vendredi 5 août 2016

La Rue (David Freeman/Jerry Shatzberg/Christopher Reeve)

…. C’est sur un pitch plutôt simple que repose le scénario de La Rue (Street Smart/1987). 
…. Un journaliste Jonathan Fisher (Christopher Reeve excellent), de la presse magazine dont la carrière accuse une sévère perte de vitesse, se porte volontaire - après que toutes ses idées de reportages aient été refusées par son patron – pour écrire un article sur un souteneur, à la place d’un de ses collègues ayant fait faux bond. 
Toutefois, les délais très courts, et les difficultés qu’il rencontre pour pénétrer ce milieu interlope le décide à inventer de toutes pièces le contenu de son papier. …. Contre toute attente, son article fait un tabac ; et sa côte de popularité, ainsi que sa crédibilité professionnelle remontent à leur zénith. 

…. Tout devient possible.
Parallèlement au retour en grâce de Jonathan Fisher, c’est une toute autre musique qui se joue pour Fast Black (Morgan Freeman meilleur que jamais), un « maquereau » accusé d’avoir tué le client (violent) d’une de ses « gagneuses ».
L’avocat de la défense monte un stratagème, en vue de faire acquitter Fast Black, qui repose entièrement sur le reportage bidonné (mais ça personne ne le sait) de Fisher.

 …. Journalisme d’investigation à hauteur d’homme, La Rue ne brosse pas le portrait d’un arriviste mais celui d’un homme qui s’il ne peut pas changer la société dans laquelle il vit, du moins s’intéresse-t-il à ses dangers et à ses inégalités et veut les dénoncer. 
Mais tous les moyens sont-ils bons pour parvenir à ses fins ?

…. C’est d’ailleurs cet angle qui permet à La Rue d’exploiter de façon assez spectaculaire son pitch.

Petit à petit derrière la bonhomie de façade de Fast Black apparaît un aborigène urbain né dans une jungle d’asphalte où la loi du plus fort domine. Et la place qu’il occupe au sommet de la chaîne alimentaire dont le « pain de fesse » est le revenu principal, n’est pas l’effet du hasard ou d’un coup de chance, mais le résultat d’une sélection culturelle selon les lois du darwinisme social en vigueur au raz du trottoir (qui elles non plus ne doivent rien au hasard).
…. Le New York du cinéma des années 1970/1980 n’a rien à voir avec un Disneyland rutilant de propreté ; La Rue semble d’ailleurs avoir été tournée au cœur même de Big Apple alors que le ver de la violence (réelle & symbolique) l’avait presque bouffée jusqu’au trognon.

…. Mécaniquement très réussie, la chute tombe là où il faut avec l’ingéniosité requise, de celle qui surprend, même le plus averti des spectateurs. La Rue est un thriller haut de gamme, interprété par des acteurs sûrs de leur talent et tout disposés à le monter.
Je ne sais pas si le scénariste David Freeman, Jerry Schatzberg le réalisateur ou encore Christopher Reeve - dont on dit qu’il a porté à bout de bras ce projet au point d'accepter de tourner dans Superman IV pour obtenir le financement nécessaire à sa réalisation - avaient dans l’idée de donner à réfléchir aux spectateurs, mais en tout cas La Rue ne laisse pas indifférent sur ce plan là non plus.

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