mardi 15 septembre 2015

John Wick (Une analyse du point de vue opérationnel)

... J'ai vu dernièrement John Wick, et je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'il y avait un certain retard ou peut-être un sens de la routine qui fait que j'ai parfois eu l'impression que l'aspect opérationnel de ce film (mais aussi des films d'action en général, voire des séries télévisées) accuse un manque de réflexion, ou  de recul par rapport aux innovations technologiques récentes et aux réelles techniques opérationnelles des unités d'intervention. (Pourtant le recul c'est la première sensation que l'on ressent lorsqu'on utilise une arme à feu).
[-_ô]

Je m'explique, John Wick est un ex-tueur à gage qui prend une dérouillée avant de se faire volet sa voiture & tuer son chien.
Suite à cette altercation il apparaît aux spectateurs, par la voix des protagonistes du film eux-mêmes, que ce John Wick est le nec plus ultra de la profession, un croque-mitaine (ou plutôt un baba Yaga, plus précisément celui qu'on envoie mettre une rouste au baba Yaga), presque un sur-homme ... mais alors comment peut-il prendre aussi sévère si tel est le cas ?
C'est bien la peine de citer Shibumi
Bien sûr il a pris sa "retraite", il s'est ramolli nous dit-on en filigrane. D'accord !
Mais compte tenu du passé du bonhomme, et de ce qui arrive ensuite dans l'histoire c'est assez difficile à croire que l'affûtage de sa détente mentale (l'état d'esprit que les américains appellent "sharpening the mental trigger") se soit émoussé à un tel point.
Ceci étant il n'y a pas que ça, lorsque le Milieu russe apprend qu'il est de retour et que la vengeance est plutôt un plat qui se mange chaud, voire bouillant, une expédition de "représailles par anticipation" est lancée.
On a affaire là aussi, à des professionnels aguerris, et que font-ils ?
Eh bien il pénètre chez John encagoulés avec des armes de poing et des lampes-torches. Déjà porter des cagoules pour tuer quelqu'un n'a pas beaucoup de sens, si le boulot est bien fait il ne va pas aller cafter.
On sent déjà une valse hésitation entre esthétisme et disons crédibilité de la part des metteurs en scène. 
Mais pourquoi pas.
Cependant pourquoi ne pas leur faire porter un casque d'intervention ? 
Un gilet pare-balles, les doter d'armes automatiques (on a quand même affaire à un type qui surclasse tous ceux de sa profession) et surtout utiliser des intensificateurs de luminosité ou d'autre appareils de vision nocturne (type "Quadri Eyes" par exemple), plutôt que des lampes-torches ?
Sans parler de l'infrarouge et de la vision déportée.
Nous sommes, qu'on le veuille ou non à l'ère du "soldat augmenté" (voir le récent programme de la Défense américaine : Future Soldier 2030 Initiative) et il semble peu probable que la mafia russe soit à la traîne de ce côté-là. Surtout que l'argent ne manque pas, il n'y a qu'à voir le montant de la prime pour la tête de John Wick.

Le problème de la lampe-torche avait déjà été soulevé par les "Rats des tunnels" durant la guerre du Vietnam notamment, ces derniers s'étaient rendus compte qu'ils offraient de magnifiques cibles ; la lampe faisant office de visée laser, mais en faveur de l'adversaire.
Autant pour les soldats américains de l'époque les solutions étaient limitées, autant pour la mafia russe elle sont plus nombreuses.

Qui plus est, les metteurs en scène passent à côté de l'ambiance qu'il est possible de créer avec ce genre d'ustensile, rappelez-vous X-Files.

Idem pour John Wick qui part en croisade sans un gilet pare-balles et sans casque (porter un casque n'est pas possible dans tous les cas bien sûr).
Oui ça fait genre, mais ça fait surtout amateur.
D'autant qu'il me semble qu'un apport opérationnel correct pourrait permettre d'envisager un déroulement d'histoire du point de vue scénaristique différent de ce qu'on voit trop souvent.
Si le héros porte un gilet par balles il est possible de jouer sur l’ambiguïté de certaines situations, sur le suspense.
Si ses adversaires portes des gilet par balles il faut inventer une "nouvelle" approche pour s'en débarrasser, etc. 

Idem lorsqu'on s'en prend à lui chez lui (sic), au début du film.
S'il est en mesure de réagir comme le tueur qu'il n'a pas cessé d'être comme on le voit ensuite, les scénaristes auraient dû alors envisager un déroulement de l'action où il n'est pas dominé de bout en bout mais où il doit quand même perdre, de manière à rester dans une histoire de vengeance.
Là non, il se laisse cueillir comme n'importe quel quidam.
Envisager un film d'action d'un point de vue tactique et de son corollaire le matériel, je crois que ça permettrait de donner une allure nouvelle aux actions de ce type et d'accentuer la créance secondaire (Cf. J.R.R. Tolkien) chez le spectateur.

John Wick, le film, a cependant quelques atouts : la subtilité d'un obus de 125 toujours appréciable dans ce genre de production, au moins une mégatonne d'nrj et un sens de la spatialisation qui ne transforme pas toute la prestesse des acteurs en gloubiboulga visuel stationné impasse de la lisibilité.
Reste cependant un manque de fond trop évident, même pour un film de cet acabit. 

Verdict ?
Un film qu'on peut ne pas voir. [-_ô]

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