mardi 29 novembre 2016

SICARIO (Taylor Sheridan/Denis Villeneuve)

Un commentaire™© sur le film SICARIO avec de vrais morceaux de spoilers dedans !
SYNOPSIS
La zone frontalière s’étendant entre les États-Unis et le Mexique est un territoire de non-droit où les trafiquants de drogues internationaux imposent leur pouvoir. 
Un agent du FBI idéaliste découvre ce monde brutal en assistant les membres d’un groupe d’intervention du gouvernement qui l'ont enrôlée dans leur plan pour provoquer la chute d’un des patrons des cartels mexicains 
…. Bien sûr, savoir que Taylor Sheridan le scénariste de Sicario a comme projet d’écrire une trilogie sur le « Nouvel Ouest »* a orienté le regard que je porte sur le film du réalisateur Denis Villeneuve. 
Toutefois, la charge symbolique, l’importance des fantômes sémiotiques ; comme c’était le cas sur Comancheria (que j’ai vu avant Sicario : Pour en savoir +), dans lequel on peut voir un Lone Ranger accompagné de son fidèle Tonto, tout deux vieillissants, pourchassant les frères Toby & Tanner Howard, écho des « bandits d’honneur » du Far West** qui, dès les années 1870 s’attaquaient au côté sombre du capitalisme moderne (Cf. Jesse James***), or donc ce terreau mythologique - une fois encore labouré - ne pouvait pas ne pas m’apparaître. 
…. Premier segment d’un triptyque donc, Sicario met en scène une ville frontière typique du folklore lié au Far West, où la loi n’était pas encore totalement présente, et ayant encore un pied dans la Wilderness****
Ici Ciudad Juárez bien que située au Mexique occupe ce rôle. 

Dans la mythologie de la Frontier, la fondation d’une communauté ou la pacification d’un territoire, n’est pas le résultat d’une concordance de volontés individuelles autour d’un contrat commun mais plutôt, un processus rendu possible grâce à l’action violente d’un homme. Un maverick, qui demeurera étranger à la communauté fondée, et dont le destin est de tomber « comme une douille vide » (d'une manière ou d'une autre) une fois son action accomplie (pour paraphraser Hegel), en tant qu’il abolit ses propres conditions d’existence. 
D’où le thème très prégnant de l’errance au cœur de la fiction étasunienne.
Un désert filmé ici comme un être vivant & en tout cas hostile - tout comme la ville de Juárez  - est omniprésent dans Sicario, tout comme dans nombre de western et non des moindres
Cet homme est aussi, selon la formule, « un homme qui connaît les Indiens », dont la matrice fictionnelle est Natty Bumppo alias Bas-de-cuir, le héros de James Fenimore Cooper. 
Le héros de la Frontier par excellence. 
Un archétype qui a évolué au travers d’incarnations successives, comme le veut la tradition (pour n’en citer que deux) : en détective hard-boiled ou encore en vigilant***** urbain.
La chevauchée vers le "fort" sous la protection des "Tuniques bleues"
Et aujourd’hui cet archétype ne s’attaque non plus aux Indiens, ni aux criminels armés de Thompson, mais aux cartels de la drogue. 
Et si l’ennemi a changé, les modalités du combat passe toujours par ce que Richard Slotkin a appelé « la régénération par la violence ». 

…. Si Soldado, la suite annoncée de Sicario, est de la même trempe que le film de Denis Villeneuve, l’avenir s’annonce radieux pour les amateurs de bons films. 

À ce propos, la mise en scène de Villeneuve n’est pas non plus étrangère à la réussite de Sicario
Je ne citerai qu’une scène qui je crois donne bien le ton du talent du cinéaste. C’est celle où Reg (Daniel Kaluuya), le coéquipier de Kate Mercer (Emily Blunt) l’agent du FBI qui sert de « candide » au spectateur, sort prendre l’air au tout début du film, juste après la découverte des corps momifiés cachés dans la maison. 
La caméra le suit, et permet d'enchaîner avec fluidité et un naturel déconcertant sur le climax d’une séquence d’ouverture d’une incroyable intensité. 
Et le reste du film est du même tonneau, entre mise en scène virtuose et symbolique efficace.
The Punisher alias Alejandro Gillick (Benicio del Toro)
Je me dois de ne pas oublier non plus de citer Jóhann Jóhannsson, dont la musique est un élément essentiel à la mise en scène, et dont le thème lancinant n'est pas sans évoquer celui de Les Dents de la mer

…. En définitive, il ressort que Sicario est bien plus riche que ce que mon commentaire met au jour (et la meilleure adaptation cinématographique du personnage de l'éditeur Marvel : The Punisher), mais je voulais surtout explorer l’aspect « Nouvel Ouest » - revendiqué par Taylor Sheridan - et de ce côté-là (mais pas seulement), la réussite est totale.
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Où l'humanité des uns, dessine en creux l'inhumanité des autres

* Taylor Sheridan : « Sicario et Comancheria sont les deux premières parties d'une trilogie qui va s'achever avec Wind River, mon prochain film (NDLR : une chasse au tueur dans l'Utah avec Jeremy Renner et Elizabeth Olsen). C'est une exploration de la nouvelle frontière américaine, des conséquences de la conquête de l'Ouest que nous subissons encore aujourd'hui. L'Arizona dans Sicario, le Texas de l'Ouest dans Comancheria. » (Source)

** Le Far West est ici à comprendre comme l’expression du mythe fondateur de la Frontier, de l’Ouest. J’utilise le terme américain de « Frontier » (majuscule + italique) au lieu de celui francophone de « frontière » dont l’équivalent étasunien est « border ».
La Frontier c’est cet espace théorisé par l’historien Frederik Jackson Turner dès 1893, raconté par Theodore Roosevelt (notamment dans les 4 tomes de The Winning of the West) ou encore par Buffalo Bill au travers du Wild West Show, voire par Owen Wister (auteur entre autre de The Virginian) – liste non exhaustive. Autrement dit un territoire initiatique, la matérialisation métaphysique de l’esprit civilisateur qui s’impose par la force, un hiéroglyphe d’où l’homo americanus émerge. Donc rien à voir – ou presque – avec la frontière qui délimite deux pays de part et d’autre d’icelle.

