Accéder au contenu principal

L'Alignement des équinoxes [Sébastien Raizer]

Vous l'avez sûrement constaté, Maurice G. Dantec n'a pas publié de livres depuis quelques temps. Fort heureusement, pour les amateurs qui ont pris plaisir à lire Les Racines du Mal ou encore Babylon Babies, Sébastien Raizer vient, avec L'Alignement des équinoxes, à la rescousse des lecteurs en manque.
••• Ce roman, d'abord publié à la Série Noire, sous les auspices d'Aurélien Masson, à qui il est par ailleurs dédié, est le premier d'une trilogie, dont la lecture contentera amplement ceux qui ne voudront toutefois pas poursuive l'aventure des tomes suivants.
Néanmoins, le cœur du réacteur qui le propulse, dans lequel on trouve aussi bien Mishima, Philip K. Dick, William S. Burroughs ou encore Robert Anton Wilson, pour ne citer que les plus évidents ; dispose d'une telle puissance diégétique que je ne doute pas le moins du monde que Sagittarius et Minuit à contre-jour, les deux romans qui suivent respectivement L'Alignement des équinoxes, soient tout aussi réussis que ce dernier (sic).  

       Sans parler de ses éminents prédécesseurs, qui eux sont, plus ou moins explicitement cités dans son roman, un dossier logé au sein de ordinateur d'un des personnages se nomme par exemple « Kindread », désigner Maurice G. Dantec, n'avait rien d'évident. Hormis l'impression que je retirais moi-même dès le début de ma lecture, associer un romancier connu, à un autre qui l'est moins, peut ne pas être du goût de ce dernier. Fort heureusement dans un entretien, Sébastien Raiser cite nommément Dantec, et Les racines du mal comme un détonateur de sa propre capacité à écrire ce qu'il avait en tête. Sorte d'oyabun des Lettres, le montréalais lui a donc montré la Voie.   

Me voilà doublement rassuré, car le résultat est sacrément bon. Et à la hauteur de la secousse sismique littéraire qu'a pu représenter (au moins pour moi) Dantec au moment de la sortie de Les racines du mal dans le lanterneau du polar hexagonal. 

••• L'Alignement des équinoxes est donc une franche réussite, un polar qui tente de pénétrer la zone grise de l'Imaginaire, un sfumato idiosyncratique qui communique pourtant avec énormément de puissance la folie métaphysique qui l'habite. Mais n'allez pas croire que vous y lirez quelques abstractions fumeuses et incompréhensibles. S'il y a, par la force de l'antagoniste autour duquel gravite l'intrigue, quelques concepts bien perchés, Wolf et Silver, les deux flics du 36 en charge de l'enquête, ainsi que « Gang paradoxal » dont ils intégreront les rangs, savent nous faire entendre le bruit d'un arcade qui éclate, et sentir le parfum de la cordite au détour d'une sombre ruelle parisienne.            

Énergique, brutale, et méchamment philosophique (quand même), L'Alignement des équinoxes est une lecture hautement recommandée. De celles qui décillent.
___________
Hasard karmique, j'ai ensuit enchaîné, en attendant de lire Sagittarius, avec le Gambit du renard, un roman de SF (?), de Yoon Ha Lee, justement traduit par Sébastien Raizer pour la collection « Lunes d'encre » de Denoël. 

Commentaires

  1. Si Maurice Dantec n'a pas publié récemment, c'est sans doute parce qu'il est mort il y a près de deux ans.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Outre qu'un auteur ne meurt pas tant qu'il vit au travers de l’intérêt que lui portent les lecteurs (la preuve) ; il s'agissait bien entendu d'un trait d'humour, noir - qui tentait de rester dans l'esprit du roman de Sébastien Raizer (et dans le style de Maurice G. Dantec).

      Mais merci de ton passage, et surtout de ton intérêt.

      Cordialement !

      Supprimer

Publier un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Killing Joke [USA Magazine n°36]

En septembre 1988, le Joker fait la couverture de « USA Magazine », magazine publié sous la direction de Fershid Bharucha. Cette illustration est, nous dit Brian Bolland « une étude dessinée à Paris (avec des marqueurs en fin de vie, (...)). Le dessinateur italien Tanino Liberatore en a tiré une version peinte (...). »
Dans ce même numéro, en complément de la parution de l'épisode du mois de Killing Joke, alors pré-publié sous le titre de  Souriez, Jean-Paul Jennequin livre un article de  deux pages :
C'est tout pour aujourd'hui ! 
(Tous mes remerciements à Albert.)

Breach [Bob Harras / Marcos Martin]

Brève série de 11 numéros, Breach à l'immense avantage de pourvoir être lue sans connaissances préalables de ce qu'il est plus ou moins convenu d'appeler l'univers DC Comics. Envisagé comme une relance de Captain Atom, un personnage qui a notamment fait partie de l'écurie Charlton et a servi de modèle au Dr Manhattan, le personnage éponyme endossera finalement les atours du nouveau venu. 
Création de Bob Harras et de Marcos Martin, cette pourtant excellente série n'a visiblement pas été très soutenue par l'éditeur et, conséquences inévitables, n'a pas trouvé son lectorat. Je fais d'ailleurs partie de ceux qui sont passés totalement à coté.
Sacrifiée sur l'autel de la rentabilité, Breach mérite pourtant qu'on lui prête attention. 

       Le premier numéro, de 28 planches (extra-sized) donne d'ailleurs immédiatement le ton.
Plongé directement dans l'action, le lecteur découvre que l'articulation de la série se fera au travers d'un

Le jeu de la damnation [Clive Barker / Jean-Daniel Brèque]

« Rien n'est plus terrifiant que de donner à imaginer quelques abominations tapies derrière une porte, pour ne surtout jamais l'ouvrir, au risque de décevoir le lecteur. Car son imagination sera toujours plus fertile que les terribles images que s'échine à y injecter le conteur ».
Frappé au coin du bon sens, cet évangile de l'horreur dispensé depuis la ville de Providence dans l'État du Rhode Island, en 1979 par William F. Nolan, est cependant devenu obsolète depuis que des auteurs de l'envergure de Clive Barker ont mis un pied dans le genre.
« Le jeu de la damnation », traduit par Jean-Daniel Brèque en est un exemple frappant. Je dirais même que sans « les terribles images » qu'y injecte Clive Barker, ce roman ne serait pas ce qu'il est. 

            En effet le natif de Liverpool s'inspire ici d'un conte populaire bien connu, dont le titre du roman ne fait pas mystère du thème, et qui tient tout entier son intérêt dans l'imagination fertile …