mardi 29 avril 2014

Alan Moore, entretien 1987

L'un des premiers entretiens d'Alan Moore paru en français (dans le Scarce n° 12), idéal pour se préparer à la sortie en France de Marvelman alias Miracleman.
À noter toutefois qu'un premier recueil des aventures de Miracleman avait paru aux éditions Delcourt il y a quelques années.
Donc voici la première partie de cet entretien.

samedi 26 avril 2014

Blade le voyageur de l'infini

Blade le voyageur de l'infini est une série de "romans de gare " qui réserve quelques surprises. 
Elle est née, à la fin des années 60 aux U.S.A, dans l'esprit de ce qu'il faut bien appeler un packager, Lyle Kenyon Engel fournisseur de série "clé en main". 
Outre Blade, d'autres séries de ce packager nous sont parvenues : Penny S, Le Mercenaire, ou encore Nick Carter.
Le book packaging est une activité assez peu développée en France.
Cela consiste à proposer aux maisons d'édition des projets conçus de A à Z : le concept est là, le ou les auteurs sont embauchés par le packager et peuvent produire des histoires dont la continuité et la "bible" ont été préalablement définies. Le packager s'occupe parfois même du travail d'édition : relecture, mise en page etc.. , voire de l'impression. 
Le packager est en quelque sorte un "producteur littéraire".  
© 1969 by Jeffrey Lord  produced by Lyle Kenyon Engel
Or, s'il apparaît sur les couvertures de cette série le nom d'un auteur : Jeffrey Lord, celui-ci n'est qu'un nom de plume, dans la tradition de ce qui se faisait déjà pour certains pulps (Doc Savage ou le Shadow par exemple).
Il semblerait que la série ait d'abord été proposée à l'éditeur McFadden, incidemment Bernarr Mcfadden (1868-1955) a été un des précurseurs américains de la culture physique et il a notamment pris sous son aile à une époque le célèbre Charles Atlas, donc disais-je Mcfadden Books publia au moins 6 numéros de la série (avant de mettre la clé sous la porte), c'est ensuite Pinnacle Books qui assura la publication des 37 numéros de la série, et qui réédita bien entendu les premier numéros.
PINNACLE BOOKS
Or, donc plusieurs auteurs se sont succédé sous le pseudonyme de Jeffrey Lord : Manning Lee Stokes qui écrit les huit premiers romans et qui aura par ailleurs les honneurs de la Série Noire en France, Ray Nelson auteur notamment du scénario d’après sa propre nouvelle, d'Invasion Los Angeles de John Carpenter, ou encore Roland J. Green auteur entre autres de romans mettant en scène Conan le Cimmérien, mais aussi, et c'est là l'une des particularités de Blade voyageur de l'infini, par des auteurs français : Thomas Bauduret, Richard D. Nolan, Pascal Candia, Nemo Sandman ...
Car après les 37 numéros paru aux Etats-Unis et traduits dans l'Hexagone, Blade a connu une suite en France, la série a ainsi plus de 200 numéros au compteur à ce jour.
Ceci dit Blade n'est pas la seule série venant d'outre-Atlantique à avoir été d'abord "traduite de l'américain" (romans originaux traduits), puis "traduite et adaptée de l'américain" (intrigues originales, mais on rallonge le texte, on le remanie sans beaucoup d'états d'âme), puis "adapté de l'américain" (là il s'agit d'histoires 100% françaises) ; les éditions Gérard de Villiers se sont souvent distinguées sur ce créneau (pour ceux qui s'intéressent à cette littérature, je ne peux que vous proposer d'aller sur l'excellent blog de ROBO32.EXE)     
Blade s'immobilisa, la fourchette en l'air. Il avait deux appareils et c'était le rouge qui sonnait, celui qui le reliait directement à Coprah House et au bureau de J. Une mission, donc. Il pesta et envisagea de ne pas répondre. J lui avait formellement promis de courtes vacances. Et Zoé l'attendait.
Il décrocha. Le devoir avant tout.
 — Allô?
Richard Blade nous est présenté dans les premières pages comme un agent secret qui travaille pour un supérieur nommé J. Toutes ressemblances avec un certain James Bond n'est certainement pas fortuites. Cependant très rapidement, en quelques pages, il va passer du statut d'agent secret à celui de cobaye pour un programme généré par des ordinateur alignés, comme des monstres domptés [..]. L'apport d'une science en avance sur son temps serait le fruit de la participation d'un auteur, qui lui n'a écrit aucun des romans de la série mais qui a néanmoins participé aux réunions de travail pour créer Blade, cet auteur est bien connu aujourd'hui puisqu'il s'agit de Philip K. Dick
Rien de moins. 
Espion, cobaye, Richard Blade finira finalement par se retrouver, à l'instar d'un John Carter sur Mars dans ce que nous apprendrons être une autre dimension, un monde médiéval où comme son homologue Sudiste il rencontrera une princesse alors qu'il se trouve dans le plus simple appareil.
Si La Hache de bronze s'apparente à une course de steeple ; Richard Blade va parcourir une certaine distance et rencontrer différents obstacles qu'il négociera de différentes manières : fuite, évitement, affrontement, l'un de ces obstacles sera par ailleurs la femme tentatrice voire nymphomane, marque de fabrique des productions Lyle Kenyon Engel.
Ce qui donnera quelques scènes de sexe plus ou moins torrides, plus ou moins inventives.   
MACFADDEN BOOKS
En définitive, le premier numéro de cette série m'a plutôt plu, je ne me suis pas ennuyé une minute ; Manning Lee Stokes l'auteur de ce premier épisode créé un casting sans surprise certes mais qui réserve des possibilités qu'il exploite avec beaucoup de jugeote.
La Hache de bronze est donc une histoire que j'ai trouvée suffisamment intéressante pour que, dés que l'occasion se présente, je lise une nouvelle aventure de Richard Blade.


