qu’ils étaient moins chers que leurs homologues étasuniens. 
John Smith lui, fait partie des scénaristes britanniques qui se sont manifestés auprès de DC Comics lorsque Jamie Delanno a annoncé son départ de la série phare du label Vertigo, mais c'est finalement Garth Ennis qui a été retenu pour écrire les aventures de John Constantine.
Si pour les lecteurs américains (et les lecteurs français) John Smith est pratiquement inconnu, encore aujourd’hui d’ailleurs, il n’en est pas de même outre-Manche.

Scénariste collaborant depuis de nombreuses années au périodique 2000AD, où il a entre autres créé Devlin Waugh ou encore la série Indigo Prime (dont deux personnages* viendront porter assistance au Scarab), sans oublier sa participation aux aventures du Judge Dredd ou à celles de Rogue Trooper, il est aussi le scénariste de la série New Statesmen, pour la revue Crisis, qui met en scène des super-héros d’un point de vue très différent de ce qui se faisait habituellement aux U.S.A, du moins à l’époque.
Toujours est-il que si son traitement pour la série Hellblazer n’a pas été retenu, il écrira néanmoins une histoire bouche-trou (fill-in) au cours du run de Garth Ennis (le cinquante-et-unième numéro), Stuart Moore alors editor chez DC, le contacte pour lui demander s’il a des propositions pour le titre Dr Fate, série qui n’a jamais fait partie des meilleurs ventes de l’éditeur, mais qui se trouve alors un peu à bout de souffle d’idées. 
N’ayant de son propre aveu, jamais lu aucune aventure de ce personnage, Smith fait quand même des propositions à Moore. Lesquelles sont jugées un peu trop extrêmes pour une série grand public, par les instances éditoriales. 

Peu de temps après cependant, l’editor revient à la charge avec une autre proposition : réécrire le pitch qu'il destinait au Dr Fate pour en faire une série inédite, publiée par une nouvelle collection nommée Vertigo.
.... Ce label, qui vient d’être – officiellement – lancé en janvier 1993, destinée à la « génération X [..], généralement déboussolée et cynique, qui lit de l'horreur et retrouve dans ses comics l’atmosphère un peu nihiliste du monde actuel »**, va accueillir Scarab (dont le premier numéro sera en vente à la mi-octobre de cette même année), la série dont les idées avaient été proposées pour le Dr Fate. Ou plutôt la mini-série. 

En effet, Karen Berger executive editor de Vertigo, qui apparemment n’aimait pas le travail de John Smith, décidera d’en faire une mini-série de huit numéros (sans lendemain, malgré ce que pourra en dire Stuart Moore dans la page courrier). 

Entre cette décision, des directives étranges venues de Berger et des problèmes de censures, Smith perdra pas mal de son enthousiasme. « C'est une longue et déprimante histoire, pavée de mauvaises intentions et d'efforts mal orientés » dira-t-il de son passage chez l’éditeur new-yorkais, dans une des rares interviews qu’on lui connaît. 

Effectivement le résultat est assez bancal.
Et pourtant, en lisant (avec plaisir) ces 8 numéros, j’ai aussi lu des histoires avec un fort potentiel, rappelant parfois ce dont était capable Grant Morrison. Les aventures d’une sorte de super-héros dans un univers de BD d’horreur à la Clive Barker. Une ambiance renforcée par le travail de Scot Eaton, et Mike Barreiro à l’encrage.
Une approche finalement plutôt inédite.

…. En conclusion, je dirais que les huit numéros de Scarab sont d’une lecture relativement exigeante, à la fois de par leur ambiance, mais aussi du fait d’une écriture très littéraire de John Smith (et de ses idées très excentriques), tout autant que par l’état de déliquescence qui ronge, petit à petit le scénario ; et dont on a beaucoup de peine à voir où il mène.

À réserver aux aficionados du scénariste britannique et aux curieux.
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* Ces deux personnages participeront ainsi à l'expansion de ce qu'on appelle le « smithiverse ». Un univers discret qui s'exprime au travers des différents personnages qui se retrouvent dans les différentes séries écrites par Smith, sans que celles-ci n'aient - forcément - de points communs. Comme ici Indigo Prime publiée par 2000AD et Scarab par DC Comics.

