dimanche 31 décembre 2017

AFTERPARTY® Daryl Gregory

AFTERPARTY® 656 Ko (sans DRM) 
Le Bélial’ Epub (9,99€) 
Aurélien Police













Veuillez lire attentivement cette notice avant d’acheter ce livre 

.... 1. QU’EST-CE QU’AFTERPARTY ? 
 Afterparty est un roman de science-fiction écrit par Daryl Gregory 

.... 2. QUELLES SONT LES INFORMATIONS À CONNAITRE AVANT DE LIRE  AFTERPARTY ? 

Ne lisez jamais AFTERPARTY (sous forme de fichier numérique ou de bois mort)
Si vous êtes allergiques à la littérature d’idées 
Si vous avez des crises convulsives en cas de lecture prolongée de thrillers trépidants 

EN CAS DE DOUTE, IL EST INDISPENSABLE DE DEMANDER L’AVIS DE VOTRE LIBRAIRE 

.... 3. COMMENT LIRE AFTERPARTY 
Posologie 
RÉSERVÉ À L’ADULTE (plus de 15 ans) 
Aucune limitation de prise 

.... 4. QUELS SONT LES EFFETS INDÉSIRABLES ÉVENTUELS ? 
Comme tous les textes de Daryl Gregory ce livre peut provoquer une grave accoutumance et des effets de manques virulents (dans ce cas se reporter à ses autres textes disponibles)

.... 5. INFORMATIONS SUPPLÉMENTAIRES 
Les substances actives sont :
Neurobiologie, fausses pistes, marginaux, héroïnes, amis imaginaires, Amérindiens, drogues, bisons nains, tueur, amour, enfants, argent, Canada. 
(Traces de « Forces spéciales » et d’esprit bicaméral™). 

Garanti sans marxien. Traduction de Laurent Philibert-Caillat

vendredi 29 décembre 2017

Osama [Lavie Tidhar]

















La réalité est une fiction qui a réussi !

.... Roman policier « métaphysique » [Pour en savoir +] en ce qu'il parodie ou détourne de manière subversive les codes du récit policier traditionnel, avec pour effet d’interroger les mystères de l’Être et de la Connaissance (oui avec des majuscules) au-delà du simple artifice du genre dans lequel il s'inscrit, Osama de Lavie Tidhar, est tout entier contenu dans la magnifique couverture de Pedro Marques ; qui en restitue superbement l'atmosphère.

Ombres portées d'une tragédie au travers d'une quête particulièrement culottée, celle d'un auteur d'une série de romans de gare intitulés Ousama ben Laden, Justice sommaire, le roman de Lavie Tidhar (traduit par Florence Dolisi) est le prétexte à une plongée dans notre imaginaire collectif tout autant que dans notre Histoire.
La proximité de ce qu'il évoque, et l'apparente provocation de son sujet, risquent d'éloigner plus d'un lecteurs (et j'en parle en connaissance de cause). Et pourtant, cette histoire très touchante est écrite avec beaucoup de finesse et d'attention.

.... Mener de front une réflexion sérieuse sur le terrorisme, tout en proposant un récit nécessitant une bonne dose de suspension volontaire d'incrédulité n'est pas la moindre des gageures à laquelle s'est attelé l'auteur ; le résultat n'en est que plus extraordinaire.    

Nous allons tous très bien, merci [Daryl Gregory]

.... Novella traduite par Laurent Philibert-Caillat pour les éditions LE BÉLIAL', Nous allons tous très bien, merci aurait largement eu sa place dans la très belle collection Une heure-Lumière dudit éditeur (si elle avait été créée en 2015), mais peut-être aurait-on alors été privé de l'entretien avec l'auteur, sous la conduite d'Erwann Perchoc, qui se trouve en fin de volume.
Il est d'ailleurs placé à cet endroit pour la bonne raison qu'il ne faut absolument pas le lire (tout aussi intéressant soit-il) avant le récit proprement dit de Daryl Gregory, sous peine d'en éventer les plus savoureuses surprises.
Le toujours excellent Aurélien Police signe la couverture
Récit hantologique par excellence, les 165 pages de l'histoire de ce groupe de parole pas banal, réunit par le docteur Sayer, sont en effet hantées par des traces venues du passé. 
Comme l'Europe par le spectre de Marx, selon Jacques Derrida, à qui nous devons ce néologisme [Pour en savoir +].
Un passé que chaque lecteur, à l'aune de sa propre culture, appréhendera, ou pas. C'est d'ailleurs mon cas. 

Si je crois avoir identifié sans erreur ce à quoi pensait Daryl Gregory dans au moins un cas, je n'ai pour autant pas vu la référence en question, qui n'est pas du tout ma came, ce qui ne m'a pas empêché d'apprécier son récit, bien au contraire. 

En cela Nous allons tous très, merci trouvera une place de choix à côté de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires [Pour en savoir +] ou encore d'Injection de Warren Ellis [Pour en savoir +] ou de certains romans de P.J. Farmer [Pour en savoir +], qui relèvent aussi, de ce que j'appelle l'hantologie.

