Accéder au contenu principal

The Second Civil War (Joe Dante)


The Second Civil War (diffusé en 1997 sur la chaîne étasunienne HBO) est un téléfilm de Joe Dante : 
Aux Etats-Unis dans un futur proche, le gouverneur de l'Idaho refuse l'asile politique à des orphelins rescapés d'une guerre nucléaire entre l'Inde et le Pakistan amenés en avion par une organisation humanitaire.
Le déroulé de l’histoire est en grande partie vu au travers d’une chaîne de télévision d’information continue : soit à partir des reportages diffusés, soit à partir du cœur de la rédaction ; cette chaîne qui semble être une copie de CNN, ne fera pas qu’informer. 
Sa mission est de rassasier les imaginaires hystérisés par le tintamarre médiatique qu’elle orchestre elle–même. Pour ce faire elle n'hésitera pas à provoquer actions et réactions des uns et des autres.
Ce qui l’amènera à jouer un rôle déterminant dans la détérioration de la situation. 
The Second Civil War est une mise en boîte de l’information devenue d’abord et avant tout un spectacle uniquement motivé par une course à l’audimat autrement dit ce que l’on appelle l’infotainment
Rien de nouveau sous le soleil, mais Joe Dante le fait avec beaucoup de brio. 
Le téléfilm n’épargne pas non plus la classe politique, bête comme ses pieds, qui ne voit dans le citoyen américain qu'une part de sondage ; les scènes avec le président des U.S.A sont hilarantes. 
Pas plus qu’il ne prend de gants avec les militaires, ou les ONG dont le sacro-saint « devoir d’ingérence » souvent irresponsable dans la réalité est ici l’étincelle qui met le feu aux poudres. 
Cependant, la pierre angulaire de cette « seconde guerre de Sécession » me semble être la mise en exergue de la « balkanisation » des Etats-Unis qui transforme ce qui a été le Nouveau Monde en un nouveau monde : l’Absurdistan
Si le gouverneur de l’Idaho est présenté comme un opportuniste qui a joué la carte de l’immigration pour se faire réélire, outre l’aspect politiquement incorrect de ce ressort, l’immigration n'en est pas moins dans le téléfilm de Joe Dante un fait avéré. 
À tel point que l’Etat du Rhode Island n’est plus peuplé que d’hommes et de femmes venus de Chine, que la ville de Los Angeles est administrée par un maire qui ne parle qu’espagnol, comme le reste des habitants d’ailleurs. 
Ceci étant, ce n’est pas l’immigration en tant que telle qui va précipiter le pays dans la folie (même si ici elle prend des proportions gigantesques et parfois grotesques, voire par exemple la réaction du gouverneur du Rhode Island, et qu’elle a sa part de responsabilité), mais le communautarisme. 
Ce qui semble faire défaut aux uns et aux autres c’est l’idée de Nation, le pays que nous décrit Joe Dante n’est pas le « chaudron américain » où se fabrique le « vivre-ensemble » cher au dramaturge Israel Zangwill, bien au contraire. 
Le téléfilm diffusé par HBO tel que je le vois (mais pas forcément tel qu’il est vu par Joe Dante), appuie avec insistance sur ce qui différencie et divise plutôt que sur ce qui ressemble et unit les habitants d’un même pays, et qui va conduire à une seconde guerre de Sécession. 