*** À propos des « bandits d’honneur », ce n’est sûrement pas qu’une coïncidence si Nick Cave & Warren Ellis qui ont travaillé sur la musique du film de Ron Hansen et Andrew Dominik, intitulé : L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007) ont aussi travaillé sur Comancheria, le second volet de la trilogie de Taylor Sheridan.

**** La Wilderness - héritage des Puritains - est un lieu encore inapprivoisé, un no man’s land, où vit le Mal.

***** Le vigilant, dont le schéma actanciel participera à l’élaboration du justicier masqué puis du super-héros, a probablement vu le jour dans le film de D.W. Griffith, Naissance d’une nation (Pour en savoir +).

lundi 28 novembre 2016

SWAMP THING #88 (Rick Veitch & Michael Zulli)

…. L’histoire est assez connue, au début des années 1980 Alan Moore déjà auréolé d‘un Eagle Award (du meilleur scénariste 1982) reçoit au printemps 1983 un coup de fil de Len Wein scénariste américain et – à ce moment-là –responsable éditorial chez l’éditeur DC Comics. Moore qui habite en Angleterre, croit d’abord qu’il s’agit d’une blague de David Lloyd (avec qui il travaille sur V for Vendetta pour le magazine britannique Warrior), mais Wein insiste.

Il lui propose en substance, de reprendre l’écriture d’un des personnages de l’éditeur américain, en l’occurrence Swamp Thing (alias la Créature du marais). Personnage qu’il a par ailleurs co-créé en 1971/1972 (avec Bernie Wrightson) et qui est alors publié dans une série mensuelle à suivre intitulée The Saga of Swamp Thing. Un titre qui a vu le jour en 1982 pour capitaliser sur la sortie du film réalisé par Wes Craven (sobrement intitulé Swamp Thing : Pour en savoir +), et qui ne figure pas à l’époque, sur la liste des meilleures ventes de la maison d’édition new-yorkaise. 

 « Lorsque j’ai repris le personnage de Swamp Thing, j’ai essayé de trouver le moyen de lui donner une forme nouvelle sans rien changer de la continuité admise, le transformer de ce que je voyais comme un personnage très limité en quelque chose qui ait bien plus de potentiel narratif » déclarera Moore à Peter Bebergal pour la revue The Believer en juin 2013. 
Moore applique à ce personnage de seconde zone, la même méthode innovante (pour l’époque) qui lui a si bien réussie sur Marvelman (qu'il écrit à l'époque pour Warrior). 

On connaît la suite de l’histoire : Moore arrive sur le titre au numéro 20, termine les intrigues en cours et dès le numéro suivant (La leçon d’anatomie) redéfini le personnage principal, et réoriente le titre en en faisant un titre d’horreur au succès critique et public grandissant & incontestable. Swamp Thing devient aussi (à partir du numéro 31) la première série mensuelle de DC Comics à s'affranchir du sceau de la Comics Code Authority. Un pari risqué à l’époque. 

Une série dont on s’attend qu’elle n’ait aucun tabou. 

À partir du numéro 65 - la série est devenue entre temps Swamp Thing, tout simplement - c’est Rick Veitch, qui a déjà travaillé sur la série avec Moore qui en reprend l’écriture suite au départ (volontaire) de ce dernier qui considère avoir fait le tour des personnages. 

…. Lorsqu’il entame son second arc narratif (Swamp Thing #80), Rick Veitch envoie la Créature du marais, par l’intermédiaire d’une race extraterrestre qui craint son pouvoir, à travers le temps. 
Un périple au cours duquel il rencontrera plusieurs personnages de l’écurie DC Comics (Sergent Rock et la Easy Company, Enemy Ace, etc.). 
De son côté Abby, sa compagne, vivra aussi quelques turpitudes auxquelles seront mêlés le Sandman de Neil Gaiman, John Constantine, ou encore le Phantom Stranger (etc.) ; finalement Swamp Thing devait revenir dans son présent (au numéro 92) pour assister à la naissance de son enfant, et pour y affronter son pire ennemi Arcane
Mais cet affrontement aurait dû avoir des modalités différentes de ce à quoi on aurait pu s’attendre, grâce à l’une des rencontres qu’avait fait la Créature du marais lors de son voyage dans le Temps.
Or donc, dans le numéro en question (#88), qui se déroule en l’an 33 après J-C, Swamp Thing n’y rencontre rien de moins que Jésus en personne. 

L'histoire écrite par Veitch, intitulée « Morning of the Magicien », et qui n’a pas eu l’aval de l’éditeur, n’est, en tout cas jusqu’à maintenant, jamais parue. 
Une rumeur persistante, formée à partir d’une interprétation erronée (certainement) du crayonné de la couverture (dessinée par Veitch lui-même), voulait que Swamp Thing eut été le bois dont on fit la croix sur laquelle le Christ fut crucifié. 
Mais si on regarde attentivement cette planche, on peut voir que se dessinent clairement, en arrière-plan, les trois croix bien connues, dont celle du Christ
Le scénario que j’ai lu (voir lien infra), dont tout laisse croire qu’il est de Veitch lui-même, et les planche dessinées par Michael Zulli (dont ce devait être le premier travail pour DC), racontent donc une tout autre histoire …...
…. En effet, dans la version du scénariste étasunien, les Rois mages qui ont rendu visite à Jésus lors de sa naissance, sont en fait trois sorciers venus s’assurer à l’époque qu’il ne posera pas de problème (à leurs plans diaboliques suppose-t-on) au cours de son existence. 
Trente trois ans plus tard, s’apercevant qu’ils ont fait une terrible erreur, ils invoquent un démon (Bilial) afin de la réparer. 

