mardi 19 février 2013

GRIMJACK

... Dans son éditorial pourrait-on dire, du premier numéro de la série régulière en 1984 (GRIMJACK a commencé de paraître en bande de complément (back-ups) de la série Starslayer en 1983) John Ostrander - le co-créateur avec Timothy Truman du personnage - explique que GRIMJACK est né de sa volonté de fusionner le genre sword-and-sorcery (on parle plus volontiers d'heroic fantasy dans l'Hexagone) avec le hard-boiled detective (plus communément appelé roman noir en France) à l'instar de Robert E. Howard (auteur pour lequel il a beaucoup d'admiration) qui d’après Ostrander a  justement combiné la pulp horror story et la pulp adventure story pour en faire le sword-and-sorcery (disons en 1929 avec Kull le conquérant) dont le héros emblématique du genre est certainement Conan.

Or, donc puisant dans la kermesse héroïque des pulp magazines en ce qui concerne le sword-and-sorcery, Ostrander y puise également son deuxième ingrédient, le roman policier hard-boiled. Deux genres qu'il affectionne. 
C'est dans Black Mask, l'un des plus fameux  pulp de l'époque que naîtra - aux alentours de 1923 - la "hard-boiled school of writing" dont l'un des représentants (et fondateur du genre) n'est autre que Dashiell Hammett.

Le roman policier hard-boiled nous dit Robert Louit en août 1968, se distingue par une écriture brutale, lucide et dépouillée, appelée à bouleversé l'écriture romanesque dans son ensemble ; Raymond Chandler à qui l'on doit dit-on l'utilisation du terme hard-boiled (qui peut se traduire par "dur à cuir") expliquera que Dashiell Hammett  a remis l'assassinat entre les mains des gens qui le commettent pour des raisons solides et non pour fournir un cadavre à l'auteur
L'auteur visé est ici en l’occurrence celui des romans de meurtre en chambre close.    
Patrice Louinet dans son introduction au premier volume des aventures de Conan trace un parallèle entre Dashiell Hammett et Robert Ervin Howard (les deux inspirateur de John Ostrander au travers des genres dans lesquels ils ont oeuvré), ce dernier posant les bases de l'heroic fantasy moderne en revitalisant et en américanisant le genre ; alors qu'Hammett inventait un nouveau genre : "Les nobles héritiers plongés dans leur quête initiatique et les détectives amateurs ou philanthropes, héros privilégié (et souvent issus du Vieux Continent) de ce genre de récits, venaient brusquement de se faire bousculer par des personnages violents, pragmatiques et au langage volontiers grossier." 
Afin de préciser les contours du roman noir, lisons ce que Thomas Narcejac écrivait en 1949 à son propos : "[..] Ce qui est noir, [..], ce n'est pas, [...] sa violence, sa crudité ; ce n'est même pas le désespoir qu'il peut éveiller chez le lecteur facile à suggestionner, c'est quelque chose de plus foncier et de plus mystérieux que l'on pourrait définir en disant qu'il nous présente le monde comme un TRAQUENARD. [..]"
Cette vision qu'a Thomas Narcejac du roman noir s'applique selon moi, sans coup férir à la série GRIMJACK.


2 commentaires:

  1. Aaaah, me voilà fort aise de découvrir que je ne suis pas le seul fan de John Gaunt, dans ce pays !!!!

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    1. Je me demande si ce n'est pas un de tes articles qui m'a donné envie de lire cette série [-_ô].

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