samedi 30 novembre 2013

H.E.R.O. (#07 - #22)

#12, #13, #14
Dans ce nouvel arc, numéros #7 & 8, (qui n'a pas été repris en recueil comme le reste des numéros de la série), Will Pfeifer s'associe avec le dessinateur Patrick Gleason et met le cadran entre les mains d'un groupe de jeunes gens dont l'ambition est de devenir les nouveaux Jackass de l'Internet.
Ces deux épisodes sont vraiment réussis et très amusants, Will Pfeifer en profite aussi pour poser les amorces d'intrigues à venir. Notamment avec l'apparition d'un personnage qui a déjà eu partie liée avec le cadran, et qui prendra une place prépondérante dans la suite de la série.
Mais avant cela l'artefact qui permet de devenir un super-héros va passer entre les mains d'un personnage qui lui veut devenir un super-vilain, cet arc en deux parties (#9 et 10) voit également le retour de Kano au dessin.
Will Pfeifer soigne bien ses personnages, il travaille en profondeur leur caractérisation et écrit des histoires aux retournements de situation surprenant très character driven ; c'est-à-dire que l'intrigue est menée par la caractérisation des personnages par "opposition" au plot driven où l'intrigue est menée par les enjeu du récit.
Ce quine veut pas dire qu'il n'y a pas d'enjeu.
Il sait en outre que la lecture participe de deux investissements dont l'un est un jeu de rôle entre le lecteur, et le ou des personnages de l'histoire : impossible de lire une fiction sans entrer dans les rôles qu'elle nous propose.
Et en ce qui concerne cet aspect (mais pas seulement), Will Pfeifer réussi haut la main.
Si les deux épisodes précédents se déroulaient à Gotham, le onzième commence à Metropolis, et nous propose un voyage dans le temps.
Il met en scène le premier possesseur du cadran, un néandertalien, dans un épisode pratiquement sans dialogue. Une belle réussite qui cite comme de bien entendu, 2001 L'Odyssée de l'espace de Kubrick.
Les épisodes de cette série se suivent et ne se ressemble pas.
Les numéros 12 à 14 racontent la vie d'un homme après qu'il se soit transformé en super-héroïne : drôle et émouvant, et plutôt osé pour une série tout public.

Je ne m'étais pas attardé sur le concept même de Dial H for HERO, mais il me semble qu'il est une sorte d’extrapolation à partir du personnage de Captain Marvel, celui où un enfant  devait prononcer un mot magique : SHAZAM pour devenir un super-héros adulte.
Dans le cas de Dial H for HERO, la formule magique est transformé par un code que l'on fait à partir d'un cadran et qui transforme Robby Reed un jeune adolescent en différents super-héros.
L'idée de Wood et Mooney qu'ils ont eu au milieu des années 60 ne tombera pas dans l'oubli puisqu'un personnage tel que Benjamin Tennysson alias Ben 10 doit lui aussi beaucoup, me semble-t-il au personnage de DC Comics

Le quinzième épisode oriente le pouvoir du cadran dans une nouvelle direction, et impose un ancien personnage (entrevu dans certains épisodes précédents) lié à l'artefact dans un rôle important.
Du reste, deux événement aiguillent résolument la série vers l'enquête policière : d'une part le cadran a disparu depuis la transformation de Joe en Shocking Suzi (épisodes 12 à 14), ensuite il semblerait qu'il soit tombé entre de très mauvaises mains.
La construction scénaristique autour du retour de ce "vieux" personnage est vraiment fine, et semble s'inspirer, pour son développement, en partie (ou du moins partager quelques points communs) avec la série télévisée Demain à la une, ce qui n'est pas le moindre de ses paradoxes.
Cependant les raisons qui l'ont mis là où il est quand on nous le présente dans la série, et les raisons qui l'y maintiennent me semble un peu flou.
Ainsi il semblerait que le cadran modifie ceux qui l'utilisent, au final si l'idée est bien exploitée dans la série, elle ampute celle-ci de sa spécificité.
C'est un peu dommage.
Le numéro 16 questionne l'origine des changements qui interviennent lorsqu'on utilise le cadran : par exemple Shocking Suzi ne peut plus se transformer en Joe, mais d'où vient Shocking Suzi
Qui est-elle ?
À partir de cette question implicite, Will Pfeifer donne un pouvoir de duplication à l'un de ses personnages et tue le personnage à l'origine de la duplication : qu'arrive-t-il à la duplication douée de supers-pouvoirs ? 
À partir du dix-huitième numéro l'histoire se radicalise ; était-ce dans les plans de Pfeifer depuis le début ou l'annonce de la fin de la série l'engage-t-elle dans cette voie ?
Même si la couverture du dernier numéro m'a induit en erreur (mais China Miéville exploitera l'idée que j'avais cru y voir, j'en reparlerai) ; Will Pfeifer apporte une conclusion à sa série. 
Une série vraiment agréable à lire, et qui aurait mérité de se poursuivre ; le scénariste y avait apporté beaucoup de potentiel.
Reste qu'il y a quelques points qui m'on semblé un peu "obscurs", mais rien de rédhibitoire. 
En tout cas les numéros 8 à 22 méritent indéniablement de paraître dans un recueil, ne serait-ce que pour proposer aux lecteurs une excellents comics de super-héros qui s'il fait la part belle aux combats et aux vilains, n'en oubli pas l'une des composante essentielle, du moins selon moi, d'une histoire de super-héros : la vie civile des personnages et leurs interactions avec un entourage, le tout mêlé dans un joyeux chaosmos. [-_ô]  

vendredi 29 novembre 2013

H.E.R.O. Pfeifer & Kano

Créé dans les années 60 pour le compte de l'éditeur étasunien DC Comics, par Dave Wood & Jim Mooney, le cadran mystique (?) qui permet à celui qui le détient de devenir un super-héros en formant le mot H.E.R.O. avec les lettres dudit cadran traverse le temps et change de propriétaire.
C'est Robby Reed qui ouvre donc le bal au mitan des sixties, suivit de deux adolescent Chris King et Vic Grant dans les années 80 sous la houlette cette fois de Carmine Infantino et de Marv Wolfamn (mais pas seulement). 
Cette seconde mouture a une particularité non négligeable : elle met en scène des personnages créés par les lecteurs : soit les super-héros, soit les super-vilains ; mais je reviendrai bientôt sur cet aspect dans un prochain billet. 

Au début du XXIème siècle c'est au tour de Will Pfeifer de proposer une idée pour la série à l'instigation de l'editor Mike McAvennie.
On pourrait dire que H.E.R.O. la série de Will Pfeifer & Kano (alias Jose Angel Cano Lopez) synthétise et amplifie ce qui s'est passé entre la série de Wood & Mooney et celle de Wolfman & Infantino :  en ce sens que le cadran passe de main en main, et transforme la vie de différents personnages. 
Je soulignerai aussi que le lecteur, en suivant l'artefact, traverse les Etats-Unis dans un sens bien précis : celui de la "Conquête de l'Ouest."
Hasard ou nécessité ?
Le nouveau cadran imaginé pour la série
Le recueil Powers and Abilities, que l'on peut traduire par "Pouvoirs et Possibilités" annonce la couleur : la série va d'une part s'intéresser à ce que c'est que d'être un super-héros dans les premiers temps de cette nouvelle vie, et surtout aux répercussions que cela entraîne.
C'est un peu une ambiance à la Marvels ou à la Astro City, Will Pfeifer privilégie une approche disons "réaliste" du phénomène super-héros, vu par le commun des mortels.
Là où la donne change par rapport aux deux séries citées c'est en ce que "l'homme de la rue" devient lui-même un super-héros, ou disons un être doué de capacité sur-humaine.
On retrouve dans la série de chez Pfeifer & Kano le même charme que dans le premier épisode de Spiderman de Steve Ditko & Stan Lee ; surtout dans le premier arc du recueil qui met en scène le jeune Jerry. 
Le cinquième épisode suit un golden boy aux dents longues (pléonasme) qui devient dépendant de ce que lui procure le cadran,qui vient donc de changer de main.
Le sixième et dernier épisode du paperback, s'intéresse à de très jeunes adolescentes devenues  détentrices du cadran.
La série comporte 22 numéros, mais seules les six premiers ont fait l'objet d'un recueil.
Pour terminer, j'aimerais souligner l'apport du coloriste Dave Stewart qui fait un travail extraordinaire sur le premier run de 4 épisodes, on voit nettement la différence avec J.D. Mettler qui s'il ne démérite pas laisse beaucoup plus transparaître le trait anguleux de Kano sur les deux épisodes suivants.
Ainsi sur les quatre premier épisode l'apport de Stewart arrondi le trait de Kano, qui en devient presque cartoony, et procure un saisissant contraste avec l'ambiance "dépressive" de l'histoire.  
Or, donc un recueil qui mérite plus qu'un coup d’œil si vous voulez mon avis.          

jeudi 28 novembre 2013

Deadpool

À l'occasion de la sortie des épisodes de Joe Kelly & Ed McGuinness dans la collection Marvel Select chez Panini, je vous propose de revenir un peu sur cette série et Deadpool avec notamment un entretien avec Joe Kelly Ed McGuinness et Matt Idelson le responsable de la série :
Et pour terminer en beauté une petite pochade de Joe Kelly et Joe Cooper .....

lundi 25 novembre 2013

Dial H for H.E.R.O (1981)

Si le premier concept de Dial H for H.E.R.O avec Robby Reed comme personnage principal n'a pas fait long feu, cela n'a pas empêché DC Comics de le relancer au début des années 80, mais sous une forme un peu différente.
Marv Wolfman & Carmine Infantino mettent alors en scène un duo d'adolescents.
L'aventure présentée ici a paru dans le deuxième numéro de la revue Les Jeunes Titans (1982) collection Artima Color - DC - Super-star. Et en 1981 dans Adventure Comics #484.
L'incipit lui est extrait de la revue Hercule chez le même éditeur.

samedi 23 novembre 2013

Dial H for H.E.R.O


En 1966 Dave Wood & Jim Mooney créent pour l'éditeur DC Comics un nouveau personnage : Robby Reed qui, grâce à un cadran de téléphone, pouvait se transformer en super-héros.
C'était l'époque ou des lettres étaient associées aux chiffres sur le cadran, et le jeune Reed devait composer le mot H-E-R-O pour se transformer.
Si le jeune personnage se voulait en phase avec son lectorat de jeunes lecteurs, l'innovation si je puis dire venait du fait que Robby Reed ne savait pas en quel super-héros il allait être transformé, jamais le même et sauf à une exception, jamais un super-héros de l'écurie de son éditeur.
En outre la transformation n'était pas permanente.

Ceci étant dit je vous propose de lire une aventure de Robby Reed paru dans Les Vengeurs n°19 (Arédit - 1987) adaptation de House of Mystery #161 (septembre 1966) :

jeudi 21 novembre 2013

Frankenstein agent of S.H.A.D.E épisodes 00 à 16

Je me désolais un peu dans le premier billet sur la série de l'arrivée de l'encreur Walden Wong, dont le travail me paraissait un peu trop "lisse", un peu trop "propre" ; et qui pâtissait selon moi de la comparaison avec l'encrage d'Alberto Ponticelli.
Heureusement Walden Wong est rapidement remplacé, et après deux numéros c'est Wayne Faucher qui prend la relève dans un style très proche de ce que faisait Ponticelli au début.

Le duo Ponticelli-Faucher, comme l'avait fait Ponticelli seul, tire indéniablement l’atmosphère de la série du côté d'une catégorie esthétique que l'on appelle le Sublime et dont j'ai déjà parlé ici.
Le Sublime n'est donc pas quelque chose de très beau comme pourrait le laisser penser l'usage courant de ce terme, mais plutôt quelque chose qui justement s'oppose au Beau (ici envisagé en tant que disons catégorie).
L'esthétique du Sublime théorisé par Edmund Burke au milieu du 18ème siécle donne une importance déterminante à la sensation.
L'effet du Sublime est dans le choc qu'il procure aux sens.
Tout ce qui est d'une certaine manière terrible, ou qui procure un sentiment de terreur est susceptible de ressortir du Sublime.
Les critères essentiels en sont l'immensité, la grandeur et la terreur donc. L'horreur, la description de souffrances, peuvent ainsi plaire dans ce nouveau contexte intellectuel qu'est le Sublime. Un paysage de chaos, solitaire et mystérieux devient une source de plaisir. Selon Burke le degré le plus élevé du Sublime est atteint lorsque l'on juxtapose des extrêmes ; ce procédé de contraste est ici central dans la catégorie du Sublime que théorisa l'auteur. 