Pendant ce temps, Marcus le Gladiateur d’or (The Golden Gladiator, un personnage de DC), promet à Marie-Madeleine qu’il va tout faire pour sauver Jésus lorsqu’on lui demandera de l’arrêter. Mais Bilial s’empare du corps de Marcus

Pendant ce temps, Jésus médite sur le Mont des oliviers, alors que Swamp Thing y arrive sous la forme d’une olive**
À noter que dans le scénario tout laisse croire que Jésus est tout à fait conscient de la présence, voire des pensées de Swamp Thing à ce moment-là.
Swamp Thing prend ensuite la forme d’une plante et « pousse » près du Christ, puis déverse un « suc » dans une coupe - qui deviendra le Graal - qui se trouve devant Jésus

Un montage alterné montre ensuite Swamp Thing en train de s’interposer entre Marcus (possédé par Bilial) et Jésus mais hors de sa vue, alors que ce dernier porte à ses lèvres le Graal (qui contient donc un peu de Swamp Thing dedans). 
Il y a tout lieu de croire que Veitch suggère ici un moment intime très connu de la geste de la Créature du marais
Mais aussi que nous assistons à une eucharistie. 
Et si mon interprétation est exacte on peut aisément comprendre la frilosité de DC Comics à publier cette histoire. 

Marcus est délivré du démon, Jésus arrêté, Ponce Pilate s’en lave les mains, etc., jusqu’à la crucifixion.

Rich Veitch ambitionnait avec cet arc de donner une sorte de cohérence à plusieurs points de l’univers surnaturel de DC Comics, on voit par exemple lors de l’exorcisme de Bilial, Etrigan (le démon rimeur) être recraché par celui-ci, ou encore (cohérence interne à l'arc qui va à rebrousse-temps) Joseph d’Arimathie recueillir le sang du Christ dans le Graal, et y déposer un morceau d’ambre qui apparaît tout au long de cet arc narratif.
…. Selon Rick Veitch il avait, avant de lancer cette aventure, donné oralement une version du scénario à Karen Berger (alors editor de la série) et à Dick Giordano (alors executive editor chez DC). Autrement dit des individus ayant un pourvoir décisionnel sur l'avenir du titre. 
Lorsque Giorodano reçu le tapuscrit du scénario, il le fit lire à Jenette Khan qui était à cette époque la présidente et l’editor-in-chief de DC Comics, autrement la « seule maître à bord après Dieu » de la maison d’édition. 
C’est cette dernière qui mettra son veto, alors même qu’au moins dix-neuf pages avaient déjà été dessinées par Zulli au moment de sa décision. 

En l’apprenant, Veitch discute, écrit même un mémo pour défendre son scénario, envisage sérieusement de démissionner mais accepte quand même de revoir son script, puis d’en réécrire un nouveau – en une semaine chrono pour respecter les délais de parution – mais rien n’y fait, DC Comics ne veut pas/plus publier cette histoire. 
Finalement le scénariste claquera la porte. 
(Ultime pied de nez, il donnera comme nom, à une série de comic books de super héros (bien déviants et barrés), qu'il créera le nom de King Hell. Un nom qui devait être celui d'un personnage inventé pour ses futurs projets chez DC

Cela étant dit, il semblerait que quelqu’un chez Warner – qui possède DC Comics – au-dessus de Jenette Khan, se soit définitivement et irrémédiablement opposé à l’idée de publier cette histoire, même avec des ajustements. 
Rétrospectivement on remarquera que ce numéro de Swamp Thing n’est jamais paru alors que par exemple, l’histoire de Warren Ellis (Shoot), tout aussi controversée à l’époque où il écrivait Hellblazer et qui n’avait pas non plus été publiée, l’a été ensuite dans un numéro spécial : Vertigo Resurrected
Un recueil où Morning of the Magicien aurait largement pu figurer.
.... Rick Veitch est comme son prédécesseur sur la série, il se préoccupe autant de la forme, de la structure de ses histoires (regardez la troisième et la dernière planche par exemple) que d’échafauder un plan plus général (des histoires sur plusieurs numéros alors que la mode n’est pas encore aux recueils ou trade paperbacks) et qui englobe d’une manière ou d’une autre l’univers entier dans lequel il fait évoluer ses personnages. 
Ici, je rappelle que nous sommes encore dans une ère pré-Vertigo, Rick Veitch - selon certaines sources - voulait redéfinir l’équilibre entre le Paradis et l’Enfer tel qu’envisagé dans l’univers « Suggested For Mature Readers » de DC Comics
Autrement dit, pour certains titres - dont la lecture nécessitait d’être plus mûr - et plus précisément les séries suivantes : Swamp Thing, Hellblazer, Green Arrow et The Question, Rich Veitch avait en projet d’écrire une histoire qui mettrait en scène les héros éponymes de ces séries dans une histoire (un crossover ?) où le King Hell dont je parlais supra aurait dû avoir sa place. 

 …. Si mettre en scène Jésus était osé, suggérer que Swamp Thing avait pu partager une eucharistie avec le Christ où celui-ci reçoit le « corps et le sang » de la Créature du marais, était un pari encore plus fou ! Surtout au pays de l’Oncle Sam

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*Après Rick Veitch, les scénaristes Jamie Delano et Neil Gaiman devaient, alternativement, prendre la suite avec des histoires de 3 ou quatre numéros chacun.
C’est finalement Doug Wheeler qui prendra la suite après un hiatus de 2 mois, en partie comblé par l’annual n°5.

** En fait Swamp Thing a développé sous l’égide du scénariste de Northampton la faculté de se déplacer à travers la planète grâce à son pouvoir de régénération

On peut lire le scénario (en anglais) de Rick Veitcht, et voir les planches (au stade du crayonné) de Michael Zulli en allant sur le blog 20th Century Danny Boy (Pour en savoir +).

Tout aussi instructif, l'ami Niko (Pour en savoir +) s'est fendu d'un brillant billet sur l'appel du "printemps 83", de Swamp Thing et de Vertigo, et c'est chez Bruce Lit que ça se passe : (Pour en savoir +)

dimanche 27 novembre 2016

L'Histoire secrète tome 33 (J-P. Pécau & I. Kordey)

…. Après la relance de la série Empire (Pour en savoir +) Pécau & Kordey sortent un nouvel atout de leur manche – en l’espèce un trente-troisième tome de leur Histoire Secrète.

