Accéder au contenu principal

Marvelman (L. Miller & Son \ Mick Anglo)

Dans un article précédent je m'étais intéressé au Captain Marvel de l’éditeur Fawcett Comics, dans celui-ci je m'intéresse à sa progéniture britannique.

En 1953, le procès qui oppose depuis longtemps DC Comics (qui s'appelle encore à l'époque National Periodical Publications) l’éditeur de Superman et Fawcett Comics celui de Captain Marvel sur la question de savoir si The Big Red Cheese est un plagiat de The Big Blue Boy Scout se termine sur un arrangement à « l’amiable » Fawcett arrête purement et simplement de publier des bandes dessinées. 
Ce long procès fera notamment l'objet d'une parodie par l'équipe du magazine MAD produit par EC Comics (n°4 daté d'avril-mai 1953) intitulé Superduperman.
Le coup comme on peut s'en douter, est très dur pour Miller & Son (qui édite la "famille Marvel" en Grande-Bretagne) car le manque à gagner ne s’arrête pas à Captain Marvel, l’éditeur londonien publie alors environs 256 pages de « matériel » Fawcett par mois. 
Face à la crise, l’éditeur anglais se tourne vers Mick Anglo et son studio pour produire un nombre de pages équivalent par mois. En outre il lui demande aussi de créer un personnage « à la manière de » Captain Marvel.
Marvelman #25 - Février 1954
Le départ de Captain Marvel et de Captain Marvel Junior est annoncé aux lecteurs britanniques par Billy Batson alias Captain Marvel et Freddy Freeman (l’alter ego de Cpt Marvel Jr) dans leur magazine respectif.
Le passage de relais se fait officiellement en janvier 1954, et en février de la même année les deux revues changent de titre et deviennent Marvelman et Young Marvelman tout en continuant la numérotation commencée avec leurs prédécesseurs américains.
En 1956 un troisième magazine est édité Marvelman Family, suivront des annuals et des albums. 

Marvelman est souvent considéré comme le premier super héros britannique, ce personnage du fait de sa naissance présente quelques similitudes avec son aîné étasunien, c'est le moins que l'on puisse dire.
Mick Moran le jeune alter ego du héros est un jeune reporter au Daily Buggle alors que Billy Batson travaillait pour une station de radio. 
Le rouge du costume de Captain Marvel devient bleu chez Marvelman et les cheveux du super-héros passent du brun au blond.
Si le héros de Fawcett doit ses pouvoirs à la magie, celui de L. Miller & Son les devra à la science et à sa rencontre avec un astrophysicien, Guntag Barghelt
En prononçant le mot Kimota (atomik à l’envers) il se transforme à l’instar de Billy Batson et vit des aventures dans la même veine que son homologue américain. 
Et comme lui, il aura lui aussi une « famille » super-héroïque.
Encore une fois au pays des miroirs tout est possible.
En 1954 Mick Anglo a créé un autre personnage largement inspiré du Captain Marvel de Fawcett Comics : Captain Universe pour la Arnold Book Company (une filiale de L. Miller & Son) plus connue sous l'appellation d'ABC.
ABC (America's Best Comics) est aussi le label sous lequel Alan Moore a entrepris de revenir à des personnages moins grim & gritty (sombres et violents) à la fin des années 90, une tendance qu'on lui reprochait d'avoir portée au pinacle avec Watchmen.
Notons également que Captain Universe fera un retour, des années plus tard, dans la série La Ligue des Gentlemen Extraordinaires.
Cette similitude entre les deux logos, celui de l'Arnold Book Company et celui d'America's Best Comics (voir également le logo triangulaire de L. Miller & Son et celui que Tom Strong arbore sur sa poitrine) accrédite un peu plus la théorie que j'avais échafaudée sur la volonté qui animait alors Alan Moore au moment où il écrivait Tom Strong, Promethea, et les autres personnages de son label pour pour DC Comics via Wildstorm.     