.... Cependant nul besoin de savoir de quel « spectre » s'inspire Harrison, Stan, Barbara, Greta ou Martin pour se laisser embarquer dans ce page-turner impitoyable. 
Au début, on était six : trois hommes et deux femmes, plus le Dr Sayer - Jan, même si certains d'entre nous n'ont jamais réussi à l'appeler par son prénom. Elle était la psychologue qui nous avait déniché, puis persuadé qu'une thérapie de groupe nous profiterait mieux que des séances individuelles.
Après tout, l'un de nos problèmes communs restait que nous pensions tous être uniques. [....]
Ces quelques lignes ont suffit à me captiver jusqu'au bout. 

Lu d'une seule traite Nous allons tous bien, merci est cependant bien plus riche que ne le laisse entendre, justement, la rapidité dont je dis avoir fait preuve. Et si par inadvertance cette richesse nous échappe, l'entretien sus-mentionné éclaire rétrospectivement l'aventure que l'on vient de lire.

.... Court roman très divertissant, Nous allons tous très bien, merci, est aussi un beau travail sur l'inspiration, et le formalisme, et les possibilités pour une esprit inventif de faire du neuf et ce, malgré l'abondance de films, séries télévisée, romans, bandes dessinées, qui s'inscrivent dans le domaine dit de l'Imaginaire, duquel il relève. 

Un roman trois étoiles, lu en quatrième vitesse, dont l'auteur est dorénavant placé en tête de ma liste de ceux à lire impérativement.

mercredi 27 décembre 2017

Bangkok nites [Katsuya Tomita]

Ce billet est l'occasion d'en inaugurer d'autres qui seront écrits par Benoît, un ami numérique, rencontré sur feu le site Superpouvoir.com, et dont j'ai toujours apprécié les avis.
Si ses goûts sont différents des miens, je l'ai cependant invité à écrire sur ce blog car j'ai souvent découvert des films ou des lectures vers lesquels je ne serais pas allé spontanément, et que j'ai tout aussi souvent appréciés, grâce à lui.....

.... Bangkok nites de Katsuya Tomita aura été une découverte étourdissante en cette fin d'année cinématographique. 

Ce film indépendant japonais est issu d'une longue production de cinq années - tout en ayant maturé bien plus longtemps dans l'esprit du cinéaste - qui s'explique par le sujet sensible du film et le temps nécessaire pour le traiter. Katsuya Tomita, dont je découvre le travail, évoquait la Thaïlande par le biais de ses précédents films tous tournés au Japon

Pour Bangkok nites, il est parti en Thaïlande avec l'envie de parler de la vie nocturne de la rue Thaniya, réservée exclusivement aux touristes et résidents japonais, dont la prostitution est l'un des ressorts économiques du tourisme local. 
En se rendant sur place, le réalisateur va à la rencontre des habitants et travailleurs du milieu, visite différents endroits (il ambitionne de tourner dans des décors réels) et débute un processus de longue haleine: il souhaite engager des acteurs amateurs rencontrés sur place et filmer dans d'authentiques lieux et boîtes de nuits où le commerce du sexe est répandu. Les locaux se montrent méfiants de prime abord et ont du mal à croire au sérieux de l'entreprise. Il faudra donc quatre années d'allers et retours à Tomita entre le Japon et la Thaïlande pour bâtir patiemment une relation de confiance avec les habitants, tout en approfondissant ses recherches et en rédigeant le scénario au fur et à mesure de ces pérégrinations. Tout ce travail finira par payer et le réalisateur parviendra à embaucher une grande partie du casting sur place parmi des non professionnels dont le premier rôle féminin est dévolu à Subenja Pongkorn, native de Bangkok et ancienne travailleuse de la rue Thaniya

.... Le film s'ouvre sur le reflet de Luck - interprétée par Subenja Pongkorn - projeté dans l'une des fenêtres d'un hôtel luxueux dont la vue domine une Bangkok nocturne, le moment de la journée synonyme de début du travail pour cette jeune prostituée qui vit au rythme de la rue Thaniya. 
Ce précis de la vie de Bangkok circonscrite à Thaniya se dévoile au rythme des déambulations de Luck à la faveur de rencontres avec les clients, de discussions avec les collègues et ami(e)s qui dressent une cartographie d'un milieu malséant dans lequel vivotent quantité d'individus d'horizons divers. 
Un soir, Luck tombe nez à nez avec Ozawa, un ancien client perdu de vue. Cette rencontre ravive des souvenirs de ce qui fut une relation vraisemblablement plus profonde qu'un rapport professionnel. Profitant d'un voyage professionnel d'Ozawa, Luck décide de l'accompagner et de retourner dans sa province natale d'Issan pour visiter sa famille et lui présenter ce compagnon. Soit l'entame d'un périple haut en couleurs et teinté d'émotion. 
En un peu plus de trois heures d'une rare densité, Katsuya Tomita - qui réalise, co-écrit le scénario et joue le rôle d'Ozawa - plonge au cœur d'un tourbillon de vies qui errent, se cherchent, se croisent et parfois se ratent au cœur de l'agitation nocturne de Bangkok