(À suivre....

vendredi 25 avril 2014

Un Requiem allemand \ Philip Kerr

Berlin, 1947 À notre époque, si vous êtes allemand, vous êtes au Purgatoire bien avant de mourir, et vos souffrances ici-bas valent pour tous les péchés de votre pays restés sans châtiment comme sans repentir, ce jusqu’au jour où, par la grâce des Puissances – tout au moins de trois d’entre elles – l’Allemagne sera enfin purifiée. Car à présent nous vivons dans la peur, la peur des Popovs, surtout. Et cette angoisse n’a d’égale que celle, quasi universelle, des maladies vénériennes, qui ont presque tourné à l’épidémie. D’ailleurs, ces deux fléaux sont généralement considérés comme synonymes.
Un Requiem allemand, dernier volet de ce qui est devenu la trilogie berlinoise de Philip Kerr, (mais son personnage Bernie Gunther a ensuite connu d’autres aventures) s’installe en 1947 d’abord dans un Berlin dévasté en proie à l’appétit des vainqueurs de la guerre. 
Les descriptions de la ville et de la vie des Berlinois donnent à l’histoire un ton post-apocalyptique indéniable et très réussit, mais rapidement Bernie va se rendre à Vienne où il troquera, à son corps défendant, son pardessus de détective pour celui d’espion. 
En pleine dénazification, les ennemis d’hier sont devenus des enjeux importants aux yeux des amis eux aussi d’hier, Vienne troque pour un temps les valses qui ont fait sa renommée pour un jeu de chaises musicales nettement plus meurtrier.  
Bernie Gunther se croyant en terrain connu, il est engagé pour enquêter sur un meurtre où un ancien collègue de la kripo a été inculpé ; son rôle découvrir le véritable tueur, va rapidement perdre pied dans le marigot des barbouzes soviétiques et américaines. 
S’il perd pied il ne perd pas son sens de l’humour, et Un Requiem allemand conclu avec brio et pugnacité une trilogie captivante de bout en bout.

