mercredi 1 février 2012

Mémotype & réalisme super-héroïque

"Peut-on faire de la BD de super-héros en France ?" telle est la question posée sur le site SUPERPOUVOIR.Com à l'occasion de la sortie de l'album de bande dessinée Masqué chez Delcourt ; en lisant cette discussion je me suis rendu compte qu'avant de pouvoir répondre à cette question, encore fallait-il pouvoir définir ce qu'est un super-héros.
Or donc il est apparu qu'il n'y avait pas de définition claire. J'ai donc proposé plusieurs critères obligatoires arguant qu'il ne sert à rien de donner une définition aux contours flous, autant se passer de définition.


Pourquoi une définition ?
... D'une part pour fixer ce dont on parle ; par exemple à la question qu'est-ce qui différencie un super-héros d'un super-vilain ? : aucune réponse n'a été apportée, et pour ne pas avoir de dialogue de sourds chacun ayant une définition différente de celui avec qui il discute. Du reste pour continuer dans le même registre, on associe souvent le surhomme d'encre et de papier au philosophe Nietzsche par défaut de définition.
En outre avoir déterminé quels sont les critères du super-héros permet d'en voir l'évolution, ou d'en jouer lorsqu'on est scénariste, écrivain, dessinateur, ou amateur ... 
Des Taylor
J'ai appelé la réunion de ces critères un mémotype, mot calqué sur génotype mais où le mème remplace le gène. 


... Avoir un costume (autre que celui du dimanche).
... Avoir une double identité (et bien sûr un alter ego).
... Avoir un pouvoir extraordinaire (super-force par exemple, mais aussi super-fortune pour Batman par exemple).
... Être né après Superman (puisque je propose qu'il soit le premier super-héros).
... Avoir vécu un hapax existentiel (qui n'est pas forcément l'origine du super-pouvoir. Par exemple Peter Parker se fait mordre par une araignée radio-active, ce qui lui donne des pouvoirs extraordinaire, mais son hapax existentiel - ce qui condition le reste de sa vie et qui ne se présente qu'une seule fois - c'est le moment où il laisse s'enfuir un malfaiteur lequel, tuera son oncle peu après.).
... Être un créateur de topos (autrement dit un créateur de lieu, souvent une ville imaginaire qu'il a créée ou qui se re-créée autour de lui et à laquelle il est attaché ; voire pour Superman deux villes au moins, et pour Flash une planète : Terre 2, dans un univers parallèle).
... Avoir une éthique dans le respect de la source du droit (j'ai ramassé dans ce critère quelque chose de très simple : l'éthique est une morale de l'action qui s'articule autour de la question ; Que faire pour bien faire ?
La source du droit est tout ce qui contribue à créer l'ensemble des règles juridiques d'un Etat. Ainsi le super-héros oeuvre-t-il du côté de la loi et de la justice en défendant la société qui le permet.).


Deux créateurs de topos Batman/Gotham & Tom Strong/ Millennium City
Il faut bien entendu faire une distinction entre le super-héros en tant que personnage, et le "super-héros" en tant que genre dont les frontières doivent être plus souples : dans le "genre" on peut croiser des magiciens, des mutants, des dieux etc..., et ce dernier utilise des "codes" qu'il reste à cartographier 
...Par exemple, la bande dessinée et a fortiori la bande dessinée de super-héros en tant qu'elle s'adressait à un jeune public évitait deux manifestations de la vie réelle : la sexualité et la violence physique.
Bien qu'amorcé en amont (Superfolks, ou Marvelman) c'est vers la fin des années 80 qu'apparaît un courant plus "adulte" de la BD de super-héros avec des réalisations comme Watchmen, Batman : Dark Knight ou encore The Squadron Supreme.
Devant l'engouement d'une frange du lectorat pour ce genre de récit, ce qui aurait pu n'être qu'une partie d'un ensemble est devenu la norme (ou presque) ; connue depuis sous l’appellation peu flatteuse de grim and gritty.
Pour ma part je propose de faire une distinction entre les quatre bandes dessinées citées supra par exemple (mais auxquelles on peut aussi bien ajouter The Next Men de John Byrne) que je qualifierais de réalisme super-héroïque ; terme calqué sur celui de réalisme magique, et le grim and gritty qui n'en serait que la pâle copie et où la sexualité et la violence ne serviraient en aucun cas l'intrigue ou le propos.
1972
Le réalisme super-héroïque assume la sexualité des personnages - une sexualité qui a des conséquences, il montre la violence et ses résultats, et il propose de pousser jusqu'au bout l'utilisation des super-pouvoirs et ses conséquences : l'apparition du Dr Manhattan change le cours de l'histoire, l'Escadron Suprême invente une utopie, Superman remédie à la faim dans le monde, L'Authority s'octroie le droit d'ingérence, etc. 
Danny Haas
A contrario, les découvertes de Red Richards n'ont pas ou très peu modifié le monde dans lequel il évolue ; et Superman dans ses séries régulières n'a pas guérit les maux qui ravagent nos sociétés.
On peut donc dire que si l'arrivée des Quatre Fantastiques, ou de Spider-Man au début des années 60 a humanisé les super-héros ; le réalisme super-héroïque se propose de super-héroïser le monde réel.
Par induction on peut proposer que le super-héros en tant que genre utilise des personnages doués de capacités hors normes mais qu'il doit en limiter les répercussions.


... On comprend alors d'autant mieux la devise de Peter Parker : Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Dont celle d'éviter un trop grand réalisme.
Peter Stults

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