vendredi 27 juin 2014

Crisis of the Soul\DC Comics (projet avorté)

En 1985 l'éditeur DC Comics décide de s'attaquer (dans le sens premier du terme) à ce qui faisait depuis Flash n°123 (septembre 1961) sa particularité, à savoir un univers éditorial composé de Terres multiples, au travers d'une maxi-série : Crisis on Infinite Earths (12 numéros entre avril 1985 et mars 1986).
Au début de la publication de cette série Jenette Kahn, alors présidente de DC Comics, décide qu'il est déjà temps de réfléchir à une "suite". 
Crisis on Infinite Earth - éditions SEMIC
Marv Wolfman est partant, d'autant qu'il a une idée mais il veut d'abord finir Crisis on Infinite Earths.
Au cours d'une réunion de travail Jenette Kahn demande aux editors de DC de lui apporter des idées dés le mois prochain pour ce futur projet.
Selon Wolfman aucun des editors ne vint avec une idée lors de la réunion suivante. Celui-ci résume donc la sienne, dont il se souvient plus aujourd'hui (oui je sais, cela ne nous avance pas vraiment), est l'on attribue à Andy Helfer la mission de la développer.
Assez rapidement Helfer confie à Wolfman qu'il n'arrive à rien de concret. 
Si à ce stade on est dans une impasse, il semble que d'une manière ou d'une autre certains aspects de l'idée de base de Wolfman se retrouveront dans la mini-série Legends (novembre 1986-avril 1987 et qui deviendra la "suite" de Crisis on Infinite Earths) bien que cette dernière n'ait rien à voir avec l'idée initiale de Wolfman à proprement parler, du moins selon lui. 
JLA Légendes -éditions SEMIC
Néanmoins Paul Levitz (scénariste notamment de La Légion des Super-Héros mais aussi président de DC Comics entre 2002 et 2009) va finalement développer un concept, sous le titre de Crisis of the Soul, avec le dessinateur Jerry Ordway qui doit donc être cette suite demandée par Jenette Kahn.
Nous sommes alors aux environs de la mi-septembre 1985. 
Robert Greenberger aurait eu le rôle d'editor, Len Wein se serait occupé des dialogues (mais il ne se souvient plus du tout de cette série), Jerry Ordway et Karl Kessel auraient eu en charge le dessin. L'un des aspects communs à Crisis of the Soul et à Legends dont je parlais précédemment se retrouve par exemple dans la composition d'une partie de l'équipe créative et éditoriale commune aux deux projets : Robert Greenberger, Len Wein (déjà présents sur Crisis on Infinite Earths d'ailleurs) et Karl Kessel. 
La lettre qui accompagnait le premier jet de la proposition de Levitz
Là où Crisis on Infinite Earths était une véritable saga cosmique, voire inter-dimensionnelle, Crisis of the Soul aurait été plus centrée sur les individus selon Jerry Ordway, plus "intimiste" mais avec cependant des répercussions galactiques [-_ô] ; oui il s'agit tout de même d'un crossover mettant en scène des super-héros.
Toutefois, contrairement à Crisis on Infinite Earths les alter ego des "encapés" auraient participé à l'entreprise et de fait, ils n'auraient pas été à la noce.
Le phénomène au centre de l'intrigue aurait eu à voir avec la corruption des individus : s'introduire dans la tête de Batman ou de Green Lantern par exemple, et voir ce qui peut les pousser à franchir les limites.
Et toujours d’après Jerry Ordway il y aurait eu une sorte de "gemme de l'âme", un personnage nommé le Corrupter (véritable incarnation du mal venu du fin fond de l'univers) et un machiavélique capitaliste, Trammel Salomon alias le Manipulator.
Incidemment Marv Wolfaman avait dés 1976, dans les pages de Nova, créé un personnage plus ou moins similaire au Corrupter :
Nova n°4 - éditions LUG
Crisis of the Soul devait également voir l'apparition d'un nouveau personnage, un magnat de la presse, destiné à s'intégrer dans la continuité de DC : David Alan Cross. Un personnage sceptique sur la nature des super-héros.
Paul Levitz qui écrivait alors La Légion des Super-Héros avait aussi décidé d'intégrer au casting de la série l'un des membres de la Légion Cosmic Boy (que l'on retrouvera par ailleurs dans Legends).
Il faut dire que durant les années 80 La Légion des Super-héros était la seconde meilleure vente de l'éditeur.
D'une manière générale avec Crisis of the Soul il s'agissait de mettre en place un grand jeu du chat et de la souris, avec un effet domino dont la victime aurait été la société dans son ensemble. 
Croquis de Jerry Ordway in Back issue! #9
En octobre 1985 alors que les contrats étaient presque finalisés, et que Levitz et Ordway avaient bien avancé la phase de "pré-production" si je puis dire ; Crisis of Soul resta finalement à l'état de projet.