Ceci me permet de faire le lien avec l'épisode #00 qui revient sur l'origine du personnage principal et sur son recrutement par le S.H.A.D.E, des origines quelque peut modifiées vous vous en doutez bien.
Matt Kindt y fusionne une esthétique gothique (ce qui me permet de boucler la boucle puisque le Sublime a été un source d'inspiration pour le roman gothique) avec une esthétique steampunk, cette branche de la science-fiction qui se demande : "jusqu'à quelque point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt".
Et c'est assez réussi. 

Le numéro 13 s’intègre au crossover Rotworld (qui met en scène une guerre entre Elementals) mais à l'instar des deux autres séries concernées (Animal Man & Swamp Thing) chacune propose son point de vue et Frankenstein agent of S.H.A.D.E ne déroge pas au dispositif (épisodes 13 à 15)
L'une des forces de cette série, et non des moindres c'est la place accordée au "grand spectacle", la bande dessinée à des moyens illimités et les auteurs s'en servent sans mégoter.
Un autre point très intéressant s'articule autour de la relation des personnages entre eux, comme je l'ai déjà mentionné et notamment au travers de dialogues vraiment excellents et souvent très drôles. 
Qu'il me soit permis d'ailleurs de faire un aparté au sujet de Frankenstein :
Au début des années 50 le philosophe Isaiah Berlin propose une taxonomie pour le moins iconoclaste, et qui concerne dans un premier temps les intellectuels.
D'un côté il y a les hérissons, et de l'autre les renards.
Il s'appuie sur une citation grecque : "Si le renard sait beaucoup de choses, le hérisson n'en sait qu'une mais elle est très importante."
Berlin divise ainsi les êtres humains en deux groupes : les renards qui envisagent le monde* et la réalité* dans toute sa complexité, poursuivent plusieurs objectifs en même temps. Ils sont éparpillés ou diffus (le renard réfléchit de manière centrifuge plutôt que centripète), se déplaçant à plusieurs niveaux, n'intégrant jamais leur réflexion dans un concept général ou une vision d'ensemble.
Les hérissons, quant à eux simplifient la complexité de la réalité* (la façon dont les choses sont formatées par les conventions dominantes)  et du monde* (c'est-à-dire le flux de la vie, ce qui arrive, les événements) en une idée organisationnelle unique : un principe de base ou un concept cohérent qui unifie et guide chaque chose. En un mot le hérisson réduit tout aux idées simples.
À titre d'exemple Platon, Proust, Nietzsche et Dostoïevski sont des hérissons. Montaigne, Shakespeare et Balzac son des renards. Alors que Tolstoï, s'il était un renard, se rêvait être un hérisson.
Il me semble que Frankenstein est indubitablement un hérisson, et si Isaiah Berlin ne tranche pas en faveur de l'un  ou l'autre groupe, il me semble qu'en ce qui concerne Frankenstein c'est là sa force principale et la raison de ses succès dans ses différents combats.
*Ces deux concepts sont empruntés à Luc Boltanski 

Ceci étant, voici le début de la fin.
À la fin du quinzième numéro, Frankenstein nous donne rendez-vous dans les pages d'Animal Man n°15 et passe ainsi entre les mains de Steve Pugh et de Timothy Green II, et si vous voulez mon avis il n'y gagne pas au change ; et il revient par la même occasion dans le giron de Jeff Lemire qui scénarise Animal Man.
J'ai pour ma part fait l'impasse sur le numéro suivant de cette série, après l'avoir rapidement feuilleté.
Animal Man #15
Le Swamp Thing #17 où Frankenstein fait également une apparition est encore pire au niveau artistique, une vraie débandade.
À vue de nez je dirais que ces trois numéros sont largement dispensables, du moins pour ce que j'en ai vu.

Reprise des hostilités avec le dernier numéro (#16) de Frankenstein agent of S.H.A.D.E et malheureusement un numéro complètement en dehors de tout ce qui a précédé.
C'est bien simple je n'ai rien compris à ce qui se passait ; j'ai eu l'impression que l'équipe en charge de ce numéro a appris en cour de route l'annulation du titre. 
Une fin indigne d'une série que j'ai pourtant beaucoup aimée lire, et un numéro dont on peut doit largement faire l'économie. 

