lundi 8 février 2016

Hellblazer : Good Intentions (Azzarello/Frusin)

... Nous avions laissé John Costantine à la fin du précédent arc narratif, en train de sortir de prison.
Nous le retrouvons dans celui-ci au seuil d'une errance, l'un des grands thèmes de la littérature américaine et Le mythe fondateur de l'imaginaire étasunien : de la théorie de la Frontière à Thelma & Louise en passant par la Beat Generation, pour le dire vite.  
Brian Azzarello n'est pas de ceux qui pensent que c'est le but du voyage qui compte. Il n'est pas de ceux non plus qui pensent que seul le voyage compte, peu importe la destination.
Non il est de ceux peu nombreux peut-être, qui accordent autant d'importance à l'un et à l'autre.
Ainsi, avant d'arriver à destination John Constantine va-t-il faire quelques belles rencontres.
Enfin belles, tout le monde n'est peut-être pas du même avis.
Auteur de la veine Noire et hard-boiled de la littérature U.S Azzarello n'oublie de rendre hommage à ses aînés
Entre les mains de l'américain Azzarello, le magicien Constantine, issu des classes laborieuses, inventé par Moore, Veitch & Totleben dans les pages de Swamp Thing incarne plus que jamais le pícaro ; ce personnage (venu de la littérature espagnole) qui dans une errance permanente, à l'instar de celle des chevaliers mais dans une version grim & gritty (littéralement "sinistre & crue"), travers une série d'aventures qui sont pour lui l'occasion de contester l'ordre social établi. 
Rusé, parfois fourbe, manipulateur, le pícaro est aussi un intrigant (c'est-à-dire un agent interne de l'intrigue) de basse extraction qui vit en marge de la société et bien entendu, à ses dépens ; bien qu'il ne soit pas naturellement honnête le pícaro peut l'être quelques fois, par hasard. 
Cependant sa volonté est entièrement tournée vers la survie, il ne combat jamais du moins en apparence, pour sauver la veuve et l'orphelin, ou pour des "Principes", mais bien pour des récompenses "sonnantes et trébuchantes". 
Fauteur de troubles, il est capable de faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons. Produit de la pauvreté et de la misère, né des circonstances engendrées par la guerre ; le pícaro originel est un mélange de stoïcisme et de cynisme. 
Du premier il tient son insensibilité face au malheur et une tendance à tirer profit de ses contretemps. Du second son mépris des lois, ce qui en fait une espèce d'anarchiste alors capable d'attaquer de front, sans détour. 
Paradoxalement, il suscite néanmoins la sympathie, voire l'admiration ; plus transgressif que subversif, il n'est pas un héros mais un héraut, voire un anti-héros.
C'est Marcello Frusin qui occupe la place du dessinateur avec James Sinclair aux couleurs, le duo opèrent dans un style qui n'est pas sans rappeler Edouardo Risso & Patricia Mulvihill sur 100 Bullets du même Azzarello : 
... Les amateurs du genre le savent bien, le roman "Noir" c'est (souvent) un sentiment d'impuissance absolue dans un monde brusquement dangereux, ce sont des personnages qui créent eux-mêmes leur propre enfer pour échapper au mélodrame de seconde zone dans lequel ils sont embourbés, pour échapper au Traquenard.
Brian Azarello fait de la BD Hellblazer une bande dessinée "Noire" comme on peut le dire du roman ou du film. Noir !
Certainement, à mes yeux déjà, le meilleur de ce que cette littérature et ce cinéma ont pu produire de mieux jusqu'à nos jours. 

(À suivre ...)

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