mardi 24 septembre 2013

12 heures 01 (Richard Lupoff)

Je vous propose une nouvelle de SF de l'écrivain et essayiste Richard Lupoff, spécialiste entre autres d'Edgar Rice Burroughs.
Cette nouvelle a fait l'objet d'un film homonyme (1993) qui pour ma part ne m'a pas enthousiasmé. Reste que le thème est très proche d'un autre film beaucoup plus réussi à mon avis : Un jour sans fin

Bonne lecture 

samedi 21 septembre 2013

The Fabulous Four

À la veille de créer les Fantastic Four Martin Goodman n'est pas un débutant dans le milieu de la bande dessinée étasunienne.
Dés 1939 il publie son premier comic book (Marvel comics #1) au sein de sa maison d'édition Timely Comics.

Pour mémoire l'Histoire des illustrés de bandes dessinées aux Etats-Unis commence en 1935 avec la publication de New Comics publié par le Major Malcolm Wheeler-Nicholson. Ce numéro réunit trois critères pour être considéré comme le "premier" comic book selon moi : un contenu inédit, en couleurs et vendu en kiosque. Ceci étant, la bande dessinée en tant que telle n'a pas attendu 1935 pour apparaître aux U.S.A, et les comic books eux-mêmes ont connu avant 1935 quelques expérimentations, mais en septembre de cette année-là, le profil type (hormis la taille de l'illustré) de ce nouveau genre de publication est mis en place avec cette parution.

Mais revenons à Martin Goodman.
La particularité de cette revue, Marvel Comics #1, est d'être produite par un atelier de création de comic books (Funnies Inc.) qui fournit aux éditeurs des illustrés "clef en main" : écrits, dessinés et mis en couleurs. 
Dans ce numéro s'illustrent notamment trois personnages promis à un bel avenir : The Sub-MarinerThe Human Torch, et Ka-Zar (ce dernier est par ailleurs né dans les pulps). 
Pour la petite histoire la couverture du premier Marvel comics est réalisée par le talentueux artiste Frank R. Paul notamment connu pour ses illustrations de pulps de science-fiction. 
Le dirigeant de cet atelier de création, Funnies Inc. donc, est alors un certain Lloyd Jacquet qui était par ailleurs quelques années plus tôt, en 1935, editor pour le Major Malcolm Wheeler-Nicholson au sein de National Allied Publications, une maison d'édition qui sera plus tard connue plus tard sous le nom de DC Comics, et qui a donc publié au sein de National Allied Publications le "premier" comic book de l'histoire : New Comics
Le monde des comic books est alors petit, nous verrons qu'il est aussi compliqué.
Ainsi, trouve-t-on au commencement des deux plus importants éditeurs actuels de bandes dessinée des Etats-Unis un point commun en la personne de Lloyd Jacquet. Ce ne sera pas le seul.
1947
Mais comme nous l'avons vu, Martin Goodman ayant pris une mauvaise décision en 1956 sa maison d'édition connue à cette époque sous le nom d'Atlas se trouve tributaire de l'un de ses concurrents : DC Comics. Cependant, lors d'une partie de golf, Paul Sampliner président d'Independent News son distributeur (qui appartient donc à DC Comics) lui parle du succès que rencontre la Justice League of America du Distingué Concurrent.
De retour à son bureau Goodman ordonne à Stan Lee de s'inspirer de ce groupe de super-héros qui semble avoir le vent en poupe et d'en créer un qu'il puisse publier.

Le principe de continuité se caractérise par un univers fictif commun où les personnages des divers titres d'un même éditeurs se rencontrent, s'affrontent, se réunissent, et où les événements peuvent avoir des effets et des répercussions à travers des comic books différents. Dans une certaine mesure tous les récits publiés par un éditeur tendent à former un seul grand récit, et théoriquement les protagonistes portent sur leurs épaules le poids de leurs actions passées. Pour le meilleur et le pire.
Ce principe de continuité est facilité par la politique éditoriale qui contractuellement n'envisage que le work for hire, c'est-à-dire le travail de commande dont le résultat devient la propriété de l'éditeur et pas celle des scénaristes et des artistes qui l'ont réalisé. Cependant c'est un peu moins vrai de nos jours, où le creator-owned (une série où le créateur en possède les droits) se fait une place dans le maquis éditorial étasunien. 

