Accéder au contenu principal

Le Fleuve caché [Adrian McKinty / Patrice Carrer]

Roman écrit sur le mode de l'interversion, type d'enquête dont l'inspecteur Columbo en est le parangon le plus populaire, « Le Fleuve caché » est un roman policier encore plus atypique que ne pourrait le laisser croire ce renversement du storytelling.
Outre qu'il se déroule en partie à Carrickfergus, en Irlande du Nord, ville où Adrian McKinty a lui-même grandi, et qu'il abrite une sous-intrigue dans l'énigme principale, ce roman prend une large part de ses 416 pages à s'intéresser très en profondeur aux différents protagonistes qui y apparaissent. Tout en leur fournissant des contextes variés et intéressants.

Son personnage principal, Alex Lawson, un anti-héros attachant au travers des yeux duquel l'intrigue se déroule, à un penchant qui donne selon moi, ce rythme si particulier à l'histoire. Loin de n'être qu'un simple prétexte formel, cette assuétude trouve également une justification dans la sous-intrigue déjà citée. Laquelle motivera d'ailleurs l'ex-flic du RUC, la Police Royal d'Ulster, à s'improviser détective privé dans le Colorado

En gros Adrian McKinty ne laisse rien au hasard, et étaye sérieusement les tenants et les aboutissants de son intrigue principale, et de son intrigue subalterne. Cette dernière devenant finalement plus importante au fil des pages. 

Toutefois, et contre toute attente, alors que les relations de cause(s) à effet(s) qui font avancer les choses, empruntent comme je l'ai dit, des voies tout ce qu'il y a de plus rationnelles ; un retournement de situation de dernière minute colore ce roman d'un sentiment inattendu. 

Empreint de beaucoup d'humour, de citations érudites (Alex Lawson est un fort en thème), et de théories farfelues (mais plutôt bien vues), comme celle concernant certains ennemis de Batman, « Le Fleuve caché » contient aussi sont lot de scènes violentes, de cavalcades, et de sensualité. 

Enfin, j'ai nettement senti dans ce roman que son auteur n'avait pas que pour seule ambition d'être distrayant, mais qu'il travaillait au corps son intrigue, ses personnages, mais aussi le genre dans lequel s'inscrivait son récit ; dans le but - inavoué - de lui donner un belle touche d'inédit.  Et c'est une réussite !
Simple intuition certes, mais il me semble y avoir bien trop de contrepieds à ce qu'on est en droit d'attendre d'un roman policier de ce type, pour que cela soit le simple fait du hasard. 

Cela dit,  le hasard fait parfois bien les choses. 

Ainsi Adrian McKinty était-il encore récemment dans une très mauvaise passe. Parti avec son épouse en Australie, il se retrouve, après quelques années passées sur place, à tirer le diable par la queue. Averti par rien de moins que Don Winslow, Shane Salerno agent de ce dernier, passe un coup de fil en Australie, dans lequel il se dit désolé d'apprendre qu'il a appris que McKinty laissait tomber l'écriture. 
Ce que lui confirmera l'intéressé. 
Salerno, qui connait son travail, lui suggère alors qu'Adrian lui envoie une proposition de roman, contre la somme de 10.000 $ !!!

Épilogue : Deux ans après ce coup de fil inespéré, vient de sortir « The Chain », le nouveau roman d'Adrian McKinty. Un ouvrage dont on dit qu'il aurait été acheté grâce à un chèque à six chiffres. Sans oublier un accord pour une adaptation cinématographie. 
Un incroyable retournement de situation pour quelqu'un encore obligé il y a peu, de faire le chauffeur pour Uber™, et qui venait d'être expulsé de chez lui.

Adrian McKinty semble donc bien revenu dans la course, et au vu de ce que je viens de lire, c'est tout le mal que je pouvais lui souhaiter. 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

SKEUD [Dominique Forma]

Johnny Trouble est le roi du vinyle pirate, fruit d'enregistrements qui ne le sont pas moins. Des galettes vendues sous le manteau, jamais commercialisées par les maisons de disques. Le « skeud » (ou disque en verlan) du titre du premier roman de D ominique F orma. Qui pour sa réédition chez Rivages™ en 2015, a été un poil ripoliné par l'auteur.             D ominique F orma est un individu atypique dans le paysage culturel hexagonal.  Au début des années 1990 il part aux U.S.A. sans plan de carrière, et se retrouve music supervisor au sein de l'industrie du cinéma. Il en profite pour apprendre la mise en scène et l'écriture sur le tas, et après un court-métrage s'impose réalisateur sur l'un de ses propres scénarios. L'aventure, avec rien de moins que J eff B ridges au casting , ne tournera pas à son avantage, j'y reviendrai prochainement. En attendant, de retour en France , en 2007, il contacte P atrick R aynal sur les conseils de P hilippe G arnier

Blade Runner (vu par Philippe Manœuvre)

Après vous avoir proposé Star Wars vu par le Journal de Spirou de 1977 (ou du moins d'un des numéro de cette année-là), c'est au tour de Blade Runner vu par P hilippe M anœuvre en 1982 dans les pages de la revue Métal Hurlant . Il va de soit qu'avec un titre tel que : "C'est Dick qu'on assassine" le propos de l'article ne fait pas de doute. Pour rappel, le film est sorti en France le 15 septembre 1982, Métal Hurlant au début de ce même mois de 82. Bonne lecture.

À bout portant [Gilles Lellouche / Roschdy Zem / Fred Cavayé]

« C’est du cinéma, on est donc dans la réalité + 1 ou + 2 »  F red C avayé  L’épuisement d’histoires originales, et la production exponentielle de fictions nécessitent d’élaborer des stratégies de mises en récit attractives pour captiver le public.              Plonger directement les spectateurs d’un film « au cœur des choses » est toujours payant. Surtout si en plus, comme dans le cas du film réalisé par F red C avayé, les personnages et le contexte, en un mot l’histoire, bénéficie de l’effet IKEA ® .  L'effet en question est un biais cognitif documenté par M ichael N orton, dans lequel les consommateurs accordent une plus-value aux produits qu'ils ont partiellement créés (les meubles de l'enseigne bien connue).  Ici, la chronologie (chamboulée par l'ouverture du film in medias res ), les tenants et les aboutissants du scénario (dévoilés au compte-goutte) nécessitent que le spectateur participe activement au storytelling du film qu'il regarde.  L'effet IKEA ®