1 
C’était une belle et froide journée, une de ces journées qu’on aimerait passer à caresser le chien et à recharger le poêle. Je n’avais ni l’un ni l’autre : le mazout était rare et je n’ai jamais beaucoup aimé les chiens. Cependant, la couverture dans laquelle j’avais enroulé mes jambes me tenait chaud, et je me félicitais de pouvoir travailler à la maison – le salon faisant office de bureau. C’est alors qu’on frappa à ce qui se voulait la porte d’entrée. Je jurai et me levai du canapé. — Ça ne prendra qu’une minute, criai-je à travers le panneau de bois. Ne partez pas. (Je tournai la clé dans la serrure et tirai sur la grosse poignée de cuivre.) Ça ira plus vite si vous poussez de votre côté, criai-je à nouveau. Des chaussures crissèrent sur le palier, puis une pression s’exerça de l’autre côté. La porte frémit et finit par s’ouvrir sur un homme de haute taille d’une soixantaine d’années. Avec ses pommettes saillantes, son nez mince et court, ses rouflaquettes à l’ancienne et son air furieux, il me fit songer à un vieux babouin pas commode. — J’ai dû me fouler quelque chose, grogna-t-il en se massant l’épaule. — J’en suis navré, dis-je en m’effaçant pour le laisser entrer. L’immeuble a été salement secoué. Il faudrait arranger cette porte, mais il est impossible de trouver les outils nécessaires. (Je lui indiquai le salon.) Ceci dit, nous ne pouvons pas nous plaindre. On a pu remplacer les carreaux, et le toit résiste à la pluie. Asseyez-vous, ajoutai-je en désignant l’unique fauteuil pendant que je reprenais place sur le divan. L’homme posa sa serviette, ôta son chapeau melon et s’assit en exhalant un soupir épuisé. Il ne déboutonna pas son pardessus gris, mais j’aurais eu mauvaise grâce à lui en vouloir. — J’ai vu votre affichette sur un mur, dans Kurfurstendamm, expliqua-t-il. — Vraiment ? dis-je. J’avais un vague souvenir des quelques mots griffonnés la semaine précédente sur un bout de bristol. Une idée de Kirsten. Avec toutes les demandes en mariage et les publicités pour agences matrimoniales qui couvraient les murs des immeubles défoncés de Berlin, j’aurais juré que personne ne remarquerait mon bristol. Pourtant Kirsten avait eu raison. — Je m’appelle Novak, dit-il. Dr Novak. Je suis ingénieur dans une usine métallurgique de Wernigerode. Nous extrayons et traitons les métaux non ferreux. — Wernigerode, dis-je. Dans les monts Harz, n’est-ce pas ? En Zone Est ? Il acquiesça de la tête. — Je suis venu donner une série de conférences à l’université de Berlin. Ce matin j’ai reçu un télégramme à mon hôtel, le Mitropa. Je fronçai les sourcils en essayant de me souvenir de l’établissement. — Un de ces hôtels-bunkers, vous savez, dit Novak. (Un instant, il parut sur le point de le décrire, puis changea d’avis.) Le télégramme était de ma femme. Elle me demande de rentrer tout de suite. — Quelle raison invoque-t-elle ? Il me tendit le papier. — Elle dit que ma mère est souffrante. Je dépliai le télégramme et parcourus les quelques mots dactylographiés qui, effectivement, annonçaient que la vieille dame était au plus mal. — J’en suis désolé. Le Dr Novak secoua la tête. — Vous ne la croyez pas ? fis-je. — Je suis presque sûr que ce n’est pas ma femme qui m’a envoyé ça, dit-il. Ma mère est âgée, mais elle est en pleine forme. Elle fendait du bois il y a encore deux jours. Non, je pense que c’est un piège des Russes pour me faire rentrer. — Pourquoi cela ? — Ils manquent cruellement de scientifiques en Union soviétique. Je les soupçonne de vouloir m’y transférer pour travailler dans une de leurs usines. Je haussai les épaules. — Dans ce cas pourquoi vous avoir autorisé à vous rendre à Berlin ? — Vous semblez prêter à l’Autorité militaire soviétique une efficacité qu’elle est loin d’avoir. À mon avis, l’ordre de mon transfert vient juste d’arriver de Moscou, et l’AMS souhaite me récupérer au plus vite. — Avez-vous télégraphié à votre femme ? Pour savoir de quoi il retournait ? — Oui. Elle m’a répondu de rentrer sur-le-champ. — Vous voudriez donc savoir si les Popovs l’ont arrêtée. — J’ai été voir la police militaire ici à Berlin, dit-il, mais... Il eut un long soupir évocateur. — Ils ne vous seront d’aucun secours, confirmai-je. Vous avez bien fait de venir me trouver. — Pouvez-vous m’aider, Herr Gunther ? — Ça signifie passer dans la Zone, fis-je à mi-voix. (À vrai dire je me parlai à moi-même, comme si j’avais besoin de me convaincre, ce qui était le cas.) À Potsdam, je connais quelqu’un au quartier général du groupe des Forces soviétiques en Allemagne. On peut l’acheter, mais il faudra y mettre le prix. Il opina d’un air solennel. — Vous n’auriez pas par hasard des dollars, Dr Novak ? Il secoua la tête. — Il y aura aussi mes honoraires, ajoutai-je. — Que proposez-vous ? Du menton, je désignai sa serviette. — Qu’est-ce que vous avez là-dedans ? — Bah, juste des papiers. — Vous devez bien avoir autre chose. Réfléchissez. À votre hôtel, peut-être ? Il baissa la tête et laissa échapper un nouveau soupir en cherchant quel objet de valeur il pourrait bien me proposer. — Herr Doktor, avez-vous pensé à ce que vous alliez faire si votre femme est bien aux mains des Russes ? — Oui, fit-il l’air sombre et son regard s’éteignit un instant. Sa réaction était éloquente. Frau Novak était en mauvaise posture. — Attendez une seconde, dit-il en plongeant la main dans la poche intérieure de son manteau. (Il en sortit un stylo en or.) Il y aurait peut-être ceci. Il me tendit l’objet. — C’est un Parker. Dix-huit carats. Je me livrai à un rapide calcul. — Environ 1 400 dollars au marché noir, dis-je. Cela devrait contenter notre Russkof. Ils aiment les stylos presque autant que les montres, ajoutai-je en haussant les sourcils d’un air entendu. — Je crains de ne pouvoir me séparer de ma montre, dit Novak. C’est un cadeau. De ma femme... Il eut un pâle sourire devant l’ironie involontaire de sa remarque. Je hochai la tête d’un air compréhensif et décidai de faire avancer les choses avant qu’il ne soit rongé de culpabilité. — Bien, venons-en à mes honoraires. Vous avez parlé de métallurgie. Vous n’auriez pas accès à un laboratoire, par hasard ? — Bien sûr que si. — Avec une fonderie ? Il acquiesça d’abord distraitement, puis avec vigueur lorsqu’il comprit où je voulais en venir. — Vous voulez du charbon, n’est-ce pas ? — Pouvez-vous en récupérer ? — Combien ? — Je pensais à une cinquantaine de kilos. — C’est d’accord. — Revenez dans vingt-quatre heures, lui dis-je. Je devrais pouvoir vous communiquer quelques informations. Une demi-heure plus tard, après avoir laissé un mot à ma femme, je sortis de l’appartement et me dirigeai vers la gare. Fin 1947, Berlin ressemblait encore à une acropole en ruine, ou à quelque énorme mégalithe témoignant des ravages de la guerre et des dégâts causés par 75 000 tonnes d’explosifs de forte puissance. Les destructions infligées à la capitale de Hitler étaient sans précédent : une dévastation à l’échelle wagnérienne, le Ring réduit en poussière – les derniers feux du crépuscule des dieux. Dans beaucoup de quartiers, un plan des rues n’était guère plus utile qu’une éponge de laveur de carreaux. Les artères principales zigzaguaient comme des rivières au milieu de monceaux de décombres. Des sentiers escaladaient d’instables et traîtresses montagnes de gravats d’où, l’été, s’élevait une puanteur indiquant sans erreur possible qu’il n’y avait pas que du mobilier et des briques ensevelis dessous. Les boussoles étant introuvables, il fallait beaucoup de patience pour s’orienter dans ces fantômes de rues le long desquelles ne subsistaient, comme un décor abandonné, que des façades de boutiques et d’hôtels ; il fallait également une bonne mémoire pour se souvenir des immeubles dont ne restaient que des caves humides où des gens s’abritaient encore ; d’autres, plus hardis, avaient emménagé au rez-de-chaussée d’immeubles dont la façade avait été soufflée, exposant comme dans une maison de poupée géante l’intérieur des appartements et les gens qui y vivaient ; les toits encore en place et les escaliers sûrs étant rares, peu de gens se risquaient à occuper les étages. Vivre dans les décombres de l’Allemagne était alors aussi dangereux que dans les derniers jours de la guerre : à chaque instant un mur pouvait s’écrouler, une bombe exploser. C’était une véritable loterie. À la gare, j’achetai un ticket qui, je l’espérais, me vaudrait le gros lot.

