lundi 7 octobre 2013

Pacific Rim

Richard Davies
"Des robots hauts comme des immeubles de 25 étages qui affrontent des monstres de la même taille, voilà l'essence de Pacific Rim." 
Gillermo del Toro


...Dans l'océan des suites et des remakes qui baigne Hollywood surgit parfois, le long du littoral pacifique, un kaiju (qui signifie en japonais "bête gigantesque") et, quoique s'en défende le cinéaste : "les kaiju et les Anciens ne viennent pas du même univers", ces léviathans ont quelque chose de lovecraftien dans Pacific Rim.
Cependant, lovecraftien ou pas, c'est du côté de la culture populaire japonaise qu'il faut chercher l'origine de ces monstres. Nés à l'origine des cendres radioactives d'une humiliation, le Kaiju Eiga (le film de monstres géants) va faire l'objet d'un véritable culte au Pays du soleil levant (et dans le reste du monde) : Godzilla, Gamera, Mothra etc...
    
Face à cette menace venue d'un univers parallèle, le monde n'a eu dans un premier temps qu'une réponse : l'aviation, les bombes. 
Mais cette réponse "conventionnelle" n'a pas été suffisante et l'étape suivante a été la construction de gigantesques robots les jaegers
Là aussi c'est encore du côté du Japon qu'il faut aller voir : l'omniprésence du robot dans la culture japonaise doit beaucoup à l'oeuvre d'Osamu Tezuka (Astro le petit robot en autres), néanmoins en ce qui concerne les jaegers c'est du côté de Go Nagai qu'il nous faut chercher. 
En créant en 1972 Mazinger Z, un robot géant surdimensionné piloté de l’intérieur par un jeune héros, Go Nagai allé donner naissance à toute une lignée de robots géants dont le plus connu en France a longtemps été Goldorak.     
Ainsi il apparaît que Guillermo del Toro propose avec Pacific Rim ni plus ni moins qu'un crossover entre le genre Mecha auquel se rattachent les jaegers et le Kaiju Eiga, ce qui en soit ne constitue pas une nouveauté puisque une série telle que Getter Robo mettait face à face des robots géants et des dinosaures évolués dés 1974.
Non, la singularité de Pacific Rim tient toute entière dans la personnalité de son réalisateur.

... "Il n'y a pas d’œuvres, il n'y a que des auteurs", disait Jean Giraudoux, cette belle formule a notamment servi à François Truffaut dans La politique des auteurs pour dire que le réalisateur est le seul véritable auteur d'un film, au-dessus de tout autre intervenant. 
Une position que je ne partage pas, j'ai toujours en tête cette magnifique formule de Jean-Patrick Manchette à ce sujet :
"Partant de la vieille idée - fausse dés le départ, et complètement anachronique en ce qui concerne le cinéma - qu'une oeuvre est le fait d'un seul individu, la politique des auteurs a été une idéologie critique publicitaire qui a permis à ses promoteurs de se lancer comme auteur de films (à peu près à la même époque une supercherie comparable permettait aux chips Flodor de se faire passer pour de la nourriture)."
Une position que je ne partage pas donc, ...... sauf en ce qui concerne Guillermo del Toro.
Guillermo del Toro dans sa Bleake House
Or donc, Pacific Rim n'est pas un blockbuster de monstres et de robots géants, pas plus qu'Hellboy n'est l’adaptation d'un excellent comic book, ou Blade II la suite de Blade ou le Labyrinthe de Pan un film sur la Guerre d'Espagne la Seconde Guerre mondiale; non tous les films qu'a réalisés Guillermo del Toro sont avant tout des films de Guillermo del Toro ; c'est-à-dire paradoxalement, une création mytopoétique où le statut de l'Auteur est indéniable.

Un auteur qui se sert ici des forges hollywoodiennes pour accoucher d'une esthétique de la fusion à nulle autre pareil, un chaosmos, bien loin des avant-gardes molles apoplectiques.
Un film à voir, évidemment.

6 commentaires:

  1. Et à revoir. Le meilleur film de l'été, voire de l'année. Bon papier, m'sieur Dada.

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  2. Bon commentaire,tout est vrais et bien dit dans votre commentaire , mais vous avez oublié le principal, c'est que tous simplement c'est une version usa de Evangelion ( 新世紀エヴァンゲリオン, Shin Seiki Evangerion )adapter à la sauce big mag , heureusement que l'on note la présence de japonais , source de l'idée , mais le film est bon et prenant , moi qui aime Evangelion ,je n’ai pas été déçus du film …

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Neon_Genesis_Evangelion

    Pour rétablir la justice ….

    mais merci pour ce beau commentaire ...

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    1. Merci de tes précisions, et merci de ton aimable commentaire à l'égard de mon billet.

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  3. Hello Artemus, très chouette, comme toujours ici. J'ai bêtement raté le film cet été, préférant bêtement me réfugier (comme d'hab') dans la pensée stérile qu'un projet de film est toujours plus excitante que la perspective de voir le film lui même. Et pourtant, Le Labyrinthe de Pan est un de mes films préférés... Crétin de moi.

    Je dois avouer que j'ai mieux compris la citation de Blier (excellente, ça va sans dire) que celles de Manchette et Giraudoux. On va dire que l'idée globale, je la saisis bien.

    Je relirai une quatrième fois, au besoin.


    Tu cites Go Nagaï. Il y aura un original de Mazinger, peint par lui, parmi la centaine d'originaux exposés dans 15 jours à St Malo lors de Quai des Bulles dans le cadre d'une expo "collection privée" du scénariste Corteggiani. Il compte en effet parmi ses amis de longue date (Go Nagaï a même fait un "crochet" chez lui en Corse, lors de son voyage de noces au début des années 80). De Toth à Franquin en passant par Tezuka, il y aura du très beau et très rare de tous les continents à regarder parmi la centaine d'oeuvres présentées.

    Si jamais tu te trouves dans les parages, fais-moi signe, on se croiserait enfin !)

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    1. Merci de ton passage, et de ton compliment.
      Pour se rencontrer à St Malo ça va être plus dur, j'habite en ce moment à l'extrême opposé. [-_ô]

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