En restant à hauteur pudique de ces femmes, Katsuya Tomita maintient la bonne distance pour ne pas sombrer dans le sordide; nul besoin de filmer plein cadre des ébats tarifés quand le réalisateur parvient à saisir le jus ambiant dans lequel baignent ces âmes errantes. Tomita ne s'arrête pas à ce premier tour de force et s'embarque dans un voyage intense qui prend le pouls du pays et plonge dans les racines de l'histoire tourmentée thaïlandaise. Cette immersion prolongée du réalisateur dans cette culture se traduit autant par l'itinéraire d'Ozawa vers la province d'Issan qui le mènera jusqu'au Laos - dans un périple qui ménage son lot de rencontres fortuites, d'embardées fantastiques et de découvertes topographiques - que par ce travail d'une grande finesse opéré sur l'habillage sonore du film. 
Dès lors que Luck et Ozawa quittent le tumulte de Bangkok pour s'en aller en Issan, la musique mue et se colore au rythme de chansons, de poèmes et de coutumes traditionnelles de la région - qui se font l'écho d'un élan de contestation face à l'oppression et la misère subies - résonnant admirablement avec les thématiques du récit; la richesse culturelle ainsi mise au jour ne saurait se faire sans l'évocation de la situation compliquée de pays subissant les affres de la pauvreté et des inégalités, marqués par un passé dont les stigmates demeurent toujours visibles à l'image de ces plans mémorables de cratères au Laos, empreintes indélébiles laissées pendant la guerre du Vietnam
.... Tout concourt à faire de Bangkok nites un voyage inoubliable jusqu'au générique de fin qui s'accompagne d'archives de tournage et d'instants pris sur le vif. 
L'image de Subenja Pongkorn emmenant l'équipe du film visiter un temple reste gravée en mémoire, la fêlure dissimulée de la jeune femme portée par son personnage au sein du film explosant finalement lorsqu'elle fond en larmes au son d'une prière purificatrice.

A bientôt, Benoît.

mardi 26 décembre 2017

Grand Froid (Joel Eglof/Gérard Pautonnier/Jean-Pierre Bacri)


« La mort, ce n’est pas contagieux, c’est héréditaire »

.... Grand froid, c'est l'histoire d'un convoi funéraire qui s'égare, dans tous les sens du terme, dans un paysage enneigé et (presque) désert. Si le film s'appuie sur de solides acteurs, la mise en scène est un facteur aussi indispensable que ces derniers à sa réussite. 
Très retenu le scénario exploite la veine de l'understatement, cet humour qui se contient, et qui joue du décalage entre les réactions des uns et des autres face à l'énormité des situations auxquelles ils sont confrontés.
On bascule doucement dans une veine onirique de toute beauté, qui m'a néanmoins fait craindre le pire.

Et quand la réalité reprend brutalement ses droits, on ne peut qu'être saisi par cette décision spontanée, frappée du coin du bon sens. 

L'histoire de Grand froid ne pouvait s'en sortir que par une chute dont l'absurdité ne pouvait pas l'être moins que ce qui nous y avait amené.

.... Un bel épilogue conclut ce long-métrage, lequel rentre dans la catégorie de ceux qu'on peut revoir avec plaisir ; son humour & sa mélancolie n'en sont pas diminués par la répétition.

lundi 25 décembre 2017

Happy! [Morrison/Taylor/Meloni]

Nick Sax
.... Vingt-cinq décembre oblige, le billet du jour sera consacré à un conte de Noël.

Adaptation d'une mini-série de bande dessinée publiée par l'éditeur étasunien Image Comics, Happy!, dont je viens de voir le premier épisode, raconte la rencontre entre un anti-héros dur à cuire (hardboiled) et un « ami imaginaire » !?
Si chez le scénariste de la bédé, et par ailleurs producteur exécutif de la série télévisée, Grant Morrison ce motif n'est pas nouveau (Cf. Bat-Mite lors de son passage sur la franchise du Dark Knight de DC Comics par exemple), au point d'avoir d'ailleurs lui-même vécu une partie de sa vie avec son propre ami imaginaire, un nommé Foxy, télescoper l'univers des criminels et celui des amis imaginaires, est une idée de génie. 
Happy

« Quand ça devient dur de s'y mettre, c'est les durs qui s'y mettent ! »

Cela dit, pour quiconque est familier de la littérature hardboiled, celle de Dashiel Hammett ou de Mickey Spillane, pour ne citer que deux auteurs ayant largement dépassé la notoriété qu'autorise le genre, les monologues (intérieurs) font partie de la panoplie incontournable des durs à cuire qu'ils ont inventés. 
Et rien ne ressemble plus à un monologue que lorsque quelqu'un s'adresse à un ami imaginaire, pour les gens qui eux ne le voient pas.
Il y a là un parallèle amusant, bien que tiré par les cheveux. Oups!!
Patrick McManus/Brian Taylor/Grant Morrison/Christopher Meloni
.... Mais laissons ces considérations pour nous concentrer sur le premier degré, celui où le télescopage d'un univers de durs à cuire et d'une certaine fantasy prend toute sa saveur. 

