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Le Commandeur \ Michel Honaker

Pur fruit du hasard, mon incursion dans la série Le Commandeur de Michel Honaker a été un chouette moment de lecture. 
Dans les immeubles éventrés du Bronx, des torches primitives brûlent encore et le sang des sacrifices innommables coule au-dessus d’autels impies. Des chants scandent des abominations, à la gloire du plus puissant des prédateurs de l’Ohendala, l’Enfer de par-delà les âges… Pour le COMMANDEUR, il ne s’agit pas d’un combat de plus, mais d’une vieille vengeance à accomplir.
Premier tome d'une série qui en compte au moins neuf, Bronx Ceremonial n'a me semble-t-il qu'une seule mission : divertir son lecteur.
Mais grâce à un divertissement de qualité et absolument captivant.
AVERTISSEMENT 
New York, de nos jours. Certaines nuits, les gouffres vomissent leurs créatures abjectes, vouées à la destruction du monde. Dans les replis brumeux de la basse ville, sont perpétrés envoûtements et meurtres rituels, à l’insu des autorités. Là où n’existent que les ténèbres et l’effroi, le docteur Ebenezer Graymes est connu sous le nom du Commandeur. Magicien sans âge et guerrier d’ascendance démoniaque, il est initié aux rites les plus anciens et poursuit une croisade sans merci qui le plonge dans les plus terrifiantes aventures, les plus monstrueux affrontements. Et quand il survient, les pavés de l’enfer eux-mêmes se couvrent de sang…

