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Gun Machine [Warren Ellis / Claire Breton]

« La réalité c’est quand on se cogne » 
Lacan 
Warren Ellis (1968- circa 2020) était un talentueux scénariste de bandes dessinées, et un prometteur romancier. Il a également participé à des projets télévisés, avant d’être jugé par un tribunal populaire en 2020, pour des agissements jugés moralement répréhensibles. 
Une autocritique (encore une fois) jugée bien trop molle, et un projet de bande dessinée plus tard, aussitôt vilipendé par ses pairs, lui donnent une probabilité très basse de résurrection.   
            Nonobstant, en 2014, sortait en France son deuxième roman, sur les trois qu’il écrira. 
Répondant au titre évocateur de « Gun Machine », il s’agit d’un polar hard-boiled dans lequel l’auteur anglais réutilise d’une façon originale et astucieuse l’une de ses marottes les plus fécondes. 
            De fait, Ellis a souvent considéré la Réalité© comme un système d’exploitation ou un programme (informatique) que l’on pouvait circonvenir grâce à des « cheat codes » (ou « soluces »). 
Autrement dit des instructions qui modifient le programme (ladite Réalité© donc) à son avantage, de manière illicite.  
Warren Ellis a d’ailleurs fait dire par l’un de ses personnages fétiches que la magie rituelle était - ni plus ni moins - qu’une « soluce », une manière de tricher avec la Réalité© (sic)
            Or donc, si la structure de « Gun Machine » épouse au plus près celle de n’importe quel roman du même (mauvais) genre, il se distingue pourtant grâce à ses personnages pittoresques. 
Dont l’antagoniste principal, lequel génère autour de sa personnalité quasi inédite un projet criminel, et surtout un modus operandi qui le sont tout autant. 
S’ajoute à ce puissant attracteur, un enthousiasme très communicatif qui transparaît même en français, grâce à la traduction de Claire Breton, pour les éditions du Masque™. 
            Transformant son roman en un page-turner qui ne vole pas son anglicisme, Warren Ellis parvient même, in fine, à faire oublier un usage des coïncidences un peu trop en faveur de son intrigue. Un péché véniel que je lui pardonne sans me forcer. 
Mené par des tambours battants de circonstance, notamment lors d’un climax qui sent la sueur, la cordite et les gaz d’échappement, « Gun Machine » est un roman dont la lecture est hautement recommandée.

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