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Superman vu par Black Mask

... Le premier pulp magzine nait en 1896 de la rencontre d'un homme (Frank Munsey) et d'une idée : "les histoires priment sur le papier sur lesquelles elles sont imprimées".
Ni une ni deux Frank Munsey applique derechef cette idée à son magazine The Argosy en utilisant le papier le plus économique de l'époque, un papier fabriqué à base de fibres de bois grossièrement agglomérées.
Les 192 pages de la nouvelle formule, dont le format est de 25 centimètres par presque 18 centimètres (10x7 inches) se remplissent d'histoires orientées vers un public plus adulte que dans la formule précédente, et de pages de publicités.
Si au début les pulp magazines proposent des sommaires éclectiques, dés 1912 nombre d’entre eux se spécialisent autour d’un thème unique au titre évocateur : Ocean, ou encore Railroad Man’s Magazine dédié aux pionniers du chemin de fer, le sport, le western, les récits de guerre parfois en visant une spécialisation très pointue : Zeppelin Stories ou Submarine Stories,  ou encore la prohibition etc..
En 1920 le pulp magazine Black Mask paraît, et rapidement ses écrivains vont constituer l'élite de l'élite (Frank Gruber). En outre grâce à l'un de ses rédacteurs-en-chef , Joseph T. Shaw, Black Mask acquière une cohérence éditoriale et stylistique qui fait alors défaut à ses principaux concurrents (Benoît Tadié).
C'est dans ses pages que va naître le récit criminel dit hard-boiled sous la plume de Carroll John Daly.
Cette nouvelle façon d'écrite (littéralement) se distingue par la place accordée au conflit entre les personnages plutôt qu'au crime lui-même, et par un style dur, cassant et un tempo très rapide.
Cette nouvelle forme est née du format des pulps qui privilégie la nouvelle, et qui standardise les schémas narratifs et en codifie l'imaginaire : longueur, découpage et déroulement. 
Les pulps donnent priorité à l'action et au dialogues au détriment de l'énigme et des descriptions.
En un mot, le récit hard-boiled est le lieu privilégié de la psychologie virile et de l'écriture sèche.
Mais ce n'est pas le seul, Hemingway qui n'a jamais écrit pour ce genre de magazine est aussi un adepte de cette approche littéraire.
Le détective hard-boiled est contre toute attente un descendant des aventuriers de la Frontier et non pas comme on pourrait s'y attendre celui de Sherlock Holmes (Cf. Régis Messac, Bill Pronzini, Jack Adrian, etc.).
Ainsi Ross Macdonal présente-t-il lui-même son héros (Lew Archer) comme le descendant de Natty Bumppo (alias Bas-de-cuir).
Extrait Superman n°1 (SEMIC)
Incidemment, lorsque j'ai relu dernièrement les premières aventures de Superman son mode d'action m'a semblé assez proche de ce que vivent les détectives privés que l'on trouve dans les histoires de Black Mask. Clark Kent son alter ego enquête en tant que journaliste (un avatar du détective privé très prisé des pulps) dans des "clubs", rencontre des femmes fatales alors que le super-héros n'hésite pas à faire le coup de poing contre des gangsters à l'allure patibulaire. Ou à se déguiser.
Certes les aventures du Kryptonien sont un peu édulcorées par rapport aux histoires de Dashiell Hammett, de Lester Dent ou de Raymond Chandler mais la parenté est patente.
C'est en lisant ces premières aventures et en faisant ce rapprochement que je me suis souvenu que Jerry Siegel & Joe Shuster avaient, peu de temps avant de créer Superman, travaillé sur une commande de Malcolm Wheeler-Nicolson intitulée Slam Bradley justement détective dur à cuir de son état.
Si je fais partie de ces lecteurs qui voient en Superman la résultat de l'équation pour le dire schématiquement : Tarzan + John Carter, il est clair que Slam Bradley et le polar "dur à cuir" ne sont pas des paramètres négligeables dans la genèse du premier super-héros de l'Histoire. Ni les années 1930.
D'autant que la conjoncture de l'époque va créer un personnage qui va sinon se substituer aux détectives du moins occuper un large place dans les récits hard-boiled, je veux parler du vagabond, du hobo.
Si ce dernier renvoie bien évidemment à une réalité de l'époque, celle de la Crise, il se rattache également aux personnages de la littérature américaine, celle du chasseur qui s'aventure dans la Wilderness, du montagnard, du cow-boy, etc.
Il est le fruit d'un arrachement initial, le "réfugié de la civilisation" (H.B. Parkes).

Comment dès lors, sachant cela ne pas faire le lien entre le hobo et le petit Kal-El arraché à son monde, condamné à migrer dans l'espace (au moins l'espace d'une case) puis, au héros hard-boiled, au premier super-héros américain; et surtout à un personnage de son temps ?

[-_ô]

(À suivre .....)

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