vendredi 29 juillet 2016

L'Espace de la révélation (Alastair Reynolds)

La découverte d'une fabuleuse cité enfouie sur la planète Resurgam suscite plus de questions qu'elle n'en résout. Sylveste, un archéologue, déchiffre l'histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. 
Un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l'infini.
Une tueuse à gage, des chimériques, des cyborgs, des simulations numériques, de la cryothermie, voilà un petit éventail de ce que réserve L'Espace des révélations. 

…. Ma lecture de Diamond Dogs, Turquoise Days d’Alastair Reynolds (Pour en savoir +) m’a immédiatement donné envie de lire le premier tome de ce qu’on appelle le cycle des Inhibiteurs : L’Espace de la révélation
Et ce roman est le premier qui me donne une telle « cognitive estrangement » autrement dit une telle « distanciation cognitive » ou comme je préfère l’appeler une telle « sidération cognitive ». 

Le concept de « cognitive estrangement » a été inventé par Darko Suvin à la fin des années 1970, et porté à la connaissance de ses lecteurs lorsqu'il publie Pour une poétique de la science-fiction
D’après lui ce concept de « distanciation cognitive » (cognitive estrangement) permet d'identifier à coup sûr une histoire comme étant de la science-fiction. 

Autrement dit la science-fiction (et seulement elle pour Suvin) introduit le temps de la lecture, une « distance » entre les références du lecteur et de l’auteur (la réalité dans laquelle ils vivent) et l’altérité produite par le récit en question. 
Cette distanciation est dite « cognitive » car elle demande une participation du lecteur – contrairement par exemple à la pétition de principe du conte de fées : « Il était une fois … » - à l’élaboration du monde qu’il découvre au fur et à mesure qu’il lit. Il doit impérativement faire appel à des connaissances, à un savoir. 

L’ensemble des savoirs spécifiques à la découverte de ce nouvel univers, ici celui de L’Espace de la révélation, appartient à ce qu’on appelle une « xéno-encyclopédie ». 
Par opposition si je puis dire à l’encyclopédie, entendu elle comme un modèle à la fois culturel et sémiotique pour le dire rapidement, et qui couvre des domaines aussi divers que l’Histoire, la géographie, la culture et les savoirs techniques du lecteur et de l'auteur.
Pour le dire autrement la xéno-encyclopédie appartient à la diégèse et l’encyclopédie à la « réalité ». 

Ainsi l’encyclopédie du lecteur est-elle l’ensemble des données qu’il possède sur la réalité et son fonctionnement.
On comprend qu’en science-fiction, genre qui permet la création de mondes imaginaires recourant (en partie) à une encyclopédie différente, une xéno-encyclopédie qui reste du registre, cela va sans dire de l’implicite, est (parfois) nécessaire. 

.... Aux opérations de recoupement des informations spécifiques qui se trouvent dans le texte que le lecteur lit (j'y reviendrai ultérieurement), s’ajoute l’importation de connaissances extérieures venant d’autres textes de science-fiction lus au préalable ; entendu et je n'apprends rien à personne, que la S-F est une littérature avant tout de strates, d’accumulation et d’enrichissement successifs. 
Chaque auteur bâtit sur les acquis des précédents et participe ainsi à un « méga-texte », lequel exprime la dimension collective de la science-fiction. 

Le méga-texte est le creuset grâce auquel des termes comme hyperespace, cyberespace, ou A.I. parlent immédiatement aux lecteurs de S-F, sans qu’il y ait besoin de les expliquer en détail. 

 …. Vu ainsi, l’aspect cognitif de la S-F ne fait évidement aucun doute, et Alastair Reynolds - dont les textes (que j’ai lus) ressortent à la fois de la hard science, cette branche où les sciences dures sont à l’honneur, et de la S-F d’aventure la plus bondissante – réussit la plus belle sidération cognitive qu’il m’ait été donné de ressentir. 

Et ce n’est pas fini.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire