samedi 25 février 2012

Une vie, une œuvre ; Jorge Luis Borges

Photo de Paola Agosti
... De nouveau une émission issue d'un enregistrement sur K7, le son est moyen mais le sujet ne l'est pas du tout ; un portrait de Jorge Luis Borges ....

1er partie
 

 2ième partie
 

jeudi 23 février 2012

MISSION : IMPOSSIBLE (protocole Burroughs)

La seule fois où ce n'est ni Briggs ni Phelps qui écoute le message 
... Souvenez-vous, un homme marche dans un lieu désert ou presque ; en tout état de cause c'est seul qu'il écoutera un message enregistré sur un magnétophone. Sur ce message une voix qui récapitule une série de faits passés qui aboutissent à une situation (qui est concomitante au moment où cet homme écoute ce message)  puis, la voix enregistrée dessine à partir de la situation présente l'avenir. Ou plutôt deux avenirs possibles. La mission de cet homme s'il l'accepte, c'est de faire en sorte qu'advienne l'un de ces deux futurs possibles ; celui que la voix a choisi !
[..] avec un magnétophone qui contrôle la bande sonore peut influencer et créer des évènements [..] 
"la génération invisible"
William S. Burroughs 

... William S. Burroughs avait une théorie selon laquelle tout est enregistré, la "réalité" est en fait un enregistrement linéaire, ainsi l'Histoire n'est-elle que ce qui a été archivé et mémorisé, en d'autres termes la réalité n'est jamais qu'un amalgame d'enregistrements approximatifs de bio-machines.
Alors si tout ce que nous prenons pour la réalité n'est que l'équivalent d'un enregistrement, nous avons de fait le pouvoir de procéder à un montage, d'arranger, de replacer en contexte et de reconstruire notre réalité .... et celle des autres.
Burroughs expérimenta l'idée du magnétophone en tant qu'arme magique (dixit Genesis Breyer P-ORRIDGE) à la convention démocrate de 1968 à Chicago :
[...] il (Burroughs) s'était promené [..], enregistrant les bruits de fond des manifestations hippies, lors des émeutes et de la répression brutale par le maire, Richard Daley. Tout en marchant, il appuyait sur "enregistrer" aléatoirement à divers endroit de la bande, insérant des sons plus récents au milieu des précédents, créant ainsi un mixage à la temporalité non linéaire. Ce qu'il constata, alors que se formait une configuration de sons étranges[..] c'est que les manifestations et/ ou l'expression physiques réelles de ces sons étaient également amplifiées par ce que l'on prenait pour le "vrai" monde physique. [..]
Plus tard Burroughs expérimentera sa sorcellerie (le mot est de Burroughs) sur le Moka Bar prés de Duke Street ; ce café non seulement déposa le bilan mais l'endroit demeura vide des années : il était impossible de le louer (Cf. Book of Lies éditions Camion Noir).
Ma sorcière bien-aimée ?
... Dans un excellent article Martin Winckler (Mission : Impossible éditions Huitième Art) avance que la mission de L'I.M.F. consiste avant tout à produire un spectacle.[..] Dans Mission : Impossible, le jeu théâtral s'affiche comme tel. L'équipe de Jim est une troupe de théâtre.
Et en regard de des expérimentations de William S. Burroughs (qui sont contemporaines des missions de l'I.M.F.) je pense que l'on peut prolonger l'idée de Martin Winckler en la permutant avec celle de Ray Sherwin et de son théâtre de la magie.
Ainsi les membres de L'Impossible Mission Force ne sont-ils plus simplement des acteurs certes talentueux, mais des magicien du Chaos qui créent un univers malléable par le biais de leur volonté, leur intelligence et leur imagination (Cf. Ray Sherwin). Ce qui compte tenu des expérimentations (L.S.D, télépathie etc ... ) de la C.I.A est tout à fait vraisemblable dans le contexte de la guerre froide.
... Alors, les agents de L'I.M.F. et la génération invisible de William S. Burroughs même combat ?

mercredi 22 février 2012

The Sandman (alias Wesley Dodds)

par fishyfins
... Vers la fin des années 90, un éditeur français a tenté l'aventure de proposer des recueils de bandes dessinées constitués à partir du catalogue Vertigo (une première dans l'Hexagone), un label de l'éditeur DC Comics où le super-héros se faisait rare ....

Et y aura-t-il du sang ? J'aime à l'imaginer. Oui, je crois bien qu'il y aura du sang. Beaucoup de sang. Des quantités extraordinaires de sang."  
La promesse avait été faite dès la première page de The Anatomy Lesson (Saga of the Swamp Thing 21). Sans le savoir, Alan Moore venait de poser les premières bases de ce qui serait Vertigo. 
Patrick Marcel in SCARCE n°41  

LE TÉMÉRAIRE, puisque c'est le nom de cet éditeur a donc proposé le Preacher de Garth Ennis & Steve Dillon, le Sandman de Neil Gaiman, Les Invisibles de Grant Morrison, voire le Bloody Mary du label Helix (toujours DC Comics) etc....., et le Sandman de Matt Wagner.....



Pssttt:
https://rapidshare.com/files/2909300283/Tarentule.rar


lundi 20 février 2012

Café Bazar : Michel Onfray (2007)


... Voici un enregistrement que j'ai retrouvé sur une cassette audio ; on y entend Michel Onfray invité de l'émission Café Bazar (je crois) sur France Inter, probablement en 2007, le jour de la Toussaint. Si le tout début craque un peu, ensuite le son s'améliore sans pour autant être parfait. Bref si cela vous intéresse voici un peu plus de 25 minutes (il manque la fin) de l'émission.

Bonne écoute. 


dimanche 19 février 2012

Phœnix & Iron Fist

... La séduisante idée de Brian M. Bendis (à lire dans la série New Avengers) ; connecter la force mystique du Poing de Fer et celle du Phœnix avec en toile de fond  le Livre des morts de K'un-Lun.
Dommage qu'ayant souvent trouvé les idées de Bendis très attrayantes je n'ai jamais jugé leur traitement à la hauteur.  

samedi 18 février 2012

Aquaman (Neal Pozner + Craig Hamilton)


... Le milieu des années 80 a laissé une trace profonde chez les lecteurs de bandes dessinées d'origine étasunienne ; L'Escadron Suprême (85-86), Batman : Dark Knight (86) et Les Gardiens (86-87) poussent à sa dernière extrémité l'idée d'un monde peuplé de super-héros (ce que j'ai appelé le réalisme super-héroïque). Et le monde qui nous est proposé est loin, très loin d'être merveilleux. 
C'est en 1986 que paraissent les quatre comic books d'une excellente mini-série consacrée à Aquaman :
Et si cette mini-série n'a pas eu le retentissement qu'ont eu Les Gardiens ou Batman : Dark Knight, elle proposait pourtant elle aussi un nouveau type de super-héros et une approche toute aussi "révolutionnaire".
Neal Pozner s'appuie sur un canevas extrêmement classique : la quête du héros parti à la recherche d'un artéfact essentiel à la stabilité des relations géopolitiques entre Atlantis et le monde de la surface, mise en regard d'une légende antédiluvienne.
Si le canevas est classique, le costume du héros ne l'est pas. Or donc c'est nanti d'une nouvelle tenue qu'Aquaman plonge dans cette aventure.
Ce changement est loin d'être anecdotique quand on sait l'importance du costume dans la BD de super-héros. En outre son esthétique que l'on doit à Neal Pozner le scénariste de la série mais par ailleurs artiste & designer, est particulièrement réussie.


Mais qu'est-ce que c'est qu'un gagnant 
sinon un fabriquant de perdants.
Albert Jacquard


Ainsi Pozner donne-t-il symboliquement, avec ce nouveau costume une nouvelle archi-texture à son personnage qui au terme de cette aventure fera l'expérience d'un véritable satori. Une transformation qui place Aquaman aux antipodes des personnages des séries citées supra, tout en étant extrêmement novateur. Une métamorphose dont il aurait été intéressant de voir le développement sur un temps plus long.
Malheureusement Neal Pozner ne poursuivra pas plus avant (bien qu'une deuxième mini-série ait été envisagée voir The Aquaman Shrine).
D'un autre côté cette mini-série se suffit à elle-même et propose une bien belle épopée pleine de rebondissements, du reste elle peut se lire même si l'on ne connait pas le héros aquatique de DC Comics, tous les éléments nécessaires à la connaissance du personnage principal sont présents et le contexte est fort bien étayé.
Ne vous fiez pas trop aux couleurs
L'excellent scénario de Neal Pozner est joliment traduit en images par une belle équipe artistique : Craig Hamilton, Steve Montano, Bob Lappan et Joe Orlando (également présent sur dans Les Gardiens).


... Cette mini-série a eu droit à une traduction chez l'éditeur AREDIT dont je vous parlerai plus en détail dans un prochain billet.
Je dois remercier Bastien du Royaume des avis qui grâce à son billet m'a donné envie de lire cette histoire. Et si vous voulez un autre avis, celui de Mathieu est disponible ici.

jeudi 16 février 2012

mercredi 15 février 2012

mardi 14 février 2012

lundi 13 février 2012

Down by the water


La belle Hannah Fraser

dimanche 12 février 2012

Chapitre XII (ou L'Art du Braconnage)


... Fruit d'une recherche au long cours (1974-1978), c'est en 1980 que paraît L'Invention du quotidien dont le sous-titre du tome 1 est "arts de faire".
Des quinze chapitres qui constituent cet ouvrage, c'est du douzième dont j'aimerais vous parler. Dans ce chapitre Michel de Certeau introduit la notion de braconnage dans le champ culturel (et plus précisément dans la lecture, mais il est clair que l'on peut que l'on doit l’extrapoler à la consommation culturelle dans son ensemble ; appliquant de fait le braconnage aux propres écrits de son inventeur, si l'on peut dire).
Peter Stults
Michel de Certeau n'y va pas avec le dos de la cuillère lorsqu'il fustige l'idée qu'"Aux foules, il resterait seulement la liberté de brouter la ration de simulacres que le système distribue à chacun" d'où il ressortirait que "le public est modelé par les produits qu'on lui impose.".
À cela Certeau oppose (et propose) le braconnage, acte par lequel le lecteur (dans le cas d'espèce mais pas seulement) échappe "à la loi de l'information" (c-à-d à ce qui donne forme. On dirait aujourd'hui au formatage).
Selon lui, au contraire le lecteur est "le producteur de jardins qui miniaturisent et collationnent le monde, Robinson d'une île à découvrir, mais "possédé" aussi par son propre carnaval qui introduit le multiple et la différence dans le système écrit d'une société et d'un texte.".
Sean Hartter
Le lecteur (mais aussi le spectateur, l'auditeur etc...) n'est pas un consommateur supposé voué à la passivité et à la discipline, mais un braconnier qui par une succession d'actes de résistance, de détournements, et de transformations chasse sur les terres idéologiques de propriétaires qui leurs sont hiérarchiquement supérieurs : la polémologie appliquée à la consommation de masse, dont MATRIX DEZIONIZED en serait l'avant-dernier avatar.

vendredi 10 février 2012

mercredi 8 février 2012

L'ORDRE LIBERTAIRE La vie philosophique d'Albert Camus

... L'ordre Libertaire La vie philosophique d'Albert Camus écrit par Michel Onfray est une biographie intellectuelle du philosophe existentiel, et non pas existentialiste qu'a été Albert Camus
Une réhabilitation de l'homme et du philosophe très loin du cliché véhiculé par une certaine intellingentsia germanopratine du "philosophe pour classe terminale".
La force de ce livre, outre sa limpidité (ce qui n'est pas rien, mais toujours le cas avec Michel Onfray), réside dans l'explication pédagogique de la philosophie du prix Nobel de littérature (1957) par un autre philosophe : Michel Onfray. Une philosophie et un homme placés au cœur de son époque et au milieu de ses contemporains (et de ses contempteurs) ; une biographie selon la méthode dite nietzschéenne, chère au philosophe normand. 

Une très belle réussite qui offre de beaux sujets de réflexion à ruminer, encore d'actualité notamment dans des genres insoupçonnables.  


Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet, ou avoir un aperçu du livre :  

Table ronde ..:
... autour d'Albert Camus, avec J. Daniel, B.H.L, et M. Onfray : https://rapidshare.com/files/4200700893/TRACms.rar

mardi 7 février 2012

Tristan Lapoussière : Droit de réponse

... Suite à mon billet sur son ouvrage, Steve Ditko : L'Artiste aux masques, Tristan Lapoussière a apporté quelques précisions ....

Bonjour Artemus,

Je te remercie pour l'intérêt que tu portes à l'ouvrage, et de lui avoir consacré une entrée sur ton blog. J'aimerais te faire part de quelques réactions afin que tu puisses, si tu le veux bien, y apporter quelques précisions et poster mes réponses aux questions que tu soulèves.

En premier lieu, quelque chose qui peut te sembler un détail mais qui a son importance pour moi : hormis la couverture du livre, aucun des autres visuels n'est extrait de l'ouvrage en soi. Je ne mets pas en cause ton choix des visuels, mais il sont extraits du corpus de Ditko publié en France et ne sont pas représentatifs de l'iconographie de l'ouvrage, qui se base uniquement sur le corpus original. Sans modifier ton icono, pourrais-tu incorporer une précision dans ce sens ? Par ailleurs, je peux te fournir des visuels supplémentaires si tu souhaites donner une idée de l'iconographie du livre.

Une autre précision, même si elle confine au point de détail : le livre n'est pas le premier essai en français consacré à Ditko, puisque j'avais déjà publié en 1997 The Steve Ditko Index, en deux tomes pour un total de 400 pages. Disons que c'est le premier accessible au grand public.

Pour le fond, maintenant :

- une chose qui me frappe souvent chez les gens qui parlent de Steve Ditko est leur insistance à mettre en exergue le fait qu'il ne soit pas très sociable et qu'on ne sache pas grand chose de sa vie privée. Pourtant, va-t-on se poser les mêmes questions sur d'autres artistes ? S'il est vrai que l'on sait beaucoup de choses sur la vie de famille, mettons, de Jack Kirby, Joe Kubert, Gene Colan, etc, on n'en sait pas plus qu'à propos de Steve Ditko concernant un nombre incalculable d'artistes.
Récemment, Robin Snyder, après avoir reçu et parcouru mon livre, m'écrivait ceci (je traduis) : "Oui, comme tu le fais remarquer dans ton introduction, Steve a ses détracteurs. Je me demande combien parmi eux ont un point de vue critique réellement fondé (et peuvent le formuler de façon cohérente) concernant les exigences, les choix, la composition, la mise en page et le style de Ditko, par opposition à des remarques d'ordre personnel qui semblent trop souvent empruntées à un chroniqueur précédent qui a cru comprendre qu'il était difficile à aborder, défendait des idées fascistes, vivait en ermite, etc. Je ne reconnais pas mon ami dans les nombreux articles, lettres, magazines et remarques impromptues à son propos."
Il est normal que le nom de Steve Ditko soit dans l'annuaire : c'est un artiste professionnel, il faut bien qu'on puisse le contacter si l'on veut faire appel à ses services. Il n'a pas non plus à se cacher. Cela ne veut pas dire qu'on ait pour autant le droit d'envahir son intimité. Je peux comprendre qu'il n'ait pas envie de mélanger sphère privée et sphère professionnelle. Dans une interview, Will Eisner suggérait que Steve Ditko a un fils. Mais le fait de le savoir ne m'avance en rien, non plus que le fait de ne pas en avoir la confirmation par Ditko lui-même. Je n'ai absolument pas voulu entrer sur ce terrain dans mon livre, car franchement cela n'a aucune importance à mes yeux. Il est beaucoup plus important de savoir dans quel milieu il a grandi, quelles ont été ses influences, etc. En somme, de comprendre ce qui l'a formé en tant qu'artiste.

- pour ce qui est d'Ayn Rand et de l'Objectivisme, je pense en avoir dit suffisamment pour éclairer la démarche de Steve Ditko. L'ouvrage n'est pas un traité historique de l'Objectivisme, c'est un livre sur l'œuvre de Ditko. Je me suis donc attaché notamment à dégager les moments clés dans Spider-Man et Dr Strange, ceux où Steve Ditko, qui a depuis un bon moment pris totalement les rênes de chaque série, développe à travers elles un idéal objectiviste qui culmine avec les dénouements de ASM 33 et ST 141, publiés exactement le même mois. Par ailleurs, les citations de The Fountainhead et Atlas Shrugged éclairent la démarche artistique de Steve Ditko dans son refus du compromis et des interférences éditoriales. Enfin, les œuvres directement empreintes de l'objectivisme (Mr. A, Avenging World, etc) ont été traitées sous cet aspect. Bien sûr, il y a matière à approfondir, mais il en va de même pour beaucoup d'autres choses, et il faut préserver un certain équilibre. Comme je le dis à la fin de l'introduction, c'est au lecteur aussi d'approfondir ses recherches en fonction de ce qui l'intéresse le plus, et à l'appui de sa propre lecture de Ditko. Le livre est conçu comme un outil pour faciliter cette démarche, non comme une somme de réponses définitives.

- pour le rapport entre l'importance du réel dans l'Objectivisme et l'utilisation des masques et des faux-semblants par Ditko : les deux procèdent de la même démarche, puisqu'il incombe au héros objectiviste de rétablir la réalité par ses actes, fussent-ils sous couvert d'un masque. La particularité de Ditko est qu'il œuvre dans une industrie largement axée autour des super-héros. Mon intime conviction (mais je ne pouvais pas l'écrire objectivement) est que Ditko a eu une fascination, enfant, pour Batman et le Joker. La distorsion faciale si manifeste tout au long de son œuvre est, je pense, largement redevable à la figure du Joker. À cela s'ajoute une réelle fascination pour les masques, qu'il a redéfini pour ses super-héros en instrument psychologique destiné à provoquer l'effroi chez l'adversaire. Cette fascination pour les masques date d'avant son adhésion à l'Objectivisme, et il a trouvé le moyen de concilier les deux.

- pour l'absence de ses personnages radicaux (je pense que tu fais allusion à Mr. A) durant la période du grim and gritty : la question est plutôt de savoir si Steve Ditko avait encore sa place dans le paysage mainstream à l'époque, quels que soient ses personnages. Et Mr. A était trop droit dans ses bottes et moralisateur pour damer le pion à des personnages moralement torturés et psychologiquement instables.

- pour les rapports qu'entretenait Steve Ditko avec la contre-culture : aucun. Il ne se sentait absolument aucune (mais alors là, aucune) affinité avec les hippies, et il n'est qu'à voir la caricature qu'il en donne à de multiples reprises pour s'en convaincre. Le problème, c'est que le mouvement psychédélique s'est emparé de Dr. Strange parce qu'ils trippaient au LSD dessus. Mais la démarche de Ditko était purement artistique : comment créer, à partir d'éléments géométriques simples (et d'inspirations surréaliste et cubiste) des dimensions jusque là graphiquement inexplorées en bd. Dans The Steve Ditko Index, j'avais consacré un passage de mon texte aux retombées de Dr Strange sur la contre-culture, en particulier les allusions qui y sont faites dans The Electric Kool-Aid Acid Test de Tom Wolfe, qui avait accompagné les Merry Pranksters de Ken Kesey au cours de leurs pérégrinations dans un bus bariolé. En relevant les références aux comics qui émaillent l'ouvrage, on s'aperçoit qu'elles renvoient à des personnages du golden age, et pour ce qui est de Dr. Strange, elles se limitent à l'épisode publié dans Strange Tales 119, finalement un épisode anodin au regard de la suite, en particulier la saga d'Eternity. Pour le livre, j'ai préféré éclipser l'influence qu'a eu Dr. Strange sur la contre-culture pour mieux étudier la série telle que Ditko l'a conçue, en particulier la dialectique, constante chez lui, entre intérieur et extérieur. Spider-Man comme Dr. Strange sont des personnages purement ditkoesques en ce que chez eux tout procède de l'intérieur. Et parvenir à contenir graphiquement la notion d'éternité procède de la même démarche.

- je te trouve très injuste lorsque tu dis que "cet essai s'est retiré de tout contexte", alors que justement la moindre étape de la carrière de Ditko a été resituée en contexte, depuis même ses tout premiers travaux décrochés à la faveur du panneau d'affichage de la Cartoonists and Illustrators School. À travers la carrière de Ditko, l'ouvrage retrace en parallèle l'histoire de l'industrie des comics, depuis les sweat shops qu'il n'a pas connus, en passant par la période pre-Code, le Comics Code, l'immédiat post-Code, Atlas et l'été de la mort, la création du Marvel Age, les fanzines, l'apparition du direct market et des indés, etc etc. Sans compter sa cohabitation avec Stanton, ou bien l'historique de maisons comme Charlton, Tower, etc etc. Et sans compter non plus le recours à la presse spécialisée de l'époque, permettant de dater parfois à la semaine près tel ou tel tournant de sa carrière.
Dans une première mouture, j'avais même rédigé une très longue note dans laquelle je listais tous les artistes nés entre 1925 et 1929, avec leurs premiers travaux publiés, pour montrer que Ditko est le seul de sa génération à avoir commencé sa carrière si tard, et puis j'ai dû la faire sauter avec d'autres petites choses quand il a fallu réduire.

- ses rapports avec Kirby ? Aucun ! On se fait une idée totalement fausse des relations entre dessinateurs à cette époque. La seule fois où Ditko a eu un message important à faire passer à Kirby (la question des droits non payés par Marvel pour l'exploitation des personnages en dessins animés), il l'a fait par courrier. Ce n'est pas parce que, en tant que lecteur, on a été nourri à coup d'histoires dessinées par untel, encrées par untel et dialoguées par untel, qu'il faut croire que ces personnes travaillaient coude à coude en même temps et au même endroit. Chez Marvel, chacun travaillait de son côté. Les rencontres se faisaient fortuitement, lors de passages dans les bureaux pour déposer ses travaux quand on ne les faisait pas porter par coursier. Certains dessinateurs ont attendu des années, voire des décennies avant de rencontrer physiquement leurs encreurs attitrés. Chez DC c'était pire, certains ne pouvaient pas se sentir. Gil Kane, dont on pourrait croire, au nombre d'histoires qu'il a produites dans les années 50-60, qu'il figurait parmi les chouchous de l'éditeur, était en réalité détesté et a fini par se faire virer par Julius Schwartz, d'où son passage chez Marvel. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Voilà, c'est à peu près tout ce que j'ai à dire pour le moment.

A+



Merci Tristan de ces précisions, et je te remercie d'avoir pris le temps me lire.


En outre il est clair j'espère pour tout le monde que le contenu de mon billet (comme tout ce que je publie) est totalement subjectif et pour cause je ne crois pas du tout à l'objectivité (je n'ai pas dit l'Objectivisme). Il ressort donc que pour se faire une idée précise de Steve Ditko : L'Artiste aux masques il est préférable de le lire.

dimanche 5 février 2012

Steve Ditko : L'Artiste aux masques

... Premier essai en français sur Steve Ditko ; Steve Ditko : L'Artiste aux masques a paru chez Les Moutons Électriques, éditeur dans la collection Bibliothèque des Mirroirs
Comme d'habitude cet éditeur soigne la présentation avec une magnifique couverture de Sébastien Hayez qui a cependant le regrettable inconvénient d'utiliser un dessin qui n'est pas de Steve Ditko (mais de John Romita Sr.), un comble !
Steve Ditko en 1944
Quand on connait un peu le talent artistique de  Steve Ditko (et si ce n'est pas le cas, la riche iconographie du présent opus vous en donnera un large aperçu) on ne peut que s'étonner d'un tel choix (qui serait tout aussi étonnant par ailleurs si son talent avait été moindre).
Shade en français 1979
... Tristan Lapoussière durant les 260 pages de son ouvrage choisit l'approche chronologique ; du début des années 50 (ses premiers travaux publiés) à maintenant, car Steve Ditko produit encore - même si c'est de façon "marginale". Plus une brève incursion biographique antérieure, et pour cause.
La particularité de cet homme c'est sa persévérance à vouloir s’effacer, à se retirer du monde, alors que paradoxalement compte tenu de son statut dans le monde de la bande dessinée son adresse est dans l'annuaire, à tel point qu'aucun livre dont il est le sujet ne bénéficiera de  sa collaboration, ni n'en a bénéficié auparavant. On mesure le travail qu'a dû accomplir Tristan Lapoussière.
Steve Ditko : L'Artiste aux masques est un livre particulièrement agréable à lire : le style est fluide et, comme je l'ai déjà précisé l'iconographie est riche. Du reste elle accompagne et complète avec beaucoup d'à-propos le texte.
C'est par ailleurs un essai très intéressant, et je le rappelle le premier en langue française, consacré à l'un des fondateurs (dont les créations sont encore d'actualité comme par exemple l'armure rouge & or d'Iron Man) - et pas le moindre - du Marvel Age, néanmoins je suis resté sur ma faim sur au moins deux points dont j'aurais aimé avoir les lumières de l'auteur.

... Si Steve Ditko s'est mis en retrait de la vie médiatique il n'en reste pas moins un auteur engagé au travers de l'Objectivisme, en ce sens qu'il utilise son art pour faire passer un discours politique (dans le sens noble de ce terme). 
The Question (Atomos n° 8 1970)


Non seulement l'Objectivisme est visible dans une grande partie de ce qu'il produit, mais cette philosophie semble architecturer sa propre vie ; et il me semble que cela aurait pu être traité plus en profondeur et en regard de la société (à quelques moments clés de l'Histoire) dans laquelle a vécu (et vit encore) Steve Ditko. Ou le rapport entre l'importance du réel dans l'Objectivisme et l'utilisation des masques et des faux-semblants par Ditko. Ou approfondir les causes de l'absence de ses personnages les plus radicaux lors de la période du grim and gritty. Il me semble qu'il y avait là un beau chantier en perspective.
Autre exemple (c'est d'ailleurs le second point) j'aurais été curieux de lire une analyse du rapport qu'entretenait Steve Ditko avec la contre-culture, au mouvement hippie, d'autant qu'il est le créateur du Dr Strange grand découvreur de dimensions étranges. Dans quelle mesure les aventures du maître de la Magie noires ont-elles influencées l'art psychédéliques ? (ou l'inverse ?).
Shade in Super Héros n°7
Ainsi il ressort qu'à l'instar de son sujet qui "vit dans la solitude de son studio de la 51ième Rue à New York" (Page 251) cet essai s'est retiré de tout contexte ou presque ; à quelques brèves exceptions on ne saura rien des rapports qu'il entretenait avec les autres tel Jack Kirby par exemple, autre architecte du Marvel Age

Toutefois il est clair que chaque lecteur a ses propres attentes mais qu'en tout état de cause la plus belle fille du monde ne peut proposer que ce qu'elle a. Et Steve Ditko : L'Artiste aux masques propose un essai plutôt roboratif.
Précision : l'iconographie que j'ai utilisée n'est en aucun cas celle qu'on trouve dans l'ouvrage de Tristan Lapoussière, qui n'utilise que des documents originaux, à savoir publiés aux U.S.A.

mercredi 1 février 2012

Mémotype & réalisme super-héroïque

"Peut-on faire de la BD de super-héros en France ?" telle est la question posée sur le site SUPERPOUVOIR.Com à l'occasion de la sortie de l'album de bande dessinée Masqué chez Delcourt ; en lisant cette discussion je me suis rendu compte qu'avant de pouvoir répondre à cette question, encore fallait-il pouvoir définir ce qu'est un super-héros.
Or donc il est apparu qu'il n'y avait pas de définition claire. J'ai donc proposé plusieurs critères obligatoires arguant qu'il ne sert à rien de donner une définition aux contours flous, autant se passer de définition.


Pourquoi une définition ?
... D'une part pour fixer ce dont on parle ; par exemple à la question qu'est-ce qui différencie un super-héros d'un super-vilain ? : aucune réponse n'a été apportée, et pour ne pas avoir de dialogue de sourds chacun ayant une définition différente de celui avec qui il discute. Du reste pour continuer dans le même registre, on associe souvent le surhomme d'encre et de papier au philosophe Nietzsche par défaut de définition.
En outre avoir déterminé quels sont les critères du super-héros permet d'en voir l'évolution, ou d'en jouer lorsqu'on est scénariste, écrivain, dessinateur, ou amateur ... 
Des Taylor
J'ai appelé la réunion de ces critères un mémotype, mot calqué sur génotype mais où le mème remplace le gène. 


... Avoir un costume (autre que celui du dimanche).
... Avoir une double identité (et bien sûr un alter ego).
... Avoir un pouvoir extraordinaire (super-force par exemple, mais aussi super-fortune pour Batman par exemple).
... Être né après Superman (puisque je propose qu'il soit le premier super-héros).
... Avoir vécu un hapax existentiel (qui n'est pas forcément l'origine du super-pouvoir. Par exemple Peter Parker se fait mordre par une araignée radio-active, ce qui lui donne des pouvoirs extraordinaire, mais son hapax existentiel - ce qui condition le reste de sa vie et qui ne se présente qu'une seule fois - c'est le moment où il laisse s'enfuir un malfaiteur lequel, tuera son oncle peu après.).
... Être un créateur de topos (autrement dit un créateur de lieu, souvent une ville imaginaire qu'il a créée ou qui se re-créée autour de lui et à laquelle il est attaché ; voire pour Superman deux villes au moins, et pour Flash une planète : Terre 2, dans un univers parallèle).
... Avoir une éthique dans le respect de la source du droit (j'ai ramassé dans ce critère quelque chose de très simple : l'éthique est une morale de l'action qui s'articule autour de la question ; Que faire pour bien faire ?
La source du droit est tout ce qui contribue à créer l'ensemble des règles juridiques d'un Etat. Ainsi le super-héros oeuvre-t-il du côté de la loi et de la justice en défendant la société qui le permet.).


Deux créateurs de topos Batman/Gotham & Tom Strong/ Millennium City
Il faut bien entendu faire une distinction entre le super-héros en tant que personnage, et le "super-héros" en tant que genre dont les frontières doivent être plus souples : dans le "genre" on peut croiser des magiciens, des mutants, des dieux etc..., et ce dernier utilise des "codes" qu'il reste à cartographier 
...Par exemple, la bande dessinée et a fortiori la bande dessinée de super-héros en tant qu'elle s'adressait à un jeune public évitait deux manifestations de la vie réelle : la sexualité et la violence physique.
Bien qu'amorcé en amont (Superfolks, ou Marvelman) c'est vers la fin des années 80 qu'apparaît un courant plus "adulte" de la BD de super-héros avec des réalisations comme Watchmen, Batman : Dark Knight ou encore The Squadron Supreme.
Devant l'engouement d'une frange du lectorat pour ce genre de récit, ce qui aurait pu n'être qu'une partie d'un ensemble est devenu la norme (ou presque) ; connue depuis sous l’appellation peu flatteuse de grim and gritty.
Pour ma part je propose de faire une distinction entre les quatre bandes dessinées citées supra par exemple (mais auxquelles on peut aussi bien ajouter The Next Men de John Byrne) que je qualifierais de réalisme super-héroïque ; terme calqué sur celui de réalisme magique, et le grim and gritty qui n'en serait que la pâle copie et où la sexualité et la violence ne serviraient en aucun cas l'intrigue ou le propos.
1972
Le réalisme super-héroïque assume la sexualité des personnages - une sexualité qui a des conséquences, il montre la violence et ses résultats, et il propose de pousser jusqu'au bout l'utilisation des super-pouvoirs et ses conséquences : l'apparition du Dr Manhattan change le cours de l'histoire, l'Escadron Suprême invente une utopie, Superman remédie à la faim dans le monde, L'Authority s'octroie le droit d'ingérence, etc. 
Danny Haas
A contrario, les découvertes de Red Richards n'ont pas ou très peu modifié le monde dans lequel il évolue ; et Superman dans ses séries régulières n'a pas guérit les maux qui ravagent nos sociétés.
On peut donc dire que si l'arrivée des Quatre Fantastiques, ou de Spider-Man au début des années 60 a humanisé les super-héros ; le réalisme super-héroïque se propose de super-héroïser le monde réel.
Par induction on peut proposer que le super-héros en tant que genre utilise des personnages doués de capacités hors normes mais qu'il doit en limiter les répercussions.


... On comprend alors d'autant mieux la devise de Peter Parker : Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Dont celle d'éviter un trop grand réalisme.
Peter Stults