Pour quiconque est rompu à l’exercice, ce nouvel album ne réservera aucune surprise. Reste cependant de très chouettes moments ; comme ce combat contre un golem, et d’une manière générale les planches d’Igor Kordey, toujours aussi pleines d’énergie et de trognes dignes d’un « western spaghetti ». 
Jean-Pierre Pécau revisite l’histoire – si tant est que Jésus soit un personnage historique, ce que d’aucuns remettent aussi en cause – au travers les mésaventures des Archontes, ludique comme d’habitude.

Très peu satisfait de la fin (qui n'en était pas une donc) de cette saga fleuve, je m’y suis toutefois replongé alors que je l’avais pourtant trouvée déjà bien trop longue. 
De là à croire que les deux compères ont des ivoires qu’ils utilisent pour captiver les plus récalcitrants des lecteurs il n’y a qu’un pas.

Que je ne franchirai pas vu la levée de boucliers qu'a suscitée l'annonce de ce nouveau tome.

.... Bref je n’ai aucune excuse si ce n’est d’avoir finalement offert cet album, et un fond de curiosité qui m’entraînera sûrement à lire le suivant. [-_ô]

samedi 26 novembre 2016

Channel Zero (S01-E01 à 03)

…. Avant de voir les trois premiers épisodes de la série télévisée Channel Zero je n’avais jamais entendu parler des creepypasta.
Il s’agit pour ceux qui n’en savent pas plus que moi, d’histoires « virales » (du moins ont-elles l’ambition de le devenir) imaginaires mais ayant les atours d’histoires « vraies », et jouant donc sur la crédulité de ceux qui les lisent, et sur la large diffusion que permet la Toile Mondiale aujourd’hui.

Une sorte de « chaîne de lettres » 2.0 à la sauce légende urbaine.

La creepypasta de Kris Straub (au patronyme prédestiné) est donc reprise dans Channel Zero, sous le titre de Candel Cove, la fausse émission de télé, au cœur de sa propre creepypasta, sensée avoir été diffusée en 1979 sur un des réseaux américains.
Skyshale033
 Subject: Candle Cove local kid's show?
Does anyone remember this kid's show? It was called Candle Cove and I must have been 6 or 7. I never found reference to it anywhere so I think it was on a local station around 1971 or 1972. I lived in Ironton at the time. I don't remember which station, but I do remember it was on at a weird time, like 4:00 PM.
La Candel Cove de Channel Zero, c’est un peu comme si le Casimir de L’Ile aux enfants en mastiquait au petit déjeuner, et que le Facteur était un tueur en série. 
Avec l’impact que Ségolène Royal et ses thuriféraires prêtaient aux « manga » (sic) - tel Ken le survivant - lorsqu’ils étaient diffusés dans Le Club Dorothée durant les années 1980 (tiens tiens !! les années 1980, décidément). 
Mais sans que personne n’en ait rien su à l’époque. 

Or donc cette série télévisée (Candel Cove) dans Channel Zero, dont pas mal de gens parlent mais que peu ont vu, semble avoir eu une influence néfaste sur quelques uns de ses jeunes téléspectateurs, et à tout le moins - lors de sa très courte et tout aussi confidentielle diffusion – une série de meurtres a eu lieu à Iron Fall une bourgade tranquille des U.S.A. Étrange !!!
…. Les trois épisodes (/6) que j’ai vus (pour l’instant) sont vraiment pas mal du tout. 
Le sentiment de malaise qui s’est installé dès la séquence d’ouverture du premier d’entre eux ne m’a pas quitté, il est même allé en s’amplifiant. 
Quelques scènes à déconseiller aux âmes sensibles, et une interprétation très « habitée » finissent de rendre cette série très intéressante et un peu flippante. Donc réussie. 

 (À suivre.....)

vendredi 25 novembre 2016

Les Vieux fourneaux (Lupano & Cauuet)

Bilan du monde, pour un monde plus humain 

…. Ou l’Histoire de France revue et corrigé (dans tous les sens du terme) par les souvenirs de Vieux de la vieille version 2.0 (dans les gencives) ; adeptes du happening « situ » et de l’humour vache.
Nostalgie & fuite en avant rythment les trois tomes des aventures de ces trois mousquetaires (qui comme chacun sait sont quatre), au gré de l’imagination d’un Wilfrid Lupano (décidément très très bon), et des dessins d’un Paul Cauuet que je découvre, et dont le talent vient de lui faire gagner un lecteur.
Cette historiographie, des 60 dernières années, sur le mode du rire ne fait pas l’économie (non financiarisée) d’un regard tout aussi espiègle sur notre époque et ses contemporains.

Poil aux seins !
Carte vermeil et carte au trésor se conjuguent au plus-que-parfait pour maintenir, vaille que vaille, le cap au cœur d’un Pays de Cocagne où coule la Fontaine de jouvence

Ô Capitaine ! Mon Capitaine !