Ce principe dit de continuité donc, est né des cogitations de Sheldon Mayer et de Gardner Fox lorsqu'ils réunirent plusieurs super-héros, à l'hiver 1940-1941, au sein d'une équipe : la Justice Society of America (All-Star Comics #3). Une équipe qui servira de modèle à la Justice League of America presque 20 ans plus tard. 
Cette idée, qualifiée par Robert Overstreet de "concept le plus révolutionnaire depuis la création des super-héros eux-mêmes", trouve peut-être sa source en 1912 dans les pages de The Century Magazine (1881-1930). Carolyn Wells y créée La Société des Détectives Infaillibles réunissant rien de moins que Sherlock Holmes, Auguste DupinArsène Lupin ou encore Monsieur Lecoq, etc. Cette équipe de détectives littéraire vivra une seconde aventure en 1915 dans la même revue.
Janvier 1912
Une équipe qui a la particularité que ses membres se réunissent autour d'une table pour se raconter leurs aventures, à l'instar des premiers épisodes de la Justice Society of America.

Quelques année avant ses déboires, en 1946, Martin Goodman alors à la tête de Timely, qui deviendra donc successivement Atlas puis Marvel, s'inspirera de la Justice Society of America pour créer l’éphémère All-Winners Squad (L'Escadron des Vainqueurs) composé de Captain America, de Bucky, de The Human Torch, de Toro, de The Sub-Mariner, de The Whizzer et de Miss America.

En 1961 l'histoire semble vouloir se répéter lorsque Martin Goodman décide de s'inspirer du successeur de la Justice Society of America.

La genèse des Fantastic Four est pour le moins complexe, et les années n'ont pas amélioré la situation. 
Ainsi la partie de golf est-elle loin de faire l'unanimité, de même que la composition de l'équipe : certaines sources disent que Martin Goodman voulait utiliser les personnages de Timely : Captain America, Namor, The Human Torch etc.
D'autres affirment que c'est Lee qui a eu cette idée. D'autres encore déclarent que c'est Kirby qui a proposé de créer de nouveaux personnages, d'autre affirment que c'est Stan Lee. Par ailleurs Lee et Kirby n'ont pas été avares pour alimenter ce flou artistique avec leur propres déclarations.
Même le nom de l'équipe prête à la controverse : Lee & Kirby seraient venus proposer The Fabulous Four, que Goodman aurait changé en The Fantastic Four.
Le synopsis de la première aventure des FF, écrit par Lee, retrouvé par hasard par David Anthony Kraft (entre autres scénariste chez Marvel) bien des années après la publication du premier numéro est l'objet de controverses et de réfutations (d'ailleurs durant un temps le bruit a couru que c'était Roger Stern (editor & scénariste) qui avait retrouvé ce synopsis !??). 
    
Selon l’essayiste Michael Vassalo la première aventure des Quatre Fantastiques aurait dû paraître dans la revue anthologique (c'est-à-dire contenant différentes histoires) Amazing Adventures, ce qui explique l'étrange déroulement de l'épisode, avant que Martin Goodman ne se ravise et offre au quatuor son propre comic book
Bref, il existe un nombre incroyable d'histoires, de légendes, de déclarations contradictoires au sujet de ce premier numéro des Fantastic Four. dans le prochaine épisode de ma propre enquête je vous en proposerai quelques uns ; certains connus, d'autre beaucoup moins.  
(À suivre ....)

mercredi 11 septembre 2013

Aquaman #37

Au rayon de l'étonnement, la couverture du numéro 37 d'Aquaman paru en 1968 aux U.S.A et dessinée par Nick Cardy, tient le pompon, après sa traversée de l'Atlantique et son arrivée chez l'éditeur français Arédit en 1970 dans la collection Pop Magazine.
Ça fait flipper [-_ô].

dimanche 8 septembre 2013

Les Charlots à Miami

Au départ l'Amérique n'était qu'une poignée de colonies maigrichonnes, maintenant c'est le pays le plus costaud de toute la planète.
Daniel Lugo 


Dans les années 90, à Miami, Daniel Lugo coach sportif travaille dans un centre de fitness le Sun Gym ; envieux de la réussite financière de ses clients, il met son esprit ingénieux au service de mauvaises actions et entraîne avec lui deux complices dans un plan simple : enlever l'un de ses plus riches clients, et lui voler sa vie. 

