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Opération Sweet Tooth [Ian McEwan / France Camus-Pichon]

«Tout roman est un roman d'espionnage, tout écrivain est un espion.» 
Ian McEwan
            Apprendre la prochaine parution d'un album de bande dessinée consacré aux liens entre la politique américaine et Jackson Pollock*, m'a ramené dans le giron d'un de mes centres d’intérêt : « la guerre froide culturelle ».

Initié, par hasard, à ce versant de l'Histoire grâce au roman de Joseph Geary - intitulé Miroir - je m'y suis totalement plongé via l'essai de Frances Stonor Saunders, le bien nommé : Qui mène la danse (la CIA et la guerre froide culturelle).
Toutefois, si la chute du Mur de Berlin™ a mis fin à la guerre froide, la CIA n'en a pas fini avec la  « la guerre culturelle ».
Comme le met brillamment en lumière The Report, le récent film de Scott Z. Burns [Pour en savoir +].
            Or donc, Opération Sweet Tooth se déroule pour sa part en Angleterre au début des années 1970. On y découvre une partie de la vie de Serena Frome (prononcer « Frume », comme dans « plume »), dont son recrutement à un poste subalterne du MI5, puis son implication dans l'opération « Sweet Tooth ».

Ce roman, particulièrement astucieux, est à la fois un instantané de ces années-là (que Ian McEwan a très bien connues), une histoire où le romantisme occupe la place d'ordinaire dévolue au machisme dans les romans dits d'espionnage. Et une réflexion sur le processus de l'écriture.
Ainsi l'auteur a-t-il par exemple fait don d'un de ses propres manuscrits - inachevé - écrit en 1974, à l'un de ses personnages. 

Formidablement écrit, Opération Sweet Tooth n'utilise en aucune manière l'espionnage comme un prétexte. Manifestement bien documenté, il est aussi une plongée dans une époque qui pourra apparaître comme une planète étrangère à certains lecteurs. C'est aussi un excellent révélateur sur des activités peu connues et finalement assez ubuesques, des agences de renseignement.

En effet, comme le dit Ian McEwan dans un entretien : « Ce qui m'a intéressé dans cette opération, c'est qu'elle se déroulait en secret, contrairement au plan Marshall. Or il aurait été tout à fait envisageable de financer ouvertement une tournée européenne de l'orchestre symphonique de Boston ou telle exposition d'avant-garde. », ou de jeunes auteurs de littérature.

            Si la réalité dépasse parfois la fiction, rien ne remplacera jamais une histoire qui mélange les deux avec autant de talent qu'Opération Sweet Tooth.
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* L'album Pollock Confidential d'Onofiro Catacchio, paraîtra en français aux éditions du Chêne en février 2020              

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