mercredi 13 janvier 2016

Chandler, la marée rouge (Steranko)

... Selon certaines sources le terme (anglais) de "detective" a été inventé en 1843 lors de la création d'un Detective Department à  Scotland Yard, et il ne devint véritablement populaire qu'à partir de 1850 grâce à Charles Dickens qui publia trois articles consacrés à cette nouvelle unité de police.
Pour rappel, Double assassinat dans la rue Morgue de Poe, premier véritable récit de détection (nous dit-on), date de 1841, et L'Affaire Lerouge d'Emile Gaboriau premier roman policier de l'histoire de la littérature date de 1863.
Le détective apparaît dans les dime novels aux Etats-Unis dés 1870 et en 1872 naissait Old Sleuth, le premier détective d'une série, en 1884 soit trois ans avant Sherlock Holmes c'est au tour de Nick Carter d'apparaître, personnage dont j'ai déjà précisé la filiation "westernienne".  
... En 1982 paraît aux Humanoïdes Associés Chandler, la marée rouge de Jim Steranko un ouvrage atypique, pour le moins.
Steranko raconte une histoire de détective privé en prose illustrée par des dessins, 2 dessins par page en colonne. Chandler, la marée rouge s'apparente d'une certaine manière à une sorte de comic strip des débuts.
Je vous propose un exemple d'une page pour le coup en couleur car impossible de scanner proprement mon exemplaire qui lui est en Noir & Blanc ....
Le titre est certainement un clin d’œil au roman de Joe Gores intitulé Hammett où le romancier imaginait une histoire où Dashiell Hammett l'un des pères du roman noir et du détective hard-boiled redevenait détective privé.
Pour son projet Jim Steranko met en scène Chandler (Pour en savoir +) autre pilier de la littérature noire étasunienne dans la peau d'un privé ce qu'il n'a jamais été à ma connaissance.  

L'ex-roi de l'évasion connaît bien son sujet. 
Le style hard-boiled si je puis dire ou du moins le plus emblématique des styles de cette "école", c'est avant tout l'utilisation pragmatique, concrète de la langue (américaine).
Une langue en rupture avec des emplois archaïques anglais : " taillez et coupez, n'utilisez pas un seul mot dont vous ne pourriez vous passer" avait l'habitude de dire le captain Joe Shaw.
Style glacé, simple, rigoureux. 
"La prose, disait Hemingway, c'est de l'architecture pas de la décoration."
Je ne serais pas étonné d'apprendre que Frank Miller a lu l'ouvrage de Steranko
Le style hard-boiled voulu par Shaw dans sa revue Black Mask se démarquera notamment par un laconisme technique. 
Ainsi ne dit-on pas qu'Untel porte un chapeau mais un "chapeau Homburg", il ne porte pas une arme mais "un pistolet semi-automatique Colt modèle 1911 A1. Il pèse exactement un kilo quatre-vingt-quinze grammes sans le chargeur et mesure vingt-deux centimètres et quelque. Il tire sept balles de calibre 45. (..)".
La traduction de Chandler, la marée rouge (titre qui par ailleurs fait également aussi écho au roman de Dashiell Hammett La Moisson rouge) est l'oeuvre de Jean-Patrick Manchette lui-même "jeune Turc" si je puis dire, du néo-polar hexagonal, et adepte d'une écriture "comportementaliste".
On ne pouvait rêver mieux.
Une anecdote en passant, ironiquement dans l'histoire de Jim Steranko on fait usage d'une arme emblématique du gangstérisme américain : la "mitraillette" Thompson
Cette arme a été imaginée par un colonel de l'armée américaine en 1917-1918 qui voulait mettre fin à la guerre de tranchée en permettant avec cette arme, un balayage rapide des positions ennemies.
La première cargaison en partance pour l'Europe arriva le 11 novembre 1918 au port de New York.
N'intéressant plus l'armée la "mitraillette" Thompson fit alors les "beaux jours" des gangs de Chicago et des mouvements paramilitaires comme l'IRA.
Dashiell Hammett en parlera comme de la "mitraillette qui mouline du métal comme une petite usine affairée à produire de la mort", tout un programme.

... Avec Chandler, la marée rouge Jim Steranko a écrit un très belle histoire de détective hard-boiled, tous les ingrédients y sont, et le résultat est très belle réussite.
Les illustrations, qui ne sont pas indispensables au texte apportent cependant une plus-value en terme d'ambiance et prouve, s'il en était besoin, que Jim Steranko est un génie de l'illustration.   

9 commentaires:

  1. J'aime Chandler, Hammett et Steranko et je ne connaissais pas cette BD... Merci pour la découverte!

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    1. Je viens de passer commande pour cet album qui s'annonce noir, comme je les aime!

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    2. J'espère que cela se confirmera à la lecture. [-_ô]

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    3. Je viens de boucler la lecture de cet objet singulier. Je dois avouer que dès la préface de Manchette, très drôle et érudite, je suis resté scotché et je n'ai pas lâché le bouquin jusqu'à son final. Merci pour cette belle découverte, à bientôt...

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  2. Tiens, je mettais fendu d'un article sur le même bouquin il y a quelques années (déjà) : http://www.france-comics.com/article.php3?id_article=5434

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    1. Je vois que l'on tient ce livre dans la même estime, et qu'on y a vu les mêmes choses.
      & by the way, bienvenue [-_ô]

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    2. Oui, je me suis fait le même avis en lisant ta chro ... (sinon, ce n'est pas la première fois que je viens ;)

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