En définitive une série avec un fort potentielle, qui a su tirer son épingle du jeu durant 12 numéros, qui s'en sort encore bien lors du crossover Rotworld, même si j'aurais largement préféré qu'elle y échappe, le numéro zéro est lui aussi pas mal, mais qui finie en eau de boudin.
Un beau gâchis de la part de DC Comics, incapable de proposer une fin honorable à la série.
Heureusement il est loisible de retrouver Frankenstein dans la Justice League Dark, mais semble-t-il malheureusement, sans l'arrière plan de science-fiction vraiment particulier qui faisait une grande partie du charme de la série. 

mercredi 20 novembre 2013

Frankenstein agent of S.H.A.D.E : épisodes 08-12

L'épisode 8 de Frankenstein agent of S.H.A.D.E qui voit se résoudre le cliffhanger du numéro précédent s'appuie sur l'adage "on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs", mais certains personnages pensent surement que s'ils voient bien les œufs cassés, ils se demandent encore où est l'omelette (selon la fameuse réplique de Panaït Istrati).
On voudra bien se souvenir également que le roman de Mary Shelley s'intitule Frankenstein ou le Prométhée moderne, et que  Frankenstein n'est pas le nom de la créature dans le roman.
Petit aparté ; j'aimerais souligner la clairvoyance de Mary Shelley qui, en faisant de la créature un assemblage de cadavres, fabrique le premier "cadavre exquis" de la littérature : dans une extrapolation de ce qu'entendaient les Surréalistes au travers de ce terme ; et anticipe ainsi l'une des visions actuelles de la technique où est pliés le temps, l'espace et l'actant comme le dit Bruno Latour.

Pour qui justement la technique est un "cadavre exquis".
Ceci étant dit, d'un cadavre exquis l'autre, le Titan Prométhée est ainsi vu depuis Platon, comme celui qui apporte l'innovation technique aux hommes (pour le dire vite).
Coudoyant cet apport technique une question nous taraude plus ou moins dés lors : la fin justifie-t-elle les moyens ?
Le sixième épisode de la série Frankenstein agent of S.H.A.D.E. posait déjà en filigrane cette question.
Et ce 8ème épisode enfonce le clou, si je puis me permettre.
Peut-on concevoir uniquement les moyens comme le domaine du technicien, et la fin comme celui du moraliste ?
C'est l'un des aspects, et non des moindres, de cette série d'action et d'aventures menées tambour battant que de poser la question de la promission (James Gibson) : cet assemblage de promesses que la technique suscite, et de permission qu'autorise ou non la morale.

Par la barbe de Melmoth !


Dans le numéro 9 Frankenstein et Mina font connaissance avec la Nécrose (the Rot), et la série s'inscrit donc dans le crossover avec l'autre série de Lemire Animal Man et celle de Scott Snyder Swamp Thing, mais d'une manière différée puisque le numéro suivant voit l'arrivée d'un nouveau scénariste Matt Kind, et d'un nouvel arc.
Matt Kindt adhère d'entrée de jeu à la politique de son prédécesseur en ce sens qu'il peaufine le décors dans lequel il inscrit son histoire : les villes ne sont pas simplement des villes, il est question du bureau d'un agent de terrain situé dans une zone extra-dimensionnelle : le Quatrième nuage, les agents dormants sont des poètes. 
Bref, dépaysement assuré pour le lecteur avec cette aventure qui lorgne furieusement du côté de l'espionnage. 
D'autant que d'une certaine manière, mais d'une façon plus viscéral pour Frankenstein, un agent secret n'est jamais, au bout du compte, que l'accumulation de légendes (c'est-à-dire de fausses identités) dont il est fait.
Et Frankenstein n'est-il pas justement une accumulation d'identités au travers des parties des cadavres qui le composent ?
Saura-t-il dés lors se montrer meilleurs que la somme de ses parties ?
Sera-t-il plus qu'un numér6 ?
Matt Kind multiplie les références littéraires, qu'il utilise, transformées par le filtre de la science-fiction. 
Et j'avoue que je prise beaucoup cette percolation.
Le scénariste soigne aussi son dispositif narratif, et c'est particulièrement réussi.
Il teinte également l'approche science-fictionesque de son prédécesseur d'une touche de psychanalyse et d'occultisme.
Et à l'instar de ce qui s'est fait durant la guerre du Vietnam par exemple (l'opération Igloo White), Matt Kind montre que la tentative de construire "un champ de bataille électronique", c'est-à-dire une salle de contrôle ou autrement dit de tenter la "conversion du réel en un monde clos de symbole efficace" pour devenir proactif est un fantasme. 
Enfin dans le cas de notre série pas tout à fait. [-_ô].

(À suivre .....)