mardi 22 avril 2014

Irrécupérable \ Mark Waid

Irrécupérable, nous dit Mark Waid dans son introduction au premier tome de la série(/sept) est l'histoire d'un homme qui était le plus grand et le plus adulé de tous les super-héros .... Et la manière dont il est devenu le plus grand de tous les super-criminels, et ce qui se passa ensuite ajouterais-je.
Avec cette idée somme toute assez simple, le scénariste tient 37 numéros (et un special) en restant de bout en bout captivant.
La raison en est que Mark Waid ne se contente pas de développer l'aspect grim and gritty (sombre et violent) ; il tente (et réussit) de donner une existence à ses personnages, il multiplie les points de vue sur certains événements, utilise les flashback de manière particulièrement judicieuse.
Ceci dit la série est assez glauque, rien n'est épargné au lecteur. Je pense ainsi à la "naissance" de celui qui deviendra le Plutonien et à sa mère adoptive. Les scènes de catastrophes, les morts, la violence des sentiments, tout concoure à tirer Irrécupérable du côté sombre et sinistre de l'existence.
Mais heureusement Mark Waid emmène les personnages dans d'autres dimensions, face à des extraterrestres, dans les méandres de la physique quantique, rien de ce qui fait le sel des histoires de super-héros n'est oublié.
Il n'oublie pas non plus ce sur quoi il a précédemment travaillé.
L'une de mes histoires favorites de ce scénariste est celle intitulée La Tour de Babel de la Justice League Of America, et dans Irrécupérable il réutilise l'excellente idée au cœur de cette aventure mais en lui donnant une autre résonance grâce à l'utilisation de deux points de vue sur un même événement. Ce qui en outre enrichit la personnalité des protagonistes présents.
C'est brillant.
Mark Waid réussit également à donner à son personnage principal le Plutonien, qui s'il fait penser et avec raison à Superman, réserve une bien belle surprise pour les lecteurs de comic books de super-héros (dans le sixième tome proposé par les éditions Delcourt), une personnalité riche et complexe. 
En d'autre termes il ne laisse pas indifférent malgré ses actions radicales.
Fertile en rebondissements, farcie de personnages complexes, riche en situations extraordinaires, matinée d'un très mauvaise esprit mais aussi d'un sense of wonder indéniable, l'histoire concoctée par Mark Waid, Peter Krause, Diego Barreto, Eduardo Barreto, Andrew Dalhouse et d'autres, est sans aucun doute l'une des meilleurs histoires dans le genre super-héros que j'ai lue ces derniers temps.           

samedi 19 avril 2014

The Twelve \ J. M. Straczynski, Chris Weston & Gary Leach


The Twelve, la série de l’éditeur Marvel écrite par J.M. Straczynski (Rising Stars ici et )et dessinée par Chris Weston (The Filth)  et Gary Leach (Miracleman) à l’encrage, est l’occasion de ramener, comme le titre l’indique, 12 personnages nés dans les années 40, sur le devant de la scène. 
En avril 1945, les forces alliées pénètrent dans Berlin, accompagnées par des super-héros et des justiciers américains, Captain America en tête. Douze d’entre eux vont tomber dans un piège et être mis en animation suspendue, plus de 60 ans plus tard, et à l’instar de Captain America justement, ramené à la vie par les Vengeurs,  ils vont être découverts par hasard et eux aussi ramenés à la vie. 
C’est dans un premier temps l’occasion pour le scénariste d’explorer les réactions des uns et des autres face à cette situation pour le moins inédite, en tout cas pour eux. Faire vivre 12 personnages n’est pas une chose facile, mais J. Michael Straczynski réussit à faire que l’on s’intéresse à chaque personnage. Il est brillamment épaulé par Chris Weston un dessinateur au style classique et très détaillé. Chaque personnage est facilement identifiable grâce aux traits de son visage ou grâce à son costume. Les décors, la minutie qu’apportent Weston et Leach aux expressions des visages, au langage corporel donnent une mine d’informations au lecteur ; des information dont peut faire l'économie Straczynski au niveau du texte.  
Ce qui donne un découpage et un storytelling d’une efficacité redoutable. 

