Forrest J. Ackerman, Vampira,
un détonateur nommé Barbarella,
Trina Robbins, Fritz,
la speakerine des ombres.
un détonateur nommé Barbarella,
Trina Robbins, Fritz,
la speakerine des ombres.
Précédée par la grotesque, et parfois dangereuses théorie d’hôtes, menée par la vénérable Old Nancy et sa sinistre et mystérieuse progéniture : The Shadow (eh oui !), le Gardien de la Crypte des EC Comics™, etc.. Vampirella est créée en 1969 pour être, elle aussi, la speakerine des ombres de son magazine homonyme, et tenir compagnie à Uncle Creepy et Cousin Eerie, qui sont déjà les hôtes de leur magazine respectif chez Warren Publishing™.
Forrest J. Ackerman, son créateur, s’inspirera directement de Vampira, l’hôtesse gothique de la chaîne de télévision locale de Los Angeles KABC-TV®.
Ainsi Vampirella gardera-t-elle de son modèle cathodique sa longue chevelure d'un noir de jais et sa frange structurée ; mais aussi son regard hypnotique, souligné par des sourcilles très marqués.
Cependant, loin des stéréotypes gothiques du genre, la nouvelle venue adoptera, sous l’égide de son créateur, une tenue plus dans l’air du temps, créée pour l’occasion, par la dessinatrice underground Trina Robbins : un bikini rouge, échancré (« sling bikini ») avec un incongru grand col blanc !? Une tenue qui délaissera donc le look « Famille Addams » pour s’imprégner du zeitgest de l’époque, et plus précisément du film Barbarella1968.
En passant ensuite rapidement entre les pinceaux de Frank Frazetta, dit Fritz pour les intimes, le « sling bikini » deviendra encore un peu plus sexy, une tendance qui ne fera que grandir. Au contraire du bikini donc.
Et la tenue s’orne désormais d’un logo doré de chauve-souris au niveau du pubis. Et je n’oublie pas les bottes noires !
Ainsi parée, Vampirella (Vampir-ella/Barbar-ella), devient donc speakerine des ombres chez Warren Publishing™.
Tom Sutton/Mike Royer,
Archie Goodwin,
José González,
Arthur C. Clarke.
Lorsque Forrest J. Ackerman songe à créer Vampirella, il la dote d’un background conséquent, quand bien même n'est-elle destinée qu'à un labeur d'hôtesse. Il est aidée en cela par le dessinateur Tom Sutton et l’encreur Mike Royer. À trois, dans le premier numéro du magazine en noir & blanc, ils raconte une courte histoire : les origines de Vampirella. Archie Goodwin,
José González,
Arthur C. Clarke.
Celle qui allait devenir la speakerine de son magazine n’est pas dans la lignée gothique du célèbre Dracula. C'est une extraterrestre venue d'une planète mourante (si cela vous évoque quelque chose, ce n’est pas fortuit). En effet les deux soleils autour desquels orbite Drakulon, la planète en question donc, assèche les rivières de sang qui y coulent. Un vaisseau spatial, l’Arthur Clark Expedition, s’y écrase un jour (Ackerman et Arthur C. Clarke étaient très bons amis, si vous voulez tout savoir).
Fortuitement, si je puis dire, Vampirella, sous la forme d’une chauve-souris géante, rencontre deux des astronautes, qui effrayés l’attaquent pour se défendre. Elle les mord. Et se rend compte que du sang, le même qui irrigue les rivières de sa planète qui s’assèchent, coule dans leur veine. Elle découvre ensuite l’Arthur Clarke et son équipage en hibernation. Affamée, elle boit le sang de tous les membres de l’équipage. S’empare du vaisseau, et part en direction de la Terre, dans l’espoir de sauver son espèce.
Une fois arrivée, elle trouve un numéro du magazine Creepy si, si c'est vrai ! Et décide d’aller voir l’éditeur James Warren, ….. et se fait embaucher comme hôtesse !! Rôle qu’elle tient dès la page suivante. Et cela pendant 8 numéros.
Toutefois, Forrest J. Ackerman n’est pas vraiment un scénariste de BD ; le ton qu'il utilise pour Vampirella est malgré tout très ancré dans les calembours de monstres des années 1950, un peu kitch et léger. Et pour ce qui va suivre, il faut impérativement un scénariste. Un vrai !
En effet le lectorat a très tôt manifesté son envie de voir l'hôtesse avoir ses propres aventures. James Warren, qui a flairé la bonne affaire, embauche donc Archie Goodwin, lequel se voit confier le rôle de rédacteur en chef du magazine, et celui de scénariste des aventures de la Vampiri.
Goodwin s'empresse de revisiter le personnage, il l’ancre dans une dark fantasy urbaine, matinée de super-héroïsme (les origines imaginées par Ackerman s’y prêtaient de toute façon). Et surtout, « le directeur éditorial le plus aimé de tous les temps » lui fait abandonner sa quête de sang, et par conséquent ses proies, autrement dit nos contemporains.
Si Goodwin était un type aimé de tout le monde, il savait aussi reconnaitre le talent quand il croisait sa route. C'est ainsi que l’artiste José González est devenu le dessinateur attitré de Vampirella . Si Archie Goodwin est resté un an sur le personnage (tout en y revenant de manière occasionnelle ensuite), le natif de Barcelone lui y restera 10 ans, et marquera durablement l’imaginaire collectif de son immense talent.