**Pour paraphraser Patrick Marcel auteur d’un excellent dossier sur ce label (SCARCE n° 41 & 42)

dimanche 6 août 2017

Age of the Wolf [Alec Worley/Jon Davis-Hunt] 2000AD

Si Rowan Morrigan refuse de se soumettre au sacrifice que lui impose une antique prophétie, la série dont elle est l’héroïne refuse elle aussi de se plier à une mentalité (au moins) tout aussi ancienne, et patriarcale.

.... S’articulant sur l’itinéraire bien connu du « Voyage du héros », emprunté aux travaux de Joseph Campbell, Age of the Wolf [2000AD #1700-1708/septembre-octobre 2010] y substitue – en toute connaissance de cause et de manière revendicative – une héroïne audit héros. 

Laquelle, habitée par le stéréotype de sa génération : le refus de se soumettre que l’on prête volontiers aux « enfants du millénaire », n’en est pas moins aussi l’héritière d’un patronyme qui n’a pas été choisi par hasard. Un aspect que je développerai lorsque viendra le moment d'aborder le second chapitre de la trilogie qu'ont créée Alec Worley & Jon Davis-Hunt pour le périodique britannique 2000AD
Carburant diégétique à fort potentiel, capable d’influencer jusqu'à la mise en récit, équipé comme on l’a vu d’une carte qui a fait ses preuves, Rowan Morrigan n’est pas seulement l’héroïne d’une fantasy post-apocalyptique pré-apocalyptique plutôt divertissante, et spectaculaire (grâce à Jon Davis-Hunt), elle est aussi le héraut (sic) d’une nouvelle manière d’être au monde. Où il ne sera plus seulement question que les « les hommes agissent et les femmes apparaissent » (selon la thèse développée par John Berger). 
Un avant-goût d'Age of the Wolf : She is Legend
.... Quand bien même est-ce à l’échelle modeste et relativement confidentielle qui est celle d’une bande dessinée de genre.


(À suivre ....)

samedi 5 août 2017

Judge Dredd : [Uncivil Partnership] Alec Worley/Eric Powell

.... Aujourd'hui je vous propose une aventure du Judge Dredd, parue dans un numéro spécial lié au Free Comic Book Day, mais pas n'importe quelle aventure.
En effet, elle est dessinée par Eric Powell le talentueux créateur de The Goon, et scénarisé par Alec Worley. Mais ce dernier parlera moins aux amateurs de « comics » francophones traduits en français, puisque le marché Hexagonal est trusté par la BD américaine (quand bien même nombre de scénaristes et de dessinateurs britanniques travaillent aussi pour le marché américain ; mais pas Worley).

Or donc Powell n'a pas fait les choses à moitié, et ceux qui aiment son travail sur ses propres créations, ne seront pas dépaysés.









vendredi 4 août 2017

Furies [Arthur Wyatt & Alex de Campi]

18/07/2017
.... Alex de Campi, dont je suis le travail depuis « SMOKE » (dessinée par Igor Kordey), arrive dans l'univers du Judge Dredd, et s'en réjouit. Déplorant au passage (Judge Dredd Megazine n° 383) que les éditeurs étasuniens ne laissent pas les femmes scénaristes écrire des personnages tels que Superman, Batman ou Captain America.    

Seconde femme (après Emma Beeby) à écrire ce personnage majeur de l'univers développé depuis 40 outre-Manche [Pour en savoir +], elle collabore ici au scénario avec Arthur Wyatt. Lequel s'était – entre autres - déjà frotté à une suite (sous forme de bande dessinée)  de Dredd, le film de 2012, intitulée « Underbelly ».

.... « Furies » l'histoire dont il est question ici (1er partie parue dans le Judge Dredd Megazine n°386), écrite en collaboration avec Alex de Campi donc, et dessinée par Paul Davidson s’y plonge également, en s’intéressant cette fois à « Clan Techie » (alias Domhnall Gleeson dans le film), l’expert en ordinateur du clan de Ma-Ma (alias Lena Headley). 
Les 10 planches proposées dans ce premier épisode révèle un scénario assez cliché pour ce type d’histoire, laquelle peut se résumer (pour l'instant) à : « un type rangé des voitures est tenté de replonger dans le milieu interlope qu'il avait fui », laquelle, si elle devait n'en pas sortir, serait bien décevante. 
.... Il reste donc aux deux scénaristes - chevronnés, faut-il le rappeler - encore deux épisodes, probablement d’égale pagination que le premier, pour faire de « Furies » autre chose que ce qu’elle laisse – pour l’instant – entrevoir. 


