Accéder au contenu principal

Cable + Soldier X (Tischman/Macan/Kordey)

Xstoire 

        Si on veut bien s’en souvenir, il y a un quinzaine d’années, les titres mutants de l’éditeur étasunien Marvel ont connu une sorte de « satori ». 
Des auteurs connus pour leurs travaux chez la Distinguée Concurrence avaient été embauchés et se voyaient attribuer des titres « X ». 
Et pas n’importe lesquels ! 

Des individus qui avaient travaillés (notamment) pour le label Vertigo, certainement la branche la plus littéraire de DC Comics, destinés à des lecteurs voulant lire autre chose que des BD de super-héros : Grant Morrison, Peter Milligan. 
Joe Casey se voyait aussi obtenir un titre majeur de la gamme. 
Bref un vent frais & novateur soufflait alors. 

Du moins voulait-on le croire à l’aune de ce que Joe Quesada avait fait précédemment sur le label Marvel Knights [Pour en savoir +]. 
De cette période - que Joe Rice a appelé « The Progessive X-Men Era », entendre l’ère de la transformation, de la rupture* pour les séries « X » - allant de mai 2001 avec l’arrivée de Grant Morrison sur New X-Men à mars 2004 avec le dernier numéro de son run, on retient surtout les séries des scénaristes que j’ai cités (pour le meilleur ou pour le pire). 
Pourtant le titre qui se démarquait le plus alors, n’est ni New X-Men (de Morrison), ni Uncanny X-men (de Casey), pas même le X-Force devenu rapidement X-Statix (de Milligan) mais la série Cable (qui deviendra Soldier X). 
Encore aujourd’hui, avec le recul, les numéros 97 à 107 de cette dernière, puis les numéros 1 à 8 de Soldier X ne ressemblent à rien de ce que Marvel a pu produire. 
Publié en dehors de tout label « Explicit Content » mais avec un Parental Guidance (PG), la reprise de Cable par Tischman & Kordey avait pourtant de quoi surprendre n’importe quel lecteur. 

Voyez plutôt : 

Cable #97-100 Marvel Comics/10/2001-02/2002 (X-Men n°70-73 Panini)


       L’arrivée du scénariste David Tischman (notamment collaborateur de Howard Chaykin et auteur de la mini-série Greatest Hits : Pour en savoir +) et du dessinateur Igor Kordey (qu’on ne présente plus) sur le titre signe réellement un nouveau départ pour le héros. 

Le mutant Cable alias Nathan Summers se retrouve en effet au Pérou, confronté aux agissements du Sentier Lumineux. Entre lutte anti-terroriste, techno-virus et philosophie New Age (plus précisément celle d’une secte du futur, les Askanis), les quatre premiers numéros du duo en charge de la série rompent les ponts avec ce qui se faisait précédemment. Jusqu’à quitter le territoire nord-américain. Une attitude qui fait figure d’exception lorsqu’il s’agit de BD de super-héros, toujours très américano-centrée. 
Le #100 (U.S.) est un numéro spécial comme il se doit - contenant en plus une histoire sans parole**
Cet épisode dit « nuff said » a été publié dans le X-Men n° 73 de Marvel France (division Panini). 

Cable #101-104 Marvel Comics/03/2002-06/2002 (X-Men n°73-76 Panini)

       Après le Pérou, Cable se retrouve dans les Balkans

Ce second et dernier arc de David Tischman, le voit partager l’écriture avec Igor Kordey (qui dessine toujours par ailleurs) ; les deux auteurs opposent Albanais et Macédoniens, avec l’OTAN en juge de paix. On y rencontre aussi des clones et des barbouzes. Et des crimes d’honneur.

Cable #105-107 Marvel Comics/06/2002-09/2002 (X-Men n°77-79 Panini)


       Les trois derniers numéros de la série, avant qu’elle ne devienne donc Soldier X sont écrits par Darko Macan ; il s’agit de trois « one-shot » (ou histoires complètes) où Cable perd pied et la maîtrise de ses pouvoirs. Igor Kordey les dessine (sauf le #106 dessiné par Mike Huddleston) et en réalise toutes les couvertures, comme depuis son arrivée sur le titre. 

Rio, Cable se frotte à l’une des institutions pendant longtemps underground du Brésil, le Vale Tudo. Une forme de combat à mains nues inter-styles dont la famille Gracie a été pendant longtemps l’une des plus ardentes représentantes. Dans le cadre de la série il s’agit bien évidemment de combats de mutants. 
Kazakhstan, encore un épisode au dénouement particulièrement violent et dur. 
Singapour, un épisode peut-être un peu moins dur, mais très symbolique et, avec le recul, très méta-textuel. 

Si ces trois dernière histoires ont un début et une fin et peuvent donc se lire en tant que telle, elles s’insèrent avec souplesse à la suite du travail de David Tischman et annonce déjà Soldier X, tant sur le fond que sur la forme. Mais Soldier X sera du Cable à la puissance 1000 !
       Si Cable est toujours une série de bande dessinée de divertissement, elle est depuis l’arrivée de Tischman & Kordey, mijotée dans la marmite du grim and gritty (sombre & violent), avec de vrais morceaux de réel dedans. Sans oublier une bonne dose d'humour et d'ironie. 