Tout en brossant le portrait de ces hommes et de cette femme déracinés ainsi que celui de leur entourage, du moins les parents ou les amis encore vivants (ce qui donne lieu à des scènes très émouvantes et très réussies), J.M. Straczynski va corser son intrigue en développant une enquête policière dans la grande tradition du whodunit britannique. 
Cette enquête est aussi l’occasion d’approfondir la personnalité de ces douze personnages que Straczynski ne perd pas de vue, tout en proposant une énigme solide qui sera révélatrice de bien des secrets et de non-dits. 
À l’issue des douze numéros de cette maxi-série (proposés par Panini dans deux recueils), un dernier numéro (lui aussi présent dans l’édition française) propose de découvrir ce qui s’est passé juste avant que les Douze ne se retrouvent piégés. 
Et cet épisode est particulièrement savoureux compte tenu de ce que sait le lecteur, mais également grâce à un personnage capable de prévoir l’avenir (dans des conditions que je vous laisse découvrir) : Master Mind Excello (mon personnage favori pour le coup). 

The Twelve est une excellente série, qui a connu lors de sa publication mensuelle aux U.S.A un hiatus assez long, mais elle est désormais disponible dans son intégralité. 
Une petite précision, la lecture de cette aventure ne nécessite pas de savoir que ces personnages ont été publiés dans les années 40 chez Timely Comics, ni de connaitre leurs aventures antérieures à ce retour ; un retour fort brillamment orchestré et captivant de bout en bout.

jeudi 17 avril 2014

Bad Country (film)


Suite à l’arrestation de trois petites frappes le lieutenant de la police de Baton Rouge Bud Carter renifle qu’il y a un plus gros poisson derrière ce trafique de diamants. 
Assez rapidement il met la main sur Jesse Weiland l’homme de main d’une sorte de parrain louisianais. Carter, flic chevronné et humain arrive à persuader Weiland de devenir une taupe au sein de l’organisation pour laquelle il travaille. 
Polar musclé et violent Bad Country à l’intrigue cousue de fil blanc, peut compter sur une distribution d’acteurs convaincants dans leur rôle respectif : Willem Dafoe, Matt Dillon, Tom Berenger, sans oublier les seconds rôles tout aussi bons. 
Clairement le film de Chris Brinker ne révolution par le genre. 
Mais sa mise en scène efficace et sans temps mort, son casting donc qui incarne avec conviction et beaucoup de présence qui un flic dur-à-cuir avec des principes, qui un tueur froid à la fibre familiale, qui un procureur efficace, etc., ainsi que la simplicité de l’histoire et la linéarité de sa narration donne contre toute attente à ce polar une sécheresse et une efficacité qui en font un film captivant et divertissant.

dimanche 13 avril 2014

La Pâle figure \ Philip Kerr

J'ai profité de l'occasion qui se présentait pour "lire" le deuxième tome de la trilogie berlinoise de Philip Kerr, La Pâle figure, au travers d'un audio-livre.
Ce qui au passage demande une attention très soutenue, l'esprit accroît sa propension à vagabonder beaucoup plus facilement que lorsqu'on lit. 

Septembre 1938. Tandis que la ville croule sous la chaleur, les Berlinois attendent avec anxiété l'issue de la conférence de Munich. Engagé par une riche veuve pour retrouver l'individu qui la fait chanter, le détective privé Bernhard Gunther se trouve plongé, lui, dans les méandres de la médecine psychiatrique moderne... avant de se voir contraint par Heydrich de prendre les rênes d'une enquête bien particulière : retrouver le tueur en série qui hante les rues de Berlin depuis quelques semaines, s'attaquant à des adolescentes. Mais s'il obtient le privilège d'être nommé « Komissar », Bernie est encore loin d'imaginer que son investigation le mènera au plus profond des coulisses du pouvoir nazi... là où même lui, le cynique que rien n'étonne, se laissera surprendre par « le criminel à la pâle figure »... Après le Prix du Roman d'Aventures 1993 et Le Masque de l'Année 1994, Kerr nous éblouit et nous terrifie une fois de plus avec son détective privé dans les affres du Ille Reich.
Je vous propose donc, pour vous donner une idée de ce roman, d'en écouter les trois premiers chapitres ; et par la même occasion de vous rendre compte du talent de Julien Chatelet, le lecteur de ce roman : 






(À suivre ...)