Un plan simple qui transformera Daniel Lugo (Mark Wahlberg), Paul Doyle (Dwayne Johnson) et Adrian Doorbal (Anthony Mackie) en une horde sauvage dont les agissements se situeront entre les extravagances du burlesque et le macabre du Grand-Guignol.
Inspirée d'un fait divers qui a fait l'objet d'une série d'articles dans Miami New Times à la fin de 1999 (les faits se sont déroulés entre 1994 et 1995), No Pain No Gain (Pain & Gain en version originale) qui reprend un adage bien connu des salles de bodybuilding, raconte l'histoire du Sun Gym Gang dont les membres, principalement des bodybuilders et des culturistes dopés aux stéroïdes anabolisants, ont commis des actes criminels.   
Michael Bay & Mark Wahlberg
Si je le mérite l'univers voudra que j'en hérite.
Daniel Lugo
En 1993 le magazine IRON MAN daté du mois d'octobre déclarait :
"Le bodybuilding serait plus sain si les champions admettaient ouvertement le rôle que les stéroïdes jouent dans leur préparation [..]". 
Mais la société dans laquelle vivent ces bodybuilders le serait-elle ? 
Il est possible d'en douter compte tenu des agissements des trois charlots qui composent le Sun Gym Gang, dont la matière grise apparaît inversement proportionnelle à la masse musculaire. Mais pas l'ambition. 
Ceci dit pour notre plus grand plaisir.
Toutefois Michael Bay ne fait pas de lien de cause à effet entre l'utilisation de stéroïdes anabolisants et les menées de l'effroyable trio. 
Et au demeurant, le seul personnage qui en parle, Adrian Doorbal, est le plus chétif des trois, et c'est surtout l'occasion pour le spectateur d'une bonne tranche de rire.
Toutefois le physique de Dwayne Johnson, qui ressemble à un steak épais bien saignant, semble avoir prêté le flanc à la controverse à ce sujet.
"Les criminels vivent dans un monde qui leur est propre, un monde d'illusions [..]" n'hésite pas à déclarer le réalisateur Michael Bay.  
En 1967 paraît La société du Spectacle, ouvrage dans lequel Guy Debord y décrit le Spectacle en tant que stade achevé du capitalisme. 
Le Spectacle comme l'entend Debord est synonyme d'aliénation, de séparation, et en définitive de coupure entre soi et soi. 
Ce que je suis je le mets à distance, et je le regarde comme un objet (réification).
La réalité de nous-même est hypostasiée, c'est-à-dire considérée comme existant réellement, dans une fiction. Et nous faisons de cette fiction quelque chose de plus vraie que notre propre réalité.  
Pour le dire vite, il y a Spectacle quand je me prends pour ce que je ne suis pas, ou l'autre nom du Rêve américain.
Et le Spectacle, c'est en l’occurrence la musique d'ambiance qui va rythmer la destinée du Sun Gym Gang.
La réalisation de Michael Bay entérine par ailleurs visuellement cette réification, et s'impose comme la plus parfaite adéquation entre le fond et la forme.  

Dieu nous donne des noix, mais Il ne les casse pas pour nous.
Paul Doyle
Si No Pain No Gain va du burlesque au Grand-Guignol il instaure également un autre rapport dialectique (ici le principe tension-opposition entre deux situations) en ce sens que ce divertissement complètement loufoque est inspiré d'une histoire vraie. Michael Bay fait pourtant de ces trois criminels des personnages éminemment sympathiques et charismatiques tant les situations dans lesquelles ils se retrouvent sont comiques. Lugo, Doyle et Doorbal apparaissent comme le pendant floridien de nos Pieds-nickelés hexagonaux, la violence en plus. 
Tout est une question de perception comme le dit fort justement Daniel Lugo.
Une distribution exceptionnelle : Tony Shalhoud, Ed Harris en plus de ceux déjà cités, des seconds rôles tout aussi bons, des dialogues ciselés comme un concurrent à Olympia, une histoire invraisemblable mais pourtant vraie, un rythme calqué sur l'electro-cardiogramme d'un Jack Russel dopé à la caféine, des citations et des clins d’œil comme s'il en pleuvait font de No Pain No Gain un spectacle drôle, provocateur et qui laisse une large part à la réflexion. En fait, le film de Michael Bay est bien plus riche et bien meilleur que ne peut le laisser entendre cet article.
Et last but not least No Pain No Gain est un film qui supporte aisément d'être revu. 


