mardi 10 juin 2014

Les Gardiens de la Galaxie (1969-1977)

En 1968, Stan Lee est encore editor-in-chief (c'est-à-dire quelque chose comme le directeur des publications) chez Marvel et son assistant est alors Roy Thomas.
Ce dernier se souvient que c'est à partir d'une de ses idées que les Gardiens de la Galaxie ont fait leur entrée dans l'univers de l'éditeur. 
Une idée fortement remaniée, comme nous allons le voir.
Roy Thomas avait imaginé qu'une super-guérilla s'opposait à une coalition de Soviétiques et de Chinois communistes, celle-ci ayant pris le contrôle des U.S.A.
Thomas débordé par son travail transmet l'idée au scénariste Arnold Drake, ce dernier est notamment le créateur de la célèbre Doom Patrol pour DC Comics, mais à la fin des années 60 il est freelance pour Marvel, pour lequel il écrira en autre quelques épisodes de la série X-Men. C'est Drake qui introduit Havok et Lorna Dane chez les mutants.
Lors d'une réunion préparatoire Stan Lee et Arnold Drake décident de changer l'idée de départ de Thomas et d'écrire une série de science-fiction à l'échelle interplanétaire.
Les antagonistes de cette série seront les Badoons, une race extraterrestre apparue dans le numéro deux de la série du Surfer d'Argent (octobre 1968) justement écrite par Stan Lee (l'épisode en question servira notamment de fill-in, épisode bouche-trou, dans le Marvel Presents #8 qui accueillera le temps de dix numéros les aventures des Gardiens de la Galaxie à partir de février 1976, mais j'y reviendrai) .    
Kennedy le 25 mai 1961
S'il est assez difficile d'une manière générale, de saisir l'influence du réel sur la fiction, mon sentiment est que durant les années 60, l'espace intersidérale a fondu-enchaîné en grande partie les ressorts de l'imaginaire étasunien : entamé en 1961 le programme Apollo se concrétisera le 29 juillet 1969 vers 23 heures (heure du centre), accessoirement le n° 18 de Marvel Super-heroes, où apparaissent les Gardiens de la Galaxie est daté de janvier 1969 (Titans n°5 pour la version française). Cette réussite des Etats-Unis dans la course à l'espace (malgré un faux départ)  n'est nullement due au hasard ; les U.S.A sont alors à la pointe du progrès dans le domaine de l'aéronautique et dans le champ de l'informatique.
En outre, pendant trois saisons (de 1966 à 1969) la série télévisée Star Trek (titre qui peut se traduire par Voyage Stellaire) est diffusée, avec certes un succès populaire relatif, sur la chaîne NBC ; et rétrospectivement, quelques éléments semblent avoir migré de l'Entreprise à la Maison des Idées.
Par exemple la composition multiraciale de l'équipe - le terme de race est ici utilisé pour parler du phénomène de "groupes de l'humanité différenciés politiquement, économiquement, socialement, culturellement, par une histoire particulière" (Magali Bessone) - voire l'utilisation de la téléportation.
Ou encore lors du nouveau départ de l'équipe en 1974, sous les auspices du scénariste Steve Gerber, l'aspect du vaisseau spatial de l'équipe. 
Mais n'allons pas trop vite.
Gene Colan encré par Mickey Demeo
Or, donc les Gardiens de la Galaxie font leur apparition dans le numéro 18 de la revue anthologique Marvel Super-Heroes sous l'égide d'Arnold Drake au scénario et de Gene Colan au dessin. 
Cette histoire se déroule au XXXe siècle et nous présente trois survivants de races éradiquées par l'invasion des "terribles frères de Baddon" : un Jupitérien (Charlie 27), un Plutonien (Martinex), un Centaurien (Yondu), ainsi qu'un astronaute Terrien du XXe siècle (Vance Astro).  
À la fin du récit ces quatre protagonistes s'allieront, et un récitatif nous promet que les mondes futurs chanteront les louanges des Gardiens de la Galaxie.
"La Fin .... pour l'instant" promise en 1969 durera jusqu'en septembre 1974 où les Gardiens de la Galaxie sont ramenés sur le devant de la scène dans les pages de Marvel Two-in-One #5 (Special Strange n°3), une revue qui utilise la notoriété de la Chose (alias Ben Grimm) l'un des membres des Quatre Fantastiques, auprès des lecteurs pour le mettre en scène avec d'autres personnages de l'univers marvelien.  
L'idée de faire revenir cette équipe semble être à l'origine une proposition de Tony Isabella, en tout état de cause c'est Steve Gerber qui s'occupe alors des aventures de la Chose et c'est Sal Buscema qui est au dessin.
Special Strange n°3
Si l'équipe de 1969 reste inchangée, Dave Cockrum, connu pour avoir été celui qui a relancé au dessin les X-Men en 1975 et s'être occupé chez DC Comics de la Légion des Super-Héros, a apporté son sens du design bien connu pour modifier les costumes de Vance Astro et de Yondu (il n'est pas crédité - voir la page courrier de Marvel Two-in-One #6 - pour celui de Charlie 27), et pour avoir imaginé le vaisseau spatial de l'équipe le Captain America.
Steve Gerber, dont Gail Simone a dit qu'il a été Alan Moore et Grant Morrison avant qu'ils ne le soient eux-mêmes, va emmener progressivement les membres des Gardiens de la Galaxie dans un space opera échevelé et plutôt iconoclaste ; et en faire une série vraiment captivante.


