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Le Montage [Vladimir Volkoff]

Commercialisé en 1982, « Le Montage » est, non pas (seulement), un roman d'espionnage, mais surtout un roman sur l'espionnage.
            Le Retournement, publié 3 ans plus tôt, a été un très grand succès ; et a valu à Vladimir Volkoff d'accéder à une grande notoriété. Ce qui lui vaudra de rencontrer Alexandre de Marenches, notamment directeur du SDECE (devenu depuis la DGSE) de 1970 à 1981, qui lui aurait donc commandé un roman sur la désinformation, arguant qu'un essai sur le sujet n'aurait pas le même impact. Fervent anticommuniste Marenches, qui venait de découvrir Sun Tzu, général chinois du VIème siècle avant J.-C, à qui on attribue l'ouvrage depuis souvent cité L'Art de la guerre, trouve en Volkoff l’orfèvre qu'il lui fallait. Et incite ce fils de russe « blanc » à devenir un spécialiste du genre (que son passé militaire avait par ailleurs bien préparé à être).
Très mal reçu à l'époque par l'intelligentsia germanopratine, « Le Montage » vaudra à Vladimir Volkoff d'essuyer les anathèmes, toujours en vigueur aujourd'hui, visant à le discréditer en faisant l'économie de parler de ce qu'il a écrit. Il faut dire que si l'U.R.S.S. était perçue globalement comme un adversaire, les médias et la culture dominante française penchaient déjà vers un gauchisme progressisme intransigeant.
            Or donc, « Le Montage ».
Vladimir Volkoff a l'excellente idée de mettre en scène un agent d'influence, sous la couverture d'un agent littéraire, recruté en son temps par un mystérieux (et très romanesque) Directoire soviétique, et dont les missions qu'il effectuera pendant presque 350 pages ne seront que timidement évoquées. Ce qui donne à la fois un roman à clés (?), mais surtout un récit intemporel.
C'est d'ailleurs ce qui m'a le plus frappé.
            Si à l'époque la guerre d'influence, ce qu'on appelait pas encore le soft power, se jouait entre deux puissances, aujourd'hui on constate un éclatement des fronts multipliant d'autant les infox. Et une propagande nettement moins discrète. Ce qui cependant n'enlève rien à la pertinence de ce qu'a écrit Volkoff il y a 40 ans. 
C'est simplement devenu pire. 
D'autant que l'Histoire a la très mauvaise idée, ces dernières semaines, de remettre ça à l'Est (ce qui nous vaut quelques injonctions à aller s'y battre de la part de gens qui n'iront pas). Et comme si ça ne suffisait pas, même le FLNC fait reparler de lui. Tout cela sur fond de campagne électorale présidentielle (et ses à-côtés comme la proposition de pénaliser le non-partage des tâches ménagères) et une queue de comète toujours contagieuse de COVID-19 (dont on ne parle d'ailleurs plus tellement). Sans oublier (mais j'en oublie) un journaliste du Canard Enchaîné, tout droit sorti du roman de Volkoff. Excusez du peu ! 
« Le Montage » n'a qu'un seul défaut, il ne peut pas être lu, aujourd'hui encore, uniquement pour son côté divertissant. Ce qu'il est pourtant, aussi.
            Alors même que ses personnages principaux sont extrêmement romanesques, que les missions d'Alexandre Psar ne seront qu'à peine évoquées, que la fin du roman rappellera de très bons souvenirs aux lecteurs des aventures de Langelot, « Le Montage » est un vade-mecum de la désinformation toujours d'actualité. En plus d'être un page-turner qui n'a pas pris une seule ride.         

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