CHAPITRE PREMIER 
Il y avait une chose que Long Ben détestait par-dessus tout lorsqu’il s’enfouissait dans son tas d’ordures pour trouver un peu de réconfort dans la froideur de novembre. Pas tellement les papiers gras de délicatessen fraîchement léchés qui venaient s’afficher contre sa nuque. Ni les chats crevés qu’on avait jetés là par charité chrétienne. Ni les rats affamés qui dévoraient les chats crevés et mordaient au passage la toile rapiécée de son pantalon. Non. Long Ben – il avait porté bien d’autres noms par le passé, mais pour l’heure préférait ne se souvenir que de celui-ci –, Long Ben détestait qu’on lui pisse dessus. Et c’était cette détestable sensation qui l’avait tiré de la somnolence éthylique dans laquelle il végétait depuis le début de la soirée. Le chaud liquide ruisselait avec un doux chuintement de cascade sur sa cuisse gauche. Il cligna des yeux dans l’obscurité nauséabonde des feuilles de journaux dont il s’était prudemment recouvert. Il parvint à bouger sa main droite, celle qui arborait une infâme mitaine, puis le bras tout entier, et pour finir se mit sur son séant avec un sursaut indigné. Zacchary Travers fut complètement saisi de stupeur par l’apparition soudaine de cette forme grotesque entre ses jambes, engoncée jusqu’aux oreilles dans ce manteau puant et graveleux. Pour un peu, il aurait cru à l’existence des yétis. Il recula d’un bond, oubliant de refermer sa braguette, tendant déjà son bras pour se protéger d’un éventuel assaut de ce qu’il n’avait pas encore identifié comme étant un être humain à part entière. — Mais… mais sacré bordel de merde ! grogna Long Ben. C’est pas assez de me marcher dessus, faut encore que tu m’inondes ? Eh, t’as pas le confort, chez toi ? Long Ben n’était pas sans ignorer qu’il avait une voix impressionnante de basse chantante après un litron ou deux, et il ne manquait jamais une occasion de la chauffer un peu aux dépens des quidams de passage… Il déploya tout entière sa haute silhouette, que l’on devinait maigre et anguleuse sous les contours grossiers du manteau. Une barbe poisseuse, constellée de déchets innommables, lui mangeait un visage effilé comme un tranchant de hache où deux yeux terribles, d’un bleu électrique, luisaient comme des opales. — Attends, papa ! bredouilla Zacchary, très impressionné. J’l’ai pas fait exprès. J’suis désolé. J’suis pas d’ici ! T’emballe pas, hein ? Sans rancune, OK ? Là, calme… Trois dollars, trois dollars, ça te va, ça colle ? Je les ai là, sur moi, dans la main… Long Ben dévisagea son interlocuteur dans le noir avec un sourire où se combattaient méchanceté et amusement. — Il fait si noir ici, et je te vois si bien, dit-il, et sa voix n’était plus tout à fait la même, déjà. Crois-tu que je me contenterais de trois petits dollars ? Zacchary avala péniblement sa salive. Il aurait bien voulu tourner les talons, mais quelque chose le retenait devant ce grand individu qui empestait la fosse à purin. Le regard. Sans doute le regard, si vaste, si profond qu’une multitude d’univers semblait s’y enrouler. Long Ben le toisa puis éclata d’un rire sec. À sa dégaine trop chic, à la puanteur de son after-shave, il avait su depuis le début que ce jeune métis n’était pas du quartier. Ici ne grouillaient que les junkies en état de déliquescence avancée, les hordes de barbares à bretelles et autres spécimens du même ordre engendrés par la misère et l’insalubrité des bas quartiers. — Cinq dollars, négocia Long Ben en estimant que ce gibier ne valait pas qu’il s’y attarde. Pour ce prix, j’oublie que tu as vidangé ta lanterne sur mes journaux. — Cinq dollars. OK, cinq dollars, les voilà ! conclut Zacchary en jetant un coup d’œil furtif au bout de la rue. Long Ben suivit son regard. Il distingua alors le coupé blanc rangé le long du trottoir désert, dans le cercle lumineux de l’unique lampadaire en état de marche sur toute la rue. Et les visages moqueurs de deux jeunes pucelles collés aux vitres embuées, de jolis minois barbouillés de maquillage comme des poupées de magazine. Il eut une sorte de reniflement et rafla les billets froissés qui avaient fleuri dans la main de Zacchary. — Tire-toi d’ici, ce n’est pas un coin pour les petits culs blancs. Zacchary avait repris courage. Il se demandait même ce qui avait pu l’impressionner si vivement chez ce cloporte un instant auparavant. Ce n’était qu’un de ces winnos arriérés, juste bons à se faire ramasser par la soupe populaire. — C’est pas ton problème, rétorqua Zacchary avec un de ces sourires phallocrates qui devaient se faire pâmer d’extase la population féminine des campus. Tu vas me rendre un chouette service. Je vais faire visiter le coin à mes copines, tu comprends ? Toi, tu restes là et tu surveilles la bagnole. Cinq autres dollars si elle est intacte quand je reviens… — Dix…, susurra Long Ben. — Merde, t’es pas un tendre en affaires, papa ! T’as de la veine que je sois au bord de l’orgasme ! Mais tu y veilles comme sur ta bouteille, hein ? Tu laisses personne s’en approcher à dix pas ? — Moi, je regarde, petit, mais compte pas que je vais risquer ma peau pour ton engin. Je t’ai prévenu. Gaffe où tu vas fourrer les pieds. — C’est pas mes pieds que je vais fourrer, connard, c’est ma langue, tu vois ? Et Zacchary se détourna tout en lui adressant une mimique obscène. Long Ben le regarda s’éloigner, en songeant qu’autrefois, personne n’aurait osé l’insulter de la sorte. Autrefois… Il n’y avait pas si longtemps, après tout. Le temps n’avait pas la même valeur pour ceux de son espèce. Curieux comme il avait la nostalgie de son ancienne existence, ces temps-ci. Cette ancienne existence qu’il avait un jour jetée au fond d’une poubelle comme un vieux linge sale, et qui se remettait à le démanger comme une blessure mal refermée. Il préféra ne pas s’interroger sur les raisons de cet étrange vague à l’âme. Vague à l’âme ! Appliquée à sa personne, l’expression sonnait de façon grotesque. Pourquoi retourner encore ces choses dans sa tête ? N’avait-il pas juré une bonne fois pour toutes de ne plus jamais… — Ouais, fais pas trop le malin, mon gars, marmonna-t-il avec un temps de retard. J’connais l’endroit. Rien que des durs, ici. T’es pas sur la bonne rive du fleuve. Pas la bonne rive ! Il eut un regard significatif vers les immeubles éventrés et aveugles qui cernaient de toutes parts cet étrange quartier du South Bronx, semblables à d’étranges totems rituels noircis de suie sacrificielle. Il grimaça. L’air apportait d’étranges odeurs, ce soir. Il lui sembla que des ailes d’ombre planaient au-dessus des terrains vagues. Son estomac de serra. Il se rendit compte que ses anciens sens étaient aux aguets, malgré l’interdiction qu’il s’était faite à lui-même. Il haussa les épaules et retourna s’enfouir au fond de son trou.

(À suivre ....)

Une lecture qui m'a en tout cas donné envie de poursuivre la série

Commentaires

  1. Bonjour,

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