Chris Meloni, très à l'aise dans son rôle d'ex-flic au bout du rouleau, porte à lui tout seul ce premier épisode, où il n'y a pas de place pour l'ennui. Ni pour les truands ou les pervers dans le collimateur de son avatar cathodique.
Très percutante, la mise en scène ne recule devant rien, et propose fellation suggestive, carnage, torture et mauvais esprit le tout filmé à 100 à l'heure, sans remords ni regrets.
Très proche du souvenir que je garde d'Hyper Tension, un film avec déjà Brian Taylor au scénario et à la réalisation.

.... En définitive, Happy!, est un conte de Noël pour ceux qui croient encore en sa magie, fut-elle pour le coup noire et balistique.  

Et j'en serai !
        
(À suivre ....)

dimanche 24 décembre 2017

Alan Moore, inrockuptible ?

.... Premier (je crois) des assez nombreux articles consacrés au roman d'Alan Moore, Jerusalem, parus en France au moment de la rentrée dite littéraire, celui du magazine Les Inrockuptibles trouve enfin sa place sur ce blog (qui en a proposé déjà plusieurs parlant dudit roman, et plus encore de Moore) :






(À suivre ..... ?)

samedi 23 décembre 2017

Carnage, la fin [Conway/Perkins] Panini

Lettrage U.S VC'S Joe Sabino
.... Baroud d'honneur de 6 numéros, compilés ici dans le Spider-Man Universe numéro 3, la série Carnage tire donc sa révérence en décembre dans un crescendo de ce qui a déjà fait l'attrait des 10 précédents numéros [Pour en savoir +].
Toujours placé sous le haut patronage du maintenant très célèbre « mythe de Cthulhu », et de péripéties qui ne font pas mentir son titre, ce dernier arc narratif tient un peu - malgré tout - de la mesure dilatoire. Gerry Conway, en vieux routier de l'imaginaire sait faire illusion, soutenu par le trait bien gras de son dessinateur Mike Perkins, aux pleines pages explosives, et les couleurs anxiogènes et malsaines d'Andy Troy, et je lui pardonne d'avoir un peu tiré sur la corde, mais un resserrement de l'histoire ne lui aurait pas fait de mal non plus.

.... Reste également la satisfaction d'avoir une histoire complète (en trois numéros pour la version française), dont visiblement le seul but était de divertir ceux qui la liraient, sans autres ambitions.
Ce qui soit-dit en passant est un objectif un peu perdu de vue, chez certains auteurs actuels de bédés américaines.

L'équilibre entre la satisfaction que procure ce type d'histoire est aussi atteint grâce au prix du format dans lequel elle est proposée. 5,90 € pour 6 numéros (dans l'édition étasunienne), c'est d'un excellent rapport qualité/prix**.
À comparer aux prix pratiqués outre-Atlantique, ou à ceux de la librairie hexagonale, les revues kiosques, lorsqu'elles proposent des numéros consacrés à une seule série (au contraire du format anthologique) sont imbattables.
Ce qui ne veut évidemment pas dire que toutes les séries se valent, sous prétexte de ne pas être onéreuses. Mais Carnage (traduite par Sophie Watine-Vievard et lettrée par Laurence Hingray & Christophe Semal) s'en sort plutôt bien.
_________________
** À titre de comparaison j'ai emprunté ces jours-ci, à la médiathèque, la mini-série TURF (de Jonathan Ross & Tommy Lee Edwards) publiée en son temps par l'éditeur Emmanuel Proust, donc 5 numéros (dans l'édition originale), en deux tomes vendus 15,50 € pièce. Bouffre !
Bon dans ce cas précis, même un prix kiosque n'aurait rien changé au beau gâchis de cette aventure, pourtant prometteuse.

mercredi 20 décembre 2017

Nnedi Okorafor en campagne sur Ulule

.... En pleine lecture du roman de Nnedi Okorafor, celui intitulé Qui a peur de la mort ?, publié dans un premier temps dans l'Hexagone par l'éditeur Panini (via feu sa collection « Eclipse ») avec la très belle couverture de  Joey Hifi, puis plus récemment par les éditions ActuSF, sous la toute aussi magnifique couverture de Travis Davids, je m'aperçois que la jeune auteure nigériane-américaine - qui n'a visiblement pas les deux pieds dans le même sabot - vient d'être embauchée par les éditions Marvel pour écrire une mini-série sur la Panthère Noire [Pour en savoir +] alias T'Challa (aka Black Panther) ; que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire, cela dit.
Par contre j'ai pu lire l'histoire courte*, exercice périlleux s'il en est, parue dans le one-shot Venomverse : War Stories #1 qu'elle a écrite.

.... Brillamment secondée par la dessinatrice Tana Ford, et Ian Herring aux couleurs, la jeune scénariste s'en sort très très bien.  L'équipe créative donne, en seulement huit petites pages, tout ce qu'il faut à leur héroïne pour un faire un personnage que l'on a envie de revoir.

Voici quelques pages pour vous donner une idée du travail des unes et des autres :



Un galop d'essai très prometteur pour la suite.  

