dimanche 8 septembre 2013

Les Charlots à Miami

Au départ l'Amérique n'était qu'une poignée de colonies maigrichonnes, maintenant c'est le pays le plus costaud de toute la planète.
Daniel Lugo 


Dans les années 90, à Miami, Daniel Lugo coach sportif travaille dans un centre de fitness le Sun Gym ; envieux de la réussite financière de ses clients, il met son esprit ingénieux au service de mauvaises actions et entraîne avec lui deux complices dans un plan simple : enlever l'un de ses plus riches clients, et lui voler sa vie. 

Un plan simple qui transformera Daniel Lugo (Mark Wahlberg), Paul Doyle (Dwayne Johnson) et Adrian Doorbal (Anthony Mackie) en une horde sauvage dont les agissements se situeront entre les extravagances du burlesque et le macabre du Grand-Guignol.
Inspirée d'un fait divers qui a fait l'objet d'une série d'articles dans Miami New Times à la fin de 1999 (les faits se sont déroulés entre 1994 et 1995), No Pain No Gain (Pain & Gain en version originale) qui reprend un adage bien connu des salles de bodybuilding, raconte l'histoire du Sun Gym Gang dont les membres, principalement des bodybuilders et des culturistes dopés aux stéroïdes anabolisants, ont commis des actes criminels.   
Michael Bay & Mark Wahlberg
Si je le mérite l'univers voudra que j'en hérite.
Daniel Lugo
En 1993 le magazine IRON MAN daté du mois d'octobre déclarait :
"Le bodybuilding serait plus sain si les champions admettaient ouvertement le rôle que les stéroïdes jouent dans leur préparation [..]". 
Mais la société dans laquelle vivent ces bodybuilders le serait-elle ? 
Il est possible d'en douter compte tenu des agissements des trois charlots qui composent le Sun Gym Gang, dont la matière grise apparaît inversement proportionnelle à la masse musculaire. Mais pas l'ambition. 
Ceci dit pour notre plus grand plaisir.
Toutefois Michael Bay ne fait pas de lien de cause à effet entre l'utilisation de stéroïdes anabolisants et les menées de l'effroyable trio. 
Et au demeurant, le seul personnage qui en parle, Adrian Doorbal, est le plus chétif des trois, et c'est surtout l'occasion pour le spectateur d'une bonne tranche de rire.
Toutefois le physique de Dwayne Johnson, qui ressemble à un steak épais bien saignant, semble avoir prêté le flanc à la controverse à ce sujet.
"Les criminels vivent dans un monde qui leur est propre, un monde d'illusions [..]" n'hésite pas à déclarer le réalisateur Michael Bay.  
En 1967 paraît La société du Spectacle, ouvrage dans lequel Guy Debord y décrit le Spectacle en tant que stade achevé du capitalisme. 
Le Spectacle comme l'entend Debord est synonyme d'aliénation, de séparation, et en définitive de coupure entre soi et soi. 
Ce que je suis je le mets à distance, et je le regarde comme un objet (réification).
La réalité de nous-même est hypostasiée, c'est-à-dire considérée comme existant réellement, dans une fiction. Et nous faisons de cette fiction quelque chose de plus vraie que notre propre réalité.  
Pour le dire vite, il y a Spectacle quand je me prends pour ce que je ne suis pas, ou l'autre nom du Rêve américain.
Et le Spectacle, c'est en l’occurrence la musique d'ambiance qui va rythmer la destinée du Sun Gym Gang.
La réalisation de Michael Bay entérine par ailleurs visuellement cette réification, et s'impose comme la plus parfaite adéquation entre le fond et la forme.  

Dieu nous donne des noix, mais Il ne les casse pas pour nous.
Paul Doyle
Si No Pain No Gain va du burlesque au Grand-Guignol il instaure également un autre rapport dialectique (ici le principe tension-opposition entre deux situations) en ce sens que ce divertissement complètement loufoque est inspiré d'une histoire vraie. Michael Bay fait pourtant de ces trois criminels des personnages éminemment sympathiques et charismatiques tant les situations dans lesquelles ils se retrouvent sont comiques. Lugo, Doyle et Doorbal apparaissent comme le pendant floridien de nos Pieds-nickelés hexagonaux, la violence en plus. 
Tout est une question de perception comme le dit fort justement Daniel Lugo.
Une distribution exceptionnelle : Tony Shalhoud, Ed Harris en plus de ceux déjà cités, des seconds rôles tout aussi bons, des dialogues ciselés comme un concurrent à Olympia, une histoire invraisemblable mais pourtant vraie, un rythme calqué sur l'electro-cardiogramme d'un Jack Russel dopé à la caféine, des citations et des clins d’œil comme s'il en pleuvait font de No Pain No Gain un spectacle drôle, provocateur et qui laisse une large part à la réflexion. En fait, le film de Michael Bay est bien plus riche et bien meilleur que ne peut le laisser entendre cet article.
Et last but not least No Pain No Gain est un film qui supporte aisément d'être revu. 


5 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Je vous conseille de lire l'article de So Film daté de Juillet-Août où ils reviennent sur la véritable affaire dont "No Pain No Gain" s'est inspiré.
    Si Michael Bay veut leur donner un air sympathique, je me demande s'il a seulement lu tout ce que ces individus ont fait.. plus que de la simple séquestration, du vol, ces individus étaient de véritables barbares sans cervelle, torturant, tuant sans conscience et avec des méthodes assez horribles..

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    1. Concernant la sympathie que m'ont inspiré les protagonistes, c'est ce pourquoi je qualifie le film de "provocant" (puisque je suis au courant pour les avoir lus des articles sur ce fait divers)et, sans en avoir de confirmation, je crois que Michael Bay est bien au courant lui aussi des exactions commises par le Sun Gym Gang.

      Ceci dit, merci pour le conseil, le numéro de So Film (où a paru l'article en question) a l'air très intéressant ; et merci de ton passage.

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    2. Vous avez raison, Michael Bay a dû bien faire ses devoirs mais je ne peux m'empêcher de prendre avec des pincettes ses déclarations tant je ne supporte pas le réalisateur et ses travaux.

      Toutefois il faudrait que je visionne plus attentivement le film afin d'être moins influencé par mon avis sur ses autres réalisations.

      En tout cas, merci pour vos articles que je trouve toujours aussi intéressants et pointus depuis l'époque où je vous ai découvert sur Superpouvoir !

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    3. Merci pour ton intérêt, et merci pour m'avoir conseillé le So Film ; le sommaire est pas mal du tout et l'article sur No Pain No Gain est un résumé très intéressants des faits derrières le film de bay.

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