La périodicité des thèmes, ainsi que celle des supports, dotent ce dans quoi ils s’inscrivent d'une tradition.
Celle-ci, devenant par la force des choses un véritable "pays des miroirs" où vont se multiplier reflets, parodies, imitations et extrapolations sous les effets du zeitgeist, de l'inflation dramatique, de nouveaux paradigmes scientifiques, voire de la censure (liste non exhaustive).
Ainsi le space opera s'appuie-t-il sur des éléments propulsifs antérieurs à son apparition : les récits d'aventures maritimes, le mythe de la Frontière, voire dans certains cas et non des moindres, d'emprunts aux romans de cape et d'épée.
En tout état de cause, le space opera est affaire de voyage ; un voyage dans les plaines de l'espace à bord d'un astronef, où le voyage en lui-même n'est pas qu'un épiphénomène.
Autrement dit, le dépaysement ne commence pas à l'arrivée.   
Mais c'est au travers d'un autre thème de la science-fiction que l'équipe fera son retour : le voyage dans le temps.
En juillet 1975 presque un an après Marvel Two-in-One #5 les Gardiens de la Galaxie reviennent dans les pages du Giant-Size Defenders #5 (la revue Namor n°3 chez l'éditeur Arédit/Artima pour l'édition française).
Un épisode qui de mon point de vue ne se distingue ni par son scénario (même s'il utilise avec perspicacité les paradoxes liés à ce type de voyage), ni par son aspect artistique. Loin s'en faut.
Toutefois Steve Gerber va garder l'équipe qu'il associe de nouveau avec les Défenseurs, cette fois pour une aventure nettement plus relevée (Defenders #26 à 29 disponible en français dans la revue Hulk - collection Flash - chez Arédit/Artima).
L'action est rondement menée, les personnages sont intelligemment cernés et les interactions intéressants et productives.
En outre Steve Gerber introduit dans cet arc un nouveau personnage : le mystérieux Icarus
Nouvelle éclipse pour nos Gardiens de la Galaxie qui feront leur réapparition dans une nouvelle revue à partir de son numéro 3 (février 1976) : Marvel Presents (Titans n° 6 pour l'édition française).
Steve Gerber associé au dessinateur Al Milgrom replonge brièvement mais de façon spectaculaire notre équipe dans le conflit qui les oppose aux Badoons pour clore ce chapitre et les envoyer vers l'espace infini où le théâtre de la dramaturgie cosmique dresse en permanence des tréteaux inédits comme s'en rendront compte les lecteurs.  
De mon point de vue c'est à partir de cette épisode que commence la meilleure période des Gardiens de la Galaxie de cette époque. 
Si Steve Gerber explore des concepts de science-fiction dans un spectre assez large, il s'autorise des péripéties que ni Alan Moore, ni Grant Morrison ne renieraient.
J'ai déjà parlé d'Icarus, je voudrais cette fois-ci m'attarder sur la manière dont est résolu l'obstacle que constitue le Topographical Man