.... Tout ceci pour dire que les bonnes chose n'arrivant jamais seules, l'auteure fait l'objet d'une souscription en vue de publier un recueil de ses nouvelles, Kabu Kabu, ça se passe sur Ulule, et la campagne vient de commencer....

________________
*Cette histoire, ai-je appris, s'inspire de l’enlèvement il y a 3 ans des lycéennes de Chibok, au Nigeria, par le groupe djihadiste Boko Haram.

Bancroft [Kate Brooke]

.... En cherchant un angle pour parler de cette nouvelle série télévisée - dont j'ai vu les 2 premiers épisodes - j'ai fini par remarquer, que tous les rôles importants étaient trustés par des actrices.
Faye Marsay/Sarah Parish/Amara Karan
Ce qui est pour moi plutôt bon signe outre cet accès à des rôles de premiers plans, c'est que cette situation ne m'est pas apparue immédiatement.

Si le reste de la distribution, n'écarte pas totalement les hommes, ils se cantonnent, pour l'instant, aux seconds rôles.Vu le zeitgeist, difficile d'échapper à l'aspect supposément revendicatif de ce choix, mais il m'est tout aussi difficile de dire si la création de Kate Brooke est une série féministe.
Mais une chose est certaine, lorsque je regarde la deuxième saison de Chance, ou celle de Berlin Station (pour n'en citer que deux), je ne me pose pas ce genre de question. Pas plus que ne s'en est posé George Romero lorsqu'il a embauché Duane Jones dans les années 1960

.... En tout cas, les deux premiers épisodes ont remporté ma totale adhésion, et Sarah Parish (alias Elizabeth Bancroft) n'a aucun souci à se faire sur son talent, pas plus que ses deux consœurs.
__________
Y a-t-il au moins deux personnages féminins nommés ? : Oui
Se parlent-elles ? : Oui
Parlent-elles d’autres choses que d’un homme ? : Oui

(Test de Bechdel™© passé haut la main)

mardi 19 décembre 2017

Cérès et Vesta [Greg Egan/Erwann Perchoc]

…. Sur un sujet qui fait écho à son propre engagement face à une situation humanitaire mondiale préoccupante, Greg Egan choisit, selon son propre point de vue sur la science-fiction*, de « prendre un microscope pour s’en servir de presse-papier ».
Couverture d'Aurélien Police
Le résultat s’intitule Cérès et Vesta, du nom de deux astéroïdes colonisés par l’homme, dont l’un placera l’autre « face à un choix impossible, une horreur cornélienne » ; une novella publiée dans la collection « Une heure-lumière », de l’éditeur Seine-et-Marnais de SFFF Le Bélail’

Traduit par Erwann Perchoc, Egan y imagine un scénario où l’épanouissement des uns n’est possible qu’au détriment des autres.

…. Entreprise salutaire que de maintenir visibles des questions que l’on préfèrerait peut-être oublier, dans une fiction, lieu de créativité mais aussi d'inventions pratiques.
Mais de l’auteur de science-fiction, que d’aucuns qualifient comme le plus important du XXIème siècle, j’attendais cependant autre chose. 

Greg Egan se contente ici d’une logique qui vise à choisir les sacrifiés, sans jamais explorer une autre voie qu’aurait pu lui permettre son histoire (ou alors sans vraiment y croire lui-même), dont la pertinence aurait pu dépasser sa particularité.  La question de l'inévitabilité de ce type de dilemmes n'est pas non plus évoquée.
Pas plus qu’il ne fait rétrospectivement réfléchir l’un ou l’autre de ses personnages, « à empêcher la naissance de situations où il n’est plus possible d’être moral », selon les mots de Gunther Anders. Autrement dit de faire en sorte d’éviter à quiconque d’avoir jamais à se montrer héroïque (en empêchant la naissance de pareilles situations).

Non, tel que j'ai lu ce récit, Egan transpose des situations contemporaines dans un futur incertain, mais que l'on devine lointain, pour y appliquer les raisonnements d'aujourd'hui. Lui qui n'hésite pas à pousser les dernières découvertes scientifiques dans leurs retranchements les plus reculés, achoppe lorsqu'il s'agit de faire de même avec les « sciences molles ». Dommage  

…. Reste que tout n’est pas à jeter dans cette novella d’une petite centaine de pages, d’autant qu’elle permet de démêler les différents fils ayant amené au point culminant de la crise, et par la force des choses d’en apprivoiser le tragique. « Décrypter un imaginaire partagé, c’est aussi entreprendre d’en critiquer la logique mortifère », nous dirait Fréderique Leichter-Flack.

D’un point de vue formel, Cérès et Vesta est d’une lecture agréable et distrayante, l’auteur conjuguant un décalage chronologique qui fait par ailleurs son petit effet. 
En outre, il met en sourdine son penchant pour les extrapolations scientifiques pointues, pierre angulaire de son travail littéraire & marque de fabrique inoubliable. Tout en étant parfois rédhibitoire. 