jeudi 24 novembre 2016

All-New Avengers Hors-Série n°1

ALL-NEW AVENGERS HORS SÉRIE n°1 : THE ULTIMATES
Parution irrégulière, 5,70 EUR, 120 pages
Scénario : Al Ewing
Dessins : Kenneth Rocafort
Couleurs : Dan Brown & K. Rocafort
Traduction : Ben KG (MAKMA)
Lettrage : RAM
Découvrez les Ultimates, l'équipe de l'impossible. La Panthère noire, Captain Marvel ou encore Blue Marvel s'associent pour régler les plus grands problèmes de l'univers. Et avant d'enquêter sur la renaissance de l'univers Marvel, les héros vont régler un problème de taille : celui de Galactus !
(Contient les épisodes U.S. : Avengers #0 (Vol.1), The Ultimates  #1-5)/Sortie le 16/08/2016
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.... La Maison des Idées est composée de briques communes à une multitude de récits. Une sorte de « magasin des accessoires » qui inspire, et surtout oriente l'écriture des auteurs qui travaillent pour elle. 
D'où, parfois, une sensation de « déjà-vu ». 
De fait, ces nouveaux Ultimates évoquent-ils, pour n'importe quel lecteur un tant soit peu aguerri en la matière, la célèbre (et fondatrice) équipe des Fantastic Four. Et les cinq numéros qui composent le sommaire d'All-New Avengers Hors-Série n°1 auraient pu tout aussi bien être écrits par l'un des plus coalescents duo des Sixties : Stan Lee & Jack Kirby.
Si ce n'est que la très WASP*  équipe originelle a laissé place à des personnages qui d'ordinaire (surtout dans les années 1960), étaient cantonnées aux marges.
En effet, sous l'égide du scénariste Al Ewing l'équipe des Ultimates regroupe trois protagonistes féminins, un potentat africain, et un scientifique afro-américain qui plus est, âgé de 87 ans !
Du jamais vu de mémoire de true believers dans les annales de la bande dessinée de masse étasunienne (du moins à ma connaissance).

.... Et ce ne sera pas la seule bonne surprise de ce hors-série.
.... L'aisance avec laquelle Al Ewing met en concurrence des éléments dramatiques qui, sur fond de joutes agonistiques, produisent - de façon intérieure - du désordre ; ou pour le dire de façon plus romanesque de la diégèse, de si bonne qualité ; cette aisance donc laisse augurer d'une série en devenir des plus attrayante. 
 Du reste, le storytelling de Kenneth Rocafort, pour le moins « baroque », ajoute à la sensation d’inquiétante étrangeté des histoires de ces nouveaux conquérants de l'impossible, à l'accent "technoblabla" très prononcé. 

 ... Or donc, ce premier numéro emprunte une bien singulière direction, nonobstant la valeur accordée aux "épithètes homériques" dans ce genre de récits - c'est-à-dire l'épithète qui accompagne implicitement ou explicitement, le nom de tel ou tel protagoniste (par exemple Arsène Lupin gentleman-cambrioleur) - et qui disent, par avance, que la nature des personnages ne changera pas. 
Même si temporairement, les aventures qu'ils vivent peuvent en donner l'illusion, les épithètes finissent par resurgir pour affirmer qu'untel est bien untel. 
.... Reste que pour l'instant l'illusion est très attractive, et que si la couverture du recueil publié par Panini se révèle programmatique, The Ultimates sera l'équipe la plus inventive du moment.

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* Autrement dit la mentalité des anglo-saxons protestants blancs

mercredi 23 novembre 2016

Nous, les morts (Darko Macan & Igor Kordey)

…. Le mort-vivant, le zombie, n’a jamais été aussi prolifique que ces dernières années. 
Accommodé à toutes les sauces possibles et imaginables, sur une vaste gamme de supports (télévision, cinéma, BD, comic book, manga, etc.) son succès semble tout aussi durable que sa non-vie le lui permettra. 

Fort de cette exposition tous azimuts, le duo composé de Darko Macan & d'Igor Kordey, dont ce n’est pas la première rencontre, (Pour en savoir +), nous en donne sa propre déclinaison en quatre tomes d’une série intitulée Nous, les morts (éditions Delcourt).
Uchronie outrancière, cette réécriture de l’histoire (forcément), prend à rebrousse poil nombre de jalons historiques incontournables qui ont fait de l’humanité de qu’elle est (mais assez paradoxalement pour un résultat identique) ; est aussi un prétexte à s’intéresser à la grammaire du genre (et au devenir du genre humains, rien que ça !). 

Fable gargantuesque aux personnages hauts en couleurs, et aux péripéties tout simplement incroyables, Nous, les morts nécessite de ne pas se laisser limiter par les frontière de notre propre imagination mais de se laisser porter par celle de Darko Macan. 
Une imagination à laquelle Igor Kordey – au sommet de son art comme jamais - donne forme & force grâce à des planches qui traduisent la folie et l’absurdité d’une partie de l’humanité (ou du moins de ce en quoi elle s’est transformée) vouée à se battre, et surtout à supprimer toute différences. Lequel Kordey est fort talentueusement soutenu par les magnifiques couleurs de Yana. 

Une marche en avant dont toute ressemblance avec les temps qui courent ne serait pas pure coïncidence.
…. Réjouissant, ou pour paraphraser Pierre Desproges : amusons-nous de nous-mêmes en attendant la mort.

mardi 22 novembre 2016

Comancheria, ou le choix d'un titre

COMANCHERIA, de Taylor Sheridan & David Mackenzie
(avec de vrais morceaux de spoilers dedans)
…. En choisissant de titrer autrement le scénario original de Taylor Sheridan, et par la même occasion le titre du film qu’a tourné David Mackenzie*, les distributeurs américains en ont subtilement changé la parallaxe. 

En effet, Comancheria – le titre original - a été intitulé pour sa sortie en salle Hell or Hight Water, une expression familière que l’on peut traduire par « contre vents et marées », et qui dit clairement que, quelles que soient les circonstances - ici la mort d’une personne ayant souscrit une sorte de viager made in U.S.A. (reverse mortgage) - le contrat qu’elle a signé, doit être honoré. 
Dut-il jeter à la rue ses héritiers putatifs. 

De mon point de vue, cet aspect du long-métrage, est un « macguffin » dans la plus pure tradition hitchcockienne. Un macguffin solide certes, et un généreux générateur de diégèse , mais un macguffin seulement. 

Le film n’est pas – même s’il en a les apparences - un film de braquage (heist movie) que l’expropriation « contre vents et marées » met en branle, mais un magnifique regard (en l’occurrence celui de David Mackenzie) sur la fin d’une époque, à l'interprétation magistrale. 

Les deux représentants de la loi, sorte de Lone Ranger & Tonto (Pour en savoir +) vieillissants et anachroniques, la mort très symbolique de « Tonto » et du dernier « maître de la plaine » (dans les conditions précises du film), tout cela - et bien plus encore - participe à l’autopsie de l’Ouest (entendre la mythologie de la Frontière) que s’est engagé à faire le scénarite Taylor Sheridan au travers d'une trilogie commencée avec Sicario (qui parle d'une toute autre frontière). 
Et Comancheria, autrement dit l’empire des comanches**, plus grand que le territoire de la France métropolitaine, signifie que même les civilisations meurent, fussent-elles l'expression d'un Rêve. 