À propos des « morceaux de réel », Igor Kordey a reçu à l’époque un coup de fil de Joe Quesada, alors editor-in-chief de la Maison des Idées, au sujet (de la douzième planche) de l’épisode numéro 98 dans lequel on peut voir un véhicule lancé contre un bâtiment et le faire exploser.
Ce numéro dont la date de couverture est décembre 2001 est parue, selon la logique de parution américaine – probablement deux mois plus tôt. Joe – plutôt véhément - disait en substance que compte tenu du climat d’alors (comprendre l’attentat du 11 septembre 2001), cette case n’était pas une excellente idée. Igor Kordey a dû entre autres, lui expliquer que ces planches avaient été dessinées bien avant l’attentat meurtrier contre les tours jumelles du World Trade Center


Le travail d’Igor Kordey sur cette série, est tout simplement époustouflant. 
Ses couvertures sont très réussies – elles dotent en outre la série d’une identité immédiatement identifiable - et son storytelling est absolument dynamique & efficace. 
En un mot on peut qualifier son style artistique de ruptile, autrement dit qui explose sous la pression de sa propre énergie. 

L’arrivée de Darko Macan est à elle seule une belle leçon. L’auteur croate poursuit sur la lancée de son prédécesseur tout en s’appropriant le personnage sans heurts ni réécriture intempestive. 

        Cette très courte partie de la série Cable (les numéros 97 à 107) est l’exemple même d’un run « culte ». C’est-à-dire connu (ou dont le souvenir persiste auprès) d’un très petit cercle d’amateurs, et encensé par un encore plus petit cercle d’initiés. 

La suite, Soldier X 1 à 8, est elle encore plus « culte ». 



_______ 
* « The Progressive X-Men Era », fait notablement référence à une période précise de l’histoire des Etats-Unis allant de 1890 à 1920, une période de rupture et de réformes. 

** Le « Nuff Said Month » - qui reprend une des expressions que Stan Lee (nuff said) utilisait au même titre qu’ « exelcior » par exemple, et que l’on peut traduire par « assez parlé » - imposait aux auteurs de certaines séries d’écrire une histoire sans parole. 
Une histoire qui reposait donc uniquement sur la science du storytelling du scénariste et du dessinateur. C’est, je crois, Larry Hama qui de son propre chef avait écrit un épisode de G.I. Joe (le #21, en mars 1984), a été le pionnier du genre chez Marvel. En décembre 2001 (date de couverture février 2002) nombre de comic books Marvel furent touchés par cette opération éditoriale, avec plus ou moins de bonheur.

Commentaires

  1. je l' aurais sans doute pas acheté si ça avait pas fait partie du mensuel xmen que j' achetais uniquement pour la série Morrison mais c' était en effet inattendu comme traitement du personnage

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est sûr qu'à l'époque Grant Morrison (et sa série) était la locomotive des titres "X". Mais finalement (et pourtant j'aime beaucoup son run), Cable (et plus précisément les numéros dont je parle) et Soldier X (ceux de Macan & Kordey) m'apparaissent comme les numéros les plus étonnants qu'il m'a été donné de lire sur la franchise "X".
      [-_ô]

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Deathlok [Charlie Huston / Lan Medina]

Les remakes, relaunchs, reboots, voire les réécritures de « classiques » façon littérature de genre, sont devenus omniprésents dans le divertissement de masse. Rien qui ne puisse, un jour ou l'autre, se voir  « updater ».
En 2009-2010, c'est au tour de Deathlock, un personnage créé par Rich Buckler & Doug Moench pour Marvel [Pour en savoir +], et qui n'a jamais vraiment trouvé sa place chez l'éditeur des Avengers et consorts, de se voir offrir un nouveau tour de piste. C'est à Charlie Huston, auréolé de son run sur la série consacrée à Moon Knight, qu'on a commandé un scénario qui devra tenir sept numéros mensuels. Huston est, avant de travailler pour la Maison des idées™, d'abord connu pour ses romans. C'est via son agent littéraire qu'il a mis un pied dans la BD, au moment où Marvel recrutait en dehors de sa zone d'influence. Cela dit, il reconnaît une attirance pour la SF contractée dès son plus jeune âge ; et particulièrement pour les u…

Blues pour Irontown [John Varley / Patrick Marcel]

Ça commençait plutôt mal. 
L'idée d'un détective privé du futur, fondu de ses lointains confrères des années 1930, avait tout d'un Polaroid™ bien trop souvent photocopié. Mais peut-être que cet amour des privés made in Underwood© allait-il être de la trempe du fusil de Tchekhov ?
Si la présence, dès les premières pages, d'une « femme fatale », semble donner le ton. Si l'ombre porté du Faucon maltais ne fera que se renforcer. La profession de détective privé semble aussi utile à l'intrigue du roman qu'un cataplasme à la moutarde sur une jambe de bois. 

       Une intrigue qui, nonobstant le titre du roman, tient plus de la berceuse que du blues.   

Fort heureusement, John Varley gratifie son roman d'une très belle idée ; au travers du personnage nommé Sherlock. Rien qui ne rattrape totalement l'ennui profond d'une enquête poussive, et  au final, sans grand intérêt. Mais les chapitres racontés par ledit Sherlock sont les plus intéressants, les plus ém…