Mais rien n’est simple au pays des super-héros … 

En novembre 1959 paraît le premier numéro de la maison d’édition DC Comics en terre d’Angleterre, c’est le début d’une importation massive de bandes dessinées américaines ; à partir de cette date les personnages et les histoires ne passent plus par un éditeur autochtone. 
En outre la maison d'édition de Len Miller publie également depuis une dizaine d'années du matériel en provenance d'Atlas Comics, la maison d'édition d'où sortiront Stan Lee, les 4 Fantastiques, Spider-Man et bien d'autres, et il semblerait, selon certaines sources, que les vieux titres d'horreur et de fantasy d'Atlas se vendaient mieux que Marvelman
Toutefois cette dernière allégation fait l'objet de controverses dans le milieu des spécialistes de la bande dessinée. 
En tout état de cause, quelles qu’en soit les raisons,  l'année 1963 va sonner le glas de Marvelman et de ses revues associées.
On remarquera que cette date a été celle qu’a choisie Alan Moore pour l’une de ses séries qui le voyait revenir sur le devant de la scène au début des années 90.

1963 a été de mon point de vue, tout comme Supreme ou encore Glory les prémices du label America's Best Comics, mais ceci est une autre histoire ; mais justement, l’expérience nous a appris que les vrais héros ne meurent jamais.


(À suivre .....)

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

SKEUD [Dominique Forma]

Johnny Trouble est le roi du vinyle pirate, fruit d'enregistrements qui ne le sont pas moins. Des galettes vendues sous le manteau, jamais commercialisées par les maisons de disques. Le « skeud » (ou disque en verlan) du titre du premier roman de D ominique F orma. Qui pour sa réédition chez Rivages™ en 2015, a été un poil ripoliné par l'auteur.             D ominique F orma est un individu atypique dans le paysage culturel hexagonal.  Au début des années 1990 il part aux U.S.A. sans plan de carrière, et se retrouve music supervisor au sein de l'industrie du cinéma. Il en profite pour apprendre la mise en scène et l'écriture sur le tas, et après un court-métrage s'impose réalisateur sur l'un de ses propres scénarios. L'aventure, avec rien de moins que J eff B ridges au casting , ne tournera pas à son avantage, j'y reviendrai prochainement. En attendant, de retour en France , en 2007, il contacte P atrick R aynal sur les conseils de P hilippe G arnier

Blade Runner (vu par Philippe Manœuvre)

Après vous avoir proposé Star Wars vu par le Journal de Spirou de 1977 (ou du moins d'un des numéro de cette année-là), c'est au tour de Blade Runner vu par P hilippe M anœuvre en 1982 dans les pages de la revue Métal Hurlant . Il va de soit qu'avec un titre tel que : "C'est Dick qu'on assassine" le propos de l'article ne fait pas de doute. Pour rappel, le film est sorti en France le 15 septembre 1982, Métal Hurlant au début de ce même mois de 82. Bonne lecture.

À bout portant [Gilles Lellouche / Roschdy Zem / Fred Cavayé]

« C’est du cinéma, on est donc dans la réalité + 1 ou + 2 »  F red C avayé  L’épuisement d’histoires originales, et la production exponentielle de fictions nécessitent d’élaborer des stratégies de mises en récit attractives pour captiver le public.              Plonger directement les spectateurs d’un film « au cœur des choses » est toujours payant. Surtout si en plus, comme dans le cas du film réalisé par F red C avayé, les personnages et le contexte, en un mot l’histoire, bénéficie de l’effet IKEA ® .  L'effet en question est un biais cognitif documenté par M ichael N orton, dans lequel les consommateurs accordent une plus-value aux produits qu'ils ont partiellement créés (les meubles de l'enseigne bien connue).  Ici, la chronologie (chamboulée par l'ouverture du film in medias res ), les tenants et les aboutissants du scénario (dévoilés au compte-goutte) nécessitent que le spectateur participe activement au storytelling du film qu'il regarde.  L'effet IKEA ®