Accéder au contenu principal

Batman : Cité brisée (Azzarello/Risso/Mulvihill)


... Cité brisée est un court passage de Brian Azzarello associé au dessinateur Edouardo Risso et de la coloriste Patricia Mulvihill sur le personnage créé par Bob Kane & Bill Finger en 1939. 
En six épisodes (traduits en français dans les magazines Batman n° 9 à 12 par l'éditeur SEMIC) Azzarello et son équipe plongent Batman dans un genre en tant qu'il est une pratique institutionnelle visant à produire une oeuvre dont les références narratives communes peuvent être reconnues par le public (Cf. R. Altman) ; ici le genre dont il est question est le polar. Noir & hard-boiled.  
Dans Cité brisée Batman y est un détective à la manière de ceux qui ont vu le jour dans le pulp magazine Black Mask, c'est-à-dire que contrairement au whodunit (principalement britannique) le détective n'est plus une machine qui utilise ses "petites cellules grise" mais un protagoniste dont les états d'âme se traduisent par des gestes.
Si on peut dire sans trop se tromper que dans le roman à énigme (whodunit) le cadavre est prétexte à produire un récit, dans le polar, le récit est prétexte à la production d'un cadavre. 
La mort y est très tôt exhibée.
Dans le polar, le détective est souvent contaminé par le monde auquel il se frotte, à tel point qu'il peut devenir, malgré lui, le vecteur du mal.
L'une des particularités du genre est sans nul doute l'utilisation de la voix narrative qui de très béhavioriste, "objective" (ou se voulant comme telle) chez Caroll John Daly dès 1922 deviendra petit à petit plus subjective, faisant du détective ou du protagoniste principal un homme seul.  
Celui-ci se débat dans un monde de noirceur et de violence, rempli par la peur, un monde qui prend souvent l'aspect de la ville. 
Ici Gotham.  
La ville en tant que berceau du crime et chaudron d'énergie négative, en tant qu'animal, que bête ; avec sa propre vie qui accueille dans ses tripes la quête du héros. 
La ville ! 
Shelley n'a-t-il pas comparé l'Enfer à une ville comme Londres ? Et William Blake stigmatisant les usines "sombres et sataniques" de la révolution industrielle ?
Dans le polar la ville est souvent montrée en opposition à l'univers rural qui conserve une connotation édénique. Voir à ce propos si on veut rester dans l'univers DC Comics, l'opposition entre Smallville et Metropolis, par exemple. La première ayant encore un lustre "jeffersonien", pastoral, un semblant de "terre promise". 
  
Le polar c'est aussi la pathologie de la culpabilité, les motifs d'ordre pulsionnel plutôt que rationnel, c'est en définitive comme l'a écrit Thomas Narcejac "[..] Ce qui est noir (dans le polar), [..], ce n'est pas, [...] sa violence, sa crudité ; ce n'est même pas le désespoir qu'il peut éveiller chez le lecteur facile à suggestionner, c'est quelque chose de plus foncier et de plus mystérieux que l'on pourrait définir en disant qu'il nous présente le monde comme un TRAQUENARD. [..]".

Et c'est ce que nous propose Brian Azzarello dans ce run.
Brillamment épaulé par Risso et Mulvihill.
Et plutôt que de disserter sur leur magnifique travail à tous les deux je vais vous présenter quelques planches extraite de la version SEMIC, traduction Ed Tourriol/MAKMA :

Deux planches où les auteurs font un clin d’œil à leur série phare






... À propos de Cité brisée (et de son passage sur Superman : For Tomorrow/Superman : Pour demain) Brian Azzarello disait "Les réactions ont été très fortes des deux côtés, ceux qui ont aimé ont adoré et ceux qui n'ont pas aimé ont vraiment détesté, mais ça me va bien ! Je n'ai pas besoin de faire l'unanimité .. Si tout le monde se met à aimer ce que je fais, c'est que quelque chose cloche dans mon écriture (rires)" (in Comic Box Noir - Hors-série extra #2).

Moi je fais partie de ceux qui ont aimé Cité brisée, et vous ? 

[-_ô]

Commentaires

  1. Je ne l'ai pas relu depuis des années mais j'avais adoré! Faut dire que c'est le deuxième arc de Batman que je découvrais et le ton noir du récit (et du dessin) m'a beaucoup marqué!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Excellent récits. Et ils ont récidivé pour les Wednesday comics. ;)

      Supprimer

Publier un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le jeu de la damnation [Clive Barker / Jean-Daniel Brèque]

« Rien n'est plus terrifiant que de donner à imaginer quelques abominations tapies derrière une porte, pour ne surtout jamais l'ouvrir, au risque de décevoir le lecteur. Car son imagination sera toujours plus fertile que les terribles images que s'échine à y injecter le conteur ».
Frappé au coin du bon sens, cet évangile de l'horreur dispensé depuis la ville de Providence dans l'État du Rhode Island, en 1979 par William F. Nolan, est cependant devenu obsolète depuis que des auteurs de l'envergure de Clive Barker ont mis un pied dans le genre.
« Le jeu de la damnation », traduit par Jean-Daniel Brèque en est un exemple frappant. Je dirais même que sans « les terribles images » qu'y injecte Clive Barker, ce roman ne serait pas ce qu'il est. 

            En effet le natif de Liverpool s'inspire ici d'un conte populaire bien connu, dont le titre du roman ne fait pas mystère du thème, et qui tient tout entier son intérêt dans l'imagination fertile …

Killing Joke [USA Magazine n°36]

En septembre 1988, le Joker fait la couverture de « USA Magazine », magazine publié sous la direction de Fershid Bharucha. Cette illustration est, nous dit Brian Bolland « une étude dessinée à Paris (avec des marqueurs en fin de vie, (...)). Le dessinateur italien Tanino Liberatore en a tiré une version peinte (...). »
Dans ce même numéro, en complément de la parution de l'épisode du mois de Killing Joke, alors pré-publié sous le titre de  Souriez, Jean-Paul Jennequin livre un article de  deux pages :
C'est tout pour aujourd'hui ! 
(Tous mes remerciements à Albert.)

L'Agence [Mike Nicol / Jean Esch]

Acheté sur la foi de son titre, le dernier roman de Mike Nicol paru en France me fait par la même occasion découvrir ce romancier d'Afrique du Sud. Si en faisant quelques recherches après coup, je me suis aperçu que L'Agence était de deuxième d'une série entamée avec Du Sang sur l'arc-en-ciel, je ne regrette pas du tout cette entrée en matière. Qui ne souffre apparemment pas trop, de ne pas connaitre son prédécesseur.

Commercialisé dans la célèbre collection de la Série noire™, L'Agence n'en est pas moins surtout, un « roman d'espionnage ». Lequel enfile avec élégance l'adage de John le Carré disant de ce genre littéraire qu'il était, je cite, « une guerre dans les coulisses de la bonne conscience ». La bonne conscience en question étant ici, la Nation arc-en-ciel© si chère à Desmond Tutu.

            Entre la Mother City et Berlin, via une escale à l'aéroport de Schipol et quelques pérégrinations en République centrafricaineMike Nicol semble s…