Série au titre programmatique, « Azimuth » avançait masquée lors de son démarrage en juin 2023.
Sous ses airs de création originale, elle résonnait pourtant d’un écho familier pour les aficionados de son scénariste, Dan ABNETT ; comme une sensation de déjà-vu.
Aujourd’hui, ce n’est plus un secret pour qui suit l’actualité de l’hebdomadaire anglais 2000 AD (la série vient justement d'y redémarrer son deuxième volume, dont 3 épisodes avaient déjà paru dans l'hebdomadaire au début de l'été dernier). D’autant qu’ABNETT lui-même se fend d’une préface en préambule du recueil sorti cet été, y expliquant les tenants et les aboutissants de sa démarche.
Au-delà de cette introduction, posséder le « code source » de cette nouvelle itération reste le meilleur moyen de s’orienter dans cette métropole éponyme (selon le protocole de l'usage), régie par les données, et d’en apprécier toute la richesse.
Car « Azimuth » est en réalité un reboot — un terme qui prendra rapidement tout son sens — de Sinister Dexter, une bande dessinée créée en 1995 par Dan ABNETT (déjà) et David MILLGATE, dont la longévité parle pour elle-même.
Si vous ne la connaissez pas, vous passez à côté d'un monument : une sorte de Pulp Fiction propulsé dans un thriller cyberpunk débridé, pour le dire aussi vite que les balles qui y sifflent. Mais moins précisément !
Idéalement, le minimum requis pour savourer le vertige de ce reboot est de lire l'arc Bulletopia [Pour en savoir +].
Or donc…
Azimuth est une métropole pilotée par les données (data-driven metropolis), dirigée par une aristocratie composée des Lords of the New Flesh (les Seigneurs de la Nouvelle Chair).
Tout commence le plus simplement du monde : Suzi Nine Millimeter, une « soul for hire » (une âme à louer), un outil de terrain, est engagée par deux Seigneurs de la Nouvelle Chair — les jumeaux Kray —, tourmentés par des cauchemars. À leur instigation, Suzi doit rencontrer d’autres Seigneurs d’Azimuth afin d’en apprendre plus sur ce qui hante ses commanditaires.
Au fil de ses investigations, à travers les quartiers hétéroclites et dangereux de la ville, et de ses contacts — souvent brutaux — avec la haute société locale, une évidence s'impose : quelqu'un vient.
Dans cette brève introduction se manifeste ce que la série proposera ensuite à la puissance 10n : des hommages, des citations, des jeux de mots et des pistes cryptées. Dan ABNETT a cette générosité d’offrir, en plus de scénarios en béton armé et de personnages ultra-travaillés, des concepts gigognes de matriochkas. Prenez le nom de l'héroïne, Suzi Nine Millimeter. Ajoutez-y la réplique culte du Videodrome1983 de David CRONENBERG : « Long live the New Flesh! », confer les Seigneurs de la Nouvelle Chair. Tout n’est peut-être pas accessible immédiatement. Ainsi, avez-vous déjà entendu parler des célèbres jumeaux criminels KRAY, Ronald & Reginald ? Ou des superordinateurs homophones Cray™ ? Tout se recoupe à un moment ou à un autre. Dans la série, ou dans votre propre vagabondage mental.
Tazio BETTIN, le dessinateur, participe joyeusement et activement au festival. L'œil averti reconnaîtra ici la moquette emblématique d'un film de Stanley KUBRICK, là des masques venus de l’étrange film Zardoz1974, ou un peu plus loin de petits Kodama qui regardent passer Suzi Nine Millimeter.
BETTIN est l’autre bonne surprise d’« Azimuth ». Révélé (à mes yeux en tout cas) par Bulletopia, il reprend ici du service, et manifestement pour y rester.
Paradoxalement, pour illustrer cet univers virtuel, l'artiste n’utilise pas le numérique. Il réalise ses esquisses de départ à la main, retravaille à l’ancienne ses layouts grand format au crayon, puis encre le tout manuellement à la plume et au pinceau ; avant de confier ses planches au coloriste Matt SOFFE.
Et leur association n’est pas pour rien dans la réussite que promet déjà
« Azimuth ».
Ainsi, SOFFE pose-t-il avec élégance et dextérité ses aplats et ses subtils modelés, qui laissent s’exprimer toute la précision et la minutie du trait de BETTIN. Ses dégradés et ses ambiances feutrées texturent chaque case avec un savoir-faire à nul autre pareil.
Dan ABNETT est d’ordinaire un scénariste dont le travail captive, parfois même en dépit de ses dessinateurs.
Ici, a contrario, Tazio BETTIN & Matt SOFFE apportent une plus-value graphique magistrale qui fait d’« Azimuth » non seulement l'une des meilleures séries de science-fiction du moment, tendance « poudre qui parle » ; mais aussi et surtout — plus simplement ; l’une des meilleures bandes dessinées de l'année.
Et connaissant ABNETT, ça risque de ne pas être la seule année au compteur !
(À suivre .....)






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