lundi 3 octobre 2011

Absolute Directors




... Absolute Directors est un livre de plus de 600 pages consacré au rock, au cinéma, et à la contre-culture made in U.S.A  et qui coûte 36 euros (et pèse 800 grammes). Pour ce prix-là, je ne vous cache pas que je m'attends à ce que le professionnalisme de l'éditeur (Camion Noir l'éditeur qui véhicule le souffre) ne me fasse pas regretter mon achat : par exemple j'aime beaucoup le format, ainsi que la couverture de Guylaine Collewet ; là où ça se corse c'est au niveau de la relecture.
Il me semble que cet éditeur n'échappe pas à un mal endémique : l'absence de relecture. Alors que deux personnes sont pourtant créditées pour ce travail (?!).

... Ainsi, et dans le désordre Aleister Crowley devient-il Crawley en l'espace de quelques lignes, "il est de bon temps" au lieu de "il est de bon ton", Leonardo DiCaprio devient le pygmalion de Martin Scorcese, "de" et "en" se disputent un peu trop souvent la place, des parenthèses oubliées autour d'une NdA, un plantigrade qui devient une espèce d'arbre "[..] à la branche d'un solide plantigrade centenaire du Deep South, [..]", Wim Wenders se transforme en Weir (Peter ?) à propos du film Hammett ... 

Bref c'est du lourd. 

Avant de parler du travail de l'auteur,  je saisis la perche qu'il me tend au travers d'une expression qu'il emploie assez souvent (et fort à propos me semble-t-il) et qui me semble pour le moins galvaudée par les temps qui courent.
Le terme "culte" : "Mais le film sera lui aussi un bide ...tout en devenant culte" à propos ici du film Performance (dont l'un des extraits de la B.O illustre ce billet en ouverture : Memo for Turner; justement le terme "culte" vient de l'expression cult movie un film dont le succès a été plus que modeste (voir un bide) mais dont l'exploitation (et le souvenir) s'est poursuivie grâce à une frange réduite mais active de spectateurs. Le cult movie est souvent par ailleurs représentatif d'un zeitgeist
Un film culte est donc à l'opposé d'un film populaire. Ce qui n'empêche pas qu'il le devienne ensuite grâce justement au culte  que lui voue ses adeptes.  
Si Performance est un "film culte" par exemple, Easy Rider ne l'est pas. CQFD.

... Ceci étant dit, Franck Buioni propose dans son ouvrage un portrait des sixties (ou plus précisément de la fin des sixties) en quatre parties : d'abord au travers d'Easy Rider, puis c'est au tour du cinéaste Roman Polanski et de la tragédie qui l'a frappé, une troisième partie avec Francis Ford Coppola et son film Apocalypse Now (mais pas seulement), et enfin les Rolling Stones.  




Et quel portrait ! 


Franck Buioni fait montre d'une énergie, d'un style qui n'a rien à envier au rock' n' roll qu'il encense ou au talent des personnages à qui il (re)donne vie ici ; pour vous dire, j'ai acheté ce livre un mardi et je l'ai fini quatre jours plus tard. Je n'avais qu'une seule hâte trouver un peu de temps afin de poursuivre ma lecture. L'auteur rend son récit extrêmement vivant & captivant, choisi des anecdotes et des citations qui font mouches : 
Ava Gardner (à propos de Frank Sinatra)"Frankie, c'est peut-être 55 kilos tout mouillé, mais c'est avant tout 50 kilos de bite !"
et utilise un humour ravageur : "Plus concrètement, le flamboyant écossais (Donal Cammell) aura dû attendre une sortie ne manquant pas de panache, pour devenir enfin celui qu'il avait toujours souhaité être, un authentique enfant de la balle. Calibre 9 mm. [..]", je précise que Donald Cammell s'est suicidé en se tirant une balle dans le carafon.


On croise ainsi au fil des pages des personnages que l'on retrouve d'un chapitre à l'autre, faisant d'Absolute Directors une immense toile ; George Lucas par exemple apparaît dans le chapitre consacré à Coppola mais aussi dans celui des Rolling Stones puisqu'il était présent au concert d'Altamont (j'avais eu l'intuition en lisant Armageddon Rag de George R. R. Martin que ce dernier s'était certainement inspiré de ce concert et des Rolling Stones pour son roman, en lisant le chapitre que consacre Franck Buioni aux Stones le doute n'est plus permis). Ce tissage, et un va-et-vient temporel au coeur de chaque chapitre immerge littéralement le lecteur (du moins tel a été mon cas) dans le sujet. Du grand art !


Mais laissons la parole à Franck Buioni himself ..




Source
... En conclusion, si l'édition pèche un peu (essentiellement au niveau de la relecture), Absolute Directors vaut absolument (sic) le détour pour quiconque s'intéresse au rock, au cinéma et à la contre-culture d'outre-Atlantique ; en un mot à l'Americana, quant aux autres j'ai peine à croire que vous êtes arrivés jusqu'ici ...


... Permettez-moi de vous proposer prochainement le meilleur (à ma connaissance en tout cas) making-of jamais réalisé, celui d'Apocalypse Now (que j'ai eu le plaisir de voir sur grand écran il y a déjà quelques années) : Hearts of Darkness : A Filmmaker's Apocalypse  en VOSTFR ou en VOST...

     

4 commentaires:

  1. "d'un style qui n'a rien à envié"

    -> à envier

    Mais que font les relecteurs d'Artemus ? ;)

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  2. En effet , c'est un livre extra !!! Vous faites bien de le recommander à vos lecteurs ! j'ai adoré la seconde partie consacrée à Roman Polanski , on se croirait dans un film . L'humour décapant est bien là et l'on apprend moults anecdotes . Les addicts de cinoche et de rock vont se délecter !

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  3. Merci pour l'hommage.

    Franck Buioni

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