Accéder au contenu principal

Superman VS. The Elite

       Consécutivement à l'apparition, et surtout au succès d'œuvres telles que L'Escadron Suprême, MarvelmanGrimjackBatman : Dark Knight ou encore Les Gardiens ; la bande dessinée de super-héros va emprunter, au cours des années 80, une nouvelle voie celle du grim and gritty, autrement dit des personnages et des histoires sombres & violents. 
À ce titre les œuvres citées, à différents degrés, peuvent être considérées comme des innovations, attendu qu'une innovation à la particularité de transformer les usages sociaux. Il n'est que de lire de nos jours les aventures des "encapés" pour se rendre compte des transformations par rapport à naguère.
  
Or donc Mark Gruenwald, Alan Moore, John Ostrander ou encore Frank Miller vont à leur corps défendant, pour certains, créer un sentier de dépendance, c'est-à-dire une trajectoire qui canalisera la créativité de leurs contemporains et de leurs épigones.
Et c'est sur ce sentier que nous allons rencontrer quelqu'un comme Warren Ellis.
The Authority #2
C'est à partir de Stormwatch  37 (1996) qu'Ellis va construire un nouveau type de super-héros qui s'incarnera d'abord dans un groupe de type paramilitaire Stormwatch donc, pour finalement s'affranchir de la tutelle onusienne et devenir The Authority. Paradoxalement cette "autorité" auto-proclamée ne se reconnaîtra aucun Dieu ni maître, et développera un concept extrait de l'idéologie managériale celui de l'individu proactif. 
The Elite
Être proactif qu'est-ce que c'est ?
Eh bien, c'est devancer le problème avant qu'il n'ait lieu. C'est agir sur les faits et les processus à venir. On n'est, on le voit, guère éloigné des agents de Précrime imaginés par Philip K. Dick. 
Bref, en plus d'être proactif, les mesures prises par The Authority tiennent plus de la loi du talion (par anticipation), que d'une justice modérée. En outre les membres de cette équipe ont une sexualité relativement explicite, ils entretiennent des liens étroits avec l'alcool et/ou les drogues. Et la violence est omniprésente ; qu'elle soit physique, on n'hésite pas à utiliser la torture, ou verbale.
Summum de la provocation, Jenny Spark qui est la substantifique incarnation de ce super-héros (qui n'en est pas un) ellisien, fume comme un pompier. Shocking!
       En 2001 le scénariste américain Joe Kelly (Action Comics #775) va opposer à cette conception violente, proactive et désinvolte du super-héros, le premier d'entre eux, l'extraterrestre kryptonien Superman, parangon de l'humanisme et de la retenue.

D'un côté donc Superman représentant de la notion apollinienne : l'ordre, la mesure, la maîtrise de soi.
Et de l'autre le versant dionysiaque ; c'est-à-dire le désordre, l'ivresse, en un mot : The Elite.
La philosophie de Manchester Black, la quintessence du super-héros ellisien (et de ses épigones) selon Joe Kelly, et par ailleurs leader de The Elite, peut se résumer à cette sentence que chacun d'entre nous a déjà, voire souvent entendu : "On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs" et comme le disait fort à propos Panaït Istrati "Je vois bien les œufs cassés mais je ne vois pas l'omelette".
Action Comics #775
Comment Superman s'en sortira-t-il face aux représentants de ce nouveau super-héroïsme qui, bien que combattant les monstres, ne craint pas d'en devenir eux-mêmes ; et qui ont oublié ce que disait le père d'Albert Camus, Lucien : "Un homme ça s'empêche" ?

Vous le saurez en regardant l'excellent dessin animé intitulé Superman vs. The Elite. [-_ô]       

Commentaires

  1. il semblerait que tu reprennes un peu d' activité sur le blog

    RépondreSupprimer
  2. Encore un superbe article ! Surtout, j'y ai appris que le film Superman VS The Elite était adapté de certains épisodes de comics que je ne connaissais pas... moi qui pensais qu'on avait seulement imaginé une version alternative de Stormwatch/The Authority :)

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Killing Joke [USA Magazine n°36]

En septembre 1988, le Joker fait la couverture de « USA Magazine », magazine publié sous la direction de Fershid Bharucha. Cette illustration est, nous dit Brian Bolland « une étude dessinée à Paris (avec des marqueurs en fin de vie, (...)). Le dessinateur italien Tanino Liberatore en a tiré une version peinte (...). »
Dans ce même numéro, en complément de la parution de l'épisode du mois de Killing Joke, alors pré-publié sous le titre de  Souriez, Jean-Paul Jennequin livre un article de  deux pages :
C'est tout pour aujourd'hui ! 
(Tous mes remerciements à Albert.)

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Breach [Bob Harras / Marcos Martin]

Brève série de 11 numéros, Breach à l'immense avantage de pourvoir être lue sans connaissances préalables de ce qu'il est plus ou moins convenu d'appeler l'univers DC Comics. Envisagé comme une relance de Captain Atom, un personnage qui a notamment fait partie de l'écurie Charlton et a servi de modèle au Dr Manhattan, le personnage éponyme endossera finalement les atours du nouveau venu. 
Création de Bob Harras et de Marcos Martin, cette pourtant excellente série n'a visiblement pas été très soutenue par l'éditeur et, conséquences inévitables, n'a pas trouvé son lectorat. Je fais d'ailleurs partie de ceux qui sont passés totalement à coté.
Sacrifiée sur l'autel de la rentabilité, Breach mérite pourtant qu'on lui prête attention. 

       Le premier numéro, de 28 planches (extra-sized) donne d'ailleurs immédiatement le ton.
Plongé directement dans l'action, le lecteur découvre que l'articulation de la série se fera au travers d'un