vendredi 11 avril 2014

L'Été de cristal \ Philip Kerr

L'Été de cristal, premier roman de ce qui deviendra La trilogie berlinoise met en scène le détective privé Bernard Gunther durant l’année 36, c’est-à-dire alors que le IIIe Reich est au pouvoir, et plus précisément lors des Jeux Olympiques de Berlin
Personnage désabusé à la répartie mordante et à l’humour pince-sans-rire, Bernie , ex-flic de la police criminelle (la Kripo), Croix de fer de 2ème classe, mène ses enquêtes à la manière hard-boiled de ses cousins germains (sic) d’outre-Atlantique. 
Avec en arrière-plan le régime politique du chancelier Hitler et des seconds rôles au destin historique avéré, Philip Kerr raconte avant tout une histoire de détective dur-à-cuir avec tous les stéréotypes du genre : gangsters, femme fatale, hommes d’affaire corrompus, boîtes de nuit où se croisent le monde interlope de la pègre et celle des classes privilégiées, assassinats, violence, et érotisme ; ce qui ne l'empêche pas d'en tirer un roman original. 
L’arrière-plan politique est habillement utilisé par le romancier comme moteur de son histoire, jamais comme élément essentiel et prédominant. Ainsi Philip Kerr utilise-t-il le fait que les femmes n’avaient pas le droit de travailler, ou encore que pour survivre les Juifs devaient vendre leurs bijoux, du moins ceux qui en avaient, et le cas échéant utiliser de faux papiers pour orienter son récit et les rebondissements.
Cependant, l’auteur évite d’inviter de manière trop ostentatoire l’Histoire. Le seul moment où il y déroge (en utilisant un endroit très marqué historiquement) est de mon point de vue, le moment le plus faible de l’histoire. D’autant qu’il aurait pu faire venir l’un des personnages dans un autre lieu dont la description aurait suffit à en faire un équivalent tout aussi sordide et sinistre. Du reste, le lieu en lui-même n’apporte rien au récit. 

Mise à part ce petit fléchissement, L’Été de cristal est de mon point de vue un excellent roman, à tel point que j’ai décidé d’enchaîner sur la suite : La Pâle figure.

jeudi 10 avril 2014

mercredi 9 avril 2014

Le Commandeur \ Michel Honaker

Pur fruit du hasard, mon incursion dans la série Le Commandeur de Michel Honaker a été un chouette moment de lecture. 
Dans les immeubles éventrés du Bronx, des torches primitives brûlent encore et le sang des sacrifices innommables coule au-dessus d’autels impies. Des chants scandent des abominations, à la gloire du plus puissant des prédateurs de l’Ohendala, l’Enfer de par-delà les âges… Pour le COMMANDEUR, il ne s’agit pas d’un combat de plus, mais d’une vieille vengeance à accomplir.
Premier tome d'une série qui en compte au moins neuf, Bronx Ceremonial n'a me semble-t-il qu'une seule mission : divertir son lecteur.
Mais grâce à un divertissement de qualité et absolument captivant.
AVERTISSEMENT 
New York, de nos jours. Certaines nuits, les gouffres vomissent leurs créatures abjectes, vouées à la destruction du monde. Dans les replis brumeux de la basse ville, sont perpétrés envoûtements et meurtres rituels, à l’insu des autorités. Là où n’existent que les ténèbres et l’effroi, le docteur Ebenezer Graymes est connu sous le nom du Commandeur. Magicien sans âge et guerrier d’ascendance démoniaque, il est initié aux rites les plus anciens et poursuit une croisade sans merci qui le plonge dans les plus terrifiantes aventures, les plus monstrueux affrontements. Et quand il survient, les pavés de l’enfer eux-mêmes se couvrent de sang…