Plusieurs éléments qui devaient prendre place dans cette série sont néanmoins connus :

• Catwoman redevient une criminelle
• New-York devient le foyer d'un terrorisme politique
• Silver Scarab devient fou
• Un crossover entre Amethyst et le doctor Fate révèle un lien entre la "gemme de l'âme" et le Gemworld (une dimension dont Amethyst est la princesse)
• Une guerre religieuse explose au Moyen-Orient
• Dieu en personne dit au Spectre de rester en dehors de cette crise
• Peacemaker utilise la bulle temporel de Cosmic Boy pour se rendre au 21ème siècle (et participe à un crossover avec Jonah Hex)
• Elongated Man est contraint de tuer pour sauver la vie de son épouse Sue Dibny
• Star City (la ville de Green Arrow) est détruite 
• Une équipe de Green Lantern est bloquée sur Terre suite à la quarantaine décrétée par les Controllers
• Uncle Sam forme une nouvelle équipe de Freedom Fighters qui serait devenue un nouveau titre
• Red Tornado décide d'éliminer les humains pour restaurer la balance de la Nature
• La "vraie" Justice League of America est reformée, et elle devient la seule
super-équipe officiellement reconnue par le gouvernement U.S
• Le Creeper "goûte à la violence" et devient mauvais : une mini-série sur ce personnage était prévue

Ce billet a été rédigé grâce aux informations contenues dans le numéro 9 de la revue Back Issue! et grâce à Jerry Ordway.

dimanche 15 juin 2014

Captain Carotte/Captain Carrot


Annoncée depuis déjà  quelques années, la mini-série Multiversity du scénariste Grant Morrison, qui explorera les terres parallèles du Multivers de l'univers DC, est  prévue pour le mois d'août 2014.
Composée de huit numéros elle sera entièrement scénarisée par Morrison mais dessinée par des artistes différents : les six premiers numéros exploreront une Terre d'un univers différent chacun, les deux derniers numéros tisseront des liens entre ces histoires et donneront une conclusion à l'ensemble.
D’après la couverture du Previews #309 Captain Carot ( de la Terre-C) sera de la partie ; si vous ne connaissez pas ce personnage permettez-moi de vous proposer l'une des ses aventures : 



vendredi 13 juin 2014

Cutter's Way (1981)


Alors qu’il rejoint son ami Alex, la voiture de Richard Bone tombe en panne dans une ruelle. Heureusement, un véhicule s’est arrêté quelques mètres avant le sien ; un homme sort sous la pluie puis remonte dans sa voiture. Bone tente d'arrêter son véhicule pour lui demander de l’aide, mais sans succès. 
Le lendemain la police l’arrête, il est le premier suspect dans une affaire de meurtre : on a retrouvé à proximité de son véhicule le corps d’une jeune fille dans une poubelle. 
Il sera rapidement innocenté. Néanmoins, la situation va prendre une tournure pour le moins étrange. 
Le lendemain du meurtre, alors qu’il assiste avec son copain Alex à un défilé historico-folklorique Bone en voyant un cavalier passer avec la parade s’exclame spontanément : « c’est lui ! ». Il croit reconnaître en un magnat du pétrole, l’homme qui était au volant de la voiture qui s’est arrêté dans la ruelle du meurtre. 
Puis il se rétracte, mais pour Alex il est clair que cet homme est le coupable. 
À partir de cet instant Alex, vétéran du Vietnam qui porte les stigmates de cette guerre dans sa chaire : il est borgne, manchot et unijambiste ; et dans sa tête ça ne va pas beaucoup mieux, donc cet homme animé de ce qui apparaît être un très fort comportement autodestructeur (voire destructeur) va s’ingénier à trouver des éléments qui penchent en faveur de la culpabilité de ce ponte de l'industrie pétrolière. 

Ce qui fait l’intérêt de Cutter’s Way d'Ivan Passer c’est d’une part l’interprétation des trois premiers rôles : Richard Bones alias Jeff Bridges excellent, Alex Cutter interprété de façon magistrale par John Heard et enfin Lisa Eichhorn dans le rôle de l’épouse d’Alex, Maureen « Mo » Cutter
Parallèlement à cette interprétation de très haut niveau, l’intérêt réside aussi dans l’ambiance générale du film.  
À aucun moment le spectateur ne voit l’homme qui sort de la voiture et qui est sensé avoir tué la jeune fille, tout le récit de cette « enquête » est dés lors basé sur les idées et la détermination d’Alex
Ce qui donne une ambiance entre paranoïa et folie. Une atmosphère que je qualifierai d’inquiétante étrangeté. Cette expression doit être entendue ici comme la sensation que quelque chose dépasse le « héros » (Richard Bone) et le spectateur, une situation où un autre (Alex Cutter ?) impose sa volonté – tantôt ressenti comme de la clairvoyance, tantôt comme l’extrémité d’une volonté autodestructrice - insinuant l’angoisse, le malaise.
Un film captivant et éprouvant.
Éprouvant car malgré la folie (?) d'Alex, malgré la désinvolture de Richard et l'apparente passivité destructrice de Mo, je me suis attaché à ces trois personnages ; et vous vous en doutez, ce dont on est sûr avec la vie c'est que personne n'en sort vivant. [-_ô]