Un rendez-vous manqué donc (dans lequel j'ai aussi ma part de responsabilité), qui n'entame en rien ma confiance dans cette belle collection. Ni dans le travail de l'auteur le plus mystérieux de la planète SF.
______________ 
Intéressant : Oui 
Illisible : Non 
Incontournable : Non 

* « Utiliser la science-fiction pour bricoler des métaphores sur des thèmes familiers revient à la dévoyer ; c’est comme prendre un microscope pour s’en servir de presse-papier » in Greg Egan : une conversation, Bifrost n°88. 
Propos recueillis par Karen Burnham et traduits par Erwann Perchoc

Les Infâmes [Jax Miller/Claire-Marie Clévy ]

.… Comme quoi, lire un bon roman tient à peu de chose. Comme le nom, ou ici le pseudonyme d’une romancière. 
Jax Miller

.... Placé sous le double signe du houblon et de James Lee Burke, « Les Infâmes » allait se révéler aussi explosif que ce nom de plume le laissait présager. 
Un cocktail dont le dosage tient du miracle puisque l’auteure se qualifie elle-même de « pranster ». C’est-à-dire quelqu’un qui ne planifie pas son travail d'écriture, qui navigue au pif (« flying by the seat of your pants »), contrairement au « plotter » qui planifie son roman. 
Difficile à croire quand Jax Miller nous dit qu’elle n’avait en tête que la scène finale, même si l’itinéraire de Freedom Oliver à quelque chose d’assez spontané, et de totalement imprévisible. Mais dans lequel on ne se perd pas tout à fait, au contraire de ses illusions sur la nature humaine.

.... Freedom Oliver, anti-héroïne à tous les points de vue, puisque sa créatrice a été dépendante de cette drogue, et que « Les Infâmes » est aussi un roman autobiographique, et cathartique, a été placée dans le programme de protection des témoins non pas pour avoir tué sa fille, comme elle le déclare dès la première ligne du roman, mais pour le meurtre de son mari. 
On peut d’ailleurs prendre un instant et considérer le titre français, en regard de celui adopté dans la version originale : « Freedom’s Child ». Jeu de mot que l’on peut traduire par « l’enfant de Freedom », mais aussi par « l’enfant de la liberté » ; ce qui donne une toute autre perspective à ce qu'on s'apprête à lire. Non !?

« Huit heures à rouler sur cette moto, et je n’ai plus aucune sensation dans le clito à cause des vibrations. » Traduction de Claire-Marie Clévy 

Une citation qui en dit long sur le style de l’écrivaine, et du monde qu’elle décrit dans un roman, où « des infirmières aspirent de la nicotine entre leurs lèvres ridées et rongent leur téléphone », bref du style et des tripes pour celle qui revendique trouver son inspiration dans les bandes dessinées, notamment celles d’Alan Moore et de Frank Miller. 
J’ai connu des références plus honteuses. 

Ce livre est pour vous si :
• vous avez 8 euros en poche (ou un abonnement bibliothèque) 
• vous aimez que les héroïnes bottent des culs 

En revanche, il est déconseillé si :
• vous avez moins de 18 ans 
• vous êtes un putain de phallocrate

lundi 18 décembre 2017

All-New X-Factor [Peter David/Carmine Di Giandomenico]

David Yardin
.... Tout à la lecture du deux cent soixantième épisode d'X-Factor, (2006-2013) celui où la mutante Polaris noie son spleen dans une belle enfilade de pichets de bière - du sérieux donc - et envoie péter quelques trous du cul de passage, attitude qui lui vaut d'attirer l'attention de la police et de Vif-Argent son demi-frère, et de finir au zonzon. 

Un épisode que l'on peut lire dans l'arc narratif final de la série (Volume 3), et dans le recueil au format « Monster », de Panini, judicieusement intitulé ..... La Fin.
Edwards/Leistein/Milla
D'où elle sortira, par un porte dérobée, grâce à un mystérieux Harrison Snow ; intrigué je l'ai suivie, pour me retrouver quelques mois plus tard dans une toute nouvelle (All-New) mouture de la série. 
.... Si la précédente incarnation d'X-Factor, déjà sous l'égide du scénariste Peter David, avait tenu 114 numéros (tout en reprenant à partir du 51ème épisode, la numérotation d'une - encore - précédente version) le « All-New X-Factor » ne connaitra pas la même félicité.
Petit aparté, la numérotation des séries américaines de bédé est assez compliquée, je vous propose, pour vous y retrouver, de consulter le site COMICSVF [Pour en savoir +] qui propose des listes et des liens entre la V.O et la V.F. souvent très utiles.    
Et pourtant David, ni Carmine Di Giandomenico le dessinateur principal, n'ont démérité. Pas plus que le dessinateur des couverture Kris Anka ou leur designer Jared Fletcher :

 Comme on peut le voir sur l'animation ci-dessus, Jared Fletcher (le designer) envoyait - après une lecture du scénario et l'approbation du staff éditorial - à Kris Anka un croquis, que ce dernier dessinait. 
Puis retour vers Jared qui ajoutait les couleurs et les effets, et choisissait une citation d'un des personnages de l'épisode en question, qu'il mettait en exergue. Ici, « Now hold in thightly ».