CHAPITRE PREMIER 
Il y avait une chose que Long Ben détestait par-dessus tout lorsqu’il s’enfouissait dans son tas d’ordures pour trouver un peu de réconfort dans la froideur de novembre. Pas tellement les papiers gras de délicatessen fraîchement léchés qui venaient s’afficher contre sa nuque. Ni les chats crevés qu’on avait jetés là par charité chrétienne. Ni les rats affamés qui dévoraient les chats crevés et mordaient au passage la toile rapiécée de son pantalon. Non. Long Ben – il avait porté bien d’autres noms par le passé, mais pour l’heure préférait ne se souvenir que de celui-ci –, Long Ben détestait qu’on lui pisse dessus. Et c’était cette détestable sensation qui l’avait tiré de la somnolence éthylique dans laquelle il végétait depuis le début de la soirée. Le chaud liquide ruisselait avec un doux chuintement de cascade sur sa cuisse gauche. Il cligna des yeux dans l’obscurité nauséabonde des feuilles de journaux dont il s’était prudemment recouvert. Il parvint à bouger sa main droite, celle qui arborait une infâme mitaine, puis le bras tout entier, et pour finir se mit sur son séant avec un sursaut indigné. Zacchary Travers fut complètement saisi de stupeur par l’apparition soudaine de cette forme grotesque entre ses jambes, engoncée jusqu’aux oreilles dans ce manteau puant et graveleux. Pour un peu, il aurait cru à l’existence des yétis. Il recula d’un bond, oubliant de refermer sa braguette, tendant déjà son bras pour se protéger d’un éventuel assaut de ce qu’il n’avait pas encore identifié comme étant un être humain à part entière. — Mais… mais sacré bordel de merde ! grogna Long Ben. C’est pas assez de me marcher dessus, faut encore que tu m’inondes ? Eh, t’as pas le confort, chez toi ? Long Ben n’était pas sans ignorer qu’il avait une voix impressionnante de basse chantante après un litron ou deux, et il ne manquait jamais une occasion de la chauffer un peu aux dépens des quidams de passage… Il déploya tout entière sa haute silhouette, que l’on devinait maigre et anguleuse sous les contours grossiers du manteau. Une barbe poisseuse, constellée de déchets innommables, lui mangeait un visage effilé comme un tranchant de hache où deux yeux terribles, d’un bleu électrique, luisaient comme des opales. — Attends, papa ! bredouilla Zacchary, très impressionné. J’l’ai pas fait exprès. J’suis désolé. J’suis pas d’ici ! T’emballe pas, hein ? Sans rancune, OK ? Là, calme… Trois dollars, trois dollars, ça te va, ça colle ? Je les ai là, sur moi, dans la main… Long Ben dévisagea son interlocuteur dans le noir avec un sourire où se combattaient méchanceté et amusement. — Il fait si noir ici, et je te vois si bien, dit-il, et sa voix n’était plus tout à fait la même, déjà. Crois-tu que je me contenterais de trois petits dollars ? Zacchary avala péniblement sa salive. Il aurait bien voulu tourner les talons, mais quelque chose le retenait devant ce grand individu qui empestait la fosse à purin. Le regard. Sans doute le regard, si vaste, si profond qu’une multitude d’univers semblait s’y enrouler. Long Ben le toisa puis éclata d’un rire sec. À sa dégaine trop chic, à la puanteur de son after-shave, il avait su depuis le début que ce jeune métis n’était pas du quartier. Ici ne grouillaient que les junkies en état de déliquescence avancée, les hordes de barbares à bretelles et autres spécimens du même ordre engendrés par la misère et l’insalubrité des bas quartiers. — Cinq dollars, négocia Long Ben en estimant que ce gibier ne valait pas qu’il s’y attarde. Pour ce prix, j’oublie que tu as vidangé ta lanterne sur mes journaux. — Cinq dollars. OK, cinq dollars, les voilà ! conclut Zacchary en jetant un coup d’œil furtif au bout de la rue. Long Ben suivit son regard. Il distingua alors le coupé blanc rangé le long du trottoir désert, dans le cercle lumineux de l’unique lampadaire en état de marche sur toute la rue. Et les visages moqueurs de deux jeunes pucelles collés aux vitres embuées, de jolis minois barbouillés de maquillage comme des poupées de magazine. Il eut une sorte de reniflement et rafla les billets froissés qui avaient fleuri dans la main de Zacchary. — Tire-toi d’ici, ce n’est pas un coin pour les petits culs blancs. Zacchary avait repris courage. Il se demandait même ce qui avait pu l’impressionner si vivement chez ce cloporte un instant auparavant. Ce n’était qu’un de ces winnos arriérés, juste bons à se faire ramasser par la soupe populaire. — C’est pas ton problème, rétorqua Zacchary avec un de ces sourires phallocrates qui devaient se faire pâmer d’extase la population féminine des campus. Tu vas me rendre un chouette service. Je vais faire visiter le coin à mes copines, tu comprends ? Toi, tu restes là et tu surveilles la bagnole. Cinq autres dollars si elle est intacte quand je reviens… — Dix…, susurra Long Ben. — Merde, t’es pas un tendre en affaires, papa ! T’as de la veine que je sois au bord de l’orgasme ! Mais tu y veilles comme sur ta bouteille, hein ? Tu laisses personne s’en approcher à dix pas ? — Moi, je regarde, petit, mais compte pas que je vais risquer ma peau pour ton engin. Je t’ai prévenu. Gaffe où tu vas fourrer les pieds. — C’est pas mes pieds que je vais fourrer, connard, c’est ma langue, tu vois ? Et Zacchary se détourna tout en lui adressant une mimique obscène. Long Ben le regarda s’éloigner, en songeant qu’autrefois, personne n’aurait osé l’insulter de la sorte. Autrefois… Il n’y avait pas si longtemps, après tout. Le temps n’avait pas la même valeur pour ceux de son espèce. Curieux comme il avait la nostalgie de son ancienne existence, ces temps-ci. Cette ancienne existence qu’il avait un jour jetée au fond d’une poubelle comme un vieux linge sale, et qui se remettait à le démanger comme une blessure mal refermée. Il préféra ne pas s’interroger sur les raisons de cet étrange vague à l’âme. Vague à l’âme ! Appliquée à sa personne, l’expression sonnait de façon grotesque. Pourquoi retourner encore ces choses dans sa tête ? N’avait-il pas juré une bonne fois pour toutes de ne plus jamais… — Ouais, fais pas trop le malin, mon gars, marmonna-t-il avec un temps de retard. J’connais l’endroit. Rien que des durs, ici. T’es pas sur la bonne rive du fleuve. Pas la bonne rive ! Il eut un regard significatif vers les immeubles éventrés et aveugles qui cernaient de toutes parts cet étrange quartier du South Bronx, semblables à d’étranges totems rituels noircis de suie sacrificielle. Il grimaça. L’air apportait d’étranges odeurs, ce soir. Il lui sembla que des ailes d’ombre planaient au-dessus des terrains vagues. Son estomac de serra. Il se rendit compte que ses anciens sens étaient aux aguets, malgré l’interdiction qu’il s’était faite à lui-même. Il haussa les épaules et retourna s’enfouir au fond de son trou.

(À suivre ....)