Ainsi après quelques péripéties que vous découvrirez si vous lisez ces aventures, la conscience de Vance Astro, l'un des Gardiens de la Galaxie, est absorbée par l'Homme Minéral (la traduction des éditions LUG pour le Topographical Man) tandis qu'ailleurs l'âme de Nikki une Mercurienne membre également des Gardiens de la Galaxie se détache de son enveloppe charnelle. 
La suite en images :
Si du haut de mes dix ans à l'époque de ma première lecture de cet arc je n'ai pas tout compris de ce qui se déroulait sous mes yeux, les éditions LUG n'ont pas été dupes et ont ainsi procédé à quelques retouches comme il était de parfois coutume de le faire en ce temps-là.

La preuve toujours en images :

Mais en définitive l'amour est toujours vainqueur :


Avec le recul, ces pages ne sont pas très éloignées de ce que fera Alan Moore dans les pages de The Saga of the Swamp Thing, et en tout état de cause elles pouvaient être lues de manière naïve par un enfant et prendre toute leurs dimensions pour un lecteur plus mature.
Cet épisode est le dernier signé par Steve Gerber, la suite des aventures de nos héros galactiques sera l'oeuvre de Roger Stern ; d'abord avec un fill-in qui est la reprise de l'épisode n° du Surfer d'Argent auquel le scénariste ajoute quelques scènes de son crû pour qu'il trouve sa place au XXX siècle puis en poursuivant ce qu'avait préparé Gerber avec Icarus.
Roger Stern fait un excellent travail, tout à fait dans l'esprit de son prédécesseur et après trois épisodes il prend la main pour un nouveau départ où plane l'esprit de 2001 L’Odyssée de l'Espace.
Malheureusement Marvel Presents #12 (Titans n°15) est le dernier numéro de la revue, toutefois les auteurs ont été prévenus à temps et ils peuvent donner rendez-vous à leurs lecteurs dans une nouvelle revue.
Encore une.
Cette fois-ci c'est dans un Thor annual (le n°6 et disponible chez Artima/Aredit pour la version française) que l'équipe se retrouve pour une aventure plutôt sympathique.
Les Gardiens de la Galaxie font ensuite faire des apparitions dans différentes revues de l'éditeur, pour finalement obtenir dans les années 90 leur propre revue. Après une soixantaine de numéros la série est annulée et c'est en 2008 que de nouveaux Gardiens de la Galaxie font leur apparition, mais tout ceci est une autre histoire.  
Comme vous la vu si vous avec lu cet article, les Gardiens de la Galaxie ont été les acteurs d'un space opera à la fois dans leurs aventures, mais aussi au sein de l'univers Marvel, en passant de revue en revue. [-_ô]
     
L'éditeur Panini à l'excellent idée de publier une intégrale qui regroupera les épisodes dont j'ai parlé ici, sauf le Thor Annual (ce qui est un peu dommage), toutefois ne soyez pas surpris cette équipe n'est pas la même qui va avoir les honneurs d'une sortie en salle, reste qu'elle vaut le détour.

6 commentaires:

  1. merci je vien de metre ton lien sur mon site facebook! https://www.facebook.com/TheGuardiansOfTheGalaxy

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    1. Avec beaucoup de retard, mais j'avais quitté pour un temps ce plan de réalité, merci beaucoup pour la promotion.

      [-_ô]

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  2. J'aimais bien le tout premier épisode des Gardiens. Je lui trouvais une ambiance proche des Outer limits (Au-delà du réel) à cause du style de Gene Colan.

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    1. Oui moi aussi j'aime bien l'ambiance (que tu décris fort justement).

      J'ai eu du mal à me mettre à Colan lorsque j'étais gamin, mais à partir du moment où j'ai accroché il est devenu ma coqueluche.

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