Une parallaxe, que par un inattendu coup de théâtre, les homologues hexagonaux des distributeurs étasuniens ont rétablie. 
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* David MacKenzie : Le titre d’origine du film était Comancheria. Je l’ai tourné sous ce nom. Mais les distributeurs américains ont préféré le changer. (Source : FilmsActu

** Cf. Pekka Hämäläinen : L’Empire comanche

lundi 21 novembre 2016

Paranoid (série télévisée)


Paranoid, série télévisée britannique : 8 épisodes 

…. Pris un a un, sous l’œil scrutateur de l’amateur de fiction averti, les éléments saillants qui s’associent pour former le scénario de Paranoid n’éveilleront vraisemblablement qu’un intérêt poli. 
Mis ensembles, et passés au polish d’une distribution 4 étoiles ces « clichés » donnent au final une série très sympathique et divertissante. 

Les personnages plutôt caricaturaux, mais paradoxalement finement interprétés et surtout très incarnés (notamment Robert Glenister ou Lesley Sharp, presque aussi inquiétante que dans l'excellente série télévisée After Life) affichent une volonté tellement jusqu’au-boutiste que la surprise est souvent au rendez-vous. 
Et si ce thriller dévoile assez rapidement ses tenants et ses aboutissants à qui prend la peine de s’y intéresser, ma curiosité est resté intacte jusqu’au bout. 
Je me suis enfilé la série avec entrain, très heureux de revoir au fil des épisodes cette joyeuse équipe. 

 Une alternative efficace aux travers qu’elle dénonce.

dimanche 20 novembre 2016

SOLDIER X (Darko Macan & Igor Kordey) Marvel/Panini

…. Ce qui m’a le plus frappé, après avoir lu les huit épisodes de la courte prestation de Darko Macan & d’Igor Kordey sur Soldier X, c’est la volonté du scénariste de proposer un cadre formel très travaillé et assez éloigné des standards que l’on rencontre habituellement dans ce type de BD. 
Ainsi le premier épisode contient-il 31 planches au lieu des 22 (en moyenne) habituelles, et le héros n’y apparaît qu’à la vingtième. Dès le deuxième numéro une page récapitulative ouvrira chaque histoire, pour ensuite soit s’insérer au milieu des autres pages, soit être absente ; mais une absence elle-même commentée par les personnages principaux. 
On est clairement dans un univers dont les personnages ont conscience d’en être.
La page de "récap" du n°3
À la fin du run – dont je soupçonne que pour Macan & Kordey il aurait dû être bien plus long - les deux compères à l’instar d’un Steve Gerber sur Man-Thing (dans des conditions assez proches), apparaissent dans la BD pour un dernier épisode qui clôt avec élégance leur prestation. Idem si je puis dire, pour le changement de titre, opéré par un des personnages de l’histoire elle-même. 
En outre, le duo est autant intéressé par le récit que par la grammaire (étude des éléments constitutifs) du genre dominant de la bande dessinée américaine. Un genre – celui des super-héros (et assimilés) - dont fait partie Nathan Summers (alias Soldier X), mais dont l’exploration telle qu’ici pratiquée l’en extrait. 

En effet, cette série peut très bien se lire sans connaître ni les X-Men, ni même ce qui a précédé ; voire par quelqu'un qui n'est pas rompu à lecture des aventures des encapées masqués (ou pas). 
Hormis les numéros écrits par Tischman puis (surtout) ceux de Macan qui, s’ils ne sont pas essentiels, apparaissent néanmoins en filigrane (et que je recommande de lire vu leurs qualités). 

Si le Marvelman d’Alan Moore sert souvent (et avec raison) de carbone 14 à l’exégèse super-héroïque en tant que substrat au récit, Macan se propose d’y soumettre Nathan Summers, à l’instar de son illustre prédécesseur. Ici, il s’agira de convoquer l’un des plus puissants stéréotypes de la geste des surhommes, celui de l’homme providentiel (la première planche est très éloquente). 
Ou plutôt son duplicata à l’échelle de l’imaginaire qui l’a enfanté, à savoir, une sorte de dieu en élasthanne (que Moore, compte tenu des avanies rencontrées avec la parution de Marvelman avait lui aussi exploré). Mais au contraire du scénariste anglais, Darko Macan utilise beaucoup plus l’humour et une approche assez proche du ton que Grant Morrison avait eu sur la Doom Patrol
Une sorte de réconciliation des « contraires ».
Nonobstant ce que j’ai pu dire sur la fin du run de la série Cable (Pour en savoir +), Soldier X montre donc une sensibilité très proche de celle que mettait Steve Gerber dans ses scénarios des années 1970 comme Man-Thing ou les Défenseurs  ; des histoires que l’on qualifie de « relevant ». Autrement dit inscrites dans les problèmes de leur temps, quand bien même continuaient-elles de paraître dans un marché de grande consommation et de pur divertissement. 
(Et ce n’est pas un hasard si je cite également Moore & Morrison lorsqu’il est question de Steve Gerber) 

Il n’est pas question pour moi de dire ici que Darko Macan copie qui que ce soit, mais sa sensibilité et les choix qu’il opère sur Soldier X pourraient être résumés (assez maladroitement je l'admets) par une addition de type : le meilleur de Gerber + le meilleur de Moore + le meilleur de Morrison = Soldier X
Où le résultat serait somme toute différent de la simple addition des parties censées le constituer, puisque le scénariste croate y apporte bien évidemment son propre talent.
…. Je crois qu’Igor Kordey n’a jamais été aussi bon que sur cette série. Je parle bien entendu de son travail chez Marvel, où il devait souvent rendre des planches dans des délais très courts, voire commandées au dernier moment. 
D’autre part, ses couvertures – magnifiques & peintes - expriment avec beaucoup d’énergie et de force, et de justesse le contenu des numéros qu’elles illustrent. L’addition des 8 couvertures donnent peu ou prou un résumé assez saisissant, parfois très fin (la #4 est à ce titre exemplaire), de l’histoire qu’on nous raconte. 
La palette du coloriste Chris Chuckry (numéro 1 à 6) augmente la force et le dynamisme que met le dessinateur dans ses planches. Matt Madden son remplaçant, se coule dans l’approche de son prédécesseur (#7), pour ensuite s’en démarquer lors du 8ème et dernier numéro, pour au moins une raison évidente. 