(À suivre ...)

mardi 1 août 2017

Judge Dredd [Ghosts] 2000AD

.... Une intervention banale de Dredd prend un tour inattendu lorsqu'il apprend la mort d'une enfant entrée à l'Academy of Law.

« Ghosts », scénarisée par Michael Carroll – dont j’aime assez le style – aurait pu durer plus que les 36 planches dont elle a bénéficié. Plutôt que de tirer à la ligne, Carroll resserre son intrigue en faisant des choix qui retiennent l’attention autant qu’ils dépeignent le contexte dans lequel elle se déroule, sur le mode du « show, don’t tell ». 

En très peu de pages donc, on s’immerge dans les « us & coutumes » de Mega-City One avec une facilité déconcertante ; quand bien même étions-nous ignorant de son existence avant de nous y plonger. 

« Ghosts » bénéficie, outre le savoir-faire d’un scénariste qui connaît son travail, des dessins de Mark Sexton. 
Sens du détail et mise en récit astucieuse & dynamique, le plan-séquence (si j’ose dire) ci-dessous est assez bluffant (et tout à fait représentatif de son travail) :



À l’image de l’ensemble des planches qui composent cette histoire. 

.... Une plus-value artistique (encore rehaussée par l’excellent travail de Len OGrady à la colorisation) qui permet à « Ghosts » d’obtenir la mention « Très bien », et de me laisser un excellent souvenir.

samedi 29 juillet 2017

Bison [2000AD]

.... Flic hard-boiled sur le fil du rasoir, Jack Bison écope d'une mesure de suspension durant laquelle il teste un procédé révolutionnaire, malgré son aversion pour les nouvelles technologies.

Si la littérature de genre ne s'est jamais montrée très frileuse lorsqu'il s'agit d'imaginer de quoi divertir ses lecteurs, Colin Clayton & Chris Dows ont, avec leur série (publiée dans les numéros* 1301 à 1309 de 2000AD), poussé le bouchon assez loin.
Couverture David Millgate
Mais aussi incroyable que cela puisse paraître (même rétrospectivement), l'histoire a parfaitement fonctionné dans mon cas. La curiosité n'étant pas totalement étrangère à mon intérêt (j'aurais été d'ailleurs tout aussi curieux de voir comment un tel concept aurait pu être développé).

Le dénouement, qui ne manque pas d'un certain mauvais esprit, achève de faire de cette lecture un bon moment.

.... Laurence Campbell et Lee Townsend, les deux dessinateurs, livrent une prestation tout a fait honorable et à mon goût (l'un expliquant sûrement l'autre), et le coloriste Gary Caldwell créé de belles ambiances, avec une palette de couleurs pas si souvent utilisée que ça.  


VerdictPour lecteurs dilettantes, pas bégueules & curieux !
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Bison a aussi fait l'objet d'une reprise en« tpb » chez l'éditeur Rebellion en 2005.

vendredi 28 juillet 2017

Outlier (2000AD)

.... Tom « TC » Eglington fait partie de ces nouveaux scénaristes - comme Michael Carroll, Al Ewing (et bien d'autres) - à qui le magazine 2000AD a donné une chance (sa première histoire parue l'a été dans le numéro 1712 en novembre 2010), et par là même découvert de nouveaux auteurs qui lui fournissent - régulièrement - des histoires de qualité.

Outlier (que l’on peut traduire par « cas aberrant ») est une histoire de S-F en trois parties, publiée en trente épisodes. 