Une lecture qui m'a en tout cas donné envie de poursuivre la série

lundi 7 avril 2014

Une Enquête philosophique \ Philip Kerr

Ecrit en 1992, le roman de Philip Kerr intitulé Une Enquête philosophique et qui se déroule en 2013 à Londres, pouvait passer à l’époque pour de l’anticipation. Lu aujourd’hui, ce parfum d’anticipation a disparu, par la force du temps, mais ce roman n’en est pas moins captivant. 
L’Angleterre décrite au fil des pages, en filigrane, n’apparaît pas comme un endroit où il fait bon vivre. À la fois parce que la criminalité et la misère semble avoir fait pas mal de dégâts dans certaines zones géographiques et au sein de la population, mais aussi parce que la police s’intéresse aux criminels avant qu’ils n’aient perpétré le moindre crime. Notamment grâce à un projet dont le nom de code est Lombroso du nom d’un médecin et théoricien italien, Cesare Lombroso (1835-1909) qui avait développé l'idée selon laquelle les comportements criminels seraient innés, et surtout repérables grâce à certaines caractéristiques physiques. Les travaux de ce médecin connurent un grand retentissement dans le domaine de la criminologie. On comprend dés lors les dérives possibles d’une telle idée. 
Cependant, Philip Kerr prend le contre-pied de ce à quoi je m’attendais puisqu’il met en scène quelqu’un qui après avoir passé le test justement, se demande si sa présence dans le fichier ne le condamne pas à plus ou moins brève échéance alors même qu’il n’a pas commis de crime. 
Du moins pas encore. 
Philip Kerr corse et enrichi son roman en dotant les criminels potentiels repérés par le projet Lombroso de pseudonymes. En effet conscient des dérives, les gens en charge du dépistage assurent un relatif anonymat aux citoyens dépistés « positifs » (c’est-à-dire porteur du NVM-négatif) en leur octroyant un pseudonyme. Le « quelqu’un » dont je parlais dans les quelques lignes qui précédent recevra celui du philosophe Wittgenstein (1889-1951). Et « Wittgenstein », celui du roman se mettra en tête, après avoir éliminé toutes les traces de sa présence dans le fichier, d’éliminer également les porteurs du NVM-négatif dont les pseudonymes sont aussi les noms de philosophes célèbres. L’affaire sera confiée à l’inspecteur « Jake » Jacowicz une flic dure-à-cuir dont la particularité est d'être une enquêtrice de talent, et de détester les hommes.
Pas besoin d’être agrégé de philosophie pour prendre plaisir à cette histoire, et le plaisir est double en quelques sorte : celui d’être immergé dans une société plutôt angoissante, peuplé de personnages pour le moins troubles (et troublants) et d’autre part sourire des situations pour le moins loufoques que produisent certains raisonnements philosophiques poussés au bout du bout, voire devant certaines décisions politiques ; mais là on est peut-être plus habitué. 
Or, donc cette lecture captivante et divertissante m'a donné envie de m'intéresser à cet auteur, et de lire ses autres romans.

mercredi 2 avril 2014

FLASHBACK \ Dan Simmons

2035, il ne reste plus rien de « la cité sur la colline », symbole d’une Amérique vue comme une nouvelle terre promise appelée à éclairer le monde selon la formule de John Winthorp, arrivé en Amérique en 1629 (et premier gouverneur du Massachusetts).
Bien au contraire. 

Le point de départ de Flashback serait une réponse donnée par Robert Gates (notamment Secrétaire à la défense (2006-2009) à la question :
-  « Quelle est la plus grande menace existentielle qui pèse aujourd’hui sur les Etats-Unis ? ».
- « La dette nationale ». 
Et le responsable de l’aggravation de la dette est, dans le roman, l'actuel président des U.S.A Barack Obama ; notamment à cause de son « axe social ». 

L’Amérique que décrit Dan Simmons est très certainement également extrapolée des travaux de Samuel Huntington, notamment Le Choc des civilisations  qui est devenu selon certains, une thèse incontournable après les attentats du 11 septembre 2001 et qui se traduit notamment par un Califat Globale (dont je vous laisse découvrir l’étendu). Ainsi que ce que d’aucuns qualifient d’obsession pour Huntington, surnommé le Stephen King de la science politique, à savoir la reconquête par les Mexicains des territoires perdus dans les années 1840.
Chez Dan Simmons ça s’appelle la Reconquista
Le Japon occupe dans la géopolitique de la dystopie créée par l’auteur une place prépondérante. Le pays du soleil levant est devenu un empire féodal « moderne » où les zaibatsu se disputent le monde. 

Dans cette Amérique que je qualifierai de post-apocalyptique (certains passages évoquent Mad Max) un multimilliardaire japonais engage un privé Nick Bottom, pour reprendre l’enquête sur la mort de son fils, qui s’est déroulé 10 ans plutôt. 
Ce qui semble dicter ce choix est de toute évidence que Bottom était en charge de l’enquête lorsqu’il appartenait aux forces de police de Denver, et que d’autre part il est accro au Flashback, une drogue très bon marché qui permet de revivre des souvenirs parfaits. Il est donc le plus à même de revoir toutes les pièces du dossier. 
Mais bien entendu ce n’est pas si simple. 

En tout état de cause j’ai le sentiment d’avoir passé un excellent moment, et ce n’est pas peu dire : Flashback est un roman extrêmement captivant, en compagnie de quelqu’un, si tant est que Dan Simmons exprime ses propres idées, dont je suis loin de partager toutes ses valeurs et (justement) toutes ses idées.