…. Si Soldier X est paru dans une collection dédié aux super-héros, son propos, ainsi qu’une approche disons originale, lui donnent des qualités qui pourront aussi plaire aux lecteurs qui ne sont pas forcément des aficionados forcenés du genre.
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Si ce commentaire™© a été fait à partir de la lecture des numéros étasuniens de la série, pour une meilleur accessibilité je propose des pages extraites de la revue publiée par Panini dans une traduction de Laurence Belingard, et un lettrage d'Eric Montesinos. (Revue X-Men du n° 81 au n° 90/2003-2004)

samedi 19 novembre 2016

El Diablo (Jai Nitz & Cliff Richards)

Probablement motivé par le succès commercial (anticipé à l'époque) du film de David Ayer sur la Suicide Squad, l'éditeur DC Comics a lancé une mini-série de 6 numéros consacrée à Deadshot & Katana (sortie le même mois que le film aux U.S.A) dans des numéros doubles. 

C’est maintenant au tour d’El Diablo et de Boomerang d'y avoir droit. 
Dans cette mouture, le premier récit de Jai Nitz et Cliff Richards voit le truand pyromane El Diablo être libéré de prison, au grand déplaisir d'Amanda Waller, patronne de ladite Suicide Squad. De retour dans son quartier natal, il découvre qu'un gangster menace les résidents et sa famille. 
Dans le deuxième récit en deux parties concocté par Michael Moreci et Oscar Bazaldua, Boomerang a été séparé de l'équipe suite à l'échec d'une mission où ils devaient descendre un dictateur. Il doit maintenant survivre seul derrière les lignes ennemies. 
Boomerang sera remplacé par Killer Croc dès le troisième numéro de cette Suicide Squad Most Wanted.
.... J'avais été épaté par le travail du scénariste Jai Nitz sur la série Dream Thief (Pour en savoir +), et revoir son nom sur une couverture - associé qui plus est à celui de Michael Moreci (Pour en savoir +) - m'a convaincu de jeter un œil attentif à cette nouvelle publication. 

.... La partie consacrée à El Diablo (la seule que j’ai lue pour l’instant) est très convaincante. Les premières 22 planches du numéro 1 de la mini-série posent le personnage, et un contexte en arrière-plan des plus intéressant. On oppose deux conceptions de l’affrontement, des magouilles chères aux officines de barbouzes ; le tout dominé par un personnage sur le fil du rasoir. Bref il y a matière à mouliner de la diégèse.
.... Et la suite s’avère tout aussi agréable à lire. 
Jai Nitz n'hésite pas à inventer dès le deuxième numéro un nouveau personnage (il est déjà le co-créateur d'El Diablo alias Chato Santana) et tire son scénario du côté du folklore mexicain, ce qui est loin de me déplaire : ça donne un côté exotique et très rafraîchissant. Il joue bien du motif dont ressortent les deux organisations (rivales) en présence ; bref tout cela avance vite et génère l’envie d’en savoir plus. Il a aussi la bonne idée d'injecter des personnages peu connus de l'univers partagé de l'éditeur, ce qui donne toujours l'impression de les découvrir pour la première fois.
Cliff Richards le dessinateur, tente quelques mise en page "expérimentales" plutôt sympas (même si pas totalement abouties à mon goût), mais il est un peu chiche en matière de cases par planche. 
Si parfois cela s'explique aisément par le rythme de ce qui se déroule dans le scénario, d'autre fois (le plus souvent) ça doit plus répondre à des impératifs de production plutôt qu'à des choix de storytelling. Mais dans l’ensemble, grâce au scénario, ça tient bien la route. 

À mi-parcours de l'histoire le bilan est globalement positif. 

(À suivre ....)

jeudi 17 novembre 2016

Cable + Soldier X (Tischman/Macan/Kordey)

X-stoire 

…. Si on veut bien s’en souvenir, il y a un quinzaine d’années, les titres mutants de l’éditeur étasunien Marvel ont connu une sorte de « satori ». 
Des auteurs connus pour leurs travaux chez la Distinguée Concurrence avaient été embauchés et se voyaient attribuer des titres « X ». 
Et pas n’importe lesquels ! 

Des individus qui avaient travaillés (notamment) pour le label Vertigo, certainement la branche la plus littéraire de DC Comics, destinés à des lecteurs voulant lire autre chose que des BD de super-héros : Grant Morrison, Peter Milligan. 
Joe Casey se voyait aussi obtenir un titre majeur de la gamme. 
Bref un vent frais & novateur soufflait alors. 

Du moins voulait-on le croire à l’aune de ce que Joe Quesada avait fait précédemment sur le label Marvel Knights (Pour en savoir +). 
De cette période - que Joe Rice a appelé « The Progessive X-Men Era », entendre l’ère de la transformation, de la rupture* pour les séries « X » - allant de mai 2001 avec l’arrivée de Grant Morrison sur New X-Men à mars 2004 avec le dernier numéro de son run, on retient surtout les séries des scénaristes que j’ai cités (pour le meilleur ou pour le pire). 
Pourtant le titre qui se démarquait le plus alors, n’est ni New X-Men (de Morrison), ni Uncanny X-men (de Casey), pas même le X-Force devenu rapidement X-Statix (de Milligan) mais la série Cable (qui deviendra Soldier X). 
Encore aujourd’hui, avec le recul, les numéros 97 à 107 de cette dernière, puis les numéros 1 à 8 de Soldier X ne ressemblent à rien de ce que Marvel a pu produire. 
Publié en dehors de tout label « Explicit Content » mais avec un Parental Guidance (PG), la reprise de Cable par Tischman & Kordey avait pourtant de quoi surprendre n’importe quel lecteur. 