Au départ le fond de chaque couverture devait être jaune, avant que Marvel ne demande de ne plus s'y tenir.   

Toutes les couvertures seront construites sur le même modèle, lequel fournira une belle identité à la série. Une approche sensée et pensée, dès lors que l'on sait que cette nouvelle équipe d'X-Factor, appartient à une entreprise - SERVAL  Industries - inspirée de GOOGLE.
Qui comme ses consœurs, aspire à nous vendre du rêve au travers de sa marque et de son logo, immédiatement identifiables (on peut lire à ce propos l'essai de Naomi Klein justement intitulé No Logo)

N'hésitez pas à visiter le Jared K. Fletcher X Studio Fantabulous !
.... La composition de l'équipe, dont les membres ont été choisis sur une liste que l'editor Jordan D. White a soumis, en fonction de la disponibilité de personnages de l'écurie Marvel, à Peter David, était primordiale. 
Car, comme chacun sait, David est plutôt un « character-driven » qu'un « plot-driven »
Autrement dit, dans ses histoires ce sont les personnage qui mènent l'intrigue, a contrario des histoires dites « plot-driven » ou l'intrigue est le fruit des enjeux du récit ; distinction qu'aiment parfois faire les écrivains étasuniens. 

Et pour le coup, effectivement, les intrigues, si elles assurent plus que le minimum syndical, ne sont pas ce qui fait battre le cœur de la série (ni ici le mien).  

.... Carmine Di Giandominico fait sur cette série un travail de toute beauté. Son sens du découpage et de la narration, ainsi que la composition des cases et des pages donnent une énergie, et un rythme, en totale synergie avec les dialogues ciselés du scénariste (traduit ici par Thomas Davier pour Panini).   
Des tenues, inspirées en partie par des vêtements de la Renaissance italienne
.... Or donc, après vingt numéros - dont quelques uns consacrés au crossover évènementiel annuel de l'éditeur américain - X-Factor tire sa révérence non sans se ménager (encore une fois) une porte de sortie dans une autre série de Peter David. À savoir Spider-Man 2099 (version Marvel Now), que par ailleurs je n'ai pas encore lue.

Reste que même circonscrite à ces seuls 20 numéros, l'aventure vaut largement le coup d'être tentée. Prévenu 6 mois avant l'échéance fatale, Peter David a eu le temps de boucler certes un peu rapidement, mais sans pour autant saboter le boulot, les différentes intrigues de son run. Intrigues dont je rappelle qu'elles ne sont pas son point fort.
Impérial par contre sur la direction de ses personnages, comme on peut parler d'une « direction d'acteur » au cinéma, Peter David me fait par contre regretter de ne plus suivre son équipe, à laquelle je n'ai pas eu de mal à m'attacher. Idem en ce qui concerne le travail de Carmine Di Giandomenico (avantageusement assisté de Lee Lougbridge à la colorisation) qui a fait de cette (trop) courte série un vrai page-turner (qui par ailleurs passe brillamment le test de la relecture).
Et qui est devenu depuis, un dessinateur à suivre.

________________
• Toute la série a été traduite par Thomas Davier pour l'éditeur Panini : d'abord dans la revue X-Men Universe n°16 à 23, puis dans les X-Men Hors-série n°1 & 3, entre octobre 2014 et novembre 2015.     

dimanche 17 décembre 2017

Le Sultan des nuages [Geoffrey A. Landis/Pierre-Paul Durastanti]

8,90 €
.... La novella de Geoffrey A. Landis, parue dans (l'excellente) collection que Le Bélial' a dédié à ce format, est une sorte d'instantané, le moment figé d'une histoire que l'on devine plus vaste. Comme telle, elle nous plonge in medias res et nous laisse sur notre faim.
Reposant en partie sur une nouvelle théorie du mariage, et sur une économie de l'enrichissement qui elle ne nous apprend rien, Le Sultan des nuages souffre néanmoins d'une intrigue anémique. Et de rebondissements qui pour le coup manquent de ressort, à l'instar des trois principaux personnages aussi évanescents que les nuages du titre. Et d'une conclusion tirée par les cheveux.

.... Toutefois, alors même que m'apparaissaient les faiblesses que je décris, et quelques explications scientifiques que je vous laisse découvrir, un domaine que connaît bien l'auteur, ingénieur à la NASA, l'élan impulsé par la formidable couverture d'Aurélien Police ne faiblissait pas ; et la petite centaine de pages disparaissait déjà sous la quatrième de couverture. 
La collection du Bélial' ne s'appelle pas « Une heure lumière » pour rien !

.... Manifestement ce ne sont ni l'intrigue ni les personnages qui motivent Geoffrey A. Landis, à tel point qu'il donne l'impression de ne pas croire à sa propre histoire.

dimanche 10 décembre 2017

All-New Avengers Hors-série n°3

.... Sept numéros, dans un forcing désespéré pour nous proposer la totalité de la série, pour la modeste somme de 5,90 euros, tel est le contenu de ce troisième hors-série des « Tout-Nouveaux Vengeurs », revue publiée par Panini.