Vampirella passe ensuite chez Harris Comics™ (1983-2010) et au format comic book. Avant d’arriver chez Dynamite Entertainment™ en 2010.
« Dans les comics, les éditeurs acceptent toujours que l'on mette en scène le Diable, mais parler de Dieu rend tout le monde nerveux.
J'ai dit à Nick : " Je n'écrirai sur le Diable que si j'ai le droit d'écrire aussi sur Dieu."
Il a immédiatement accepté. »
Embauché spécialement pour orchestrer les 50 ans du personnage, Christopher Priest se voit offrir en 2019 une « carte blanche ». Qu’il transforme en un thriller de science-fiction théologique. Les démons et les créatures vus dans les BD de la période de l’éditeur Harris Comics™ ne sont plus issus des croyances religieuses terrestres traditionnelles. Ce sont des factions extraterrestres, ou des interprétations erronées de la part des humains. Le mot « démon » est ainsi redéfini à l'échelle cosmique. Drakulon redevient une planète, comme chez Ackerman.
C’est la « leçon d’anatomie » de Priest.
Là où Alan Moore utilisait l'anatomie en ouverture de sa reprise mémorable de Swamp Thing, Christopher Priest utilise la psychiatrie.
Au moment où il prend en main le personnage, Vampirella a quitté Drakulon, sa planète d’origine depuis 50 ans (le monde est bien fait). Comme dit précédemment, Priest ne part pas d’une page blanche, il ne fait pas table rase du passé du personnage mais le récapitule minutieusement, véritable manuscript hunter s'il en est, paléographe même ; pour l’accorder en une chronologie unique et cohérente.
« Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie »
D’une certaine manière, et d’une manière certaine, Christopher Priest rationalise le folklore magique & gothique que l’on pouvait trouver auparavant dans les aventures de Vampirella. Les « démons » ou les « dieux » que l’héroïne affronte désormais dans les pages écrites par Priest possèdent toujours des pouvoirs qui dépassent l'entendement humain, mais ils obéissent maintenant à des lois cosmiques, biologiques ou dimensionnelles, et non à un folklore religieux terrestre. C'est une démarche très proche de celle de H.P. Lovecraft (leur maître à tous).
Toutefois, le fantastique n’est pas totalement évacué ou ignoré.
La mini-série « Sacred Six » qui s’intègre dans le mandat global de Priest, juste après les deux premiers TPB - qui font partie de l'arc « Seduction of the Innocent » (non ce n'est pas fortuit), voire en parallèle de certains des numéros du deuxième recueil, permet aux fans d’horreur gothique d’en avoir aussi pour leur argent. Tout en racontant une fable morale sur les classes sociales et le fanatisme religieux.
Priest fait un formidable boulot, en collaboration avec le dessinateur/encreur/coloriste Ergün Gündüz.
Gündüz prend le contrepied de ce qu'on s'attend à trouver s'agissant d'un personnage comme Vampirella. Le natif de Kayseri, en Turquie opte en effet pour une esthétique « léchée » et pop ; avec des couleurs lumineuses, des dégradés typique des brosses numériques. Il utilise également de nombreux effets de luminescence et de reflets spéculaires rétroéclairés.
Gündüz prend le contrepied de ce qu'on s'attend à trouver s'agissant d'un personnage comme Vampirella. Le natif de Kayseri, en Turquie opte en effet pour une esthétique « léchée » et pop ; avec des couleurs lumineuses, des dégradés typique des brosses numériques. Il utilise également de nombreux effets de luminescence et de reflets spéculaires rétroéclairés.
Son dessin, loin des standards de la BD U.S., a les qualités de ses défauts.
Ainsi, par exemple, l'absence des flous de mouvement ou des lignes d'impact, fige parfois son dessin. Mais a contrario, l'expressivité de ses personnages permet aux dialogues de Priest d'avoir tout la portée que ce dernier veut leur donner. Indéniablement le travail d'Ergün Gündüz donne à cette série une identité visuelle unique.
Et puis Christopher Priest lui-même, a salué son travail, en soulignant que le rendu unique de ses couleurs apportait une vraie modernité et une atmosphère gothique haut de gamme au titre.
Pour ma part, j'ai eu un peu de mal. Mais l'intérêt que suscitait chez moi le scénario de Priest a arrondi les angles, et je ne regrette pas de m'être un peu accroché.
En tout cas, Christopher Priest semble se plaire sur le titre.
Il a écrit, depuis son arrivée en 2019, plus de 90 numéros (série régulière + mini-séries), et il s'achemine vers le 700tième numéro (calculé depuis le premier numéro en 1969).
Il est devenu le scénariste le plus prolifique de toute l'histoire du personnage, et cela sans abaisser ses exigences.
Vampirella est une série que je lis (et relis) avec énormément de plaisir. Ce qui n'est d'ailleurs pas très facile. J'ai en effet pris le train en marche, les aventure de la Vampiri étaient assez avancées quand j'ai commencé à acheter ses TPB, lesquels étaient devenus plutôt rares.
Ce qui fait de Vampirella une série qui se mérite. Mais elle le vaut bien !
(À suivre ......)






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