lundi 27 juillet 2015

Dial H (#0-#6) Into You

... Á l'instar du jeune Billy Batson prononçant le mot magique "SHAZAM" pour se transformer en Captain Marvel, Nelson Jent va découvrir qu'en formant le mot HERO avec le cadran du téléphone d'une vieille cabine téléphonique perdue dans une allée interlope de Littleville  il peut se transformer lui aussi en super-héros (au pluriel).
Le romancier China Miéville a relancé il y a peu (2012 - 2013) la série Dial H for Hero sous le titre de Dial H ; quatrième réactivation d'un concept imaginé au milieu des années 1960 l'auteur britannique impose dés le premier numéro un cachet atypique et original à la série (qui se démarque notamment de celle de Pfeifer & Kano qui proposait déjà un ton plus mélancolique, plus introspectif).
Nelson Jent est un très gros type, plutôt mal embouché et accro à la cigarette ; des caractéristiques qui sont rarement celles d'un "héros". 
En outre, les transformations qu'il subira au fil des 17 numéros de cette aventure éditoriale de fort belle facture, mais j'anticipe, resteront sans aucun doute dans les annales du bizarre et de l'extravagant.  

... Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) est l’un des pères fondateurs d’un genre littéraire connu aux États-Unis sous le nom de weird fiction ; une « esthétique de la fusion » qui associe l’héritage fantastique tel qu’on le pratiquait alors en Europe, les contes étranges d’auteurs comme Edgar Allan Poe (1809-1849), Ambrose Bierce (1842-1914 ?) ou encore Nathaniel Hawthorne (1804-1864) et la science-fiction. Si le terme "science-fiction" commence d'apparaître aux U.S.A vers la fin des années 20, il est indéniable (en ce qui me concerne) que le roman fondateur du genre est Frankenstein ou le Promethée moderne (1818) de Mary Shelley. 
Ceci étant dit, les frontières entre les genres n'étaient pas très tranchées au moment où Lovecraft écrivait, d'autre part nombre d'auteurs ne se sont jamais souciés d'écrire dans tel ou tel genre.  
Si China Miéville a lui-même qualifié son propre travail de weird fiction, il a par ailleurs fait parti d’un mouvement d’écrivains dont l’objectif était d’écrire et de promouvoir une littérature fantastique, de S-F ou de fantasy démarquée des stéréotypes imposés par la loi du marché (une démarche qui selon moi se retrouve dans son travail pour DC Comics).
Ce groupe informel d'auteurs a bien entendu été étiqueté par le "marché" en tant que "genre" sous l’appellation de new weird.
Ces précisions sont destinées à donner une idée de ce à quoi peut ressembler la série Dial H sans pour autant trop éventer la surprise que constitue la série. 
Les numéros 1 à 6 mettent en scène la découverte par Nelson Jent d'un cadran de téléphone capable de transformer celui qui compose le numéro 4376 en un "être vivant doué de capacités sur-humaines" (sic), il fera la rencontre d'une partenaire (là aussi, tout comme avec Nelson, China Miéville s'éloigne des stéréotypes en vigueur) et sera opposé à des antagonistes (sur lesquels je reviendrai).
Les numéros sont dessinés par Mateus Santolouco qui créé une ambiance lourde, oppressante, un climat d'incertitude tout à fait en synergie avec le scénario et donne un cachet artistique indéniable à la série. Le numéro 6 est quant à lui dessiné par David Lapham et il propose une pause dans la vie pour le moins agitée de Nelson Jent et de sa partenaire ; le dessin de Lapham ainsi que la colorisation (plus "lumineuse") de Tanya et Richard Horie accompagne ce changement d’atmosphère.
Le numéro zéro fait un bond historique et géographique dans le passé et complète ce que l'on a appris sur le cadran depuis le début de la série. C'est Ricardo Burchelli au dessin. 
Dial H #6
Le résumé succinct que je viens de faire semble pour le moins convenu diriez-vous. Rien n'est plus éloigné du résultat que de croire cela. 
China Miéville ne souffre pas de carence d'originalité, loin s'en faut et au surplus il est respectueux de ce qui a été fait sur cette série, notamment en ce qui concerne les "méchants".
L'une des caractéristiques de la reprise de la série dans les années 1970 est qu'elle était en quelque sorte interactive : Jenette Kahn alors publisher avait eu l'idée de demander aux lecteurs de proposer des idées de personnages pour une série, et c'est Dial for Hero qui a été retenue pour concrétiser cette idée. Les lecteurs recevaient comme unique compensation un T-shirt si leur personnage était retenu.
Quelques unes de ces créations de lecteurs sont réapparues dans l'univers de DC Comics, notamment celle de l'auteur de science-fiction Harlan Ellison.
China Miéville a lui aussi décidé de réintroduire deux personnages créés par les lecteurs dans sa reprise : le Squid et l'Abyss, respectivement inventé par Lester English et Robert A. Buethe
Couverture de Brian Bolland
... Ainsi donc China Miéville se montre à la fois respectueux du passé de la série tout en apportant une bonne dose d'originalité dans le ton de la série et son traitement. Il est assisté dans son dessein par des artistes qui apportent une plus-value incontestable.
D'autre part il inscrit Dial H dans le New 52 (la nouvelle orientation éditoriale de l'univers partagé de l'éditeur étasunien) avec une telle simplicité qu'on se demande comment on n'a pas pu avoir cette idée plus tôt. 
Ces 7 premiers numéros (disponible en recueil sous le titre d'Into You) m'ont accrochés et je n'ai pas eu à le regretter par la suite (comme vous le verrez dans un prochain billet), à dire vrai, dés le premier numéro j'ai été complètement captivé et emballé par ce que je lisais.
En fait je n'avais pas connu un tel plaisir de lecture depuis les premiers numéros de la Doom Patrol par Grant Morrison (particulièrement les numéros 19 à 34). [-_ô]   

1 commentaire:

  1. Y avait des héros croquignolets (King Candy par exemple) dans la série des années 60.

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