Au commande, le toujours pétillant Al Ewing, alors qu'aux dessins un trio se dispute le droit de dessiner son scénario, que n'aurait pas désavoué Jack Kirby Jim Starlin ; rehaussés de couleurs tout aussi lysergiques que les aventures qu'écrivait justement l'ex-photographe de la Navy.
Dessin & couleurs de Christian Ward
Si le sixième numéro mensuel (de la périodicité étasunienne) qui ouvre ce recueil est toujours sous l'influence de l’accélérateur des « contraires » (Captain America est un Africain-Américain, Mjolnir est devenu la propriété d'une femme, etc.) , qui alimente la Maison des idées en une nouvelle énergie salutaire, la belle mécanique est rattrapée par un de ces events qui rythment la vie des illustrés de super-héros, comme la grippe rythme la nôtre. Sauf que l'événementiel à la sauce Marvel est plus fréquent, et plus meurtrier.

Toutefois, faisant montre d'une intelligence créative autant que diplomatique, Al Ewing réussi à maintenir ce qui faisait la particularité de son travail sur les 5 précédents numéros de la série [Pour en savoir +], tout en sacrifiant aux directives éditoriales.
On pourra bien sûr arguer que l'antagoniste des Ultimates - sur les numéros estampillés « Civil War II » - y est pour beaucoup. 
Certes, cependant le scénariste a montré dans ces 5 numéros, qu'en termes d'inflation dramatique il n'avait rien à redouter.
Dessin de Kenneth Rocafort & couleurs de dan Brown
Kenneth Rocafort et ses tuiles séquentielles mal ajustée, ainsi que son compère Christian Ward en pleine montée d'acide, dessinent les contours d'un univers tout aussi étrange et fascinant que les personnages qui y vivent.

.... En faisant de cette énième mouture des Ultimates des bêta-testeurs de mondes improbables et infinis, peuplés de créatures conceptuelles et de races extraterrestres, tout en y mélangeant des apartés intimistes, et des manigances de barbouzes plus terre-à-terre, Al Ewing - formé à l'école anglaise de l'hebdomadaire 2000AD - nous captive et nous entraîne à sa suite, comme le ferait le joueur de flûte d'Hamelin.
Prochainement
(À lire et à suivre ....)

mardi 5 décembre 2017

Alan Moore dans Télérama

.... Nouvelle incursion dans la réception qu'a accordée l'Hexagone à Alan Moore lors de la publication de son deuxième roman, Jerusalem.
Si certaines choses ont forcément étaient dites ailleurs, si d'autres sont connues des gens qui suivent l'auteur depuis avant Jerusalem, l'article de Stéphane Jarno met au jour un aspect peut-être moins connu, celui du militant de terrain, qui mouille la chemise dans un "laboratoire de création artistique", nulle part ailleurs que dans l'arrière-salle d'un bar associatif de Northampton.

Un bien chouette article !

lundi 4 décembre 2017

SHI (t2), ou l'ambiguïté du message

.... Le deuxième tome de la série de Zidrou et José Homs continue de faire la démonstration d'une maîtrise dans l'art de captiver, grâce à une narration qui enchaîne aussi sûrement les péripéties que le lecteur.
Quand bien même sommes-nous en terrain connu, le dosage des scènes choc et des coups de théâtre induit une assuétude contre laquelle il est difficile de lutter. Bravo !

.... Cependant, au-delà de la trépidante aventure qu'on nous raconte, j'ai été frappé, et surtout troublé par le message implicite que j'y ai vu.
Diffus lors du précédent album [Pour en savoir +], il s'affirme avec celui-ci.

.... À première vue, il s'agit du thème toujours fécond de rendre justice soi-même, alors que la société dans laquelle on vit s'y refuse. En vertu par exemple ici, d'une sorte d'immunité de classe (qui traverse les siècles).
Vengeance plus que justice d'ailleurs, en ce qu'elle n'épargne personne, aveuglément guidée par la loi du talion, suivant le raisonnement simpliste qui veut que si vous ne faîtes pas partie de l'organisation - qui donne ici son nom à la série - vous en êtes l'ennemi, et serez donc éliminé. Même si vous n'avez rien à voir avec les exactions qui sont reprochés aux coupables ; ou supposés tels.

.... Œil pour œil, dent pour dent.

.... Il n'échappera à personne, que faire payer des torts à des innocents, tout en rendant héroïques les ex-victimes (devenues pour le coup bourreaux), est un message pour le moins inacceptable. Surtout que, sans révéler ce qui se passe dans les deux premiers tomes, le résultat est très clair.
Et qui, en ces temps troublés ne peut manquer d'être rapprocher du modus operandi d'organisations qui nous terrorisent au nom d'une religion.

Cela dit, ne connaissant pas Zidrou, ni d'ailleurs José Homs, je leur laisse le bénéfice du doute, et je m'attends à un revirement de situation qui me laissera sûrement pantois.

.... En conclusion, SHI est une excellente série qui en plus d'apporter sa dose d'évasion, ménage un espace de réflexion bienvenue, même si ce que je pense y voir me fait froid dans le dos.


(À lire & à suivre .....)