Outlier [2000AD n° 1874 à 1883] : Ça démarre comme un whodunit pour finalement se révéler être une narration à la manière de Dashiell Hammett dans le « Faucon Maltais ». TC Eglington y est aussi manipulateur que son éminent prédécesseur. Très réussi. Et aussi très S-F.
Outlier « Dark Symetries » [2000AD n° 1935 à 1944] : L’histoire prend un nouveau tournant et le talent du dessinateur Karl Richardson apporte un plus indéniable à la série. Déjà perceptible sur la première série, « Dark Symetries » lui offre de nouveaux terrains pour exprimer son trait âpre, presque douloureux. Moins manipulateur que sur la première partie TC Eglington, garde néanmoins le rythme et me laisse hagard.


Outlier « Survivor Guilt » [2000AD n°1990 à 1999] : Troisième & dernière partie. Malgré les qualités indéniables des deux premiers chapitres, le scénariste en avait encore sous la semelle. Et il le prouve ici. 

…. Non seulement « Survivor Guilt » est une excellente histoire, mais son épilogue (imprévisible en ce qui me concerne) donne à la totalité de la série un surcroît d’intérêt, ingrédient dont pourtant elle en manquait pas.
Eglington & Richardson font désormais partie des auteurs dont les travaux m'importent et dont le talent me fait m'intéresser encore plus à ce qui se fait outre-Manche.

jeudi 27 juillet 2017

Pax Americana [2000AD]

.... Récit mené tambour battant par Andy Diggle & Andy Clarke (avec la collaboration de Chris Blythe aux couleurs et d'Annie Parkhouse au lettrage) pour l'hebdomadaire britannique 2000AD « Pax Americana » a été un bon moment de lecture.

Mélangeant préoccupations contemporaines quant au terrorisme, aux «extrêmes », et par la force des choses à la politique, Diggle & Clarke mettent en scène un duo (Snow & Tiger) qui ne se ménage pas lorsqu'il s'agit de contrecarrer des actions dont la nuisance est avérée. 

Dominée par une action tous azimuts, le rythme hebdomadaire du magazine n'y est pas pour rien, « Pax Americana » n'oublie pas de creuser ses personnages, dans l'espace imparti de 46 planches, et de proposer un épilogue ouvert, astucieux et crédible.
.... Proposée au label Vertigo (de DC Comics), qui paraît-il l'aurait refusée (The Losers également écrite par Diggle mais dessinée par Jock aura plus de chance), cette aventure mérite tout à fait (& néanmoins) l'attention que je lui ai témoignée.
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Publiée notamment dans l'hebdomadaire 2000AD n° 1336 à 1342 en 2003.   


mardi 4 juillet 2017

Spider-Woman, origines & anecdotes

... Une rumeur courrait, fin 1976 début 1977 : un projet de dessin animé était à l'étude (chez Filmation) dont le personnage principal devait s'appeler Spider-Woman.
En effet, cette société de production de dessins animés, qui produisait déjà une série combinant un dessin animé de Tarzan plus un autre de Batman avait dans l'idée d'étendre son écurie de personnages, mais cette fois-ci sans devoir payer de frais de licence comme avec l'Homme-Singe et le Caped Crusader. En créant quelques nouveaux personnages de son cru, dont ladite Spider-Woman.
Lorsque Stan Lee, qui occupait alors le poste de directeur des publications chez Marvel, eut vent de cette rumeur il demanda à Archie Goddwin, l'editor in chief en titre, d'assurer immédiatement la protection du nom, bien trop proche à son goût de Spider-Man, le fleuron de leur propre cheptel, en publiant une histoire avec un personnage ainsi nommé.
Quelques temps plus tard Lee réitérera cette démarche en inventant (avec John Buscema) She-Hulk, afin d'anticiper la création d'une contre-partie féminine au colosse de jade (par CBS ou Universal), qui rencontrait alors un certain succès à la télévision, et que Marvel puisse (surtout) en garder les droits. 
Tout comme avec Spider-Woman on est assez loin de l'élan féministe que l'invention de ces deux personnages pourrait laisser croire, à première vue. 
Mais Stan Lee ne voulait pas de quelque chose qui soit trop proche de la propre histoire de Spider-Man.