mardi 3 septembre 2013

No Brain No Gain

... Au début des années 90, en Floride, un groupe de criminels, composé de bodybuilders, kidnappent et torturent des miamiens pour les dépouiller de leurs biens. Cette bande de malfaiteurs sera connue sous le noms de Sun Gym Gang.
Le culturisme, mot dont on prête l'invention à Marcel Rouet, est un art moderne en ce sens qu'il est créateur d'une beauté nouvelle qui ne lui pré-existe pas. Le culturisme à l'instar de la musique, de la poésie ou de l'architecture n'est pas le fruit de la Nature mais de la Culture ; le culturiste développe sa masse musculaire à des fins uniquement esthétiques. Il est à la fois le créateur et sa créature.
Loin du lieu commun qui l'associe à Narcisse, dont la beauté est naturelle (si tant est qu'un enfant naît du viol d'une nymphe par un dieu puisse l'être), il s'inscrit, compte tenu des attendus de l'époque qui l'a vue naître et évoluer (société industrielle puis/et société de consommation), dans une politique du rebelle. Fût-ce à son corps défendant [-_ô]. 
Car, le culturisme ne vise pas l'utilité mécanique, le couple corps/rendement est absent de sa diététique intellectuelle. Acte gratuit et futile, le culturisme s'oppose à l'exploitation de l'homme par l'homme.
Marcel Rouet
Qui plus est, c'est une activité analogique par opposition au bodybuilding qui elle est une activité digitale, un sport. C'est-à-dire l'une des représentations les plus significatives de l'exploitation de l'homme par l'homme.
L'activité physique digital est de culture numérique (temps/classement, vainqueur ou vaincus, 1 ou zéro) ; l'activité physique analogique ne prend pas en compte de classement mais s’intéresse à la sensation, elle est le domaine du libre-arbitre (là où le sport digital est sous la coupe de l'arbitre). L'activité analogique offre une relation connivente qui a pour vocation de perpétuer, et en aucun cas de dominer les autres.
L'antagonisme digital/analogique est bien entendu transposable à tous les aspects de la vie. 
Toutefois cette conception du culturisme que je propose n'est pas celle des origines, celle de Marcel Rouet, car le culturisme, même si le mot est tombé en désuétude aujourd'hui, a produit des compétitions au même titre que le bodybuilding. Néanmoins j'ai repris le terme à mon propre compte en le dépouillant de ses attributs compétitifs, dorénavant apanages exclusifs du bodybuilding. Du moins dans ma conception.
Dorian Yates champion emblématique des 90'
Culturisme et bodybuilding partagent cependant une notion esthétique commune : le Sublime.
En 1757 Edmund Burke propose une approche génétique du Sublime (en ce sens qu'il en fait la genèse) et en théorise la catégorie dans sa Recherche philosophique sur l'origine de nos idées sur le Sublime et le Beau (Philosophal Enquiry into the Origin of Our Ideas of the Sublime and the Beautiful).
Ainsi, l'idée du Sublime tel qu'on le pense généralement n'est pas l'extrémité du Beau, c'est-à-dire quelque chose disons de très beau, de magnifique, mais au contraire quelque chose qui s'oppose au Beau.

Le Sublime devient dés lors une catégorie esthétique dont les critères essentiels sont l'immensité, le grandeur et la terreur. En outre chez Burke, le Sublime est affaire d'artifice.
L'horreur, la description de souffrances, peuvent ainsi plaire dans ce nouveau contexte intellectuel qu'est le Sublime. Un paysage de chaos, solitaire et mystérieux devient une source de plaisir. Selon Burke le degré le plus élevé du Sublime est atteint lorsque l'on juxtapose des extrêmes ; ce procédé de contraste est ici central dans la catégorie du Sublime que théorisa l'auteur. Le Sublime chez Burke est affaire "d'intensification" dira Jean-François Lyotard.

Le Beau concerne les objets menus aux surfaces lisses, aux lignes droites ; le Sublime concerne les objets vastes qui rappellent la notion d'infini, les surfaces rugueuses, les lignes brisées, hautes, verticales qui donnent le vertiges.

Burke précise également que le sentiment visé par le Sublime est celui d'un plaisir négatif, que l'auteur définit comme étant le Délice (Delight) lié à l'éloignement ou l'atténuation d'une douleur mais dont on conserve néanmoins l'empreinte physique et qui reste a fortiori douloureuse ; du reste le Sublime procède d'un art de l'imagination : on croit voir plus qu'on ne voit, alors que paradoxalement le Sublime est ce "sentiment de l'impuissance de l'imagination".
Dés lors l'amateur sait que le culturiste et le bodybuilder ne sont pas séparés par le volume musculaire comme pourrait le laisser croire les photographies de Marcel Rouet et de Dorian Yates, mais par une différence d'approche (digitale/analogique) ; mais qu'en tout état de cause ils évoluent dans la même sphère esthétique.
Il n'est pas ici question d'imposer, mais de proposer une catégorie (le Sublime) dans laquelle le culturisme et le bodybuilding peuvent s'envisager au-delà du laid et du beau, mais toujours offerte en regard de la subjectivité du spectateur. 
Ceci étant dit, voyons ce qu'a à nous dire le film de Michael Bay No Pain No Gain, et de quelle manière il le fait.


(À suivre ....