L'histoire de « Zone de guerre » se déroule dans un avenir lointain, alors que l'humanité a colonisé l’espace intersidéral. Le monde est néanmoins resté divisé par les puissances de la guerre froide : les ÉTATS-UNIS d'un côté, et le BLOC CENTRAL (une faction d'influence soviétique) de l'autre. Mais les planètes colonisées sont in fine administrées ou exploitées par les intérêts des multinationales.
L'intrigue prend place sur la COLONIE Quatre-vingt-six, une planète industrielle et minière isolée, dont la gestion est partagée entre les juridictions étasuniennes, celles du BLOC CENTRAL et des initiatives commerciales privées.
Lex Falke est un reporter de guerre expérimenté, vieillissant et passablement désabusé. Il a passé une bonne partie de sa carrière à couvrir des conflits sur différentes colonies. Son corps et sa santé en ont payé le prix fort. Mais tout aussi usé qu’il soit, il lui reste une obsession : décrocher un dernier grand scoop.
Pourtant, la COLONIE Quatre-vingt-six, où il vient d’atterrir, semble — au premier abord — le dernier endroit où assouvir son obsession.
Ou peut-être que si !
En effet, une escarmouche, présentée comme un simple « différend » local entre factions, attise sa curiosité, d’autant plus que les autorités font tout pour empêcher les journalistes d'accéder à ce qui semble être devenu désormais de véritables zones de guerre. Falke comprend donc qu'on lui sert une version soigneusement édulcorée de ce qui se passe. Ce qui n’a rien d’étonnant.
Afin d’en savoir plus, il va se prêter à une expérience technologique expérimentale.
Le titre original du roman, « Embedded », fait clairement référence à cette expérience. Mais également à une tout aussi expérimentale expérience du début du XXIème siècle.
Souvenez-vous : lors de la guerre d’Irak, en 2003, le Pentagone avait formalisé, sous couvert de transparence, le statut des journalistes « embarqués ». Ces « embedded journalists » qui voulaient couvrir l’intervention militaire menée par les États-Unis étaient dès lors affectés à des unités militaires américaines. Idem chez les Britanniques et les autres alliés. Ils vivaient avec les soldats, se déplaçaient avec eux et partageaient donc leurs conditions de vie et les risques ; au plus près de la guerre elle-même.
Plus de 600 journalistes ont ainsi été « embedded » pendant l’opération dite « Liberté irakienne », de 2003.
Dan ABNETT pousse le concept de Victoria CLARKE dans ses derniers retranchements science-fictionnels. Déjà une excellente idée ! Mais il ne fait pas que ça.
La société future qu’il décrit dans son roman « Zone de guerre » diffuse une information contrôlée et aseptisée. Le « Directoire Militaire du Bureau d’Implantation » impose un lexique strict aux journalistes, où les mots « guerre » et « conflit » n’apparaissent pas, par exemple. Et puis il y a les patchs linguistiques, qui remplacent les jurons et les grossièretés que d’aucuns disent dans leurs conversations, par des marques commerciales.
Ainsi, et de manière hilarante, la marque de soda Myrt® (NoCal Myrt®) a été tellement injectée par les filtres de correction automatique, pour se substituer aux jurons, qu'elle en est devenue un ! C’est la Myrt® !
Je salue ici la belle adaptation du traducteur Julien DROUET, qui a remplacé la marque originale de la V.O., Freek®, par Myrt®.
Il substitue ainsi la proximité de « freek » et de « fuck » en anglais à celle de « myrt » et de « merde » en français (tout en étant une marque de soda très convaincante).
Bref, tout cela tournera aussi mal qu’on pouvait l’espérer ; les enjeux seront suffisamment inattendus pour faire mouche, sans être néanmoins en dehors de la lettre d’intention du roman. Ce dernier — sans être un chef-d’œuvre de la littérature de (mauvais) genre — se révélera un très bon page-turner.
Ce qui, au demeurant, qualifie le mieux la marque de fabrique de Dan ABNETT®.


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