Archie Goodwin, avec l'aide de Marie Severin au design, et de Sal Buscema aux dessins de l'histoire proprement dite, concocta donc quelque chose de différent. 
De très différent même, puisque Arachnée (alias Spider-Woman) trompée par les malfaisants d'Hydra pour éliminer Nick Fury, apprendra à la fin de sa première aventure (Marvel Spotlight #32) qu'elle est, pour le dire rapidement, une araignée transformée en humaine (par le Maître de l'Evolution).
Ce numéro a paru dans la revue NOVA (n°34) publiée par LUG
Il semblerait que ce 32ème numéro de Marvel Spotlight se soit suffisamment vendu pour qu'une série dédiée à cette super-héroïne fut envisagée. Archie Goodwin, trop occupé ailleurs, passa la main au scénariste Marv Wolfman, lequel pris trois décisions :
Changer la stylique du personnage en permettant à son abondante chevelure de s'épanouir
Doter Spider-Woman d'un patronyme à partir du prénom de sa fille (Jessica) et de Nancy Drew (une jeune détective connue sous nos latitudes sous le nom d'Alice Roy)
Lui inventer une nouvelle origine

Avec le recul ce dernier point laisse songeur quand on sait ce que fera Alan Moore d'un contexte presque identique chez la Distinguée Concurrence.
Les quatre épisodes en question sont parus dans les n°27 & 28 de Hulk (série Flash) Arédit/Artima 
Wolfman retravaille donc un peu le personnage, et pour le prendre en main l'introduit dans l'une des séries qu'il écrit à l'époque, Marvel Two-in-One, où la Chose fait équipe avec les autres super-héros de la Maison des Idées. Convaincu par les quatre épisodes où Spider-Woman prête main-forte à la Chose, Wolfman s'adjoint le talent de Carmine Infantino aux dessins pour lancer la nouvelle série.

Je ne m'étendrai guère plus sur la série en elle-même (pour le moment), qui connaîtra différents scénaristes et au moins autant de dessinateurs jusqu'à ce qu'Ann Nocenti n'arrive en compagnie de Brian Postman pour en écrire les derniers épisodes. Un très court run qui fera l'objet de mon prochain Commentaire ©™.
Couverture originale de Jean Frisano

Toutefois j'aimerais m'arrêter un instant sur la manière dont peuvent être écrits les scénarios.

.... Dans le cas présent Wolfman explique qu'il a adopté une technique entre la « Méthode Marvel » dans laquelle le scénario assez bref laisse beaucoup de prérogatives aux dessinateurs. Le scénariste ajoute ensuite les dialogues, influencé par le travail du dessinateur, avant que les planches ne soient envoyé à l'encreur. Wolfman qui a débuté sa carrière chez DC Comics où l'on travaille plutôt en « full script », autrement dit le scénario envoyé au dessinateur détaille chaque case. Et tous les dialogues ainsi que les récitatifs y sont déjà présents avant que celui-ci ne commence à dessiner.
La couverture (inédite) du numéro où aurait dû apparaître Black Cat
Une petite anecdote en passant.
Au départ le personnage de Black Cat qui fera les beaux jours de Spider-Man avait été inventé pour être une adversaire de Spider-Woman (mais dans un style années 1940). Cependant, entre temps, Wolfman sera envoyé travailler sur l'une des séries du Tisseur, et avec l'aide de Dave Cockrum, il retravaillera son personnage pour en faire celui que l'on connait aujourd'hui.
Petit détail supplémentaire, lorsqu'il s'est agit d'inventer un patronyme au personnage le scénariste s'inspirera de Felix the Cat (pour Felicia) et des Hardy Boys (les héros éponymes d'une série de romans policiers pour la jeunesse) pour aboutir à Felicia Hardy. CQFD ! 
Au moment où il écrit Spider-Woman Marv Wolfman a adopté un style entre les deux méthodes. 

À savoir qu'il donne un scénario qui fait entre 8 et 12 pages pour 22 planches (ses homologues qui utilisent la « Méthode Marvel » écrivent plus volontiers des scénarios de 2 à 4 pages) mais il revient ajouter les dialogues après le passage de son dessinateur. Cela lui permet de mieux sentir ses personnages dira-t-il. 

En outre cette méthode sera plus facilement gérée par Carmine Infantino, qui ayant beaucoup travaillé chez DC Comics, avait plus l'habitude des « full script ».
Carmine Infantino & Tony de Zuniga (Nova n°35)
  .... Prochaine étape, le run proprement dit d'Ann Nocenti & Brian Postman.


(À suivre ......)