Voyez plutôt : 

Cable #97-100 Marvel Comics/10/2001-02/2002 (X-Men n°70-73 Panini)


…. L’arrivée du scénariste David Tischman (notamment collaborateur de Howard Chaykin et auteur de la mini-série Greatest Hits : Pour en savoir +) et du dessinateur Igor Kordey (qu’on ne présente plus) sur le titre signe réellement un nouveau départ pour le héros. 

Le mutant Cable alias Nathan Summers se retrouve en effet au Pérou, confronté aux agissements du Sentier Lumineux. Entre lutte anti-terroriste, techno-virus et philosophie New Age (plus précisément celle d’une secte du futur, les Askanis), les quatre premiers numéros du duo en charge de la série rompent les ponts avec ce qui se faisait précédemment. Jusqu’à quitter le territoire nord-américain. Une attitude qui fait figure d’exception lorsqu’il s’agit de BD de super-héros, toujours très américano-centrée. 
Le #100 (U.S.) est un numéro spécial comme il se doit - contenant en plus une histoire sans parole**
Cet épisode dit « nuff said » a été publié dans le X-Men n° 73 de Marvel France (division Panini). 

Cable #101-104 Marvel Comics/03/2002-06/2002 (X-Men n°73-76 Panini)

…. Après le Pérou, Cable se retrouve dans les Balkans
Ce second et dernier arc de David Tischman, le voit partager l’écriture avec Igor Kordey (qui dessine toujours par ailleurs) ; les deux auteurs opposent Albanais et Macédoniens, avec l’OTAN en juge de paix. On y rencontre aussi des clones et des barbouzes. Et des crimes d’honneur.

Cable #105-107 Marvel Comics/06/2002-09/2002 (X-Men n°77-79 Panini)


…. Les trois derniers numéros de la série, avant qu’elle ne devienne donc Soldier X sont écrits par Darko Macan ; il s’agit de trois « one-shot » (ou histoires complètes) où Cable perd pied et la maîtrise de ses pouvoirs. Igor Kordey les dessine (sauf le #106 dessiné par Mike Huddleston) et en réalise toutes les couvertures, comme depuis son arrivée sur le titre. 

Rio, Cable se frotte à l’une des institutions pendant longtemps underground du Brésil, le Vale Tudo. Une forme de combat à mains nues inter-styles dont la famille Gracie a été pendant longtemps l’une des plus ardentes représentantes. Dans le cadre de la série il s’agit bien évidemment de combats de mutants. 
Kazakhstan, encore un épisode au dénouement particulièrement violent et dur. 
Singapour, un épisode peut-être un peu moins dur, mais très symbolique et, avec le recul, très méta-textuel. 

Si ces trois dernière histoires ont un début et une fin et peuvent donc se lire en tant que telle, elles s’insèrent avec souplesse à la suite du travail de David Tischman et annonce déjà Soldier X, tant sur le fond que sur la forme. Mais Soldier X sera du Cable à la puissance 1000 !
…. Si Cable est toujours une série de bande dessinée de divertissement, elle est depuis l’arrivée de Tischman & Kordey, mijotée dans la marmite du grim and gritty (sombre & violent), avec de vrais morceaux de réel dedans. Sans oublier une bonne dose d'humour et d'ironie. 
À propos des « morceaux de réel », Igor Kordey a reçu à l’époque un coup de fil de Joe Quesada, alors editor-in-chief de la Maison des Idées, au sujet (de la douzième planche) de l’épisode numéro 98 dans lequel on peut voir un véhicule lancé contre un bâtiment et le faire exploser.
Ce numéro dont la date de couverture est décembre 2001 est parue, selon la logique de parution américaine – probablement deux mois plus tôt. Joe – plutôt véhément - disait en substance que compte tenu du climat d’alors (comprendre l’attentat du 11 septembre 2001), cette case n’était pas une excellente idée. Igor Kordey a dû entre autre, lui expliquer que ces planches avaient été dessinées bien avant l’attentat meurtrier contre les tours jumelles du World Trade Center
Le travail d’Igor Kordey sur cette série, est tout simplement époustouflant. 
Ses couvertures sont très réussies – elles dotent en outre la série d’une identité immédiatement identifiable - et son storytelling est absolument dynamique & efficace. 
En un mot on peut qualifier son style artistique de ruptile, autrement dit qui explose sous la pression de sa propre énergie. 

L’arrivée de Darko Macan est à elle seule une belle leçon. L’auteur croate poursuit sur la lancée de son prédécesseur tout en s’appropriant le personnage sans heurts ni réécriture intempestive. 

…. Cette très courte partie de la série Cable (les numéros 97 à 107) est l’exemple même d’un run « culte ». C’est-à-dire connu (ou dont le souvenir persiste auprès) d’un très petit cercle d’amateurs, et encensé par un encore plus petit cercle d’initiés. 
La suite, Soldier X 1 à 8, est elle encore plus « culte ». 



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* « The Progressive X-Men Era », fait notablement référence à une période précise de l’histoire des Etats-Unis allant de 1890 à 1920, une période de rupture et de réformes. 

** Le « Nuff Said Month » - qui reprend une des expressions que Stan Lee (nuff said) utilisait au même titre qu’ « exelcior » par exemple, et que l’on peut traduire par « assez parlé » - imposait aux auteurs de certaines séries d’écrire une histoire sans parole. 
Une histoire qui reposait donc uniquement sur la science du storytelling du scénariste et du dessinateur. C’est, je crois, Larry Hama qui de son propre chef avait écrit un épisode de G.I. Joe (le #21, en mars 1984), a été le pionnier du genre chez Marvel. En décembre 2001 (date de couverture février 2002) nombre de comic books Marvel furent touchés par cette opération éditoriale, avec plus ou moins de bonheur.