Si l’idée communautaire est intrinsèquement liée à l’origine et au développement de des Etats-Unis, les années 1960 ont été le moment de ce qu’on appelle le « tournant identitaire ». 
On est alors passé de la conception traditionnelle d’un pluralisme des intérêts mettant l’accent sur la diversité des communautés à un pluralisme des identités mettant l’accent sur la différence entre des communautés définies dés lors comme des minorités. C’est le modèle du salad bowl où les « ingrédients » coexistent mais sans se mélanger. (Cf. P.-A. Taguieff & G. Delanoi : Le Communautarisme : vrai concept et faux problèmes). 
Voire dans le cas de The Second Civil War sans se comprendre. 
Il est remarquable de constater que le passage d’une « guerre froide » où chacun campe sur ses décisions sans pour autant franchir le Rubicon, à un réchauffement meurtrier est le fait d’une incompréhension entre deux « communautés », celle des journalistes et celles des politiques. 
Joe Dante montre au travers de ce téléfilm, c’est du moins mon interprétation que la mise en avant unilatérale de sa différence et le refus radical des « autres différences » ne peut déboucher que sur une approche séparatiste. 
D’autant plus facilement que ces communautés sont animées par une rancœur qui ne passe pas, voir le sort réservé à Alamo
The Second Civil War est un film captivant, souvent drôle (même si l’on rit jaune) de la trempe d’un Docteur Folamour, mais là où le danger résidait dans l’explosion d’une bombe atomique dans le film de Kubrick, le téléfilm de Joe Dante montre que le communautarisme et ses corollaires sont un risque au moins aussi grand d’implosion.

Commentaires

  1. C'est marrant, j'en ai justement entendu parler il y a quelques jours à peine (dans l'émission de Thoret et Bou ?) : voilà un billet qui renforce mon envie de voir ce téléfilm...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah tiens, je vais écouter ce qu'ils en disent.
      [-_ô]

      Supprimer

Publier un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

SKEUD [Dominique Forma]

Johnny Trouble est le roi du vinyle pirate, fruit d'enregistrements qui ne le sont pas moins. Des galettes vendues sous le manteau, jamais commercialisées par les maisons de disques. Le « skeud » (ou disque en verlan) du titre du premier roman de D ominique F orma. Qui pour sa réédition chez Rivages™ en 2015, a été un poil ripoliné par l'auteur.             D ominique F orma est un individu atypique dans le paysage culturel hexagonal.  Au début des années 1990 il part aux U.S.A. sans plan de carrière, et se retrouve music supervisor au sein de l'industrie du cinéma. Il en profite pour apprendre la mise en scène et l'écriture sur le tas, et après un court-métrage s'impose réalisateur sur l'un de ses propres scénarios. L'aventure, avec rien de moins que J eff B ridges au casting , ne tournera pas à son avantage, j'y reviendrai prochainement. En attendant, de retour en France , en 2007, il contacte P atrick R aynal sur les conseils de P hilippe G arnier

Blade Runner (vu par Philippe Manœuvre)

Après vous avoir proposé Star Wars vu par le Journal de Spirou de 1977 (ou du moins d'un des numéro de cette année-là), c'est au tour de Blade Runner vu par P hilippe M anœuvre en 1982 dans les pages de la revue Métal Hurlant . Il va de soit qu'avec un titre tel que : "C'est Dick qu'on assassine" le propos de l'article ne fait pas de doute. Pour rappel, le film est sorti en France le 15 septembre 1982, Métal Hurlant au début de ce même mois de 82. Bonne lecture.

À bout portant [Gilles Lellouche / Roschdy Zem / Fred Cavayé]

« C’est du cinéma, on est donc dans la réalité + 1 ou + 2 »  F red C avayé  L’épuisement d’histoires originales, et la production exponentielle de fictions nécessitent d’élaborer des stratégies de mises en récit attractives pour captiver le public.              Plonger directement les spectateurs d’un film « au cœur des choses » est toujours payant. Surtout si en plus, comme dans le cas du film réalisé par F red C avayé, les personnages et le contexte, en un mot l’histoire, bénéficie de l’effet IKEA ® .  L'effet en question est un biais cognitif documenté par M ichael N orton, dans lequel les consommateurs accordent une plus-value aux produits qu'ils ont partiellement créés (les meubles de l'enseigne bien connue).  Ici, la chronologie (chamboulée par l'ouverture du film in medias res ), les tenants et les aboutissants du scénario (dévoilés au compte-goutte) nécessitent que le spectateur participe activement au storytelling du film qu'il regarde.  L'effet IKEA ®